INTRODUCTION. XIII
les villes de fabrique et les villes de commerce continuèrent, sous une autre forme, un antagonisme qui dure encore.
C'est de la fin du xv6 siècle et du règne de Louis XI que datent les premiers traités de commerce que la France ait conclus; mais avant le xvne siècle il n'est guère d'usage chez aucune des nations européennes de faire des traités spécialement consacrés au développement des relations commerciales, et quand elles stipulent quelque chose à ce sujet, elles inscrivent d'ordinaire leurs observations dans leurs traités généraux de paix ou de guerre.
On voit sous Louis XI, sous François Ier, sous Henri IV, sous Richelieu, essayer les premières ébauches d'une politique d'ensemble, en ce qui concerne le commerce et l'industrie de la France ; il était réservé à Colbert de concevoir enfin un plan régulier et, à une époque où aucun penseur ni aucun pays ne soupçonnaient les bienfaits du libre commerce et de la concurrence, et moins en Angleterre encore que partout ailleurs, il eut l'honneur de fonder le système qui s'est appelé depuis le système protecteur en proclamant pour l'avenir l'avènement de cette liberté commerciale qu'il sut deviner et qu'il fonda même en France de son vivant, car en établissant aux frontières des droits de douane dont quelques-uns étaient très-élevés, il avait sur toute l'étendue de la France détruit les barrières qui faisaient de chaque province un royaume ennemi. Quand on lit les historiens qui ont raconté le règne de Louis XIV et qu'on assiste à tant de guerres, ou brillantes ou malheureuses, on n'aperçoit nulle part quelle influence les questions de commerce et de tarif commençaient à prendre sur les déterminations des Etats. Il n'en est pas moins vrai que la plupart des guerres du xvne et du xvinc siècle ont été suscitées par le choc des intérêts et on en a la preuve en étudiant les textes des traités conclus pour y mettre fin. C'est là, mieux que dans les récits d'apparat, que l'esprit moderne a mis son empreinte. L'Angleterre et la Hollande ne s'y montrent pas moins préoccupées que la France du soin de mettre à profit leurs victoires pour faire triompher leur commerce et leur industrie aux dépens de l'étranger ; heureuses si elles eussent su dès lors que le plus assuré moyen d'encourager l'industrie nationale, c'est de lui fournir au plus bas prix