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ESS TAN

De même, en 1208, ayant été associé à la foire de Saint-Taurin d'Evreux, il décide que sa durée sera portée d’un à sept jours (3).

Parfois, l'association est uniquement d’ordre économique. Ce sont des conventions entre seigneurs pour réaliser des travaux en commun. Thibaud, comte de Blois, contracte avec les chanoïines de Notre-Dame de Paris pour la construction à Charmont de moulins dont frais et bénéfices seront partagés (4). Louis VII et son comparsonnier Hugue le Noir s'accordent avec les moines de Saint-Pierre le Cosne et l’abbesse de Rosoy pour mettre en commun leurs trois moulins, de façon à obtenir un meilleur rendement (5). |

Les besoins économiques amènent donc fréquemment la constitution de seigneuries communes. Ainsi en mai 1200, la comtesse Blanche de Champagne certifie que son féal Gobert de Montchablon l’a associée au village de Bettancourt, parce que ladite comtesse et ledit Gobert ont fait restaurer et réédifier conjointement ledit village (6). En 1228, l'abbé de Beaulieu fait un traité avec Nicolas, chevalier d’Authe, pour accroître ce village en se partageant également les droits et les revenus (7)

Les cartulaires des abbayes contiennent de nombreux actes d'association de cette espèce, notamment les cartulaires de l’abbaye de Molesme (8) En 1228, par exemple, elle traite avec le sire de Plancy pour la construction d’un étang et de moulins à Villedieu. Les deux parties auront part égale dans la justice et les revenus (9).

IT C’est surtout dans le domaine des défrichements et des

(3) Deusce, Cat., n° 1070-1071. Teurer, I, n° 836, p. 312. « Nos ad dominum nostrum Philippum accedentes, ab ipso impetravimus quod nundine prefate per septemdies continue durarent ita quod in nundinis illis medietatem haberet ».

(4) K 28, n° 88. — Tarn : Monuments historiques, Paris, 1866, p. 241 à 439.

(5) Lucname : Etudes, n° 643. — Taroir, n° 645 (T.).

(6) Ed. pe BarraéceMy, IL p. 225.

(7) Ed. pe BarrHÉLeMyY, p. 214.

(8) LaurenT, I, p. 176, n° 6, 3°.

(9) Laurenr, IL, 2° cart., n° 76, p. 237.

fondations de villes neuves que ces associations se sont multipliées.

Ce mouvement splendide qui, du xI° au xv° siècle, a semé sur notre territoire les fondations de sauvetés, hostises, villes neuves et bastides n’a pas été étudié dans son ensemble (10). Les historiens qui s’en sont occupé, l'ont fait d'une façon fragmentaire à propos de la politique de tel ou tel prince.

En réalité, ce mouvement a eu des origines très lointaines. Elles paraissent se répartir en deux grandes catégories.

A. — D'une part, les terres d'église ont joui très anciennement de privilèges qui ont eu pour résultat d'y attirer et d'y agglomérer les populations.

Dès l’époque carolingienne, les églises obtiennent des chartes d'immunité qui les soustraient à l’action des oïficiers royaux. Avec l'avènement de la féodalité, rois et princes multiplient ces concessions.

De plus, la terre d'église est un lieu d’asile sacré et respecté. La sécurité relative dont elle jouit s'accroît aux x° et xI° siècles avec l’institution de la paix de Dieu.

Ces privilèges, les établissements ecclésiastiques, soit par zèle religieux, soit par recherche du profit, les mettent en valeur et créent des centres de peuplement. Ainsi, naissent dès le 1x° siècle de grandes sauvetés. Ces fondations ont un caractère nettement religieux. La sauveté est délimitée par des croix. Elle constitue un asile garanti par des peines ecclésiastiques et séculières. À l’intérieur, la population est presque libre (11).

L'établissement de nouveaux prieurés s'accompagne généralement d’une création de ce genre. Un grand nombre de paroisses fondées par la puissante abbaye de Lézat ont dû leur origine à l'application de ce système. Certaines parties du Languedoc virent ainsi leur population s’accroître notablement aux xe et xIe siècles (12). |

B. — Une autre série de précédents se trouve dans les habitudes de défrichement qui ont été le grand œuvre de la société médiévale.

(10) Voir : Lucnaire, Manuel, p. 448 et s.

(11) Sur les sauvetés, voir : Fracn, Il, 175 et ss., notamment p. 187; — Gzrasson, Histoire du droit. Paris, 1893, V, 146.

(12) H. L,, VIL p. 566 ss.

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De bonne heure, les moines s’attaquent au défrichement des forêts. Ils s’introduisent dans les zones incultes, obtiennent des concessions des propriétaires et attirent des colons (13).

Les seigneurs eux-mêmes, laïques ou ecclésiastiques, prennent, aux xe et xI siècles, de nombreuses initiatives en faveur du repeuplement. Ils opèrent ordinairement par fondation d’hostises. Dans les parties de leurs propriétés en friche, ils appellent des tenanciers étrangers, les hôtes, leur fournissent une petite habitation, avec cour, jardin et arpents de terre, et les dotent de privilèges (14).

C. — Les villes neuves, au xr* siècle, naissent de ce double courant. La ville neuve est à la fois une hostise agrandie et une sauveté évoluant dans un sens laïque et économique (15).

Cest une ville franche. Les habitants y jouissent de divers privilèges : dépendance exclusive de la juridiction locale, affranchissement par l’an et jour, suppression du formariage et de la mainmorte, limitation des frais de justice, diminution des tailles, coutumes et corvées, etc.

C'est d'autre part un centre fondé suivant un plan préconçu, souvent de novo et de toutes pièces, parfois par le développement d’un petit centre déjà existant.

Ce ne sont pas des villes au sens actuel du mot, mais plutôt de gros centres d'exploitation rurale. Leur rôle est de réunir la population nécessaire pour le défrichement des terres. Les abbayes et les seigneurs laïques les fondent pour accroître leurs ressources par la mise en valeur de leurs terres et toutes les redevances que leur paient les habitants. Certains établissent dans leurs propriétés de véritables chapelets de populations.

Les conditions générales de la société donnent à ce mouvement une grande ampleur: en particulier l'existence d’une classe agricole vagabonde assez nombreuse. Ce mouvement est

(13): Fracu, IE, 153.

(14) DecrareuiL : Histoire du droit, Paris, 1925, p. 285. — LucHare :

Manuel, p. 317 — Sée : Les hôtes et le développement des classes rurales, Nouvelle Revue historique de Droit, 1898, p. 118 ss. (15) Lucname : Histoire, Il, p. 139 ss. — Viorrer : Institutions, II,

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