Les tramways dans les campagnes
En présence de l'accueil favorable que reçoit aujourd'hui l'idée d'utiliser nos routes pour y placer une voie de chemin de fer et y faire circuler de petites locomotives traînant de petits trains, et pour permettre d'apprécier les raisons données à l'appui des demandes de concession des accotements de routes (page 7), il est nécessaire de rappeler les circonstances qui ont accompagné les premières études de cette idée.
Dès sa première session après la guerre, au printemps de 1872, la Société des Agriculteurs, qui avait eu deux sessions sous l'Empire, abordait, d'après les études de sa section du génie rural, l'importante question des moyens de transport dans les campagnes.
11 était facile de démontrer que les cultivateurs n'avaient que très -indirectement profité de la nouvelle circulation sur rail avec traction à vapeur ; comme autrefois, ils allaient péniblement au marché une fois par semaine pour y vendre petit à petit leurs produits, que le commerçant leur achetait un peu plus cher quand il y avait une gare dans les environs, mais sans leur dire tous les avantages que mettaient à leur disposition les nouveaux moyens de transport.
Cette considération fit poser la question suivante : Comment mettre les chemins de fer à la disposition des agriculteurs ?
Une commission présidée par M. Le Chateher, inspecteur général des mines, dont l'autorité en fait de chemins de fer était si grande, fut chargée de préparer la discussion; elle commença en février 1873 sur :
1° Une note de M. E. Chabrier, ancien ingénieur de la voie des
chemins de fer de l'Ouest, qui posait, au nom de la commission, les points principaux à discuter, en indiquant les avantages et les inconvénients signalés ;
2° Des observations de M. Le Chatelier sur la question spéciale des voies étroites ;
3» Des considérations générales présentées par M. Biaise (des Vosges), membre de la section de viticulture, dont la compétence en fait de chemins de fer est bien connue.
Plusieurs séances de la section, dont les procès-verbaux sont insérés dans V Annuaire delà Société pour 1873, ont été consacrées à la discussion de ces préliminaires.
MM. Le ChateUer et Chabrier ont été chargés du rapport à présenter à l'assemblée générale de cette année.
Ce rapport, qui a reçu une approbation entière, concluait à la nomination d'une commission mixte des sections de législation et de génie rural (page 19).
La commission mixte n'a pu se réunir à cause de la mort de son président indiqué, M. Le Chatelier, et la question est revenue entière devant la section du génie rural à la session de 1,874 (page 23). Elle y a été discutée avec le plus grand soin, et chaque objection a été réfutée par une solution. M. Chabrier a été chargé du rapport qui, lu en assemblée générale, a été l'objet d'une impression spéciale et de l'envoi aux conseils généraux à la session d'avril 1874 (page 29).
En 1875, il n'avait pas encore été construit de hgne, et afin de répondre à l'objection des très-faibles trafics, M. Chabrier a soumis à la section un projet de rapport qui, après discussion, a été adopté, puis lu et approuvé dans la séance du 6 février (page 39).
A la suite de ces études, M. Caillaux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, ministre des travaux publics, fut assez frappé de leurs résultats pour préparer et déposer un projet de loi destiné à faciliter les démarches à faire. A ce propos, M. Chabrier adressa à ce ministre une lettre qui traitait des voies et moyens (page 46).
M. Bartholony, président du conseil d'administration du chemin de fer d'Orléans, répondait à la communication de cette lettre par une approbation entière (page 49).
Tous ces efforts devaient amener un résultat ; dans la session
d'août 1875 le Conseil général de la Meuse, auquel reviendra l'honneur de la première application régulière de ces dispositions, a décidé que la ligne d'IIaironville à Triaucourt, chemin de fer d'intérêt local, serait placée, autant que possible, sur les accotements des routes et chemins, sans clôture et sans gares, en traversant les villages comme les tramways.
La concession faite à M. Soidié, ingénieur civil, a été réglée par une convention arrêtée définitivement le 10 octobre 1870 (page 51).
Le Journal officiel a inséré le décret de déclaration d'utilité publique le 17 février 1877 (page 54).
La construction et l'exploilation de cette ligne sont soumise aux clauses et conditions d'un cahier des charges (page 57).