Concession des tramvrays en province
Paris seul n'était pas appelé à posséder, dans son enceinte et sa banlieue, un réseau important de tramways. Le mouvement en faveur de ces voies nouvelles se propagea en province, là surtout où le service des omnibus était mal fait ou insuffisant. Les municipalités des villes placées près de la frontière du Nord, voyant quels seiTices rendaient à la population les tramways belges, demandèrent au gouvernement la concession de certaines lignes.
Lille prit l'initiative, et le 4 octobre 1873 l'Etat accordait à la ville un réseau de voies ferrées dont elle rétrocéda la concession à M. Philippart, le 16 décembre 1873. Le premier juin de l'année suivante deux lignes importantes étaient livrées à l'exploitation, et la population put bientôt apprécier tous les avantages de ce nouveau mode de transport.
Le jour où l'Etat concédait à la ville de Lille son réseau de tramways, il accordait à celle du Havre une concession analogue qui fut rétrocédée à la Banque Franco-lialienne, M. De la Hault, l'entrepreneur général, se mit de suite à l'œuvre, et dans les premier mois de 1874 deux lignes étaient mises à la disposition du public.
Les tramways, à partir de cette année, se développèrent peu à peu en France. Les réseaux de Nancy, Versailles, Marseille furent concédés aux villes qui les rétrocédèrent à des compagnies ou à des entrepreneurs.
11 en fut de même, en 1875, de Nice, Dunkerque et Roubaix; en 1876, de Rouen, Tours et Orléans ; en 1877, de Boulogne, Montpellier, Yalenciennes et Nantes.
Puis, Bordeaux, Lyon, Saint-Etienne etc., obtinrent de l'Eta' des concessions qu'elles cédèrent, soit directement, soit par adjudication, à des spéculateurs assez bardis pour accepter des municipalités des cahiers de charges de nature à ruiner leur entreprise.
Aussi, la plupart des tramways en France sont-ils loin de rapporter l'intérêt de l'argent qu'ils ont coûté.
L'établissement des premières lignes est revenu fort cher par suite de l'inexpérience des Compagnies, des bénéfices scandaleux des entreprises générales, du taux usuraire des emprunts, et, enfin, des majorations de toutes sortes qui ont absorbé une partie du capital primitif.
Les Compagnies américaines et anglaises ont eu* comme les nôtres, leurs mauvais jours. Elles se sont relevées peu à peu, et aujourd'hui la plupart donnent, ou sont à la veille de donner, des bénéfices. Que faut-il pour cela?
Que les municipalités soient moins exigeantes à l'endroit des compagnies, et que celles-ci, de leur côté, évitent les dépenses superficielles et sachent réduire au minimum possible par une bonne administration, les dépenses nécessaires.