CHAPITRE X
uobilisatiok et CONCENTHATION.
' rfe pair tt pied de guerre. — Mobilisiitîoii parLielli! ou totale et coDcea- .Uon son! ilinu (ipËrnliuiis disliDClus longtemps confondues. — Aveuglement (jouvernement ll^nçaîs en 1870. — Priuuipci de l'onlnounnce île 1788, ouiâs pcnflunt quilre-vingts ans. — Retuor sur li' puasu. — Caroot en I7i)i. — inaparte en 1800. — L'armée do réserve. — Concentration de IftGriitide- ■mèe en 1805 et ea 1806. — Régiments do miirohi;. — Création de l'iirmèo BspAgna en 1808. — Concenlraliou du l'année d'Allemugne en 1809. — l.a nmdo-Arniée en I81Î et en 1813. — Les cohortes. — Mobilisotloa île 1815.— incontratioD du l'arinée sur ta Sumlire.
la expéditions d'outre-mer. — Armée d'Egypte. — Expéiiilion d'Alger. — nopre d'Orient eu L854. — Contraste. Ordra et désordrf. Précipilatton et esse. — Marseille et Gallîpuli au mois d'avril 1854. — ExpiJitian da Chine. Guerre d'Italie en 1859. — La France à la menu de l'Aiicroagne. — Mobi- Ballon de l'armée prussienne en I8G6. — Une li-cau perdue. — AvertiaseiftHLS du général Ducrot el du colonel Sloirel. — .Vbsenos d'organi.satioo ermanente. — Les premiers préparatir* de guerre eu 1870. — DilDcullés du (ppel des rései'visti^s. ~- Allées et venues. — Concentration prématurée. — nnsport dea iruupes.— Activité des Cumpognica de cheminB de Ter. — ËUt e l'armée du Rhiu au uununencement du mois d'août. — Les arrivages en iro de Heli. Le comble de la confusion. — Mobilisation régulière de Vannée ilemonde. — Immobilité rorcëe de l'armée <Iu Ithln. — Inertie de la cavairiâ rrangaitic.
quoi connisle lu mobilisation. — Chacun doit être pr'ét à tout moment. — til du pays prndant la mobilisation. — Uapidité de f on centrât ion — Exemlésde ITBDsporls. — L'armée de Mac-Mahon tronsporli^e do Nenfthâteau au amp de Cbilions. ~ Xjb T corps do Belforl à Cbilon», — Retraite du 13» corps. Le SO" corps do Cliagny à Giun. — Calcul du la rapidité de concenlcation. — umite InTérieure de la distance ponr les transports par chemins de fer. — rt G* corps (lu camp de ChAlons à Metz. — Sécurilé de la mobilisation el de la oncsalraUuD. — Divi£ions de cavalerieindépendantes. — Raids. — CzemicbeC 1813. — Bluari pendant la guerre de la Sécession,— Les généraux S ton em an, ihuridan el Wllson. -- Le parlisaa conrédéré Morgan. — Le général Gourko I 1S7S. — OpiuiuJi du priuce de Hohenlolie sur les raids. — 11 ne Taul pas ilnur la covaledii au début d'une guerre. — Sluarl à Gellysbourg. — Limite ipûrioure des marchas de cavalerie. — Moyen d'arrêter les grandes incuriooa lie cavalerie. — Les francs- tireur s en 1870-1871. — Quel sera le début Se lu prochaine guerre.
L'orgaoigaliou générale de l'armée, riui a fait l'objet du chaire pnicéd(.nit, comporte, pour l'eusemble des forces militaires t pays, comme pour cbavun de» éléments qui enlrenl dans leur
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composition, le pied de paix et le pied de guerre^ tout le monde le sait. On sait également qae le passage du pied de paix au pied de guerre s'opère par la mobilisation, laquelle peut ôtre parUeUe ou totale, suivant qu'elle s'applique à une fraction ou à Tensemble de l'armée. Mais, pour compléter la préparation à la guerre, la mobilisation doit être suivie de la concentration, qui consiste à former les armées actives en groupant leurs éléments sur les points désignés à l'avance.
Ces deux opérations sont devenues, par suite des conditions nouvelles de la guerre, d'une importance capitale.
De deux adversaires entrant en lutte, celui qui, en mobilisant et en concentrant ses armées, gagnera de vitesse sur l'autre, ne fût-ce que quelques heures, prendra, par cela même, un avantage dont il sera difficile de le déposséder par la suite, car il aura pris Finitiative et la direction des opérations stratégiques.
Mobilisation et concentration ne sont pas seulement deux mots nouveaux dans notre langage militaire, ce sont aussi deux choses nouvelles dans nos habitudes et que nous connattrions seulement au point de vue théorique, si la pratique ne nous en avait pas été cruellement enseignée à nos dépens.
Autrefois, lorsque la lenteur relative des moyens de conmiunication retardait le contact immédiat des deux partis en lutte , le génie organisateur d'un Carnet ou d'un Napoléon pouvait se donner libre carrière ; l'activité d'un esprit fertile en ressources sulBsaità regagner le temps perdu. Aujourd'hui, tout doit être pré?u et réglé à l'avance dans les moindres détails. Après la guerre de 1866, il était incontestable que les Prussiens avaient dû, en grande partie, leurs succès à la rapidité de la mobilisation et de la concentration de leurs armées. Mais cet exemple- éclatant n'avait pas suffisamment édifié nos gouvernants. De môme qu'en face d'une nation appelée tout entière à prendre les armes, ils n'avaient pas cru devoir abandonner une organisation vieillie qui nous infligeait à coup sûr le désavantage du nombre, ils avaient persisté, vis-à-vis de méthodes pour ainsi mathématiques, dansd es procédés confus et désordonnés.
Jusques et y compris 1870, on mêlait en France deux opérations reconnues actuellement comme bien distinctes* En même
mps quB l'ou mettait sur lo pu*d de guerro les élémeuts dea arptfs actives ilisporsée^ daus tout lo pays, on déeigiiait au milieu les compétition 6 ambitieuses et dps prétentions rivales, les chefs, B élats-majors el le» services iidmiuistralifs autour desquels on levait grouper ces lilémeuts en brigadea, divisions, cOrpa d'armée tarmâeii; puis, ou envoyait les troupes ;V la Ei'ontière, ou même , pays étranger, avant que U'urs effectifs fussent complétés, Kiraiit qu'elles fusseoi pourvues des etTeis, du matériel et desapproiBioiifiemeuts uécessaires, qui leur étaient délivrés en route ou à bstination.
I C'est ainPÎ qu'en 1859, des régiments ne reçurent leurs réserves n'a la veille de la bataille de Solférino, un mois après (!tre entrés I Italie el que rartîUerie de l'armée n'atteignit tpi'ii la m?me toque son chiffre total de liouclies à feu'. Des faits analogues el r uue bien plus grande échelle se produisirent en 1870, et l'on kt alors des détachements de rései-visles courir pendant deux mois rèa leurs régiments, sans pouvoir les atteindre, ouvîlmiîmejusll'à des généraux s'adressant par télégramme au ministre pour e fi.iés sur l'emplacement de leurs brigades, qu'Us ne savaient où pimlre. Non seulement, nous n'avions pas mis en pratique les iges conseils de l'ordonnance du 17 mars 1788, prescrivant que I troupes fussent toujours munies des effets nécessaires pour enfer eu campagne, non seidomeul nous u'avions fuit aucun progrès ipuîs les guerres du premier Empire, mais, nourrissant de plus I plus celte illusion dangereuse, qii'aucime armée ne valait la Btre, nous avions Itni par tout abandonner au hasard des événeftentfi, et à jouer sur un coup de dé, en mettant comme à plaisir WleB les chances contre nous, l'existence même du pays. I A ce point de vue, il peut Hre intéressant de remonter dans le kesé, comme nous l'avons fait déjà, non pas pour y puiser des ■temples ciui ne trouveraient plus leur appliialion, mais, pour nus amener à juger de ce que peut accomplir une suge prévoyance m h comprendre qu'il est plus sûr de s'appuyer sur des règles Qses np de compter sur la venue providentielle d'un Carnot ou d'un Éftpoléon qui fait défaut.
Nous ne répéterons pas ce qu'à propos des bataillons de volontaires, nous avons dit de la formation des premières armées de la Révolution. Quels qu'aient été le patriotisme et l'enthousiasme réel, quoique peu durable, des volontaires de 1791, on doit dater la véritable organisation des armées de la République du jour où, sous l'inspiration du comité de Salut public, la Convention décréta la levée en masse et surtout de celui où, par les soins de Camot, fut opéré Vamalgame des vieilles troupes de ligne avec les bataillons de volontaires. Les quatorze armées légendaires, réduites à douze, présentaient, au mois de septembre 1794 avec les dépôts, un effectif total de 1,169,144 hommes, dont 749,545 sous les armes*. On peut placer à cette époque l'apogée des armées de la République pour le nombre comme pour les vertus guerrières.
Nous connaissons les créations de Garnot , dans lesquelles la France républicaine trouva son salut ; nous avons maintenant à résumer celles de Napoléon, sources de gloire et de puissance d'abord, de désastres et de ruine plus tard, pour la France impériale.
Lorsque le général Bonaparte, rappelé d'Egypte par les nouvelles de France et désertant son poste de général en chef, débarqua le 9 octobre 1799 à Fréjus, il trouva l'armée désorganisée el la situation militaire bien compromise malgré les victoires de Zurich et de Bergen. Aussitôt après le 18 brumaire, devenu le chef de l'État, il dut appliquer à relever cette situation toutes les ressources de son génie organisateur. L'armée était réduite à 250,000 hommes, dispersés en HoUaude, en Vendée, dans les Alpes, en Suisse, sur le Rhin. Par une levée de 100,000 conscrits, il porta l'effectif à 350,000 hommes, dont 200,000 susceptibles d'être immédiatement opposés aux 300,000 coalisés qui bordaient nos frontières. Au lieu de les disséminer sur un front étendu, comme on l'avait fait au début de la campagne de 1793, comme nous l'avons vu faire en 1870, il en forma deux masses, l'une de 130,000 hommes, sur le Rhin, commandée par Moreau, l'autre de 40,000 hommes, onLigurie, sous les ordres de Masséoa; le reste gardait la Belgique, la Vendée et les côtes. Mais son
1. Dussioux, /'Armée en France d'après renseignements pris au ministère .
l'œuvre fut la création de l'armée de réserve. Amusant l'Eufepo par des semblants de préparatifs pompeusement annoncés kDijon, DÛ les eepious ue découvraient rien, il faisait arriver à pAuèvs et à Lausanne 4 divisions d'iuraiiterie gui, foriuéea avec iBs troupes de l'intérieur et les dépôts del'at'niée d'Egypte, avaient rarer^é la France à marclitis forcées. Eu mdme temps un équîe de 40 canons de campagae, prépavé par les soins de Marmont t de Gassendi dans les arsenaui: d'Auxonne, de Briançon et de besailçon, était dirigé vere lee mômes lieux de rendez-vous.
On sait comment l'armée de réserve francliit les Alpes au Brand-Saiot-Bernard, rejoignit sur le Tessin un corpsqui, détaché e l'armOe du Rhin, avait suivi la route du Saint-Gothard, fran- 3 Pô à Plaisance et ayant ainsi tourné l'armée autrichienne, fonquilàla baUille de Marengo, le Piémont et la Lombardie.
C'est au mois de janvier 1.800 que l'on voit poindre dans la correspondance de Bonaparte, l'idée de l'arrnée de réserve. Défense Kt f&ite aux journalistes de rien imprimer dans leurs feuilles de Relatif aux raouveraents des armées déterre et de mer. La première Bivision est formée à ChSlon- sur-Saône, en vertu d'un ordre du B4 février, avec les quatorze bataillons de dépôt de l'aimée l'Orient, réunis sous le commandement du général Cbabran dans B but apparent de centraliser l'administration et l'instruction ; en inéme temps on fait fller 8 millions de cartouches sur les arsenaux ne Besanfon, Lyon et Auxonnc, on réunit à Genève 2 millions de irtonches d'infanterie, 5,000 cartouches à canon, 1,500,000 kitions de biscuit, 100,000 pintes d'eau-de-vie, 1 million de boisleaux d'avoiiiL-, destinés en apparence à l'armée de Moreau qui doit isEer le Rhin â SchalThouse ; on achète des mulets de bAt, on fait feonfeclionner des traîneaux. Ordre est envoyé le 2 mars au général prune, qui commande dans l'Ouest, de former deux divisions rec les régiments placés sous sou commandement et de les di- ^ger sur Dijon, pour de là ôtre envoyés, dil-on, sur Genève, r Schaffhoiise ou nw Zurich. Ces divisions reçoivent en route : véritable itinéraire, qui les conduit û Lausanne et â Villebeuve, une quatrième division est formée dans le Midi.
Le 27 avril seulement Berthier, commandant de l'armée de réterve, est prévenu du mouvementpar le Saint-Bernard et une lettre,
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datée du 2 mai, lui indique les dispositions à prendre. « J'ai des « renseignements très sûrs», ditle preinierConsul,« qu'onse moque « à Vienne et en Italie de Tarmée de réserve ; on ne croit pas qu'elle « soit prête avant le mois d'août, et on la regarde comme un ras- « semblement de conscrits pour compléter l'armée du Rhin. » Les vivres durent être envoyés à Villeneuve à l'extrémité du lac (Je Genève, à Saint-Pierre dans la vallée du Rhône; les troupes devaient prendre du biscuit à Villeneuve pour 4 jours, à Saint-Pierre pour 3 jours : « Vous voyez* », ajoute le premier Consul, « que je m'oc- « cupe beaucoup de vos détails, mais c'est que c'est-dans votre expé- « dition qu'est actuellement le succès de la campagne. » Enfin le 10 mai, le général Lannes, commandant l'avant-garde, reçoit l'ordre de se mettre en mouvement; le 12 mai tous les ordres de concentration sur Villeneuve sont donnés aii général Dupont, chef d'étalmajor de l'armée de réserve, et tandis que les espions de l'Autriche et de l'Angleterre écrivent encore à leurs gouvernements que les conscrits arrivent lentement à Dijon, que tout y manque, qu'il n'y a rien à craindre de ce côté, l'armée de réserve franchit le Saint- Bernard.
Dans la Grande- Armée de 1805, c'est surtout la concentration qui mérite de fixer l'attention. La mobilisation, remarquable par la qualité exceptionnelle de Tannée qui en fut le produit, se fil bien à loisir, puisque deux ans s'écoulèrent entre la rupture de la paix d'Amiens et la levée du camp de Boulogne. D'après un document émanant du ministère de la guerre ^, Telfectif total de l'armée française au 1" mars 1803, s'élevait à 318,880 hommes et 47,000 chevaux, dont 21,670 hommes et plus de 2,000 chevaux en Italie, 35j070 hommes à Saint-Domingue, 6,362 à la Guyane et aux Antilles. Aussitôt après les premiers actes d'hostilités commis en mor par la marine anglaise, des mesures furent prises pour porter l'eirectif à 480,000 hommes, par l'appel anticipé de la classe de 1804 et l'appel des réserves de 1803, 1802 et 1801 ; les rtjgiments furent organisés sur le pied do guerre à 2 bataillons de 800 hommes, le troisième bataillon devant former le dépôt ; six camps