mmi'trei de Mnrmont, t. II, p
522 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÂB FRANÇAISE.
de sorte que les six corps, flanqués à droite par la cavalerie et saivis par la garde, finissent par former dans les plaines de la Franconie «ne seule ligne de 170,000 hommes, marchant vers le Danube sur un front de 100 kilomètres. Il ne restait plus qu'à franchir le fleuve en aval d'Ulm pour tourner Tai'mée autrichienne, couper ses communications avec Vienne et les Russes et lui faire mettre bas les armes.
En 1806, la Grande-Armée resta la môme, sauf quelques légères difTérences. Concentrée avant la guerre sur la ligne Wurtzbourg- Bayreuth, elle n'eut qu'à se resserrer en appuyant à gauche pour se placer vis-à-vis des défilés de la Thuringe, les franchir en trois colonnes parallèles et tomber au milieu des armées prussiemies. Au moment d'opérer cette manœuvre, elle avait reçu un accroissement considérable par le versement dans ses rangs des hommes composant les régiments de marche formés et instruits, sur les bords du Rhin, par les soins du maréchal Kellermann. « C'est « ainsi », dit à ce sujet le général Morand, «que la Prusse, trompée < par l'effectif des régiments français stationnés en Allemagne et « croyant les surprendre dans leurs cantonnements , se trouva en- « vahie le jour même qu'elle déclara la guerre et qu'elle eut à « combattre ces régiments mystérieux complétés et parvenus entre « les lignes de son année, au moment même qu'elle avait choisi « pour les accabler, dispersés dans leurs campements. »
Au début des affaires de Portugal et d'Espagne, à la fin de l'année 1807, presque tous les régiments d'infanterie et de cavalerie de l'armée se trouvaient en Allemagne, en Italie et en Dalmatie. 11 fallut d'abord former le corps d'armée chargé, sous les ordres de Junot, d'envahir le Portugal. Ou prit pour cela quelques régiments qui se trouvaient encore dans les camps établis sur les côtes et un certain nombre de troisièmes bataillons stationnés dans les mêmes campp, dont on fit des régiments provisoires, groupés en trois divisions d'infanterie; on prit de m^e une division de cavalerie composée de 4 régiments provisoires formés avec les escadrons de dépôt de plusieurs régiments de dragons et de chasseurs; on réunit ainsi 25,000 hommes environ d'assez bonnes troupes ; tel fut le corps d'armée qui s'empara du Portugal et fut obligé de l'évacuer en 1808 après la bataille de Vimeiro. Bientôt un second corps d'ar-
MtiniI,l^\TIO»J ET CONREXTRATIOV. 523
I fnt (otmé pour appuyer le premier, sous le tilrp.de ilotuième irps d'otisf-rvation de la Gironde. C'est celui à la iHn dmiiiel Doint subil le désastre de Baylen, Il fut constitué avec les légions I réserve, chargéee de la défeoBe des côtes et à peine organisées. BSlôgiODSïvaient chacuoe 6 bataillons, on leur en prit 3 aux- Uels on adjoignit 7 ou S hatailloQs de ligne, et l'on en forma 3 diviions d'infanterie; les dépôts de cliasseura et de cuirassiers fournijiUdemdnie 3 brigades de cavalerie. Le corps de Dupont eutainsi divisionti d'infanterie et 3 brigades de cavalerie. Immédiatement
•es, Napoléon décida la formation du i:orps d'observation des côtes
l'Océan, sous les ordres du maréchal Moncey. Celni-ci ne fui pas téme organisé avec des régiments provisoires, mais avec des baillons pravisoires, composés eux-mêmes de compagnies des dépôts e divers régiments, savoir ; 48 bataillons provisoires, groupés en 12 Sgimenis, 6 brigades et 3 divisions. On y ajouta 2 brigades, l'une B bossards, l'autre de dragons, tirées des dépôts. On en était donc iX expédients, et le triiite dénouement de Baylen montra trop tard ) qne valaient ces expédients. A peine entrés en Espagne, les deux ïrpa de Dupont et de Moncey se trouvèrent insuffisants; on ci-éa n corps de deta divisions pour la Catalogne et un corps de réserve ne dut commander Bessières, composé de trois divisions, formées DCOre avec des bataillons provisoires et d'une division de cavalee. Plus Ifird un 5*corps fut formé pour Lefebvre, avec 3 divisions, Qfl française, une allemande et une polonaise. Le corps di^ Dupont it détruit comme on le sait, celui de Juoot fut rapatrié par mer pràs la convention de Cintra el renvoyé aussitôt en Espagne sous s n" 8; Napoléon Ût venir d'Allemagne 3 corps de la (Jrande-Arlée, le !•', le 5' et le 6" et plusieurs divisions de dragons tpii, rec la cavalerie légère de Lasalle, formèrent une réserve de cavatrifl. En sorte que l'armée d'Espagne, conformément au tableau ue nous avons donné dans le chapitre IX, fut composée de
corps d'armée, dont 3 venus de la Qrandp-Armée. Elle avait té créée de pièces et morieaux avec un art inlinî, et si Napoléon vait pu rester en Espagne, elle eût certainement achevé la conoAtede ce pays.
Lorsque en 1809 Napoléon fut menacé d'ime nouvelle guerrf ver l'Autriche, la Grand-^-Arinéi- n'o\isl;iit plus, les l'', 5* et
G*' corps avaient été envoyés en Espagne, le 2* était en Italie, le 7' avait péri à Eylau. C'est avec les troupes restées en Allemagne, sous le nom d'Armée du Rhin, les divisions rentrées en France et les quatrièmes bataillons réunis en régiments provisoires, le tout grossi par une levée de 100,000 conscrits, que TBmporeur dut former Varmée d^ Allemagne, composée de trois gmnds corps de 50,000 hommes chacun, aux ordres de Davout, Lannes, Masséna, d'une réserve de cavalerie et de la garde impériale, sans compter les troupes alliées (wuriembergeoises et bavaroises). La concentration de cette ai-mée, de Landshut à Ratisbonne, est restée célèbre. Compromise avant l'arrivée de Napoléon par les fautes de Berthier, elle dut utre opérée au milieu même de la concentration des armées autrichiennes, et donna lieu, du 19 au 23 mai, à la campagne dite des cinq jours, marquée parles batailles d'Abensberg et d'Eckmiihl, les combats de Tengen, de Landshut, de Schierling et de Ratisbonne \
La Grande- Armée de Russie en 1812 fut, pour ainsi dire, le développement de cette aimée d'Allemagne, mais sur 600,000 hommes environ qui entrèrent en Russie, pendant la durée de la guerre, il se trouvait près de 260,000 étrangers (70,000 Polonais, 30,000 Autrichiens, 25,000 Prussiens, 100,000 Allemands). Il est bon d'observer qu'à la même époque les armées d'Espagne contenaient 335,000 hommes, presque tous Français.
Sur 600,000 hommes, 90,000 seulement revinrent de Russie et parmi eux plus de 50,000 Autrichiens et Prussiens, qui se montrèrent immédiatement ou nos ennemis déclarés ou des neutres malveillants. Pour se faire une idée du désastre, il sufiRra de savoir que sur 48,000 hommes de la garde, il en était rentré 800 et sur 125,000 Français des 1", 2% 3* et 4« corps : 6,400. En appelant à lui les divisions laissées en Allemagne ou venues d'Italie, en réorganisant les débris échappés au désastre et renvoyant en France lous les cadres inutiles, le ijrince Eugène, qui remplaça Murât dans le commandement de Tarmée, parvint à réunir autour de Posen 45,000 hommes. C'est alors que Napoléon employa tout
l. Le 19, Tongen on Thann; 20, Abensberg; 21, Landshut; 22, Eckmùhl; 23, Ratisbonne. (Thiers, 10« vol.; général Pelet, Campagne de 1800, l«r vol.)
aOUILiaATIIJN ET CONCENTRATION. O'JO
n activité et son desputismo à crtisr une iiouvoUi: arioiju, la ■^nde'Armée de 18t3,
D'&\ttbe le compte tiMs clair i5tabli par M, Gaïuitle Roussel '3,000 hoimuoB furent appoltis à cet effet soos les drapeaux, dont ulement 5,000 ancien» goldata, savoir : SJ6,0(K) homcnes des ihortes de la garde nationale, hommos faits, maie sans aucune .traction militaire, 8,000 canonoiers de la marine, très braves ,Ib n'ayant jamais manœuvré comme infanterie, le reste, tons mes gens et miîme enfants, 240,000 ayant moins de 19 ans, ,QD0 entre 19 et 20 ans. Napoléon put ainsi commencer la camîne de Lnlïen et Bautzen avec environ 2(39,000 hommes ot bouches à feu', mais, défalcation faite des hommes malades, garnisons et des corps d'armée employés à des opérations dis- Octes (tels rjne ceux de Davonl et de Victor), il ne restait guère lus sa main ciue 170,000 hommes, dont 140,000 Français'. Il était présenté en tous cas des difficultés insnrmoatables, nii^me mr le génie de Napoléon, et prouvant bien qu'une armée ne iieul bS être improvisée. Il manquait à celle nouvelle armée, qui déa tant de bravoure à Lutzon : 1° des soldats au lieu d'enfants ; des cadres ; 'à" de la cavalerie. Malgré les perles subies dans les ombate de la première campagne t25,000 hommes an moins à la pale bataille de Lutzen), malgré les diminutions d'effectifs plus Snsidérnblos encore résultant tjes maladies, la Granrle- Année Bmptait, le lÔ août, à la reprise des hostilités, 425,000 hommes, ont 35,000 d'une cavalerie très belle cetto fois et assez bonne, amme elle le prouva bientôt à la bataille de Dresde. De ces 25,000 hommes, 85,000 seulement repassîjrent le Rhin après la éroule de Leipsick.
En 1815, le retour de l'Ele' d'Elbe fut suivi de la mobilisation inérale de toutes les ressom-ces militaires du pays. L'œuvre 'était pas si iliiBcile que cela peut sembler au premier abord. Lorsque Napoléon revint de l'île d'Elbe en 1816 », dit â ce sujet
ii Xd Grantif-Armér de MIS, olinpltre V, Le résumé irts succini't qnn noua HBimiBi est le nUulUt il<' lu oomparaison diis rt^aaciguemenis cttraiu de ce irtonx ouvrogn, do la Campagne de ISI3, par Otiarras, dont h l" volumo «;ul
rv, ek dn 15* volumi- lU- VUtttoére du CoTimlat et de iHinplre. 0. Housseï, la Grande-Armée de 1813, chap. XIV.
le duc d'Âumale, « il trouva sous sa main un personnel bien autre- « ment nombreux et bien autrement constitué (qu'en 1814). Le « retour des prisonniers et des garnisons lointaines avait ramené « dans les rangs beaucoup d'hommes aguerris , l'ensemble desme- « sm^es prises par la première Restauration à l'égard de l'année c était digne d'éloges ; point de licenciement, la vieille garde con- « seiTée, les régiments de ligne refondus sous de nouveaux numé- « ros, mais reformés avec soin, donnant, y compris les semestrîers, « un effectif de 250,000 bons soldats. En cherchant les hommes c qui avaient quitté le drapeau sans congé régulier, en deoian- « dant un contingent à la conscription, en faisant appel à la garde « nationale , Napoléon comptait arriver au chiffre de 800,000 c combattants. Cependant, malgré sa prodigieuse activité, son esprit « aus8i ingénieux que profond, ses habitudes impérieuses, il ne « put en trois mois atteindre l'effectif de 360,000 hommes ^ i Ajoutons que l'armée avec laquelle il entra en Belgique contenait seulement 128,000 hommes, que les troupes de ligne faisant partie des coips d'armée actifs de Strasbourg, Belfort et Lyon, du Var, de la Vendée, de la Gironde, ne dépassaient pas 52,000, et que les places en renfermaient 88,000, ce qui ne faisait que 270,000 pour le total de l'armée de ligne. Il est donc permis de ne pas reconnaître dans cette circonstance la prodigieuse activité de Napoléon. M. Thiers, qui persiste à Tadmirer, se fonde sur les difficultés du gouvernement, qu'il a certes connues par lui-même, pour trouver extraordinaire ce qui a été accompli en 1815. Cependant les chiffres sont là : au 20 mars, l'armée française comprenait 223,000 hommes, dont 155,000 susceptibles d'être mis en ligne ; au 1** juin, 188,000 hommes étaient en ligne sur un total de 270,000 hommes'. Il est vrai que les troupes de la première armée avaient été parfaitement organisées au milieu des plus grandes difficultés. Mais à des circonstances exceptionnelles il faut des efforts exceptionnels, et quels que fussent les motifs qui enchaînèrent l'activité de Na-