‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 163 sur 174 · I. Darrûengiiî · texte numérisé non relu

I. Darrûengiiî

t rnnilernc, t, I, p. 4V.).

Pour bien juger de cette question, il faut s'entendre avec le véritable sens du mot raid, et dans ce but il peut être intéressant de résumer en quelques lignes le récit des principaux raids de la guerre de Sécession. A vrai dire^ si le mot n'existait pas au XVII'' siècle, la chose était connue, et les mémoires de Feuquiëres nous offrent des exemples remarquables d'incursions de cavalerie exécutées par lui dans des conditions analogues à celles que nous allons rapporter, lorsque d'Heilbronn, avec 1,000 chevaux, il poussa jusque dans la vallée du Mayn, puis jusqu'aux portes d'Ulm, et fut trente-cinq jours absent.

Les opérations du général russe (GzemichefT) pendant toute la guerre de 1813, avec un corps de plusieurs milliers de cosaques pourvu d'artillerie, constituent un véritable raid de longue durée, facilité par la connivence des populations. Indépendamment des incursions de partisans tels que Morgan, Forest et Grieson, nous trouvons dans la guerre de Sécession au moins six raids remarquables exécutés par la cavalerie régulière : trois du côté des confédérés commandés tous les trois par le général Stuart, le meilleur général de cavalerie des deux armées, et trois autres plus considérables, dirigés par les généraux de l'armée fédérale, Stoneman, SheridanetWilson. Le premier raid de Stuart, en 1862, fut une reconnaissance faite par ordre du général Lee avec 1,200 hommes et 2 pièces d'artillerie à cheval ; elle dura seulement deux jours, mais dans des circonstances émouvantes tenant presque du roman. Après avoir reconnu l'ennemi, culbuté un régiment de cavalerie, lui faisant de nombreux prisonniers, le général confédéré revint en faisant le tour de l'ai'mée ennemie, délivra un convoi de prisonniers , escorté par un escadron qu'il mit en fuite, détruisit un train qui portait des troupes, traversa le Chickahominy, cours d'eau étroit, profond et marécageux, sur un vieux pont réparé à l'aide d'arbres abattus sur les bords de la rivière el regagna l'armée du général Lee, ramenant 165 prisonniers, 260 chevaux et mulets, une grande quantité d'armes, rapportant sur la position de l'ennemi les renseignements les plus précis et les plus détaillés et ayant détruit des provisions et des munitions de guerre évaluées à plusieurs milliards de dollars. 11 n'avait perdu qu'un seul homme, le capitaine d'un des esca-

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I^ eeconde fois, au moie d'aoât de la même année, à la t^te de 1,500 hommeB de cavalerie et 2 pièces d'artillerie, il pénê- Ira, à la faveur d'une nuit très noire et d'un violent orage, au milieu du camp des fédérés, faillit prendre le général en chef Pope, et fil prisonnier presque tout l'état-niajor, y compris le chef, en s'emparanl dft la correspondance du géuéral et revint le lendemain, ramenant 300 prisonniers dont une forte proportioQ d'officiers; ses pertes étaient insigailîantes'.

La ti-oisiOme expédition de Smart, au mois d'octobre 1863, ne dura (]ue 24 lieures, pendant lesquelles il fit 128 kilomètres avec 1,800 chevaux et 4 pièces d'artillerie. Ce fut cette fois une véritable razzia exécutée au milieu des escadrons de la cavalerie fédérale, qui chercha à le cerner de toutes parts sans pouvoir réussir à le prendre; il détruisit ou brûla (jtiantité d'armes et de munitions, de wagons, de magasins, de machines et de trains de matériel et revint en se faisant jour de vive force à travers toute une division de cavalerie.

Mais c'est dans l'armée fédérale qu'il faut aller chercher des exemples de raids exécutés avec des masses de plus de 6,000 hommes de cavalerie. Le plus brillant fut celui du général Stoneman, du 28 avril au S mai 1863, pendant la bataille de Chancelloroville, où il aurait mieux fait de se trouver : parti avec 10,000 cavaliers, formant 3 divisions, il en laisse 2 pour tenir en échec la cavalerie confédérée, la troisième pénètre jusque dans les ouvrages avancés de Riclimond; les trois divisions se retirent ensuite au milieu de difficultés sans nombre et ne franchirent qu'avec peine te Rappahannocii, pourrentrerdans les lignes de l'armée fédérale*.

Plus lard, le général Pheridan, un des meilleurs généraux de l'année fédérale, surnommé dans cette arme le Murât américain, fit avec 5 divisions de cavalerie d'un effectif total de 10,000 hommes et un équipage de pont léger, le plus grand raid de toute la guerre, qui dura 36 jours, du 9 mai au 14 juin. Le résultat le plus important de cette expédition fut la mort de Stuart, tué le 11 mai, à quelques kilomètres de Richmond ; Sberidan porta cependant la

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