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I. les Cheminé de fer pendant la guerre, p

MOBILISATION ET CONCENTIUTtON. 651

'endant ce temps, commeat opôraieut les Allemands? Tout éuit chex eux préparti et réglé à l'avance: 1° pour la mobilisation; 2° pour la conceniration, qui formaient deux optîratioQsabsolumeul dislincltiB. L'ordre Jh mobilisation fut expédié de Berlin le 15 juillet dans la nuit et nolilié dans les cliefs-lieux de dii>ti-ict le 16 au matin. Immédiatement, les avis de convocation étitienl adresBée aux réservistes, ijui rejoignaient leurs régiments à partir du 19, et le 26 juillet, limite Usùe par l'ordre, tous les corps d'armée étaient complètement organisés. Les transports pour la concentra-' tion lurent commencés dès le 24; onze jours après, cVsl-à dire le 4 août, cette opération était terminée. Ce jour m^me, se livrait le combat de 'WisBembourg, el, le 6 aofit, avalent lii3u les deux batailles de Forbach et de Frcesctiwiller. Les tableaux de marcbe et du transport, établis à l'avance, avaient éti; suivis à la lettre. C'est le triomphe de l'arithmétique appliquée à la stratégie. Au mépris de nos rassemblements de troupes depuis Sierck jusqu'à Belfort, la concentration des armées allemandes s'était opérée sur la rive gauche du Rhin. Les dernières marches devant se faire par routes de terre, la première armée se trouvait <iu24au27 ^iCall et à CobleiUz, puis àTréves par étapes; à la même date, la deuxième armée se groupait en avant de Mannheiin et d'Alzey, la troisième armée, de Landau i Germersbeim. Les transports par chemin de ler n'étaient pas terminés complètement, mais ils étaient assez avancés pour ijeiTïieltre la man-lie on avant. L'effectif total des trois armées s'élevait â 415,!^00 hommes et 1,288 pièces, celui de l'armée française à 2.52,761 hommes et 912 pièces.

On s'est souvent demandé pourquoi, avec nos sept corps d'armée transportes, sinon concentrés à la frontière, avant le 28 juillet, notre élat-major général u'avait pas tenté un mouvement otTensif, BOit ponr porter la guerre sur le territoire ennemi, soit pour isoler de la Prusse les États du tàud, que l'on considérait alors comme ses alliés douteux, soit pour déterminer l'enirée en action de l'Autriche et de l'Italie par uu premier succès de nos armes. S'il s'agit .d'un mouvement général et d'une entrée en ligne de toute notre armée, la réponse ne semble p.is ilifBcile. fividennnent, on avait transporté les sept corps d'armée et la garde à la frontière avec l'intention de prpndre l'otTonsive , mais

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comme rien u'était préparé à Tavance, on ne se rendait aucun compte du temps nécessaire pour être prêt, et Ton avait espéré rétre assez tôt pour marcher en avant, sans avoir rien à craindre de sérieux de la part des armées allemandes. Nous savons de source certaine que l'Empereur et le major général attendaient à Metz, avec la plus vive impatience, l'arrivée de tout ce qui leur manquait, et ils songeaient si bien à l'offensive, qu'ils réclamaient avec instance l'envoi de l'équipage de siège destiné à la place de Metz. Il avait été en effet préparé pendant la paix deux équipages de siège considérables de 275 bouches à feu chacun, pourvus de tous les approvisionnements nécessaires et tenus en réserve, si nous avons bonne mémoire, dans les places de Lyon, Laugres et Paris. L'un d'eux était destiné au siège de Goblentz, l'autre à celui de Mayence. Il fallut, sur des ordres réitérés venus de Metz, y envoyer les bouches à feu et les affûts du premier de ces deux équipages qui ne servirent à rien et qui furent pris comme tout le matériel enfermé dans Metz ^

Malgré le désir de se porter en avant, on fut bien obligé d'y renoncer, faute d'avoir les moyens voulus pour marcher, les services administratifs n'étant pas prêts. L'artillerie avait eu la bonne fortune de pouvoir, avec l'autorisation du maréchal Niel, disposer de trois ou quatre millions restant d'un crédit de 200 millions alloués pour la transformation de l'armement; elle avait pu ainsi faire fabriquer les projectiles et préparer le matériel nécessaire pour les batteries de campagne et les parcs. Sans cette ressource, il eut été absolument impossible de faire la guerre en 1870, ce qui n'aurait peut-être pas empêché le Gouvernement de la déclarer. Mais l'administration avait subi les exigences de l'économie qui, depuis la guerre du Mexique, présidait impérieuse-

1. Si l'on en croit certains auteurs allemands, le plan arrêté entre TEmpereur et le maréchal Lobœuf consistait à former deux masses, l'une de 100,000 hommes en Alsace, l'autre do 150,000 en Lorraine et à les porter en avant pendant la concentration des armé«^'S allemandes pour séparer complètement TAllemagne du Nord de l'Allemagne du Sud ; à cet effet, les deux masses réunies auraient passé le Rhin à Maxau, entre Rastadt et Gennersheim pour débouclier dans le pays de Bade (Borbstaodt, Compagne de 1870-1871.) On comptait qu'à ce moment l'Autriche et l'Italie se prononceraient en fdveur de la France. Pour mettre un pareil plan à exécution, il aurait fallu que l'armée lut prête à marcher aussitôt après l'arrivée des corps sur la frontière; mais ces corps manquaient absolument de tout.

MOniI.ISATlON ET CONCENTRATION. 553

^entvfiu minislêre de la guerre, el c'est seulement le 7 juillet, ce st-

!k*dirc le leademain de la liiiclaration Je M. de Grnmmont, <\vie,

l'iiiîtialive du directeur des services administratifs, des appro-

ieiQQQements avaient él6 conimainléB pour les places de l'Est '. Le

feS juillet, oa manquait encore à Metï des objets les plus indis-

^nsables pour se porter en avant ; il n'y avait en ijuantitéa sufli-

jiles ni riï, ni eafii, ni eau-de-vie, ni avoine. L'tjlat-raijjor gi5-

hâral ne pouvait donc Taire marcher une armée qui n'était pas

^rôte, et l'occasion favorable l'ut perfue, car â la date du 1" août,

^oque à laquelle les cinq première corps et la garde purent ôlre

^ofiidérés comme presque compIètemeutorg.inisés, les Allemands

aient en force à Trêves (1" armée), â Maanheim, Bingen, Bir-

wnfeld, Kaiserstautern {'2' armée), à Landau, Germersheim,

■â' armëe)'. On acquit d'.iiUeurs l'assurance que l'Autriche ne se

Jclarerait pas en notre faveur, et l'on se résigna à la défensive,

fi prendre lee mesures que nécessitait ce changement de dé-

irœisatiOD, en essayant même sur la Sarre un mouvement oETeDsif

ins portée.

Uais, si l'armée française ne pouvait tentor une opération génélale, on aurait pu du moins, a-l-on dit, utiliser les 132 escadrons î trouvaient en Lorraine, les 10,000 chevaux qui restaient loMles en Alsace et les lancer sur le territoire ennemi, pour Ktuper les lignes de chemin de fer et de télé£;raphie, réquisidoo- |ler des vivres ou t&ut au moins se procurer des nouvelles de l'arlée allemande, sur li> compte de laquelle on était dans la plus tomplète ignorance. Pourquoi n'eu fit-on rien? C'est ce que nous B saupions dire. Le major général avait cependant recommandé LDx chefs de corps de montrer leur cavalerie, de ne pas craindi'c B l'avancer partout au tieià de la frontière, en prenant les précautions de prudence nécessaires (singulière recommandation qui be dénote pas une glande confiance dans les chefs de notre cavalele), mais il est probable que la cavalerie ne reçut pas d'ordres, r c'est à peine si l'on peut citer trois ou quatre patrouilles ayant ISTereé la frontière, et les Allemands, sans se montrer eux-mêmes

554 LES TRANSFOR&IATIONS DE l' ARMÉE FRANÇAISE.

bien entreprenants, nous donnèrent quelques exemples que nos divisions de cavalerie n'imitèrent pas; on ne chercha môme point à couper, près de Sarreguemines, le chemin de fer de Haguenau à Forbach, et Ton préféra faire la démonstration ridicule du 2 août sur Sarrebrûck, où les 3 divisions du 2"* corps se déployèrent en ligne contre 3 bataillons d4nfanterie prussienne.

On sait que les mobilisations et les concentrations d'armée se poursuivirent pendant toute la guerre. Les mobilisations furent le résultat d'une activité exceptionnelle, souvent même d'une grande force de volonté et d'une certaine fertilité de ressources d'esprit; mais le récit des efforts tentés à cette occasion, intéressant à plus d'un point de vue, ne nous donnerait aucune indication utile. Quant à la concentration des armées de province, nous aurons à en parler à propos des transports par chemin de fer.

Aussi bien nous en avons dit assez sur cette question de mobilisation, pour mettre le lecteur le plus étranger aux choses de l'armée à môme de juger des progrès qu'il y avait à réaliser ou plutôt de la transformation complète qu'il était indispensable d'opérer, aussitôt après la guerre de 1870-1871, dans cette partie essentielle, capitale même, de notre organisation. Nous ne pouvons d'ailleurs donner ici que les principes de la mobilisation générale, les mobilisations partielles étant nécessairement soumises à des règles particulières variant suivant les circonstances.

La mobilisation générale consiste à assurer le passage du pied de paix au pied de guerre, pour l'ensemble des forces militaires du pays, à constituer les troupes disponibles et les troupes de dépôt, à organiser les divers services du territoire, à mettre en état de défense les places fortes et les côtes. Elle s'opère par corps d'armée, suivant un plan approuvé et arrêté par le ministre, sur les propositions de commandants de corps, et ne pouvant être modifié que par lui, plan dont tous les détails sont prévus et réglés à l'avance, afin que, dans le cours de l'opération, il n'y ail plus rien à décider.

La mobilisation générale présente cette double gravité, qu'elle suspend brusquement la vie normale du pays, et que ses résultats influent d'une manière déterminante sur le début des opérations militaires. Une fois qu'elle est entamée, il n'y a plus à reculer et

iBILISATION ET CONCËNTHA-

l'on peut dire hautement : La mobilisalioii, c'est la guerre'. Théoriquement, elle est pr6céi3ii« d'une période que l'on appelle période do préparation, et pend-iot laquelle tous ceux qui, à un litre quelcOQque, ont à y jouer un i-âle, devront pi-endre toutes les meetrres pi-oproB à faciliter les opôralîons proprement dîtes de la înobilJBation, sans rien engager ni rien compromettre extérieurement. C'est la période des notes diplomatiques, des uUimatumiî, de* raôdiatioiis, etc. Autrefois, cela durait des mois et poiu- ne parler que dus guerres les plus i-écentcs, l'expédition d'Orient en 1854 a pu être prévue un an à l'avance, la guerre de 1859, en Italie, qui éclata à la fin d'avril, était engagée au moins depuis le i" janvier. Celle de 18G6, conséquence de la guerre de Danemark et de la convention de Gastein, a été le terme Huai d'une querelle qui durait depuis le 26 janvier; les premières mesures militaires de l'Autriche dataient du commencement du mois de mars, la moMlieation de l'armée piussienne ne commença réellement que le 10 mai. Eu 1870, au contraire, aucun indice apparent de guerre n'existait avant le.l5 juillet. Tout semblait même arrange le 13 par la renonciation du prince de Uohenzollera à la couronne d'Espaguo, et cependant les ordres de mise sur lo pied de guerre [en France, l'ordre de mobilisation en Allemagne fureut e^spédiés ! 14 et le 15 sans mesures préparatoires. 11 est probable qu'à Va^enir il en sei-a de même, le moindre prépai-alif apparent d'un X&16 devant entraîner des mesures réciproques ou l'intimation de «uapendre toute mesure menaçante; en définitive, ou aura la déclaration de guerre immédiate ou même la guerre sans déclaration. Chacun doit donc s'attendre ù chaque instant à une mobilisation snbito et méditer sans cesse son journal de mobilisation, c'est-A- 'dire l'ôtat qui résume, en ce (pii te concerne, les phases successives 'de l'opération, tant pour s'assurer que tout ce qui doit concourir à l'exécution est prêta fouctionner, que pour chercher des amiiliorations qui ue peuvent toutefois Stre introduites dans le plan sans l'ordre du ministre. Ainsi, eu tout temps, chaque chef d'unité, corps de U-oupe, état-major ou service, etc., a sous la main le inatéricl (armemonl, ijquipemeut, voitures, approvisiouuemeuts)

t. I.ti riim/iii'iur '/<■ ism;. porl.' giHiid Èlal-uiajop pntisM'n.p. H.

55G LES TRANSFOnMATIONS DE l'aRSIÉE FRANÇAISE.

nécessaire pour se compléter ; le personnel qui lui est affecté est désigné nominativement et réparti sur le papier entre les diverses fractions de l'unité ; le chiffre des chevaux ou mulets, la circonscription qui les fournit, le point où il faut aller les chercher, la composition et le départ des détachements chargés de ce soin, sont également indiqués. D'autre part, chaque officier, chaque homme de troupe à rappeler est porteur de son ordre de route, indiquant le lieu précis de sa destination; tout commandant de recrutement connatt la composition des détachements qu'il doit fournir, le point où il doit les envoyer, l'heure à laquelle il doit les faire partir; ces détachements ne devant pas sortir de la région du corps d'armée, il n'y a plus de ces chasses-croisés qui, en 1870, ont occasionné un si cflroyable désordre. En un mot, toute la machine aux rouages compliqués est là prête à fonctionner, pas une dent d'engrenage n'y manque, toutes les transmissions de mouvemient, tous les régulateurs, si l'on peut parler ainsi, sont en état. Constamment visitées et graissées, toutes les parties du mécanisme n'attendent plus que l'impulsion. Cette impulsion, c'est le ministre de la guerre, qui, de son cabinet, à l'aide du télégraphe, la transmet d'un mot et en une seconde sur tous les points du territoire.

A ce mot mobilisation, tout autre soin est mis de côté,*et il n'est plus qu'une préoccupation : exécuter le plan. Si une difficulté se présente en dépit de toutes les prévisions, elle doit être levée sur place, sans recourir à une autorité supérieure. Le ministre de la guerre et les états-majors généraux d'armée à peine organisés, l'état-major môme du corps d'armée ont, comme on dit vulgairement, d'autres chats à fouetter que le soin de ces détails. Chaque élément du corps d'armée est prêt au jour et à l'heure marquée, les ti*oupes ont reçu leurs convois administratifs, leurs trains réglementaires, leurs vivres de sac. Pendant ce temps, les trains dont l'ordre et la composition étaient réglés d'avance par les soins de la commission supérieure et des commissions de ligne, ont été préparés; tout est disposé dans les gares pour le passage et la nourriture des troupes. C'est alors que la concentration des armées s'opère suivant un plan secret, subordonné aux combinaisons stratégiques. La concentration s'exécute par éléments distincts et non par corps d'armée, c'est-à-dire que, pour éviter des mouve-

MOBU.rSYTLLIN ET CONCENTRATION, DOt

iaulîles, OD Ile coticeutre pas les coi'iiB d'anaée avant de S6 porter ii la. froritiûre. Tel est du moins le principe yosé par 'étâl-tanjor prussien. En 1870, l'armée allemande exécuta, avec nelques inodillcations motivées par l'urgence, les plans de mobiiEdtioa et de concentration tels qu'ils avaient élé établis par le tand 6ial-m.-kjor. La première opération demanda onze jours, la Itituième s'opéi-a en. dis jours. Total : 21 jours. Sans dire dans B secret des dieux, comme plusieurs écrivaine qui indiquent, à uelques heures près, la série et la lin de l'cnfautemeiUdcs armées ran^aise et allemande, il nous eel permis d'affirmer que ce délai iB 21 jours serait, de part et d'auti-e, considérablement réduit en aiqoi toueeme la mobiliàatioa, par la suppression do toute fornïlilé relative au rappel des hoimues et pour la concentration, lar le perfectioiinement du réseau des cbemins de fer, qui, eu Allemagne, piiniipalement, a subi en vue d« la guerre une transormalion complète. Rien qu'en inacrivaut sur le livret indiri- [uel de chaque homme son ordre même de mise en roule, on

iOem deux jours, puisqu'il n'y aura plus, au moment de la mobiisation, à faire distribuer ces ordres par la gendarmerie.

Quant à la rapidité de concentration, elle dépend essentiellement de la puissance de transport des chemins de fer. Les transporls ne constituent cependant pas toute la concentration ; 11 faut encore, au fur et à mesure que les éléments de l'armée di^barqueut aux garss prises comme pointe exirijines, les déployer sur un fi-oni assez étendu pour qu'ils puissent B6 mettre en bataille, assez resseri'é lour qu'ils puissent au besoin ee donner ua mutuel appui, et au liau de les disposer sur une ligne contiuue, les placer vis-à-vis des principaux débouchée, soît pour en profiter dans le cas de l'ûffeasive, soit pour y attendre l'ennemi dans le cas de la défensive.

Nousavons vu, dans cet ordre d'idées, les concentrations de 1805, 1806 et 1815. Des dispositions analogues seraient encore prises de nos jours. Ce qui caractérise l'époque moderne, c'est, d'une part, le chiffre énorme des effectifs et la difficulté de faire vivre, pendant la concentration, desarméesaussinombreuses, d'autre part, la facilité imprimée aux transports de troupes par l'emploi des chemins de fer. On a vu, en 186C, l'état-major prussien donner pour explication et comme un des motifs de la concentration de l'armée en

deux masses distinctes, Tune dans la Lusace, l'autre en Siléeie, la presque impossibilité de faire vivre pendant le stationnement une seule grande armée de plus de 250,000 hommes ; c'est dans l'hypothèse de difficultés semblables qu'on a imaginé les vivres de concentration réunis à l'avance subies lieux de rassemblements probables, pour subvenir à la nourriture des troupes pendant une période où les chemins de fer, absorbés par les transports stratégiques, ne sauraient servir pour le ravitaillement.

Il ne suffit pas d'assurer la subsistance des armées, il faut encore les faire arriver avec toute la rapidité possible aux points où elles doivent commencer leur déploiement stratégique. Cette rapidité dépend : 1° du temps employé à la mobilisation; 2® du nombre des lignes de chemins de fer dont on dispose. Quelques chiffres empruntés aux exemples de la guerre de 1870 nous édifieront à cet égard. Nous avons déjà vu la Compagnie de l'Est, lors de la formation des armées, transporter par trois lignes, en 10 jours, 186,000 hommes et 32,000 chevaux sur la frontière de l'Est; la môme Compagnie transporta de Neufchâteau à Châlons, par une seule ligne à une voie, en 60 heures, 22,000 honmoies d'infanterie, 3,500 chevaux, 500 pièces ou voitures du 1^' corps d'armée. Le 5* corps, d'un effectif à peu près égal, fut transporté en trois jours de Langres et Chaumont à Châlons. Enfin, le 7* corps fut transporté de Belfort à Châlons en passant par Paris, en deux jours et demi. En somme, les 1", 5* et 7* corps, comprenaient environ 50,000 hommes, 1,200 chevaux, 1,300 canons et voitures ; ils furent transportés et concentrés au camp de Châlons par 108 trains de 50 à 60 véhicules chacun, marchant lentement, mais avec une grande régularité.

Lors de la retraite sur Paris du 13* corps, commandé par le général Vinoy, la Compaguie du Nord expédia de Laon et de différentes gares de son réseau 43,068 hommes^ 13,567 chevaux, 273 voitures et canons à Taide de 135 trains; le mouvement dura 4 jours à raison de 34 trains par jour. Dans des circonstances très difficiles, le 20** corps de l'armée de la Loire fut transporté de

l. Y compris uii grand nombre do fuyards de Sedan, recueillis dans les placer du Nord.

StUBILISATION KT CONCENTRATION. 051'

:iij- ;i tiien, pai- la Compagnie de Lyon, sur une ligne à une raie voie, mai» on opérait le retour par une autre ligne, ce qui venait â peu près à employer une ligue à deux voies; ce mouvement exigcn 8S trains et dura 3 jours, à raison de 2â à 30 trains parjour^. Les règlements allemands prescrivaient autrefois 13 à 14 trains par jour pour une ligne à une voie, 18 pour une ligne à [eux voies. Ou vient de voir ces nombree fortement dépassés en rance pendant la guerre de 1870; il est plus que probable qu'aclellement, ils le seraient aussi par les ctiemins de fer allemands. !En tous cas, le réseau allemand a reçu depuis 1870 un très grand 'développement ayant pour objectif le transport des troupes, depuis ,l' intérieur de l'Empire jusqu'à nos frontières. Le nôtre a également été augmenté de plusieurs lignes susceptibles de rendre de très grands services pour la concentration des armées.

Pour juger de la rapiilité possible de cette opération, du moins [ans la période des transports par les chemins de fer, il faut partir les données suivantes : 1° le transport d'un corps d'armée complet ixige 100 trains de 50 à 60 voitures chacun; 2* une ligne à <ï voies peut recevoir 30 à 40 Irains par jour; 3° la vitesse des trains militaires est de 26 kilomètres à l'heure'. U résulte do là, par exemple, qu'un corps d'armée, situé à 600 kilomètres du point terminal de son transport par chemin de fer et pouvant voyager «sctusivemcnt par des lignes à double voie, exécutera le voyage dans les conditions suivantes :

Supposons que le premier train parte le lundi matin â 1 heure: Uarrive à destination au bout de rr heures, soit en 24 heures, il arrivera donc le mardi à 1 heure du malin; supposons encore qu'il t 30 trains par jour, le dernier train partira le jeudi à 10 heures du matin et arrivera à destination le vendredi à la même heure. Le transport du corps d'armée, en supposant que les ligues en question soient à sa disposition exclusive, aura donc duré 105 heures ou un peu moins de 4 jours et demi.

Si U distance n'était que de 60 kilomètres, la durée du transport serait d'un peu plus de 82 heures, non compris le débarque-

1, Jouqnuii, Ui Clirtniiu de /er pendant la guerre de l87()-IS7t, p. I3ii. •1. Marga. Géographie mtlUatre, l. I, p. ISÔ, cl Aide-m<nioire d'élat-mejùr ■ p. US.

560 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉB FRANÇAISE.

ment du dernier train. La route par étapes se ferait en 30 heures à peine, en deux étapes de 30 kilomètres. Il n'y a donc pas avanta^ à employer les chemins de fer pour d'aussi courtes distances. En général, du moment où un transport peut se faire par la route de terre en quatre étapes au plus, il n'y a pas lieu de recourir aux chemins de fer, puisque, même en supposant des lignes à deux voies, ce corps- d'armée met plus de 3 fois 24 heures à s'écouler du point de départ (non compris le temps d'embarquement du premier train). Aussi a-t-on fait une détestable opération en expédiant, le 9 août 1870, du camp de GhÂlons poiu* venir à Metz par le chemin de fer, le corps du maréchal Ganrobert, qui n'y arriva que tout désorganisé et incomplet, tandis que voyageant par les routes ordinaires, il aurait rejoint l'armée le 12 août ou tout au moins le 14, arrivant le 9 à Suippes, le 10 à Sainte-Menehould, le 11 à Clermont, le 12 à Verdun (trois courtes étapes), le 13 à Fresnes, le 14 à Gravelotte, ou avec les étapes habituelles, le 9 à Suippes, le 10 à Sainte-Menehould, le 11 à Verdun, le 12 à Mars-la-Tour.

Il nous reste à parler d'une condition essentielle pour la mobilisation et la concentration des troupes, c'est de pouvoir s'opérer en toute sécurité. Or, pour peu que la cavalerie d'une des deux nations en guerre soit audacieuse, elle franchira la frontière dès qu'elle pourra y être transportée, et, se lançant vers les points de bifurcation des chemins de fer, elle interceptpra les communications, coupera les fils télégraphiques, s'emparera des détachements isolés, en un mot portera le trouble dans la mobilisation des corps frontières et obligera son adversaire à reporter en arrière ses points de concentration en sacrifiant une zone de terrain plus ou moins large. Le seul moyen pour cet adversaire de s'opposer à des incm*sions aussi désastreuses pour lui, sera évidemment de lancer en avant sa propre cavalerie. En un mot, la mobilisation et la concentration d'une armée doivent être couvertes par une nombreuse cavalerie, qui ne doit pas d'ailleurs borner son rôle à cette action purement défensive, mais tout au contraire chercher à pénétrer de son côté sur le territoire ennemi. Telle est, avons-nous dit déjà, la mission confiée aux divisions de cavalerie indépendantes, mission d'une telle importance qu'onattribueaux Allemands l'intention d'y

UOUtLISATION ET CONCENTRATION. 561

}ouiacrer toute leur cavalerie de première formation. U est pro- Ibable que, de noire côté, nous y emploierons plus de six divisious. BComme la rnoWliBationdula cavalerie demande Tort peu de temps, puisqu'elle doit tout au plus se boraer ù compléter K'& quatre E6calârons de b'uene avec les ressources du 6' escadron, il est probable Iqne dès le deuxième joVii- de la mobilisatiuu, des masses considérables de cavulerie et d'artillerie à cheval nianœuvreront lus unes ftcontre les autres des deux côlés de la frontière. On peut prévoir I qu'avec 26,000 cavaliers H 180 pièces d'artillerie à cheval, agis- ■ Ranl L'Outre des forces égales, des chocs violents se produiront lelque pendant les quelques Jours que nécessiteront lamoldlisation P6t la conci^ntiation, res deux cavaleries adverses donneront un I spectacle donl rien ne peut fournir une idée dans les gueiTes pas- I eées. De Sedan à Épinal, notre fronliùrs présente un développe- I ment d'environ 200 kilomètres, mais la cavalerie, manœuvrant en I dehors du rayon d'a-lion des places fortes, appuyée d'ailleurs dé- I feosivement par des bataillons de chasseurs à piad, n'aura guère I à garder qu'un front de 150 kilomètres, divisé en plusieurs zones. On a parlé à ce sujet de grands raids qui pourront être exécutés de part et d'autre. La question, qui nous semble porter sur les mots beaucoup plus que8urlesfaitB,a été fort controversée. «Les uns se 1 demandent quelles conséquences aurait pour une armée, au len- • demain d'une déclaration de foierre, peut-être môme avant celle I « déclaration, un raid hnrdi exécuté par huit ou dix brigades de I « cavalerie, accompagnées chacune d'une batterie, traversant brus- « quement la fi-ontière, dctruisant les voies ferrées, les ouvrages < d'art importants, les quais de débarquement, iui.'endiant les ma- « gasins, semant la terreur dans lespopulnlionsjusqu aGOIieues do ■ la frontière, arrêtant du nit^me coup la mobilisation et la concen- « tralion '• » Les autres, au contraire, et ce sont généralement des I otSders de cavalerie, nient la possibilité d'exécuter des raids, qui I ont pu réussir en Amérique par suite de circonstances spéciales, r mais qui, en Europe, exposeraient à un désastre presque certain la l cavalerie qui voudrait les tenter et qui, en tout cas, l'épuiseraieiit 1 et la mettraient liors de service pour le reste de !a guerre.

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