Dussieux, V Armée en France
3. Nous supposons la loi votée, telle qu'elle est sortie des délibérations de la Chambre dos députés (écrit au mois de janvier 1886).
lil comprendre BO outre: 19 escadrons il'éclaireurs volontaU-eti, K>n8lttU(?seu tout temps et appelés à l'activité seulement en cas de (Bobilisation ; iiiiiis nous n'avons jamais entendu parler de ces esca- Fons, et les auteurs (jui calculent la force numérique de notre caalerie pour la comparer à celle de l'AUemague, n'on font pas menpn. Nous leg imiterons et, comme oiix aussi, noue laisserons de tlé les 8 compagnies de remonte.
Daim le décompte des escadrons do 1" ligne, il convient de reincher du cliiffrt' de 40G escadrons : 1° les 24 escadrons de spaliis t Ifl eecadroiis de chasseurs d'Afrique, qui ne tjLiitteraient probalementpas l'Algérie ; 2° les escadrons de dépât des 70 régiments B France, soit en tout 110^ ce qui réduirait à 2% le nombre des Scadrons de 1" ligne, et à 54,400 chevaux leur force numérique. ur ce nombre, 162 composent les brigades de corps d'armée, 144 eistent disponibles pour former les divisions indépendjmles. L'Allem-igne possède 93 régiments de cavalerie, fournissant S escadrons de dépôt et 372 escadrons actifs, dont 144 pour les di- Uione d'infanlerie et 228 pour la cavalerie indépendante. En suposant que les elTectifs soient les m^ïmes de part et d'autre, nous urions donc 76 escadrons de moins que les Allemands, et nos irisions indépendantes seraient inférieures de 84 escadrons, ai» il cet probable que de part et d'autre, vu l'importance de ces irisions au début de la guerre, on y emploierait tout ou partie es «^cadrons de l" ligne. Nous n'avons donc à nous préoccuper ne d'une différence de 76 escadrons. Si nous nous en i-appornB à l'étuds intitulée : la France esl-elle prâle ? attribuée ofHcielleent à un officier allemand, mais qu'on prétend in petto être due à lotque général français, qui aurait pris ce moyen détourné de dire pelqiiea vôriU's utiles, notre infériorité serait encore plus sensile. Loin de pouvoir présenter ITjO chevaiis, chaque escadron, par uile de la faiblesse dos ressources de nos remontes, n'eu aurait ue 1!!0, de sorte qu'en fait notre infériorité numérique serait de 0,000 clievaux, différence entre r>ô,800 (372 escadrons à 150 hovaux) Ht 35,û20 (29fi escadrons à 120 chevaux). Pour réta- Kr l'équilibre, il faudrait augmenter l'elîerlir en chevaux de bacua de nos régiments d'environ 120 et créer 14 nouveaux tgimcnts de cavalerie k 5 eBcadmns, dont 1 de dé|HÏt. Il est iin-
possible de penser à de telles mesures en raison de la dépense qu'elles entraîneraient, mais on pourrait réaliser des économies qui permettraient d'augmenter un peu, d'une manière ou d'une autre, l'effectif de notre cavalerie. 11 suffirait pour cela de réduire les cadres de nos régiments, beaucoup plus considérables que ceux de la cavalerie allemande. Tandis que les Allemands ont 2 officiers supérieurs par régiment et 4 officiers par escadron, chacun de nos régiments compte 5 officiers supérieurs et chacun de nos escadrons 6 officiers, non compris un officier de réserve. Nous avons donc environ 400 officiers supérieurs et 3,100 officiers subalternes de cavalerie pour 77 régiments, tandis que les Allemands, poui* 93 régiments, ne comptent que 186 officiers supérieurs et 1,860 officiers subalternes. Au début de la campagne de 1806, d'après un document tiré du dépôt de la guerre, chacun des 55 régiments de cavalerie qui entraient dans la composition de la Grande-Armée, n'avait que son colonel; le major (le lieutenant -colonel d'aujourd'hui) était resté au dépôt, 16 régiments n'avaient qu'un seul chef d'escadrons ; les autres en avaient deux. Il y avait donc en tout 149 officiers supérieurs aux escadrons de guerre, un seul par régiment restant au dépôt*.
Quoi qu'il en soit, on paraît avoir songé à réduire les cadres de nos régiments de cavalerie ; mais on ne s'y est pas décidé. Peut-être notre infériorité est-elle moindre que nous venons de le dire, car pour notre compte nous nous refusons à croire que nos escadrons de l''' ligne ne puissent pas être mobilisés à 150 chevaux ; ce qui réduirait l'infériorité signalée à 12,000 chevaux environ , peutêtre doit-elle être compensée par une supériorité en sens inverse dans les escadrons de 2* ligne; peut-être, enlin, les cadres qui excèdent les besoins ri*els de notre cavalerie, sont- ils réservés pour d'autres formations. Nous devons dire que très généralement les généraux et les officiers de cavalerie sont opposés à la réduction des cadres et àraugmentatiou du nombre des régiments obtenue par ce moyen; reconnaissant leur compétence, nous nous rangerons à leur avis.
L'institution dos édaireurs volontaires, prévue dans la loi du
I. Capitaine Foucart, Bôie de la cavalerie dans la campagne de Prnsite de
1800, d'après les arcliives de la guerre.
CAVALBniG. is
î maj-» 1875, à raison d'uo escadron iiar corps d'armée, avait évl-
bennnmil pour ofijet du fournir un persoimel instruit, intelligent,
Ardî, bien monté pour le service des reconnaissances. Nous igno-
bns pourquoi il n'a pas ëtii donné suite jusqu'à présent à cette
11 semble cependant que le service de sûreté des corps
k'ArmtSe et leur liaison, soit enti-e eux, soit avec la cavalerie indé-
|Budanlo, gagnerait à t^tre conQé k un personnel sx)(ïcial. Un dos
^ments de la brigade du corps d'armée servirait de soutien aux
keloton» d'éclaireuTB, l'autre rt^giment restant en réserve ou du
toi ne précédant plus immédiatement l'infanterie, conformément
K principes admis'. On a jugi) sans doute qu'une m^me li-oupe
B pouvait tenir lougtemps à un service aussi fatigant et qu'il était
Péférablc d'y appeler tous les escadrous à tour de rôle.
1 11 est un autre genre de service qui a toujours énervé les j'égi-
Rllls de cavalerie en campagne : nous voulons parler des escortes,
feulons à cheval, estafetteti, etc. D'après des documents recueillis
r la campagne de 1806, le 1*' régiment de hussards, appartenant
pis tirigade de cavalerie légère du général Milhaud et détâcbé de
BIte brignde pour être aiïecté au service de l'Empereur, en atten-
lOl la cavalerie de la garde, comptait, le 27 septembre 1806, 524
fambattaote^ il ne pouvait plus mettre eu ligne, le 31 oclobrej que
B3 sabres; l'auteur auquel nous empruntons ce renseiguement',
Davec Kiison que tout régiment qui est employé à fournir
) escortes est un régiment sacriQé.
> Dans l'ancienne année », dit le général de Brack, * nous avions
^ne menfeilleuse prodigalité de cavalerie légère ; aussi j'ai vu des
fgimcnts presque entiers divisés en domestiques de généraux,
mcortcs de fourgons particuliers, de calèches, etc. Tel général
I, Doua ItMnt cepciidaDt dans tn France tal-elle prfte fp. 62] ; • Lca coilrej ■«K UMMdrans sont dAjâ iléaigni^s ea teinpl do \m\: ils iluivenl campri^ndrn EMiu>olIleie», lirigndiera, tro[u|ielteî, ouvriers et lïO civûtiors. Les escndroiis
■vent tKFa atlacli6s i un dus règiinc-nis du cavalerie [tic) lâgùru de la brigade Kbu )Uin«r le iimnûro. Le cupltuine (luit i>n principe iipparienir au uaJri- d« rc) Ion aulrea ullicien puuVL'nt ùtro tiiéâ de l'armûi! nclive; les bomtnus Il «6 ri-cruier gianni lfv> auus-DlUclen ua soldul» (]iil ont au moins un un bearvle?, «piiofieDani déjà k lu rèsyrve el s'ennageanl h s'équiper cl à fournir y cheval. •
"I. Gèatral di- GnllilTet, Frojtl d'intirvction mr remploi de lu cavalerie. I87fi,
t. CapilaÎDe
ivrneo déjà c
« de division de cavalerie, célèbre du reste à juste titre, malgi'éles « ordres précis de TEiiipereur, se donnait pour escorte un escadron « d'élite, dont les hommes formaient non -seulement sa garde « d'honneur, mais encore étaient les domestiques de tous les offi- « ciers et employés do Tétat-major. Ces escortes épuisaient telle- « ment les forces d'un régiment, qu'ua jour d'affaire, il n'y avait « plus personne dans les rangs. Plus les régiments étaient bril- « lants, plus ils étaient certains d'être choisis pour ce service abu- « sif, parce que M. l'aide de camp ou M. le pharmacien en chef « trouvait plus joli de se faire suivre d'un hussard à pelisse écla- « tante que d'un chasseur à sombre tenue . >
Hâtons-nous de dire que ces abus ont été bien atténués depuis lors, quoique les expéditions en Algérie les aient longtemps entretenus. Mais nous avons vu encore, en Crimée, l'exagération des escortes et des détachements de cavalerie détournés de leurs régiments pour des services particuliers. Les officiers d'état-major ou les officiers d'ordonnance ne pouvaient aller porter un ordre ou demander un renseignement sans se lancer au triple galop, suivis d'un ou de deux hussards, montés sur de petits chevaux turcs. Ces allures précipitées inquiétaient les troupes en leur faisant supposer un danger imminent, en même temps qu'elles éreiutaient les chevaux de l'escorte, trop chargés poiu» leur taille et incapables de soutenir l'allure des chevaux d'officier.
L'histoire est là pour prouver la nécessité des escortes, même sur le cliamp de bataille. On sait que Bonaparte faillit ôtre enlevé à Valeggio, dans la campagne de 1796, par quelques cavaliers. Quelques jours plus tard, le général Wurmser, commandant l'armée autrichienne, aurait été pris par la cavalerie légère du général Fiorella, si les dragons do son quartier général ne l'avaient dégagé par une charge faite à propos. A. Vimeiro, les dragons anglais arrivèrent jusque sur Tétat-maJor de Junot et furent sabiéB par les escadrons d'escorte. A Polosk, en 1812, le commandant Curély fit prisonnier le général en chef de l'armée ennemie, en chargeant audacieusement avec deux escadrons. Pendant la même campagne peu s'en fallut que l'Empereur ne fût enlevé par les cosaques, près de Malo-Iaroslawetz ; les officiers de son état-major. Murât et Bessières eux-mêmes, combattirent serrés autour de
Hrou lie Bervice des dragons de la gai-di! le dégagea p.ir
it cliarge A fond. A Brienne, en 1814, reiilraiil la soir « boii trivoiiai', il Tut leiiu de si prés par des cosnquoG que son aide de Wmii Goiirgaud ai lua deux derrière lui. WoJlinglon fut eiiloiiré à Yaterloo par une cliargediiS'régiinenldnrtiasfieurB; à Magenta, le kolOTiel Edelfilieim, avec quatru egcadrous des luisBards de Prusse, lomba à l'improviate eur l'fïtat- major du marét-'lial Canrol)erl,dont
i iiQicitire furent obligés de mettre le sabre à la main el dont le •Met dVlat-oiajor, le colonel de Senaeville, fui tué. Enfin, lout «i inonde connaît l'incident de la bataille de Gravelotte, qui faillit Etire tomber le marâchaL Bazaine aux mains des Allemands. La rigade Rudern, poursuivant les cuirassiers de la garde, bouscula ft'élat-mnjor du maréulial, qui fut serré de près par un lieutenant
isisiea el dégagé par les deux i^scadronii de; son escorte. Peu s'en bilut que l'armée de Metz ne perdît ainsi son commandant en chef bt ne passât sons les ordres du mariichal Caurobcrl: la deelinée Me la France ne 1e voulut pas.
Dans l'ancienne armée, le service des escortes fut souvent Wntlé à des cavaliers spéciaux ; tels f iii-uat les guides que Bona- )art* créa aprÔ8 la surprise de Valegyio et qni, après l'avoir iiivi partout sous le commandement de Besaières, formèrent plus tard le noyau des chasseurs de la garde impériale. Ce furent eus qui rontribuOrent d'une façon si singulière à la vii'toîre d'Arcole, en mversant l'Alpon pour venir au moment décisif charger l'ennemi a flaac, an nombre de 25, précédés de 4 trompettes. Sons l'EmirirO} plueieurE maréchaux commandants de corps eurent des com-
ignîes de guides formées pour la durée de la campagne; une ettre de l'Empereur, en date du 31 mars 1809, nous apprend qu'un
^ment provisoire de 4 escadrons de chasseurs avait été organisé pour le senife de l'élal-major général pendant celte guerre. Ba Crimée, en Italie et pendant la camiwigne de 18T0, le service los escortes était fait par des escadrons commandés chaque jour.
D'après le6dispo.<itions récemment adoptées, les escortes doivent Ure fournies en permanence i>ar des encadrons on des portions d'esndrons, prises dans les dépôts en dehors des quatre escadrons aclifïde chaque régiment de cavalerie. Un demi-escadron de dragons ■
AaltitGtâ à l'escorte du commandant du corps d'armée ; un demi-
escadron de chasseurs ou de hussards est partagé entre les 2 divisions d'inranterie du corps d\nrmée ; un escadron de hussards ou de dragons forme l'escorte d'un commandant d'armée. Les généraux commandant les divisions de cavalerie indépendante n'ont pas d'escorte particulière. Le règlement sur le service en campagne ne dit rien d'ailleurs sur ce sujet. D'après rAide-mémoire des officiers d'élat-major, des sous-offîciers appartenant au régiment qui a fourni l'escorte d'un quartier général, marchent avec cette escorte pour faire le service d'estafettes. Au dire de l'auteur de la France est-elle prête? ces sous-officiers, ainsi qu'un certain nombre de cavaliers-plantons, appartiendraient à la réserve ouméme à l'armée territoriale.
Avant la guerre de 1870, quelques régiments de cavalerie se faisaient précéder de sapeurs, comme les régiments d'infanterie. C'était, sauf peut-être pour la garde, une fantaisie irrégulière, imitée de la cavalerie du premier Empire. Tous les régiments de cavalerie de l'armée d'Italie en 1796 avaient des sapeurs; l'arrêt du 18 vendémiaire an IX, qui institua dans la cavalerie les compagnies d'élite, portait que chaque cavalier de ces compagnies devrait avoir un outil sur sa selle. Les sapeurs des dragons d'Espagne sont restés légendaires, moins pour les services qu'ils rendirent comme pionniers que par la terreur inspirée par eux aux populations \
Dans la nouvelle organisation, les régiments de la cavalerie française ne comprennent ni sîipeurs ni pionniei*s. Il n'en est pas de même dans les cavaleries étrangères, et notamment en Autriche.
Il est certain qu'à la guerre une avant -garde de cavalerie légère peut être arrêtée dans sa marche par des obstacles qui seraient facilement détruits à l'aide de quelques outils, qu'il peut être indispensable, par exemple, de barricader les rues d'un vil-* lage, d'établir une rampe d'accès à un cours d'eau, de couper une route par des abatis, de pratiquer une ouverture dans une clôture palissadée, de faciliter la marche des batteries à cheval, soit en améliorant un chemin, soit en élaguant les arbres, pour passer sous bois. En outre, la cavalerie a pour mission d'opérer sur le
1. Dans la répression des actes commis sur nos traînards, ou môme sur nos prisonniers par des paysans fanatiques, ces sapeurs égalèrent plus d'une fois les cruautés qu'ils étaient chargés de punir.
CAVALunii:. i9
rûûieiiiî cut'luineit destructions, Lelles que cclleij des roîeB ferrées, des ponts, des lignes télégraphiques, destmclions luixquellcs il iioiinviit ùtie avantageux d'aCTccter des dùlachemente ^i}ciaus, iirL-ulablemant exBvr.és. L'expérience en a i>té faite dans l'armée autrichienne pentLint la campagne de 1866 en Bohême ; bprè» ta [jaix, et (l'aprés les résultats de celte expérience, la mesure tL^é généralisée'.
Dans chafjuu régiment de caviderie aulricliienne', le 4" peloton [du 6* escadron est un peloton de pionniers. C'est ce peloton qui buniit l'avant-garde chargée d'assiirei" la marche du régiment par « travaux de terrassement ou par rétablissement de ponts volants, !t dfl procéder à la destruction des voies ferrées. En outre, chaquo UKidron, sauf lo 6°, comprend Ô ou 6 pionniers, employés isrUcultèremenl aux petits travaux du bivouac. Le peloton des pionniers présente un effectif de 30 hommes, ayant comme les BioUQiers d'escadron, le même équipement, le mûme armement, Bmémo harnachement que tes autres cavaliers et recevant au^si t ini*me imstiuction militaire. Chaque pionnier du peloton porte, B une poche I3U cuir assujettie à la ceinture, une cartouche de dynamite*. Les outils sont rép:irlis entre eux.
L'exemple de la cavalerie autrichienne a été plus ou moins suivi
bas les autres armées. En Allemagne, chaque escadron comprend
B escouade de G hommes destinés à accompagner les reconnais-
■8 ; ils sont plus spécialement chargés do la destruction dt's
rôles ferrées. Leurs outils et cartouches Sont transportés sur les
noilures pondant les marches et ne sont Û.^és au paquetage qu'en
s d'expédition. Dans les régiments bavarois, le nombre des pioii-
îers d'escadron est réduit à 4, armés seulement du sabre et du
ralvor.
■ Ed Angleterre, chaque eSLadron de cavalerie comprend un soubcier «l 4 cavaliers-pionincrs.
En Italie, il existe dans chaque régiment do cavalerie un sergent iHpeur, et dans chaque escadron uu caporal et 8 cavaliers sapeurs,
(. flofruti, Bm Méthodes de jaeire aeturileji.
' ' s dâtnils <]ui vool suivru sont tMiipruniéa k um.' jiols s rus, puiiliuc pur lu rûuaion dus olliciers. Jr }. Irfi nalu iirâcitùD sur ks cuvulerios élrungères indii[ue ii B Ûlugranuue, c'est ])roliublcincut l bcctograiuma.
3 cartouche dâ
armés uniquement du sabre et du revolver; ils portent constamment leurs outils ; lorsqu'ils doivent procéder à la destruction d'une voie ferrée, le caporal prend sur lui, dans 2 sacoches fixées à la ceinture, 12 cartouches de dynamite et 15 amorces, portées ordinairement sur la voiture de Tescadron.
En Russie, Tessai des pionniers de cavalerie a été fait pendant la dernière guerre contre les Turcs ; nous trouvons à ce sujet des détails intéressants dans le récit d'un correspondant de journal, qui accompagnait la colonne du général Gourko dans sa marche à travers les Balkans. « La colonne, partie le 10 juillet de Tirnowa « pour francliir les défilés de Zelenskirad », dit M. Dick de Lonlay, « comprenait 5 régiments de dragons et de imssards, 2 régiments « de Cosaques, un demi-cFcadron de la garde impériale, un déta- « chement de pionniers à cheval, armés de pelles, de pioches, de ♦ haches et formé de Cosaquos du Caucase, du Don et de l'Oural, « exercés à l'avance au service du génie en vue des travaux à « exécuter dans les passages des Balkans, une sotnia de Cosaques « de l'Oural, 3 batteries de 4 montées, 12 canons de montagne et « diverses troupes d'infanterie, soit en tout 10 bataillons, 25 esca- « drons et 30 bouches à feu. La colonne était précédée de 20heui*e8 « en avant, par l'avant-garde avec laquelle marchaient les pion- « niers, que commandait un colonel, et qui durent se livrer pendant « trois jours, pour assurer le passage de l'artillerie, h. d'énormes « travaux. Plusieurs fois on rencontra d'énormes rochers qu'il « fallut attaquer avec dt3s pics, le généi-al Rauch, qui commandait « l'avant-garde, n'ayant pas voulu employer la dynamite*.
A la suite de la guerre, le service et l'outillage des pionniers de cavalerie ont été réglés ; l'outillage et les engins explosifs sont transportés à la suite du régiment sur une voiture légère et répartis par escadron sur des chevaux de bât en cas de marche rapide. Enfin, les cavaliers peuvent, au besoin, porter sur eux les cartouches de dynamite.
En France, la cavalerie persiste à ne vouloir ni pionniers, ni dé-
I. Le colonel Roiii«[uôres, rjui commandait les pionniers à cheval, fut tué i la célèbre attaque do la passe de Schipka, devant laquelle échoua une première luis le général Gourko, et qui ne fut cnhn'ée que plus lard, par une marche concertée de Gourko et de Skobelefl*.
tacbements spéciaux pour opérer la destruction des voies ferrées ; elle s'est même refusée à laisser porter les engins explosifs sur des voitures ou des chevaux de Mt. Tous les cavaliers, sans exception, ont chacun un pétard de dynamite de cent grammes, arrimé sur la sacoche de droite; les sous-officiers et brigadiers portent les amorces et mises de feu ; quatre sous-ofliciers par escadron sont, eu outre, munis d'une scie articulée, outil des plus utiles et des moins encombrants. Quant aux autres outils, ils doivent être fournis par les batteries d'artillerie (instruction du 27 juin 1876). On a même, à cet effet, augmenté la proportion des outils dans les batteries attachées aux divisions de cavalerie indépendantes. Nous nous permettrons de penser que les chefs de la cavalerie française se sont montrés un peu exclusifs sur cette question des pionniers, tranchée par eux autrement que dans toutes les armées étrangères. Il est vrai que, chaque cavalier étant porteur de 100 grammes de dynamite, on se croit certain, quelle que soit la force du détachement chargé d'opérer une destruction, d'en avoir une quantité suffisante : 15 kilogr . par escadron, 60 kilogr. par régiment, sans compter Tapprovisionnement de réserve de 150 kilogr. transporté par une des batteries de la division. Ce serait plus qu'il n'en faudrait; mais I à moins d'une surveillance rigoureuse , il est à craindre que plus d'un de ces pétards portés individuellement ne fasse défaut au moment du besoin. Aussi, d'après une décision récemment provoquée par la commission supérieure des chemins de fer, il doit être formé des détachements de sapeurs destinés à suivre sur des voitures légères les divisions de cavalerie ; ces détachements seront accompagnés de voitures portant la dynamite et les outils.
Il est une autre question sur laquelle la cavalerie française est également en opposition avec celles de presque toutes les autres puissances: la suppression des lanciers.
L'Allemagne *, sur 93 régiments de cavalerie, en possède 25 de uhlans, tous armés de lances.
L'Angleterre, sur 31 régiments de cavalerie, en compte 5 de lanciers.
I. Rau, É(al militaire des puissances étrangères. Uéunion des officiers : Noto déjà citée.
TBASirOEM. DK l'aBM. rSANç. G
H2 LES TI'.AN^FOnMATIONS DE l'aRMÉE FRANÇAISE.
L'Autriche, sur 41 régiments de cavalerie, comptait 11 régimeiits de uhlans nrmés de lances; par une décidon du 19 mai. 1884, la lance a été supprimée ; ces uhlans sont armés maintenant comme des dragons.
La Belgique, sur 8 régiments de cavalerie, en compte 4 de lanciers.
L'Italie, sur 22 régiments île cavalerie, en a 10 de lanciers.
L*Espagne, sur 24 régiments de cavalerie, en possède 8 de lanciers.
La Russie, sur 89 régiments, en compte 25 dans lesquels le l»reniier rang est armé de la lance, savoir: 4 de cuirassiers^ 2 lie uhlans, 19 fie Cosaques; elle dispose en outre de 683 sotnias «le Cosaques irré.guliers, dont plus de 400 armées de la lance. On sait ce qu'étaient autrefois les Cosîiques irréguliers, et tout le monde a lu les admirables pages <]ue leur ont consacrées le général Morand et, après lui, le général de Brack. Ces deux auteurs los ont cités comme le type h? plus parfait de la cavalerie légère; on dit que la civilisation les a fait dégénérer, mais un écrivain allemand * préten J au contraire que parmi eux seulement on pourrait trouver de vrnis cavaliers. Il est permis de croire, eu effet, (fi:o si un nouvel aj^ressour envahissait la Russie, il trouverait encore en eux '- ces cavaliers légers qui entourent l'armée d'un " ré>eau de vigilance et de défense impénétrable, qui harassent « l'ennemi, qui, donnant toujours des coups eln'en recevant jamais, *' ;iltoignent complètement et parfaitement le but que doit se pro- < po^er toute cavalerie légère' ».
Quoi qu'il en soit, à rencontre de toutes les nations que nous venons de citer, sauf l'Autriche, la France qui, de 1806 à 1871, a eu des régiments de lanciers, n'en a plus. Il peut être intéressant de sp demander pourquoi et comment elle en a eu, pourquoi et comnieiit elle n'en a plus et si elle ne devrait pas en avoir encore. Cette recherche manque peut-être un peu d'utilité pratique, car il n'r'st pas proliable qu'on revienne jamais sur la suppression des
I. I/aiitMjir anonym-' du livre inlitulô : /a Diris/on de caralerie dans la defnfilf, dont la troductiim a été publh'C par la Revue de caralerie.
1. l)t'. BrAck, Arnnf-Posfes de cavalerie légère, p. i77. La Uussit.' leud d'ail* l'Mpx l\ diiiiin'.îer dans sa rnvali'ri»» 1** nombre dos lioiume» urnai'S do la lance; l'js cliitrres «lue nous donnons datent de 188.j.
lanciers; elle aura du moins Tintéret d*uae étude rétrospective, fondée sur les plus glorieux souvenirs de notre cavalerie ; elle nous permettra, en tout cas, d'aborder des questions d'une importance plus générale, qui ont soulevé depuis 1870 des polémiques assez vives.
On connaît Torigine des régiments de lanciers. Lorsque, à la fin de Tannée 1806, Napoléon, vainqueur de la Prusse à léna, fit son entrée dans Varsovie où l'avaient précédé DavoutetMurat,un corps de cavalerie recruté parmi la jeunesse noble et riche de la Pologne fut attaché à sa personne. Ce corps était muni de la lance, arme traditionnelle des Polonais (naguère encore les uhlans autrichiens se recrutaient exclusivement en Gallicie).
Plusieurs généraux ont pensé, à cette occasion, qu'une levée en masse des Polonais eût été pour Napoléon le seul moyen de combattre efficacement les Cosaques russes. « Si l'Empereur », dit Morand, « eût dispersé les vaillants jeunes gens qui formaient l'un des « corps de sa garde dans les nombreux villages de leur pays, avec « Tordre de se retrouver sur le champ de bataille, chacun avec une « compagnie d'hommes montés, armés et équipés à la manière de « leurs ancêtres, le brave Poniatowski, à la tête de cette cavalerie « immense et redoutable, eût seul peut-être renversé le colosse et « vengé les outrages faits à sa nation. L'armée russe, veuve de ses « Cosaques, aurait péri tout entière de faim et de misère, sans peut- « être même obtenir l'honneur de tirer un coup de canon, mais les « Polonais eussent été libres et indépendants; mais la politique ne « le voulait pas, et le génie dut fléchir devant elle * »
Ces idées, si éloquemment exprimées par le commandant de la 2* division du 3* corps de la Grande-Armée, étaient aussi celles de son illustre chef, le maréchal Davout. L'Empereur ne les approuva pas et se contenta d'incorporer dans sa garde le nouveau régiment des lanciers polonais.
Dix-huit mois plus tard, en Espagne, ce régiment accomplissait un des faits d'armes les plus étonnants dont les annales de la cavalerie puissent faire mention.
L'Empereur, appelé par le soulèvement de Madrid, marchait