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I. V Année selon la Charte, p

84 LES TKANSFORMATIONS DE l'aRMÉE FRANÇAISE.

8ur cette capitale. Il était suivi par toute la cavalerie de la garde, en tôte de laquelle se trouvait le régiment des lanciers polonais dont un escadron était, ce jour-là, de service d^escorte. Arrivée au col de Somo-Sierra, Taruiée se trouve en face d'une division de 9,000 hommes, appuyée par 16 canons qui dominaient et balayaient la route. La position semblait inexpugnable. Une infanterie qui eût voulu l'aborder de front, eût été hachée ; la tourner aurait été trop long: avant que les régiments d'infanterie détachés dans ce but eussent couronné les hauteurs qui, à droite et à gauche dominent le col, la colonne du centre aurait été écrasée. Sans laissera ses soldats le temps de s'étonner et à ses ennemis le temps de se reconnaître, TEmpereur se tourne vers Tescadron d'escorte et montrant du doigt les batteries : « Allons », dit-il, « enlevez-moi cela et au galop. » Aussitôt Tescadron se précipite en colonne par quatre sur la route, sous le feu le plus violent: il est ramené, mais le colonel le rallie et Tappuie avec les autres escadrons ] la montagne est gravie au galop ; les lanciers pénèti'ent dans les batteries, clouent les canonniers sur leurs pièces et s'en emparent ; rinfanterie espagnole, sui'prise de ce coup d'éclat, est mise en déroute et le redoutable passage est enlevé \

Une telle action devait assurer la renommée des lanciers de la garde , bientôt partagée par un autre régiment polonais faisant partie de la cavalerie de ligne, et surtout par les lanciers rouges formés plus lard avec la cavalerie de la garde du roi de Hollande.

En 1811, les services rendus par les lanciers décidèrent Napoléon à créer le corps des chevau-légers-lanciers, comprenant 9 régiments. Leur réputation fut portée à son comble dans la campagne (le 1815, pendant laquelle ils se couvrirent de gloire, le 16 juin nux Quatre-Bras, le 18 juin à Waterloo ; si bien que, la Restau-

l. Victoires et Conquêtes, t. XVU. M le colonel de Gonncville, dans ses Souvenirs, raconte le fait d'une manière un peu différente : les chasseurs à «rheval de la garde auraient chargé les premiers, après une reconnaissance do la position, faite par le général Pire, ({iii Tavait déclarée impossible À enlever; les chasseurs auraient été vivement ramenés, et c'est alors que le colonel des lanciers , comte Krasinski, aurait demandé à l'Empereur de recommencer ratiafjue, mais le récit du duc de Padoue dans ses Mémoires, et celui de M. de Colhert, dans ses Traditions et Souvenirs, sont conformes à celui que nous donnons. D'après le bulletin officiel de la bat^iille, la charg«' aurait été conduite parle général Montbrun, sur l<?s états de service duquel figun» la mention : '^ >'(.'sl di.^tingué à la batailh- d»» Sonio-Si'M'ra ».

TAVALEHIE. 85

Iftitioa les ayant KuppriméG [tour ne coiiBei-vei- que le soiil i-égimeiit I «Im lanciers île la garde royale, re fut une idée învéU:r<îe dans le , [riililic que cette suppression .ivaît été imposée par un des .irticles I eoctetsiles traités de ISlô. Quoi qu'il en soit, Louis- Phi lïppe cnit I donner th-iti^rartion au vœn de la nation et de l'nrnnSe eu rétablisl wtnl lee régimeiilg de lani^icrs, en leuu donnant l'naironno des I UncJors luuyes de l'Empire, ijuils ne gardèrent pas longtemps du I reiitt>, et en conUaiU à sou ûU, le duc de Nemours, le cnmmande- I menl du 1" régiment, formé aveu celui de la garde royale.

Depuis lors, cependant, les régiments de lanciers, d'abord an [ nombre de (i, puis portés à 8, n'ont rien ajouté à l'illustration de 1 leurs atnés, et ne se sont guère distingués que par l'élégance de i leur costume et de leur coiffure polouaîse. Cependant, à la ha- I UiUc de Solférino, une cliargo en fouri-ageui's, énergîquement I pmistiée par le 1" régiment de lanciers, dégagea U droite du 4* I corps tîl permit à l'infanterie du général Niel de s'emparer déii- I nitivemE^ut de Casa-Nnova ; à la bataille de Froeschwiller, le 6' de I lanciers mérita d'être associé à la gloire acquise par les cuirassiers de la brigade Michel, puisqu'il eut une part égale à l'Iiérolque charge de Morsbronn : sur doux escadrons engagés, il ne revint de cette charge que 2 officiers et 15 cavaliers. A la bataille I de Hezonville, les lanciers de la garde impériale, revenant d'ee- I cortcr l'empereur jusqu'à Ëlain, fournirent une charge des plus I heureuses contre les dragons prussiens ; ils les traversèrent, mais, Ipru pour l'ennemi à cause de leur costume étrange, ils furent luttaUlis et sabrés par les dragons et hussards de la division Le- Igniul; cette funeste méprise enleva peut-être à la cavalerie fran- IçaJM le succès qu'elle aurait obtenu dans le grand combat où plus le 7,000 cavaliers furent aux prises.

Vers la Un de la guerre de 1870, plusieurs généraux et colonels I (leuiaadèreul instamment que les lances fussent retirées et rempla- 6 par des carabinei. « Je vous en prie >, disait au ministre. 18 un télégramme que nous avons lu et dont nous garantissons Ile sens sinon le texte exacL, le colonel d'un i-égiment de lanciers, |le ô'f crayous-nous, • retirez-moi mes lances, et donnes-moi des « ehassepots ; armé comme je le suis, je ne puis éclairer l'armée. » Le fait est que l'armée était peu ou pliilùt n'était piis éclairée.

Le général de Loverdo, directeur du personnel au ministère, répondit à ce colonel : « Prenez modèle, pour éclairer rarmée, sur « les uhlans prussiens, qui sont armés de lances. »

Malgré cette spirituelle boutade, les lances du 5* régiment ne tardèrent pas à être remplacées par des fusils de cavalerie. La môme mesure fut appliquée successivement aux autres régiments, et la loi de 1875, en ne mentionnant plus de lanciers, ne fut que la consécration d'un fait presque entièrement accompli.

Les motifs allégués pour la suppression de la lance étaient : l**la nécessité de pourvoir toute la cavalerie d'armes à feu ; 2^ l'impossibilité de former, avec la durée insuffisante du service, des cavaliers capables de manier convenablement la lance ; 3* l'inconvénient du port de la lance à la botte, qui a presque toujours pour conséquence des blessures au gai*ot et la fatigue excessive du bras du cavalier; 4* la rareté probable, à l'avenir, des combats de cavalerie contre infanterie ; 5** l'infériorité de la lance dans les engagements de cavalerie.

Le premier de ces motifs est évidemment plausible, mais les uhlans prussiens sont annés de carabines Mauser, un peloton par escadron dans les régiments de lanciers italiens est armé de la lance et du mousqueton, et si le port de la carabine française est incompatible avec celui de la lance, on aurait pu donner aux lanciers une arme à feu plus légère, sans leur ôter leurs lances.

Au fc^econd motif nous n'avons rien à objecter, si les officiers de cavalerie, seuls compétents pour en juger, l'affirment positivement. Nous nous bornerons à obseiTcr que les fameuses divisions de cavalerie de la Grande- Armée ont moins brillé par l'habileté équestre de leurs soldats que par Tadresse de ceux-ci à manier leurs armes. Tous les auteurs allemands en font la remarque : la supériorité des Français dans les engagements de cavalerie a tenu à Tusage qu'ils ont su faire de leurs sabres et de leurs lances plutôt qu'à leur manière de monter à cheval et à la qualité de leurs chevaux. Ne pourrait-il pas encore en être de même aujourd'hui avec la lance aussi bien qu'avec le sabre?

Quant au port de la lance à la botte, l'inconvénient signalé est réel; mais le général de Brack donne le moyen de l'éviter en imitant les lanciers rouges qui changeaient souvent le porte-lance d'é-

F irïer, et laUnière de In-as, tenant k Uiice laiilôl à droite, laïUùL à gaachu, et ijni même, île temps à autre, faisaient souteuir la lance par le cavaliei' sans l'appuyer à l'étrier-

Qui uc ronnatt le mot de MontécuciiUi, répété par le maréclial

(le Saxe : « La lanre est la reine des armes. ■ Le maréchal Mar-

, mont s'est montré après eux eutliousîaiite (lu la lance; selon lui,

I cUe ne (convient pas  la cavalerie légère, appelée à combattre corps

I i corps \ mais contre l'infanterie elle est souveraine, et il faudrait

m armer le preraiiT rang de tous les régiments do ligne ut de grosse

cavalerie. 11 raconte même h ce sujet un épisode assez curieux de

la lialaille de Dresde, le 27 aoiU là 13. L'infanterie de l'aile gauche

[ ilerarmée autrichienne, séparée du centre, luttait contre la cavalerie

I ils Uurat qui ne pouvait parveuirâ l'eatamer; la pluie, qui tombait

I (lopuie le matin, avait mouillé les fusils à pierre, et des carrés sur

laequels s'acharnaient les cuirassiers du corps de Latoiu^-Mau-

[ iioorg, ne partaient plus que de rares coups de fusil ; pourtant les

escadrons venaient se briser contre un rempart de baïonnettes

I tiu'iU ne pouvaient franchir. Lalonr-Maubourg eut l'idée de placoi-

■ devant le premier escadron les cinquante lanciere de son escorte;

fis oavrirL'nt avec leurs lances, plus longues que les fusils, une

I Inèche par laquelle se précipitèrent les cuirassiers; plusieui's car-

I réB furent ainsi enfuncés; l'aile gauche des Autrichiens tout entière

f succomba et fut prise.

Le général de Brack, qui avait servi successivement sons l'Emt dans les hussards et dans les lanciers, s'exprime ainsi.:

■ La lance est l'arme dont l'effet moral est le plus puissant et « dont les coups sont les plus meurtriers... » • .\ Waterloo »,

IncoDle-l-U ailleurs, € nos quatre régunents de la garde se Irou- E« inieq^ sur une même ligne; nous avions croisé la lance, l'eii-

■ uemi détua«qua sjiontanément notre frant pour se porter sur W* les régunents à .irmes courtes. • Ce général ajoute, il est vrai ;

• La lance n'est une nnue redoutable qnVi la condition d'être ma- > niée par un i^ivalier adroit et solide. Au contraire, elle assure la I ■ perto d'un lancier nialliahile et mauvais cavalier. *

iic bit de la bataille de Dresde, cité par Marinont, ne pourrait E évidemment plus se produire ; quelques of&ciers atlîrment même, et I nniia Iv rappelons atin de pouvoir examiner lu i|uatriènie objection

J^S LES TRWSFORNrvTlONS DE L*ARMÉE FRANÇAISE.

(juc nous avons indiquée contre le maintien des lancierSi que

« Tinfanierie ne pourra plus'jamais être abordée par la cavalerie ».

^ L'infanterie », dit le général Berthaut, «doit être bien con-

< vaincue qu'aujourd'hui elle n'a rien à craindre de la cavalerie, « et qu'elle peut recevoir une charge dans une position quel- « conque* » ; mais cet auteur ajoute : « pourvu qu'elle l'attende « avec calme, et qu'elle ait en avant d*elle un champ de tir très « étendu; toutefois, les formations à rangs serrés sont les plus « avantageuses. »

Il n'y a là rien de bien nouveau, car le maréchal Gouvion- Saint-Cyr , cité par le général Berthaut luî-m'*me , avait déjà écrit il y a longtemps : « Napoléon était en général fort partisan

< des carrés, et ils sont devenus dans les armées françaises d'un « usage journalier. Ce système m'a toujours semblé absurde, et '< pendant environ vingt ans que j*ai fait la guerre», je n'ai jamais «< rencontré une circonstance où il m'ait paru nécessaire de l'em- « ployer. J'ai ouï dire à ceux qui s'en servaient que c'était dans « le but de donner à l'infanterie de la force contre la cavalerie et '< d'augmenter sa confiance ; j'ai toujours pensé que cela devait pro- «< duire le contraire, puisqu'on lui ôte de son feu qui fuit sa force'.» Malgré tout notre respect pour l'autorité de Saint-Cyr, nous nous permettrons de le trouver ici quelque peu exclusif et paradoxal. Il ne s'était pas trouvé d'ailleurs, quelloque fiVt sa grande expérience, dnns toutes les circonstances de la guerre. Napoléon îivait rapporté sa prédilection pour les carrés de la campagne d'Ég^-ple, où cette formation était indispensable pour maintenir l'infanterie au milieu des Ilots de Mameluks qui l'enveloppaient de toutes parts. Ces cavaliers , admirablement montés , d'une bravoure folle , méprisant la mort avec tout \o. fanatisme musulman, répandus dans la plaine, débordaient de leur multitude les lignes de notre petite armée, et la formation en carres, loin de diminuer le feu de l'infanterie, le produisait dans tous les sens, grâce aux dispositions adoptées. Plus tard, en 1800, lorsque la Grande-Armée se disposait à franchir les défilés de la Franconie pour pénétrer dans la vallée de la Saale, Napoléon, plein des souvenirs de la guerre

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