‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 60 sur 174 · I. Journée de Sedan, édition in-l2, p · texte numérisé non relu

I. Journée de Sedan, édition in-l2, p

AnTri-LEUIË, GËNIE, TDAIN llES tlJVlPAOZS. 141

fcbligua bk'iitûi â ui^eielor, luerles, à ra^raudisHcnienL de la Prusse Mqui lîous mil en 1870à deux doigts de noire perle.

Toiil le monde sait communt, en I86G, le ministre de laguerre se

irit forcé cil' dtimoiitrer à l'Empereur l'imposâibilité où nous étions

|le motlre sur pied le moindre corps d'urinée. Lorsqu'an mois d'a-

ril I8B7 l'alTaire dn Lnxembourg faillit amener nne guerre, qnî ne

Kiténtéeqnegi-Âceaujieiroi-ts d'une diplomatie intelligente, guerre

i laquelle, dans les l)ureanx de la rue Saint-Dominique, on crut

UAnae [)en(]anl quelques luniri's, il fallut bien reconnaître l'infiVio-

ité numérique de notre artillerie. Le mariïchat Niel (5tail alors

oUtre ; après avoir essayé de parer au mal par quelques roeBures

he détEÎl, il revint, par le décret du 13 mai ISiil, â une organisation

^ua Forte, plut< conforme siu'tout aux sages principes de 1829.

^our ne pas heurter tes idées porsonnelles de l'Empereur, les

fégimenifi à cheval furent consei-vés, mais on supprima les régi-

neu(« à pied où les officiers s'engourdissaient dans une oisiveté

^Ulivi* ; le coriis de l'artillerie fut alors ainsi composé :

■ 16 régiments montés (dont 1 do la garde) ayanl ensemble

ftSti batteries montées et 60 batteries » pied ;

► 6 régiments à cheval (dont 1 de la garde) ayant ensemble

9 batteries â cheval ;

1 régiment de pontonniers;

1 esMadron du train de la garde à 2 compagnies;

2 régiments du train â 12 compagnies chacun.

I Des cadres de dépôt devaient être formés en cas de guerre.

Le nombre des batteries de combat était y^r là porté à 164, dont B à cheval, pouvant servir 984 bouches à feu. Nous sommes en met^nre d'allirmer qu'ime augmenlatiou plus tasidârable fut mise en question quelques jours après le 13 mai; I 6'agtBsait de créer 28 nonvelies batteries, dont S à cheval, ce pi tCll porté le nombre de pièces attelées à l,ld-S, bien près des Odu maréchal Soull. Ces chiffres furent discutés dans une sorte beODSdtl, en présence de l'Empereur qui paraissait disposé âlesacl«r,6Înous avonsâté bien informé, et dont les conseillers intimes, Rprëvision du grand rôle de la cavalerie dans une guerre future, IniUBaient surtout n l'augmentation du nombre des batteries à leva). L'idée qui prévalut fut, au contraire, que nous avions plus

142 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉ'E FilANHAISK.

(le batteries qu'il en fallait et qu'en cas de guerre les Boixanle batteries à pied pourraient être immédiatement transformées en autant de batteries montées. Le général Susane, dans son Histoire de l'artillerie française, met le refus d'augmenter l'artillerie sur le compte du pays ; nous pouvons certifier que le pays n'y fut pour rien. Pour bien comprendre à qui revient la responsabilité decette décision, il sufiitde lire ce qu ena écrit le général de Blois. Cet excellent homme, sorti en 1870 du cadre de réserve pour venir prendre le commandement de l'artillerie du 15* corps d'armée, y donna à tous, malgré son âge, l'exemple du dévouement et de l'activité, doublés d'un savoir hors ligne. Dans son Histoire de l'artillerie du lô* corps, il s'exprime en ces tenues, que son extrême bienveillance et ses relations amicales avec les chefs de l'arme rendent particulièrement signilicatifs :

« Sous les gouvernements qui ont précédé le nôtre, toutes les « fois qu'une réduction a eu lieu dans l'effectif de l'armée, rarlil- « Icrie en a été atteinte plus fortement que les autres corps, et « quand au contraire l'armée s'est accrue, l'artillerie est le corps « qui en a le moins profité ; il en est naturellement résulté que « notre armée n'a pu envoyer autant de canons que les Prussiens « sur les champs de bataille. La responsabilité de cet état de choses « doit peser sur les grands chefs de l'artillerie, peu dévoués aux « intén'îts et à l'accroissement de la grande famille à la tête de « laquelle ils se trouvaient. Ils n'ont pas vu que le canon est « aujourd'hui la princijale Ibrco des armées et qu'en soutenant sa « cause ils travaillaient à accroître les forces elTectives de leur « pays. Tel est l'enseignement à tirer de nos désastres. »

Ajoutons que les hommes qui s'opposèrent à l'augmentation de l'artillerie, ou qni même n'employèrent pas toute leur iuQuence à faire décréter cette augmentation, furent d'autant plus coupables quiî les avertissements leur étaient fournis par l'histoire du passé comme par les exemples du présent. Toujours, dans les armées étrangères, la proportion d'artillerie avait été plus forte que dans l'année franraise. A la veille de ces discussions, les années prussieime et autrichicamo venaient de lutter dans la campagne de Sadowa : la première avec 792 pièces pour 236,000 hommes, la deuxième avec 800 pièces pour 240,000 hommes. L'armée italienne

ARTILLEIIIË, GÉNIE, rU\lS DES ÉyLIPAOES. 143

i Ciutozxa avaU 192 pièces pour 90,000 liomiuee, e>oil 2,1 pièces

Jlioiir X,000 hommes, et l'armée autriuliieiine «|ui triompha, 272

lipièces pour 57,000 hommes, soit 4,8 pièces par 1,000 hommes,

l« Commenl de pareils faits n'oal-ils pu frapper »? dit avec raison

ftl. le g^uéral Lewal dauB ses remarquables Études de ijuerre', ■

Quant à convertir immédiatement les soixanLe batteries à pied

l^n «ulant de batteries moutt^es au moment de la gneiTe, l'espé-

Ineace a, dùmoutrt; que c'était une iUnsion de croire celte transfor-

lation anssi rapidement possible; elle s'est faite, il est vrai, mais

Kvlle a demauiie du temps, parce qu'elle n'avait pas été préparée à

^'arance. Pour l'opérer subUo, lors de la déclaration de guerre,

pi efll fallu la Lagnette d'une fée au lieu du bâton de maréchal

|ne partait l'ancien président du comité de l'arlillerie, devenu

njnistre de la guerre. La plus haute intelligence, la plus vive acti-

arild, le dévouement le plus profond, ne peuvent tenir lien de cet

ëlémenl qui joue un si grand rôle dans toutes les clioses humaines,

Ùi t«tiip&. Il est plus facile et surtout plus court de déclarer la

[uen'e ipie de la préparer. L'épreuve de 1870 nous l'a siirabon-

fdanuDient prouvé, et c'est aujourd'hui nne vérité de La Palisse que,

wur ^tre prtil au jour de l'action, il faut ûtre toujours pr^i. Mais à

b'cxceptimt du maréchal Niel, regardé par eux comme un fâcheux,

loua nos grands cheTs d'alors ne couuaissaieut que la vieille

llliaxiaie : l)ébrouiUe-tor. Nous en sommes heureusement revenus.

Ainei, on commenta la guerre de 1870 avec 104 batteries de

Icampagne, dont 10 étaient restées eu Algérie ou à Rome.

Les 154 antres formèrent l'artillerie des huit corps de l'armée du Rhin (y compris la garde impériale); elles furent mobilisées |<!t eurenl rejoint leurs divisions respectives onze jours après la [déclaration de guerre. Cela parut tout simple uti plutôt on n'y Gt Aucune alienlion, et dans le tumulte des événements, ce détail passa Mpep;u. Mais ceux i|iii connaissent l'arlillerie et qui savent apprécier les dirUcultés comprendront sans peine qu'il avait fallu Htéouler un véritable tour de force pour aiTiver en quinze Jours à lartir bui* la frontièrel'artillerie de huit corps d'armée, matériel K personnel, batteries, parcs et équipages de ponts. Nous affirmons,

.r dei Scicacii mtlilniriit, ^ série, t. V, p.

144 LES TKANSFOUMATIONS DE l'aRMËE FRANÇAISE.

pour notre pari et parce que nous connaissons bien la situation d'alors, que si, au mois d'avril 1-867, on avait été forcé d'exécuter la même opération, trois mois n'y auraient pas suffi. Le résultat obtenu en 1870 était dii au travail opiniâtre accompli depuis trois ans sous l'impulsion prévoyante et active du maréchal Niel.

Les 164 batteries de campagne existant au 15 juillet 1870 disparurent à Metz et à Sedan; il fallut y suppléer, pour la continuation de la guerre, par des créations nouvelles et incessantes, dans lesquelles l'artillerie montra toute son élasticité, toutes les ressources de ses cadres aussi instruits que dévoués. Dès le mois d'août, 24 des batteries à pied existantes furent transformées eu batteries montées et 18 nouvelles batteries furent créées de toutes pièces. Ces 42 batteries servirent à l'armement des 12*, 13* et 14* corps '. Il y avait donc, au V septembre, 206 batteries attelées, mais à la date du 17 septembre, après la capitulation de Sedan, 6 seulement de ces batteries restaient disponibles en dehors de Paris, de Metz et de Strasbourg. A Paris, où se trouvait, au jour de l'investissement, le matériel nécessaire pour l'organisation de 62 batteries et des ressources presque inépuisables pour la fabrication des pièces, affûts, voitures, projectiles, on disposait des dépôts des 11* et 19* régiments restés à Vincennes ; on créa en outre deux régiments, les 21* et 22'' ; on encadra ainsi environ 80 batteries de campagne. Dans les départements, outre les deux dépôts de la garde et celui du régiment d'Alger, il restait à Douai, Rennes, Toulouse, Grenoble, Besançon et Valence 12 dépôts qui, du 17 septembre 1870 au 1" février 1871, mireut sur pied 177 batteries; il fut formé, en outre, 21 batteries mixtes, servies par l'artillerie de marine et attelées par le train d'artillerie; enfin, ou organisa 12 batteries de garde nationale mobile et 28 batttn*ies de matériel et personnel irréguliers, soit en tout 238 batteries, ayant ensemble 1,404 bouches à feu; à quoi il convient d'ajouter 31 réseiTcs divisionnaires de munitions d'infanterie et 10 parcs de corps d'armée. Le personnel armé, équipé et instruit entrant dans ces formations, comptait 46,000 hommes et 42,000 chevaux, pour lesquels 35,000 harnais durent

l. Détails puisés dans Y Histoire de larUUerie française, par le général Siizane, ainsi quo dans les souvenirs porsonnols do l'auteur.

être confectionnés, l'existant au 16 septembre 1870 n'étant que de 7,000. Et cette artillerie, improvisée à raison de deux batteries par jour, étonna l'ennemi par son nombre, son audace et sa solidité. Un ordre du prince Frédéric-Charles, en date du 10 décembre 1870, donne à ce sujet des indications précieuses : « Les combats des « derniers jours », dit-il, « et la tentative sans cesse renouvelée de « l'ennemi de se battre avec nous on rase campagne avec une artillerie « dont le nornftr^ va crow^anf; me déterminent à inviter MM. les géné- « raux à interdire les feux d'artillerie inutiles au delà de 2,000 « pas. » — « Si l'ennemi », dit-il plus loin, « continue, comme il « Ta fait le plus souvent jusqu'ici, à ne faire agir sur notre front « que son artillerie, etc. »

Les généraux commandant les armées de province ont d'ailleurs

rendu à cette artillerie une justice éclatante. « L'artillerie », dit

d'Aurelle de Paladines dans son rapport sur la bataille de Coul-

miers, « a dirigé son feu et manœuvré sous une grêle de projec-

« tiles avec une précision et une intrépidité remarquables. » —

« Notre artillerie », écrit Chanzy après le combat de Villepion, « a

« été d'une audace et d'une précision que je ne puis trop louer. » —

« Le prince Charles », dit le même général dans son rapport du

7 décembre, « avait mis en ligne 86 canons. Notre artillerie s'est

«montrée supérieure à celle de l'ennemi... La 19*^ batterie du

« 7* régiment, commandée par le capitaine Rouvillois, au combat

€ de Villechaumont , attaquée par dos fantassins allemands, est

« dégagée par la vigueur du capitaine Une des batteries de la

« colonne Camô, envahie par les tirailleurs ennemis, aurait été « enlevée sans l'énergie des canonniers qui se défendirent à coups « de mousqueton, jusqu'au moment où ils furent dégagés par les « chasseurs à pied du seizième bataillon. »

Tels sont les détails donnés parle général Chanzy dans son livre sur la Deuxième Armée de la Loire \ 11 fait ressortir encore l'importance du rôle joué par l'artillerie etl'efQcacilé de son tir à la bataille du Mans, aux combats de Sillé-le-Guillaume et de Saint- Jean-sur- Erve. « Au combat de Nuits », dit M. de Freycinet % « 1 8 pièces ad-

Page 1