Cauuugo, t. JJ, p. Hî
2. (3liitVre8 empruntés à l'éludo intitulée : La France esl-elle prête f
MITILLERIE, GENIE, TUAIK DES ÈQU1I'AGE&. 147
■tillerie de campague qui, de 984 boTiches à feu, a été portée à ■2,6Sâ, c'esl-à-dire presque triplée.
Cette organisation, qui constitiuiit l'artillerie de campagne sur lira pied des plus imposants, présentait un grave défaut : elle ne I donnait aucun moyen de subvenir à la défense des places fortes et Kau service dee sièges.
En 1875, le réseau des forteresses était à peine ébauché ; il n'y Bjtnit donc pas urgence à poiu-voir à leur défense, et d'un commun ■.acconl on avait ajourné la solution de celte question, d'abord parce Iqae c'était ajourner en m^me temps un surcroît considérable de IdépoutiOE, considération qui n'était pas sans valeur eu égard aux ■.flacriflces budgétaires imposés par la nouvelle loi, ensuite parce Iqa'ily avait sous jeu tonl un projet d'envahissement de i'artillepie Kpar son étemelle rivale et sœur, l'arme du génie. Les hasards de 1 politique avaient amené dans l'AssemliIée natiouato et dans la Icommission chargée d'élaborer les lois militaires, où l'artillerie VtfUil â peine représentée, plusieurs otQciers généraux du génie, Centre autres le rapporteur même de la commission, l'honorable IfénérttlChareton.De la une tendance natm'elleâ exagérer quelque 1 l'importance de cette arme et à lui donner un développement ïif, en chercliant â étendre ses attributions. De là l'idée de LBéparer complètement l'artillerie de campagne de rartillerie de I «iège, en faisant de celle-ci le coi-ps du génie agrandi et transformé. I Ainsi aurait été couronnée l'tpuvre entamée* du jour où les ingé- I Bieiirs s'étaient séparés de l'artillerie, continuée alors que, par I l'inDuence de Bureaux de F'uzy et de Camot, ofSciers dugr'nie, I dirigeant les afiairee militaires, le premier à l'Assemblée cone- I Utiuinle, le second â la Convention, les compagnies de mineurs et I de sapeiu-s avaient conquis leur autonomie, poursuivie enlln sansre- I Uohe par les principaux officiers de l'arme '. Mais pour que l'idée L Ténsslt, il fallait que la nécessité d'armer les places fortes devint ■■urgente, que l'artillerie, insuiUsamment constituée, ne put y sub-
, U-ipuis <|ii>- rcs hpK^i (Mit i\ii ('ttlua, un Jciiiio ut culreiirciiiint ministre f ilij U guerre, Kh'-e <\iû l'iirdt'ur ft la conlliincr reuipldceul l'expiïrk'uce. u pcé- I »*ulJ iiu jjf.jji'i ili' loi qui sembli' iluvoir donner eiidn satisfutliou uni pions ïiiluiî'.-iut.'nt lIu gùnie. Muis If projet n'est pas encore volé et une rois dfi , I1UU9 l'esiiëroiu, un pourra dira qu'il f a loin de la Goupe aux lêvreb
I nui issei.
venir, et que les officiers du génie, ayant achevé les grands travaux de fortification, fussent prêts à prendre le nouveau rôle qui leur était destiné.
L'écliéance finit par arriver ; le moment vint où les fortifications s'achevant, il y avait nécessité de les armer ; le génie n'avait plus la même puissance, ses principaux et ses plus habiles soutiens avaient disparu ou avaient usé leur influence dans une œuvre trop grandiose et trop rapide pour n'avoir pas donné suite à de graves et justes critiques. On comprenait enfin que la guerre des sièges n'est plus qu'une lutte d'artillerie, que la fortification devant désormais être faite pour l'artillerie et non plus l'artillerie pour la fortification, il faut, pour les travaux d'armement et d'attaque des jjlaces, employer des artilleurs et non pas des ingénieurs.
Dès lors on devait chercher dans les ressources de l'artillerie existantes ou à créer le moyen de former l'artillerie de forteresse. On prit d'abord les 45 batteries à pied restant en France et Ton décida que chacune d'elles serait dédoublée en cas de guerre, ce qui donnerait 90 batteries, nombre bien insuffisant. Ou eut ensuite ridée de former d'autres batteries à pied en dédoublant, au moment de la mobilisation, un certain nombre de batteries montées.
Mais, outre que l'insuffisance réapparaissait au fur et à mesure de l'achèvement des fortifications, ce système était mauvais de toute façon. Les batteries à pied n'avaient aucun lien entre elles et ne recevaient pas l'instiiiction spéciale dont elles avaient besoin pour remplir leur rôle\ Disséminées dans les places fortes et employées aux travaux d'armement, elles tendaient à perdre le caractère militaire ; rattachées à des dépôts dont elles étaient presque toutes fort éloignées, elles donnaient lieu à une foule de diflBcultés administratives ; enïxn les batteries formées dans les régiments au moment de la mobilisation, composées de cadres et de canonniers étrangers au service des places, ne donnaient aucune garantie. On ne pouvait donc plus reculer devant l'obligation de créer le nombre nécessaire de batteries et de leur donner une organisation solide. On tomba facilement d'accord sur les points prin-
ARTILLERIB, (îÉNTK, THATN DE3 ÉQUIPAGES, . 149
I cipaiu de celte organisation : 1' r(^tniir liisbatlei'ieBàpiedd.'insdos
corps He troiijie apt^ciaux, ind ('^pendants des régiments de ramjjagiie;
2* ne pas faire do cette artillerie nae arme à part, autrement dit
avoirijn'im seul corps d'officiers poiu- l'artillerie de campiigne et
[ pour l'artillerie de siège et de place ; 3' grouper les batteries à pied
pBrbnlnillons poiu-Ieur donner des chefs plus jeunes et plus actifs, I lout en pliant mieux le groupement aux nécessiti^s de la dtSfense des
places. Restait un poiul h décider, «t celui-là malheureusement [ dtîiît le plus important dans les circonstances où l'on se trouvait : I la question de dépense. La création de 1(3 bataillons d'artillerie h I pied & 8 batteries cliarpje, devait grever le budget annuel d'une
sonune estimée an minimum à cinq millions. Un projet préparé dans I ce «en» par le ministre Billot, fut prt^sentiî â la Chambre. La loi du I 18 mars 1875, était-il dit dans l'exposé des motifs de ce projet, I n'était pas une loi de hise, les cadres qui s'y trouvaient constitués l jOtir l'arlillerie de campagne étaient indispensables. En la volant, I tm avait ajourné la question de l'artillerie de forteresse en prenant I pour ainsi dire l'engagement d'y pourvoir rpiand la nécessité s'en I ferait sentir. Le moment était venu de tenir cet engagement...
Maie le moment était venu aussi des difiicultés budgétaires, et le I projet du général Billot ne trouva pas un accueil favorable dans la I commission chargée de l'examiner'; il fallut chercher dans les I cadres existants de l'artillerie de campagne des réductions snfli- I aantes pour compenser la dépense résullanl de la création de l'ar- I tlllerie de forteresse. Deux systèmes furent alors en présence : les I uns proposaient de supprimer 38 batteries de campagne dispo- I nibles et sans destination appai-enle, faciles d'aillem-s i'i recous- I tituer par le dédoublement au moment de la mobilisalton; les [ atttres, all(>guanl que ces 38 batteries nous assuraient la supéi rCorïlé sur l'Allemagne et qu'il fallait bien se garder d'y loncher, voyaient à sacrilier que les 57 compagines du train. Ces l'derniers trouvaient d'ailleurs à la suppression du train des laviintages intrinsèques, indépendamment des motifs d'économie.
|. tiiimhi>tta, pr^sidnnt ilr> Ja en m mission des lois mililnires, avait acepté e» Bfirajet el promis de l'nppurcr. Sa mari rampèchu de tenir »a promeise ; ceux ■ qui 1*001 vu Ile pr^ savc'iii spuIs iyjuibii>ii cotte mon Dit fi'gri-ltil.le pour
Pourquoi, disaient-ils avec une certaine apparence de raison, avoir deux espèces de troupes, le train et rartillerie, pour faire le mémo service, puisque déjà l'artillerie attelle un certain nombre de ses voitures de seconde ligne? Les autres répondaient : Rappelez-vous Texpérience faite de 1854 à 18G0 et les batteries de parc condamnées par l'épreuve des guerres de Crimée et d'Italie. Pourquoi retomber dans les mêmes errements? Ne vaut-il pas mieux conserver, en maintenant le train d'artillerie, la faculté d'utiliser les services d'officiers qui n'ont pas le savoir voulu pour faire le métier d'artilleur, mais qui ont incontestablement d'autres mérites?
M. le général Tliibandin, devenu ministre de la guerre, on sait dans quelles circonstances, préféra à l'autre système la sup-" pression du train et son versement dans l'artillerie, malgré l'opinion formelle et raisonnée des principaux officiers de l'arme. On lit de cette suppression, pour enlever le vote des Chambres, une sorte (le m(?sure réparatrice et démocratique, tendant à faire disparaître une inégalité, nomme si, au contraire, tout en faisant passer les officiers actuels du train dans l'artillerie, on n'enlevait pas l'espoir du grade de sous-lieutenant à une catégorie intéressante de sousofficiers très aptes à l'occuper dans le train, mais nullement dans l'artillerie. La Chambre des députés et le Sénat, décidés d'une part à ne pas voter une dépense qui aurait été cependant mieux employée à solder l'arlillerie do forttTcsse qu'à subvenir aux frais d'expéditions aventureuses, cédant, d'autre part, à des considérations politiques bien plus qu'à des raisons d'ordre militaire, votèrent la loi Thibaudin. Cette loi est jusqu'ici la dernière concernant l'organisation do rarlillorie. En conséquonco, la constitution de l'arme est réglée aujourd'iini et jusqu'à nouvel ordre sur les bases suivantes:
V Artillerie de forteresse : 10 bataillons à 6 batteries, susceptibles d'être dédoublées en cas do guerre, soit en tout 96 batteries à pied sur le pied de paix et 192, au maximum, sur le pied de guerre.
(L'armée territoriale doit ajouter à ces ressources un nombre considérable de batteries à pied.)
2" Artillerie de campagne: 19 régiments divisionnaires à 12 batteries montées, soit 228 batteries;
ARTILI-EHIE, OÉXIË, TRAI.V DES ÉQD1PAI1K8, 1.')!
19 régiments de corps d'amibe à 8 batteries moiUt^Rs et 3 :i che- I val, 8oit 209 l)atteri>?«^, dont 57 h clieviU.
£d Inut : 380 batlerieis montées et 57 batteries à cheval ou I 437 batlei-ies de campagne, pouvant utleler 2,622 boiicbes à Te». 1 L'AUomagne compte, sm- le pied de paix, 340 batteries attelées, dont 46 k cheval, attelant 2,040 bouches â feu ; elle nous serait dont: inrérienre de 582 canons, mais 74 batteries de diipôt et 54 I batteries do réserve pourraient porter ses ressources à 468 batteries attelées ou 2,808 bouches à feu, ce qui lui rendrait ime supé- I rîoritéqne nous reprendrions, sans doute, à notre tour à l'aide des I batteries de dépôt.
L'effectif total d'un régiment divisionnaire sur le pied de paix I 6ftt de 64 officiers, 1,274 hommes et 743 chevaux; celui d'im I r^iment de corps est de 60 ofEciers, 1,177 hommes et 771 chevaux. Ces nombres, en ce qui concerne la troupe, doivent être presque triplés par la mobilisation.
Cette Organisation est plus simple que celle de 1875^ elle donne
I le même nombre de l>atteries, réparties plus logiquement entre les
I douï régiments de chaque brigade. Son cfité faible est la nécessité
D prélever sur les batteries de campagne par dédoublement, lors de
I Umobilisation, toutes les unités de transport. Elle portait d'ailleurs
I elle, au premier moment, une cause momentanée d'affaiblisse-
I ment, le versement dans l'ai'tillerie des ofTiciers et dfs soldats du
llrsiD. ■ Les hommes que les batteries ont refus du train >, dit à ce
l<n|iet l'auteur de la France eu-elle prête f <■ ont transporté des pièces
l-« de forteresse et les ont quelqueTois servies ; ils ne sont jias pour
■ cela dressés au service des batteries de campagne. Ces batteries
1 commencent une nouvelle école de recrues. Si l'on avait la
1 gueiTe aujourd'hui, il Faudrait se débarrasser des hommes du
I « traia et ne composer les batteries que de réservistes. Le nombre
' n'est pas tout, et une simple mesure administrative ne change
I ■ pas an soldat du train eu un bon artilleur. ■
Ces observations, déjà impen exagérées eu 1883, n'ont plus an-
■JODrd'hnîde raisond'iHre. Le même auteur dit, à propos des officiers:
1 ■■ On a mi» soiianle capitaines du train à la lëte des batteries...
I « que dirons-nous des OÛiciers et surtout det. capitaines? Que l'on
I s'imagine un capitaine du train et même uu excellent capitaine
152 LES TRANSFORSCATIONS DE l'aRMËB FRANÇAISE.
« du train à la tôte crune batterie de campagae. On aura beau « renvoyer à l'école de tir de Bourges, cela ne le rendra pas « capable de conduire de longtemps sa batterie d'une manière « habile. Pour cela, il faut la rapidité du coup d'œil, rintelligence « du combat dès trois armes, et ou ne peut les acquérir que par un « long exercice. Le mot du ministre do la guerre: Les officiers du « train d'artillerie n'auront qu'à changer les boutons de leurs dol- « mansponr devenir de bons artilleurs, n'est qu'une phrase'. » Plus loin, cet auteur dit encore : « La nouvelle loi pour l'artillerie « de campagne détruit une bonne partie de cadres solides et d'ef- » fectifs homogènes. » Enlin il termine ainsi : « C'est l'artillerie « qui nous a laissé l'impression la plus favorable parmi toutes les « troupes que nous avons vues ; elle nous est supérieure numéri- «c quement, dispose d'im bon matériel et sera pour nous un adver- « saire sérieux... Il est vrai que le placement de cinquante capi- « taines du train à la tête des batteries de campagne introduira « dans le tableau (juelques ombres qu'on ne pourra pas effacer de « longtemps ^ »
Quant à l'artillerie de forteresse, le môme auteur s'exprime ainsi : « L'artillerie de forteresse n'est qu'ime lettre de change « tirée sur l'avenir. » Cette critique, comme celle qui est relative aux hommes de troupe pour l'artillerie de campagne, a perdu sa valeur.
En fait, le véritable inconvénient de l'organisation actuelle est la nécessité du dédoublement des batteries. Le nombre des batteries qui doivent être dédoublées, la manière dont s'exécutera cette opération et la destination donnée aux batteries provenant du dédoublement, sont autant d'éléments du plan de mobilisation qui n'est pas ofticiellemeut public «»t n'ont ici d'autre intérêt que celui do donner lieu à des questions de principe. Ces batteries formées pour le temps de guorre resteront-elles dans les mûmes plares que les batteries mères,' ou bien seront-elles envoyées ailleurs? Dans le second cas, seront-elles complétées avant de se mettre en route»? ou iront-'41es recevoir leurs réservistes au lieu