‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 79 sur 174 · I. Ktprit iet iMUtulltmâ milUuirei · texte numérisé non relu

I. Ktprit iet iMUtulltmâ milUuirei

Ce sera difficile, même en se plarant au point de vue de la plus stricte équité. Si les officiers de Tétat-major formaient un cadre à part, ils ne concourraient qu'entre eux et, sous la réserve des erreurs inévitables, les plus méritants et les plus Capables pourraient être Tobjct de Tavancement le plus rapide. Mais avec le système actuel, comment être juste à la fois pour rétat-major et pour Tartillerie, par exemple? Imaginez deux capitaines du service d'étatmajor, Tun appartenant à Tartillerie et ayant huit ans de grade, Tautre à la cavalerie avec six ans de grade, supposez que par-dessus le marché, le premier soit recomiu supérieur au second à tous les points de vue. Il pourra très bien se faire que TofTicier d'artillerie ait dans son arme 30 ou 40 capitaines plus anciens et plus méritants que lui, et qu'on ne puisse pas le porter au tableau d'avancement, tandis que rolTicier de cavalerie, mieux placé dans son arme, y serait admis. En ce cas, il y aurait injustice flagrante au point de vue du service d'état-major. Si, au contraire, rofficier d'artillerie est mis au tableau, c'est dans son arme que la justice distributive aura été méconnue. De toute façon, ce sera toujours dans l'infanterie, dans la cavalerie et dans l'artillerie que seront forcément récompensés les services rendus dans l'état-major, et de deux choses l'une: ou vous découragerez les ofiiciers de troupe en faisant avancer dans leur arme plus rapidement qu'eux les officiers du service d'état-major, ou vous^ dégoûterez ceux-ci en ne leur donnant pas les avantages qu'ils espéraient tenir de leur brevet.

L'hypothèse sur laquelle nous venons de raisonner est d'autant plus plausible, qu'elle s'est réalisée en Autriche où l'on avait supprimé le corps spécial d'état-major en 1871, et où on l'a rétabli en 1875, sur la proposition du général John, chef de l'état-major général. Cette proposition était motivée par l'impossibilité d'assurer les conditions de l'avancement et en particulier par l'avancement extraordinaire des officiers d'artillerie qui avaient ainsi devancé, dans le service d'état-major, leurs camarades d'infanterie, souvent plus distingués et plus anciens qu'eux \

Pom* achever de discuter la question du recrutement de ^éta^ major, il convient de tenir compte d'une objection faite, même avant

l. Bévue militaire de l'étranger, 1873.

[nerre de 1870, à la spécialité du corps et qui est fondée sur bsuflisance du cadre du temps de paix en face des eSigencea de [uerre. Pour parera cette iasufBsance, le niar<kiial Niel avait it rendre, en 1868, un décret en vertu duquel le nombre des élèves B cliaque année à l'École d'application, devait dépasser celui B lieulenanla à classer dans le corps de l'éLat-major, de telle sorte I les élèves non classés à la sortie étaient renvoyés dans les lUpes de leurs armes respectives, pour être, en cas de guerre, Eaployés comme adjoints àrétat-major. La guerre arrêta l'exécufao de ce déci-et, qni n'était d'ailleurs qu'un expédient. ■Si noQs voulons maintenant tenir compte des exemples pris dans B années éli-angères, nous verrons: 1" en Allumagneun service l-major ouvert aux officiers de toutes armes et fonctionnant ne la perfection que l'on sait, mais .dans des conditions imposâtes à reproduii-e en France, où l'organisation liiérarchique du mmandement supérieur ne pourrait dire imitée de celle de l'Ai- ■, attendu que nous n'avons ni monarque absolu, chef réel i l'armée, ui personnalité comparable à celle de M. do Moltke ; ^ eo Angleten'e, un état-major particulier (aides de camp et ee- Ititaires) composé d'officiers de troupe temporairement détachés, b un état-major général, dont les olficiers sont brevetés mais r»enl alternativement dans !a troupe et dans l'état-major; 3° en lUthcbd, un corps d'état-major fermé, reconstitué dans les cirutances qun nous avons rappelées ci-dessus et dans lequel les Bcîera de troupe peuvent être admis, à ta suite de concours, justa'aa grade de major ; 4" en Espagne, un corps absolument fermé ; F en Italie, un cadre fermé, mais dont les officiers sont répartis totre les différentes armes pour l'avancement et pour le stage à tUre dans chaque grade ; 6° en Russie, un corps fermé, recruté î élèves d'une académie d'état-major, où les officiers de mtes armes ayant au moins trois ans de service dans la troupe , 1 après concours, mais dont les officiers peuvent être blTOyés dans les corps de troupe, soit temporairement, soit d'une

lère définitive'.

I 11 y a donc pour le service d'état-major autant de systèmes que

I I. Rau, Sial militaéie i/m principale* puiuttneei étrangtres.

LBB THiVNSFOHMATlONS I

; i-'ahmëe fhançaiïb.

d'ai'oieg diO'i^i-eiUeB. Quant, à nous, oolre opiaion e»i Mea nnHÀ la question principale. Ce que nous venons de dire siifftl L-irgeiq à notre UL'ns, pour déinonti-er la uécessitd d'un corps epâciald'J major; mais, d'un autre côté, l'expérleuce aci|uistt depuis Ifl démontre surabondamiuent les vices de l'organisation due aaJ réchal Gouvion Saint-Cyr.

Dans ce système, le recrutement de l'ôlal-major b« faisait pannï * des olIicierB trop jeunes, n'ayant pu encore nimontroriii conualtre eux-mfuieB leurs goilts el leurs aptitudes, choisiEsant le plus souvent l'état-major pour son côté brillant et mondain. L'instruclion qu'ils recevaient à l'Ëcule d'application, proportionnée à la somme de connaissances acquises par un bon élève de Saint-Cyr et donnée à des jtimes gène n'ayant aucune idée du service militaire, était absolument insuffisante. Le stage qu'ils faisaient misuite dans les régiments n'était pas de nature à les familiarisut avec la troupe : étrangers au régiment, n'en portant pas l'unifomie, regardés forcément par les sous-oiBciers et par les soldats cotame des écoliers travaillant à leur instruction personnelle, ils ne pouvaient acquérir que dilUcilement la qualité essentielle : le commandement.

Une fois sortis des corps de troupe, les uns s'en allaient comme aides de camp remplir auprès de généraux, dont un très petit nombre exerçait des commandements actifs, dus fonctions pliilât intimes que militaires ; les autres s'enfermaient dans des bureaux poui' paraphraser, souvent miîme pour copier et enregistrer de» lettres miuistérïeUes. Quelques-uns se confinaient dans uns spécialité demi-scientiiique. Galopant dans les revues sur le flaiic des colonnes ou sur le front des lignes, les plumes de coq au vent, ilt y faisaient l'effetde brillantes mouches du coche. Aimables dans le monde plus que dans les relations de service, ils péchaient surtout par le câté pratique, et dans les guerres du deuxième Empiru, l'action de l'état-major ne s'est pas fait beaucoup sentir, sauf, bieu entendu, des exceptions d'autant plus remarquables et plus rema> qnâes qu'elles étaient plus rares. Pour u'en citer qu'une, le général de CÎBsey nous parut être à l'armée d'Orient, d'abord à la 2* divisiou, puis au 2* corps, un véritable chef d'état-major, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en ei^t pas d'autres, mais en l'absencu à

ÈT\TS-MAJOIlB.

j tel joiiitii évideuinient

(cée, la personnalité de tel o ï itop grand rôle.

l'BnQn, ces oUîciers qui avaient quitté tes bancs de l'école pour rer dans l'état-major, s'y trouvaient rivés pour toute leur carfcre : le di^goftt de la paperasse avait beau leuv mouler à la gorge, Ueur Tallait n-ster dans un biuvau quand ils rivaient le comnianment d'un bataillon ou d'un escadron sur le terrain, et celte me porte, qui s'était pour toujours fermée sur eux, ne s'ouvrait maiti pour un officier du dehors, quel que fflt sou désir, quelle a fflt son aptitude. C'était donc xm coi^s fermé daus toute l'achlion du mot.

■Voilà noire critique; allons-nnus maintenant donner une fois de 1 nifion à M. Boileau Despréaux, quand il a dit: La critique It eisit et fttrl est dilJlcile f Peut-(?tre, sans doute même s'il s'agit R trotiTerta perfection, mais pour avoir mieux que ce que nous H18, 11 suffît de prendre le contrepied de toutes les dispositions e nous venons de blSnier, c'est-à-dire : I Paire accomplir aus futurs officiers d'état-major le stage ou lUtdl le service dans la troupe, avant de les admettre à suivre les itltB d'ime école, et leur donner dans cette école le degré d'ins- [tUoQ ijui convient i des esprits déjà mftrs, instruction nécese pour les fonctions importantes auxquelles sont destinés ces IBcien; cette double condition implique la nécessité de n'admettre h'école que des officiers ayant le grade de capitaine. Une fois usés dans le corps d'état-major à la sortie de l'école, les laisser w, jusqu'au grade de lieutenant-colonel , de retourner dans la «pa, mais pour ne plus revenir dans l'élat-major, si ce n'est en jnps de guerre et on (jualité d'adjoints. Admettre ensuite les lar* do bataillon et d'escadrons des corps de troupe 5 concourir f le grade de chef d'escadrons d'état-major, dans une certaine Êbportion réglementairement déterminée. Telles sont les lignes iueipales du projet dont nous voudrions voir étudier tes détails, s bornant à demander que l'on admette à l'école, comme le lit le maréchal Niel en 18C8, un nombre d'élèves plus grand 0 celui des places â donner; que les coure de l'école durent bisansi lo semestre d'été de chaque année étant consacré uni- Dent à des exercices pratiques et spéciaux ; qu'après concours,

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les officiers aon classés dans le corps d'état-major soient réservés pour être employés en cas de besoin et en temps de guerre comme adjoints, de môme que les officiers qui auront quitté le corps spécial pour passer dans les troupes ; enfin , que la proportion des grades soit établie de manière à donneraux officiers d'état-inajor des chances plus grandes d'avancement...

Après coup, nous nous apercevons que ce que nous proposons là est le système autrichien avec quelque chose de rol*ganisation russe, mais avec cette différence essentielle qu'en Autriche le commandement des régiments est ouvert aux colonels d'état-major, et que nous voulons au contraire les en exclure, ne fût-ce que pour ne pas décapiter le corps d'état-major de ses sujets les plus* distingués.

Telles sont les idées qui nous sont inspirées par les plaintes que nous n'avons cessé d'entendre dans les régiments, et dont notre exposé n'a été que l'écho bien affaibli. Qu'on y prenne garde, en effet : cette question d'avancement qui a déterminé Tétatmajor autrichien à reconstituer le corps spécial et que l'on n'a pas encore osé trancher en France, est grosse d'orages. Désaffectionner des officiers à qui l'on demande sans cesse des preuves de dévouement et qui ne les marchandent jamais, nous semble un mauvais moyen de conserver aux cadres de l'armée la cohésion qui leur devient de plus en plus nécessaire à mesure qu'on augmente les difficultés à vaincre par eux, en réduisant la durée du service militaire.

N'y eut-il donc que ce motif, et nous espérons avoir démontré qu'il y en a bien d'autres, il faudrait adopter le système du corps spécial, ouvert jusqu'au grade de chef de bataillon, fermé à partir des grades supérieurs, comme l'a demandé, il y a longtemps, le général Marbot.

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