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Esprit des Instftutiom mff/faircs

214 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉB FRANÇAISE.

qui n'aurait jamais quitté rinfantcrie, la cavalerie ou rartillerie. Si (les colonels venus de Tétat-major ont su mener un régiment d'infanterie, de cavalerie ou d'artillerie aussi bien que d'anciens officiers de Tarme, c'étaient de brillantes exceptions qu'il faut bien se garder de donner pour la règle. D'ailleurs, eu livrant ses meilleurs colonels à la troupe, l'état-major se décapite et il a besoin de garder pour lui, tout au moins dans les grades élevés, ses officiers les plus capables \ D'autre part, l'officier d'état-major qui passera plusieurs années de suite dans la troupe, perdra sans nul doute une partie des qualités qui rendaient son concours utile.

Le général Morand le dit bien, les maîtres n'enseignent pas le « coup d'œil », ce coup d'œil si précieux chez les officiers d'étatmajor, grâce auquel Berthier appréciait exactement l'effectif d'une armée déployée dans la plaine et Chamlay, le chef d'état-major de Turenne et de Condé, gravait en un instant dans sa mémoire la topographie d'une contrée. A défaut d'un don naturel, l'exercice seul peut faire acquérir ce coup d'œil et le manque d'exercice peut le faire perdre. Le meilleur moyen d'apprendre un métier n'est pas d'en pratiquer un autre, et il y a longtemps que la sagesse des

1. C'est encore au duc de Fez»^nsac que nous empruntons à ce sujet une comparaison instructive. « M. Dalton », dit-il (luolque part, « vint prendre le com- « mandement du 59« : le nouveau colonol n'avait servi que dans les états-majorà; « mais il annonçait d»» l'aptitude, du troùl pour l'état militaire, de ractivitô, du « zrhj. Il diîvini bientôt un oxoellcnt culonol et plus tard se fit remarquer, comme (• ^'ônéral, par s»^s connaissances en manœuvres et son habileté à commandera la « f:u»'rre. » [Snuvcnir.t milHnire.s, p. 82.) « L«î colunol Préchamps », dit-il ailleurs, « chef d'état-major, avait fait les ^'ucrr»\s do la République; il avait de l'instruci« tion, de la capacité, un caractère indépiïndant et frondeur. Lorsque je m'en- 1 gageai, neuf ans auparavant, dans un des régiments du corps de Ney, à Mon- X trouil, le colonel Prér.hamps était son premier aide de camp. Je me retrouvais « avec lui à Dessau, en 1813, dans des situations bien di Hé rente s. Le premier « aide de camp du commandant en dn'f étant toujours colon»*!, le jeune soldat <( était général. Préchanips en riait le premier fp. 4*20). » Ceci prouve d'abord qu'on était pliilosoi)he eu 1813 plus «lu'oii ne l'est en 1883 et ensuite que les eoloiiels ijui éLai«*nt en faveur passaient fiU'ilrment de l'étal-major au oommanilement d'un régini«'nt et (jue les autres, les indépendants et les frondeurs, étiiieiit oubliée dans fétat-major. Du reste, nous avons consulté l'Annuaire de 1805: il porte les noms de IhJ adjudants-commandants; parmi ces noms* il en ♦•st une douzaine à p^ine que l'on retrouve plus tard comme généraux. Dallon ((ui fut nommé, comme nous venons de le voir, colonel du 59* cette même année 180."), avait W n" O.S. deliorn, «pi'* nous trouvons sur la même liste uu â9* rang, était encore aiijmlanl-commandant en 1809; car il estcilô comme tel pour sa brillante conduite au combat s<inglant d'Kbei*sberg. L'avancement fut capricieux sous le promit-r Kmjure, plus encore peut-être que sous les autres régimes. •

ÈTATS-MUJOHS.

n dil: « Qui trop emhrasse mal i^lrtrinl!

lions l'a tlil: « (Jui trop emtirasse mal i^lrL-inl»; ce qui se poui'-

Bit Iradoire ainsi pour les LeRoing de notre cause : ■ Qui tru])

:herch« à savoir, saii mal. »

NouB croyons donc fermement qu'il faut Bpéuialifier les fonclicins

iet que ces allées et venues coutiiiuelles entre rtHat-major et la

liroape ne eont avantageuees ni â l'un ni à l'autre, ui m^me à

Jinstruction des officiers qu'elles rendent peut-éti-e plu6 étendue

E moins profonde, en un mot superficielle , Nous aurons, d'une

r^rt, de* olIicitirB de troupe toujours préoccupés de faire mauŒu-

iTriT 500,000 hommes, et parfois malhabiles à manier une com-

^ie ou un esca'dron; d'autre part, des officiers d'état- major qui,

tOTBÎncus de leur compétence pour le service de la troupe, voii-

(droot s'immiscer dans des détails qui ne les regardent pas; enfin,

Ifioas aurons partout des officiers capables de traiter toutes les gues-

Ftioas, n'ignorant rien, mais ne sachant rien â fond.

Et puis, quoi ([u'on en dise, l'étal-major n'est pas l'école du nniinandement, mais son aide. C'est l'engrenage savamment cominé qui règle les mouvementfi deTarm^e; mais ce n'est pas le Uoleur. Joniini, tacticien on plutôt stratêgiste émiuent, mpis strallrigifite de cabinet, n'vait un général en chef brave et ignorant au [befloin, guidé par un état-major instruit et imbu des vrais prin- Bip» de la guerre, Bliicher et Gueisenau, voilà son idéal, mais â aient servi tous les plans de Gueisenau et toutes ses mes de détail sans l'énergique volonté de Bliicher, sans l'ardeur kt la confiance qu'il inspirait à son ai'mée?

On a vu bien des généraux issus do l'ancien corps d'élat-major, :i a fonrai proportionnellement plus que toutes les autres mes; ayant passé leur temps à donner des ordres pour le compte A'atitnri, ils n'éprouvaient aucun embarras â en donner pour leur wpr« compte; mais supérieurs par le côté intellectuel, ils péchaient presque sans exception par le côté moral, c'est-à-dire par pe don d'enlratnenu'nt que possédaient si bien des généraux, me Lasalle, Murât, N'ey, Lamies, Masséna et, par-dessus tous, llapoléon; ce don qui fait qu'un empereur peut dire à un régiment Bb pavalirrie, en face d'obstacles insurmontables : • Allons, enle- B-moi cela an galop • et que le régiment l'enlève, qui fait qu'un ScIial de France, prenant le fusil eu main, guide â travei-s des

plaines glacées, au milieu d'une nuée de cavaliers enivrés par la victoire, une poignée de fantassins transis de froid et presque expirants de misère.

Le général Pelct, qui a longtemps sorvi comme aide de camp auprès de Masséna, et qui avait pu apprécier sur place les fautes commises par BcrLliier au commoncement de la campagne de 1809, a dit de ce major général modèle : « Jamais on n'a tant écrit, jamais « si p(Mi fait: cha«unu de ses lettres à cette époque atteste la « grande diirérence onlro sa correspondance propre et celle qu'on « lui dictait... Le major général croyait, comme tous ceux qui ont ^ passé leur vie dans les ciats-majors, diriger la 'guerre à force de « lettres. En vain le maréchal Davout, à qui, en attendant Tarri- « véo de TEmpereur, Berthier prescrivait des mouvements insen- « ses, ouvrait-il des avis conformes aux sages principes. Le major « général répondait par de Thumeur et des injonctions réitérées à « la sagesse de ces conseils. L'Empereur, qui accourut en tonte « hâte pour réparer les fautes commises, disait quelques jours « après à Tun de ses ministres : « Vous ne pouvez vous figurer '^ dans quel état se trouvait l'armée et à combien de malheurs nous « étions exposés si l'on avait eu aflaire <à un ennemi entrepre- « nant. »

11 semble réellement que Berthior ait voulu montrer par son exemple quel ahîme sépare le meilleur des chefs d'état-major d'un véritalde général en chef. Jojnini lui-même, ce type de rofficier d'élal-major, Ta dit: « On ne saurait nier qu'un homme sorti des « étx'Us-majors puisse devenir un graml capitaine, aussi bien que « tout autre, mais ce ne sera pas pour avoir vieilli dans les fonc- « tiens «le quartier-maître qu'il aura la capacité du commandement < suiuTJTie, ce sera parce (ju'il possède on lui-même le génie natu- « rel (le la guerre et le caractère acquis. » Eu fait, aucun des généraux de la Graude-Armée qui, .lûen au-dessous de Napoléon, sont réputés avoir été capal)les de connnander en chef, ni Masséna, ni Lannes, ni Davout, ni Soult n'ont été chefs d'état-major et, sauf Davout, n'aurai(>nt pu l'être. Soult l'a bien prouvé eu 1815. Gouvion Saint-Cyr, qui avait s(;rvi dans Tétat-major de l'armée du Rhin, ferait peut-être exception, mais a^. joueur aux échecs, comme rapi)elaient h.^s soldats, manquait malgré tout des grandes qualités

a cTief el d'ailleurs il n'avait servi (ju'un an à peine IdanE les étais-majors. Reytiier, qui avait été le chef d'état-inajor et, In l'on en croit Joinini, lïaspirateur île Piuhegru, pisse à juste hitre pour lin des généraux (le l'Empire les plus dislingués par lem-s Italents militaires. Mais < olllcior d'un rare mt^rite >, dit le duc ■ de Feieiieac, < il se croyait bien l'égal do tous les maréchaux et |« n'aimait pas à leur obéir ». Déjà, d.îns la retraite du Portugal en E'ISll, il avait formellcmeiU désobéi aux ordres de Masséiia en forr Çâni ainsi le général en chef à précipiter le mouvement de l'ar- BDéo; plus lard, de lui-inAme, i) avait rjultté Hambourg parce qu'on venait iln le mettre sous les ordres de Davout, et, dans la seconde campagne de 1813, il Qt le désespoir de Ney qui commandait l'année du Nord à laquelle appartenait sou corps d'ar- I net. « Je ne me lasse point », écrivait le maréchal Ney, le 13 septembre, au major gOnéral, « de répéter qu'il est absoliunent

• impossible de faire obéir le général Rcynier ; il n'exécute jamait;

• Ie« ordres qu'il regoit. Je demande que ce généi-al ou moi ra-

• çolve une autre destination. • — «Reynier», a dit encore M. de Ségur, • si habile appréciateur du terrain, savait préparer les ba-

• tailles, mais quand les champs s'auimaient, cjuand ils se cou-

• vraient d'homme et de chevaux, il s'etounait et la rapidité des « mouvemenis semblait l'éblouir. » On parle de Kléber, Combien de temps a-t-il servi dans rél;it- major, lui qui commandait déjà eu Vendée, au mois de mai 1793, les troupes venues de Miiyence?

r-D'ailleurs, il était au moins aussi désobéissant que Heynier, et il Ljut i l'armée de Sambre-et-Meuse le tourment du général en chef. Et Jourdan, qui rejoignit l'aimée du Nord m 1792 comme comman- Dtdu bataillon desvolont.iii-esde la Haute-Vienne, qui commanlit une brigade â la bataille de Hondachoote le 8 septembre 1793, . ■tfnt nommé de suite après cetti' bataille général en chef de l'armée « Ardennes, qui commandait en chef à Wattignies au mois d'oclobrelTdS, qui fut, il est vrai, plue tard major général désarmées l'Bspagne, sans qu'il paraisse avoir exercé une grande influence ■urlee opérations militaires... peut-on [e citer comme un oCBcier jTéUt'inajor ? Desaix, ancien aide de camp du prince Victor de Jie, poun-ait faire exception; mais après la perle du camp a Nothwfiipi-, il fui nommé au commandement de l'aile gauche

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de Tarmée du Rhin, et s'il exerça sur Tesprit de Moreau, devenn plus lard commandant en chef de cette armée, une influence dont Gouvion Saint-Cyr se plaint comme ayant été contraire à la bonne conduite des opérations, ce fut une influence toute personnelle, et non pas celle d'un chef d'état-major.

M. le général Billot, devant Tautorité duquel nous nous inclinerions volontiers si le rapport qu'il fit à l'Assemblée nationale, et auquel nous avons eu largement recours comme à l'œuvre d'un homme compétent entre tous, n'était pas un plaidoyer à l'appui de cette thèse: V état-major •pépinière et école du commandement, M. le général Billot dit que l'état-major de l'armée du Rhin fit école et que de là sont sortis : Saint-Cyr, Préval, Soult, Foy, tandis que l'armée d'Italie a laissé de la gloire, quelques individualités et pas d'école. A cela nous répondrons que précisément Saint-Cyr, Préval, Soult, Foy, sont des individualités. Quelle individualité plus tranchée que celle de Gouvion Sainl-Cyr : parfait, admirable qu;ind il opérait seul sur un théâtre bien délimité où il nr risquait pas, par son égoïsme incurable, de faire écraser son voisin, mais qui n'aurait certes pas fait honneur à l'école dont il serait «orti, lorsqu'il figurait dans l'ensemble d'une armée comme à Engen, à Ma^skirch, à Culm. Lo général Préval a fait preuve do tnlents d'organisateur de premier ordre, mais malgré des services sérieux à Novi et à Auv<terlitz, il ne brille pas d'un éclat bien vif dans l'iiistoire militaire de TEmpire. Soult! également bon or;?ani^aLeur, excellent ministre de la guerre sous Louis-Philippe, manoeuvrier de premier ordre à Àustcrlilz, soldat héroïque à Gônes, a en la bonne fortune de survivre à presque tous les maréchaux de l'Fîmpire et de voir accumuler s»ir sa pei*sonnalité les hommages rendus à la Grande-Armée ; mais certes, s'il brilla en Espagne, ce ne fut pas pour avoir appris à l'armée du Rhin les principes réguliers de la guerre et du stu-vice d'état-major. Quand un général s'est laissé surprendre dans la ville môme où est son quartier général, comme Soult à Oporto, quand il s'est montré inférieur aux autres et à lui-même, comme le major général de la campagne de 1815, il paraît difficile de le donner comme ayant fait école. Quant au général Foy, si jamais personnalité fut tranchée, ce fut ceriamement celle-là; mais à l'armée du Rhin, et

états-maJoub. 219

i à celle du Danube, il fut exchieivement officier d'arlil- ■lerie el surtout J'arlillerie à tiheval ; en Espagne, il devint général l'd'infanlene, se Qt une répiilatiou méritée dans plusieure combats ; envoyé par Mas6iîim à l'Empereur, il élonaa Napoléon par la |;gruideur de ses vues ; mais ce n'est certes pas à l'armée du Rhin Iqn'il avait puisé cette ampleur d'idées.., Elle était inhérente à sa l'Sabire excepiionnelle.

Si l'école de l'armée du Rhin a produit les individualités que iinous venons de citer d'après M. le général Billot, et d'autres enlOre, telles que Nos, Richepanse, Grenier, Dessoles, Decaen, ' c'est de l'armée d'Italie que sont sortis Lannes, que l'on regarderait tien à tort comme n'ayant que les qualités du soldat ; Sucliet, incontestablement et incomparablement supérieur à Soult, comme le prouvoiit les résultats obtenus dans !' Aragon, la Basse-Calalogne, le royaume de Valence; Marniont, ipi'il ne faut pas juger d'après la défection d'Essonne, mais d'après lu camp d'Utrecht, la Dalmatie, la réoi^anisation de l'armée de Portugal, Champaubert, Vauchamps, Gué-à-Trem et Paris; Belliard qui se montra, de 1806 à 1813, auprès de Murât un cbef d'état-majOr purfait ; Clausel, Andréossy, et bien d'autres. En résumé, l'armée du Rliin fut Fond école de patriotisme et de probité militaire ; mais l'école d'Ilat fut une école d'obéissance au chef de l'armée, et jamais ou h'y »il de général opérant pour son propre compte comme à l'ar- Inée da Rhin où, d'après Gouvion Saiiit-Cyr, le chef d'état-major Reynier, plus maître que le général eu chef Morean, ne s'attachait u'à favoriser DesaJx aux dépens de SaintCyr lui-m<jme, Nous sommes bien loin, d'ailleurs, de vouloir dire qu'uu générai H chef élevé dans les états-majors sera forcément inférieur à un , nous en connaissons qui donneraient grandement tort à me appréciation aussi absolue, nous afËrmons seulement que s'ils iDt t)il?u, ce ne sera pas pour avoir appris leur métier de cette lanière, mai« parce qu'ils avaient en eux les qualités requises. Ba un mol, un ancien officier d'état-major ne sera un bon géné- I en chef, ni parce que, ni quoique. ..On objecte toujours l'exemple de Jomini à Bautzen, conseillant à Ney, dont il était le chef d*état-m ijor, un mouvement que le maréchal n'exécute qu'à moitié parce qu'il ne le comprend pas, et l'on dit : Voyez ! si l'officier

d'état-major savant eût commandé au lieu du sabreur ignorant, quelle victoire aurait été celle de Bautzen ! D'abord tous les officiers d'état-raajor n'ont pas la prétention d'être comparés à Jomini; ensuite il s'agit de savoir ce qu'aurait fait Jominilui-mâmc, si, au lieu du rôle de conseiller, il avait eu celui d'exécutant avec la responsabilité de la vie et de l'honneur de 40,000 hommes. On sait, d'ailleurs, qu'à Bautzen la cause principale du changement de direction de Ney , contraire au plan primitif que lui avait fait accepter son chef d'état-iiiajor, fut l'apparitiou sur le flanc de ses colonnes de quelques batteries d'artillerie légère dont le feu, les prenant d'écharpe, l(Mir faisait beaucoup de mal.

La conclusion de ce long raisonnement est qu'il faut donner à nos officiers d'état-major l'aptitude et le savoir que réclame leur semce spécial et se préoccuper un peu moins de leur enseigner quelles doivent ôtro les qualités d'un général en chef. Ces qualités, d'ailleurs, s'il est difficile et rare de les posséder, il sufBt de lir« le chapitre de neuf pages que Marmont leur a consacré pour les connaître au8si bien et pout-rtre mieux qu'après avoir étudié les longues dissertations do tous les professeurs allemands et français.

Le général Morand, dont nous avons reproduit plus haut les réflexions, combat la spécialité du corps d'état-major pour d'autres motifs : il voudrait voir mettre un frein à la suffisance et à l'air de supériorité que sont tentés de prendre, vis-à-vis de camarades plus humbles, marchant à pied dans la boue, de brillants officiers d'élatmajor, bien montés, jouissant, par leur vie commune avec les généraux, d'un bien-être relatif, trop enclins quelquefois à se persuader, comme certain personnage des fables de La Fontaine, porteur de reliques, qu'une partie au moins dos égards témoignés à l'envoyé d'un général, s'adresse à lui-même. L'illustre général pense que l'idée de voir bientôt les rôles intervertis rendra les officiers d'élat-major moins arrogants. Il faut être plus juste envers les officiers de l'ancien corps ; leur situation était, sous bien des rapports, infiniment plus agréable que celle des offiriers de troupe ; mais la vie matérielle leur était souvent plus difficile ; « les officiers d'état- « major », dit Marmont, « ou les officiers détachés de leur corps « sont dans des conditions si malheureuses pour vivre, qu'ils Êe-

ÉTATS-MAJOriS. 221

I laioQt réduits, si les gciiiéraux n'en avaient 5oin, à un véritablQ f àlaL de souffrance '. >

Quant À la fierté de quelqiieB-uiit^, elle élail plus apparente iiiie

râelle, faiËani prinr ainsi dii-e partie de leur uniforme et, comme

[Ib vivaient entre eux, rincouvéuient n'eu était pas bien grave...

Uus, détiormaiB, iee corps de troupe comprendront à l'état perma-

il dcuï catégories d'officiers, les brevetés et les non-brevetds :

I las premiers ayant subi vie torieu sèment l'épreuve d'un concoure,

I ayant participé aui levons d'une Ëcole, supérieure au moins par son

I tilre, persuadés de leur uiérite, destinés dans leur propre pensée

MgM commandement enclief, puisqu'on leur a dit que l'enseignement

B l'Ëcule devait les y conduire, appelés demain à rédiger, sinon à

t>TOquer, les lettres de reproches adressées à leurs chefs d'aujour-

B'hiii, brillants oiseaux do passage venus au régiment afin de rera-

I .pUr les conditions légales d'un avancement qu'il est urgent do

r donner pour l'accomplissement de lem's hautett destinées ; les

lUtres, n'ayant pu se résoudre à aborder les concours, soit par timi-

pilé, soit par amour-propre, n'ayant le don ni de l'élocution ni

B la rédaction, c'est possible; inférieurs aux premiers, admet-,

^a&-le im instant, mais nullement convaincus de cette infériorité,

^nuadés même du contraire, parce ifu'ils connaissent mieux la

troupe, manœuvrent avec plus d'aplomb et savent souvent — on

pourrait dire toujours — mieux les détails techniques de leurs armes

respectives. Et vous voulez que l'union règne dans des corps d'of-

Bciers ainsi constitués ! Et vous ne voyez pas que votre loi de 1880

OBt un ferment de discordts introduit dans l'armée par un vote de

lasjtitude !

De plus, on s'en est remis âlaloi d'avancement qui est toujours à l'état de projet, pour régler une question dont l'importance est capitale. Comment concilier Les droits acquis et les mérites re> connus dans deux services distincts, par des officiers ne formant qu'un sBul corps?

Avec ce besoin fiévreux de parvenir qui domine maintenant dans toutes les carrières, civiles aussi bien que militaires, comment accorder les prétentions des uns et les exigences des autres?

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