‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 90 sur 174 · I . tlii'alri · texte numérisé non relu

I . tlii'alri

264 LES TRANSFORMATIONP DE l'aRMÉE FRANÇAISE.

tioii de RnsKift on 1812, M. Lelorgne dldeville accompagnait le quartier gc^néral en qualité de premier interprète.

Lors de Texpédition do Chine, en 1860, plusieurs interprètes furent attachés au corps expéditionnaire. L'un d'eux, M. d'Hérisson, a écrit l'intéressant journal de cette expédition. Quoique Torganisation actuelle de l'airmée ne comporte pas un cadre permanent d'interprètes, il a été formé cependant un corps dUnteiyrètes de réserve, destiné à servir en temps de guerre, et dont les membres sont généralement des officiers de réserve.

Pour terminer ce qui est relatif aux services auxiliaires de l'armée, il nous reste à parler du personnel affecté au service de la justice militaire. Cette partie de notre organisation a, du reste, suhi peu de modifications dans ces derniers temps. On s.ait qu'à Tintérieur la justice militaire est rendue par des conseils de guerre et des conseils de révision. Dans les armées en campagne et dans les villes ou contrées où l'état de siège a été proclamé, il existe une troisième juridiction sommaire : les cours martiales. La procédure . devant les conseils de guerre est analogue à celle qui est suivie pour les cours d'assises, l'instruction est confiée, après ordre d'informer, donné par l'autorité militaire supérieure, à des officiers rapporteurs, généralement choisis parmi les olTiciers en retraite et ayant pour adjoints des officiers de la garnison ; la mise en jugement ou l'ordonnanc»* de non-lieu est prononcée, après une première instruction sommaire par le général commandant le territoire (autrefois le général commandant la division, aujourd'hui le général commandant le corps d'armée, en qualité de commandant du territoire de la région) ; l'accusation est soutenue par des commissfiires du Gouvernement, nommés et choisis comme les rapporteurs, ayant appartenu mais n'api)artenant plus à l'armée et auxquels peuvent être adjoints des officiers de la garnison. Les conseils de révision n'ayant i)hs à connaître des faits, mais étant appelés imiquemeut à se prononcer sur l'application de la loi i)ar les cons(»ils de gueri'e, n'ont pas de rapporteurs, mais seulement des commissaires.

Le service des greffes est conlié à des officiers d'administration, formant la cinquième section des services administratifs de la uerre, et dont la situation militaire est la même que celle des

tTATS^^AJOns, sFnvpniîs nnTTCtj'rjRn^, armée coto\-i*LE, 20;» loOleiors (les (quatre pi-emièii?s secUoiie. Le cadre i-oraprenil 42grffiflen, dont 3 prinopuwx et 70 commis-greffitrs, parmi lesquels sont I pris les greflîi'rs; ils se recrutent eiix-mômes parmi les bous-oHI- Iciem on anL-iens sous-ofliciers ayant subi un esamen <id hoc. Quoique les coui's martiales fonction uenisans persnnnpl spécial, l'est ici 11' cas de lUre cpielques mois de cetie juridiction excepilioanelle, créée seulement dans les circonstances où la discipline Irel^hée ne peut t'ire rôtahlie qu'à force de flêvéritô. Les cours rmartialas pressentent un caractère essentiellement arbitraire, qui I nurail besoin dV-tre régularisé par la loi. Faute de cette régularisat tion, la convocation des cours martiales eng.ipe la responsabilité ' lit* généraux eu clief. En 1870, un dâoret du Gouvernement de la Défense nationale, daté du 2 octobre, établit une cour martiale t ilans cliaque division active et dans tout corps de troupe, de la force l-d'un bataillon au moins, marchant isolément. L'oQicier du grade Lie plus élevé convoquait, sans instruction préalable, cette cour Larlialo, composée d'officiers et de sous-olËciers pris par rang Id'ancienneté. La procédure consistait uniquement à donner lecture ds U plainte en présence de l'accuBé, à entendre les témoins à ' chaîne, puis l'accusé et les témoinR à décharge, s'il y en avait et s'ils ritnient présents; aucune plaidoirie n'était admise. Une seule qnestion était posée : Au nom de la patrie envalue, le nommé un tel CBl-îl coupable d'avoir..? Il n'él.nit répondu que par oui ou non : lia majorité simple décidait de la culpabilité. Au cas d'une cond.im- Uloii, In sentence devait tHre exécutée le lendemain matin avant le [llépart dc6 troupes, en présence du bataillon auquel appartenait le »ndamne; il ne pouvait y avoir lieu ni à révision, ni âconc)amn.ahion. L'application de ces mesures faîte pendant le séjour du quin- EDe corps à Salbri»;, l'ontrîbua beaucoup, il faut le dire, à l'établissement de la discipline dans l'armée de la Loire.

Le service des pénitenciers et des prisons militaires est con- M à un double personnel : pour le commandement et la t^ur- TcUlance, d'une part; pour l'administration, d'autre part. Le commandement est contlé, dans les pénitenciers, ateliers de travaux publics et prisons importantes, à des olticiers du grade de chef de bataillon ou de capitaine , détachés de leurs corps et pJacéfi hors cadre, el dans les prisons moins importantes, à

26G LES TRANSFORMATIONS DK l'aRMÉE FRANÇAISE.

adjudants sous-ofTiciers, agents principaux ; la surveillance est exercée par des sous-offlciers, qui ne comptent également dans aucun corps de ti*oupe. L'administration des pénitenciers et ateliers est dévolue à des officiers comptables ; celle des prisons mîlitîiires à des .adjudants commis-greffiers.

Dans une armée en campagne, il est établi généralement un ou deux conseils de guerre par division, et un pour le quartier général d*i corps d'armée ; il n'y a, le plus souvent, qu'uu conseil de révision pour toute Tarmée. A Texception d'adjudants commisgreffiers, tout le personnel est pris dans Tannée elle-même.

GKNDARMERIK.

Tout le monde connaît Torganisation de la gendarmerie départementale, répartie dans diverses localités par brigades à pied et brigades à cheval, dont Tensemble constitue pour chaque arrondissement une lieutenance, pour chaque département une compagnie, pour chaque corps d'armée une légion portant le numéro du corps'.

La i/endarmerie comprend en outre une légion de Garde républicaine, composée de quatre l)atailIons d'infante»rie et de quatre escadrons de cavalerie.

Depuis 1804, celte organisation a subi pou de modifications. 11 existait sous l'Empire un escadron de gendarmerie d'élite (anciens gendarmes des chasses), et un régiment de gendarmerie de la Garde impériale. Ces corps ont disparu avec la guerre de 1870. Au début de cette guerre, il a été organisé deux régiments de gendarmerie à cheval et un régiment de gendarmerie à pied, afTectés à la défense de Paris. Le régiment de gendarmerie à cheval s'est particulièrement distingué au combat de Châtillon, le 17 septembre 1870, où son chef, M. le lieutt*nanl-colonel AUavène, fut grièvement blessé. Après la défaite de la Commune, ces régiments ont été dissouî»: une partie des honmies qui les composaient a été versée dans la Garde républicaine, un instant portée à deux régiments

1. CeWi disposition est toute récente ; antérieurement au mois d'avril 1886, certains corps d'armée comprenaient deux ou même trois légions de gi^ndurnicrie ]>orlant toutes les iiiimérus du corps d'année, avec la quaiitioation bis ou fer, s'il y avait lieu. Un décret présidentiel vient de réduire le nombre des lét'it'us de j;fndaniierie<'n l'éiralant à celui descurpsd'iinnée. (ftcrilenmai 1880.)

ÉTATS-MAJOIIS, SEriVICRS P.MiTIClil.iEIlS, ARMÉE i;OI.O\i\LE, 21>T

t^ommandt^s par un généra! du brigade; ime auti-e pattie a servi à formor lu rèijimenl de gendarmerie mobile, crt'i? à Versailles pour la (jarde du Gouverneiiient et de l'Assemblée iialioiiale, el conipiii- Qitat un forl baluillou i*i pied avec un escadrou à clieval. Appelée plus lard à Paris pair la gai'de du Sétiat, privée de son escadron à dieval, progressivement Déduite dans le nombre de ses compagnies, la gendarraerip mobile a étif di'finitivementsupprimée après le voLe de la loi de linaiices pour l'année 1885.

D'autres corps de gendarmerie, savoir un régiment à pied et nu rtgimeal achevai, furent Tormés h Tours pendant la guerre; mais la formation des régiments de Paris, succédant à celle des détochemcnls envoyés â l'armée du Rhin, avait déjà épuisé la gendarmerie eu lui prenant ses éléments les plus actifs; aussi le« deux régiments de Tours n'ont-ils pas donoé â Beaugency, oCt ils faifiLient partie de la colonne Caniâ, tout ce qu'on était en droit d'atlendi-e d'eux. Ils étaient à ce moment à peine organisés, mais ils rendirent plus tard'de grands services dans la reU-aite do la ti' armée de la Loire sur le Mans, et surtout dans la retraite du Mans sur Laval. Pendant ijue le n^giment à cheval metlait de l'ordre dans les convois et ramenait les fuyards, le régiment il pied tenait jusqu'au dernier moment derrière le pont de I pQDt-Lieue avec deux mitrailleuses. 11 perdait dans celle action I tttyottmuse el utile, dit le général Cbanzy, deux ofBciers et quatre- 1 vingt-trois »ous-oinciers, brigadierâ et soldais. En outre de la formation de ces régiments, une autre cause avait déjà énervé [ la geadamierie ; un asseï grand nombre de sous-otTiciere de colle arme avaient éU-- nommés sous-lieuLenants daus leurs armes d'origine, pour parer â la piînurie d'oflîciors dans laquelle on se I irourait. GénêralcmBiit Agés et ayant quitté les i-ùgïments depuis , longtemps, ils y rapportoreut plus du bonne volonté et de fidélité [ ut devoir que d'aptitude à leurs fonctions. Assez médiocres oflî- [ cion d'infanterie, do cavalerie ou d'artillerie pour la plupart, ils llreiit défaut dans la gendarmerie où était leur véritable place. Les L ineviiros prises pendant la guerre de 1870 furent trop souvent pré- \ cipilOes pour £^tre toujours rationnelles.

Par la nature de son recrutement et par les habitudes de son H'rvice dans lequel les hommt^s sonl isob'*., l.-i gendarmerie nVst

26R LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉE FRANÇAISE.

pas faite pour fournir des régiments ; mais les détachements qu'elle a envoyés dans les corps d*armée et armées pour assurer le service de la prévoté ont toujours présenté, au contraire, une composition remarqiialde. Il le faut ainsi; Tordre si difficile à établir dans le territoire occupé parles armées, la direction et la surveillance îles équipages dont la multiplication a souvent, en cas de défaite^ amené des désastres, la protection des hal)it-mts contre le pillage et toute autre violeuce, reposent sur eux, leur énergie et leur activité doivent suppléer à leur nombre.

Dans la campagne de 1805 el dans toutes les .lutres campagnes du premier Kmpire, un détuhement de 50 gendarmes était attaché à chaque corps d'armée, dont il formait l'extrême arrière- gardn, pour ramasser les traînards. Dans la fatale retraite de 1813 , après la bataille de Lj.'ipsick, la gondarinerie, sous les ordres du général Radet, grand prévôt de Taimé^', parvint seule à rétablir un peu d'ordre dans les colon ues.

Pendant la guerr.> de 1870 (2* partie), chaque division d'infanterie avait sa prévôté, composée de trente-deux gendarm:'S à cheval, sous les ordres d'un officier. Toute portion de corps marchant isolément devait être accompagnée au moins de deux gendarmes et un brigadier. D'après le règlement actuellement en vigueur sur le service des années eu campagne, la gendarmerie a dans ses attributions la direction et la t^urveillance des équipages, la re- «'herche et la constatation des crimes, délits et contraventions, la pouri^uite et Tarre^tation des coupables, la police, le maintien de l'ordre, et particulièrement la police r^-lative aux individus non militaires, aux uiarch.'inds, aux vivandiers et aux domestiques qui suivent Tarmée. Les siuivi'gardes sont sous la surveillance et la police générale des olUciers de gendarmerie».

11 est peu de mots dans la langue francai^e qui .aient été plus détournés rb^ leur siguilicatiou première que ceux de gendarme et de gendaruiei'ie. i^es lionunes (ranncs ou rjcns rl^inncs qui formèrent sous le règne de Charles VIT b^s premières compagnies d'ordonnance, hrenl donner sous Louis XIV le nom de gendarmerie à une partie de la cavalerie <le réserve. Les gendarmes de la' Garde, les gendarmes du Roi, les gendarmes de la Reine, les gendarmes du Dauphin, ceux d'Anjou, d'Orléans, de Bourgogne et de Beri-^*,

eureiit dans toutes les tjuerrc» do Louis XIV et de Louis XV un rùUi magiiilique, s'illuslraulà Lene, à Uai-saglia, à Maiplaijuet, à t'uutâooy, a Raucoux, â Lawreld enûu où, au plus fonde l'action, iifi tirent plusieurs charges furieuses qui décidèrent de la victoire. La geudarmt'rie actuelle est l'héritière de la maréchaussée, doQi le nom singulier provient de ce que cette milice à cheval dépcntlait dîrttCttïiticuL des marécUaux de France, comme la eonnèlabiii: avait dépendu du coniii>ta1de. La niarécliauBS^e fut supprimée par suite [ de i'impopulai'ilë qn'ulle s'était acquise en remplissant lidèleiueut 1 tfou devoir daus la répression des troubles de 17HH et de 1790. La I i^ndaimerie tut créOe par décret de l'Assemiilée nationale en date du 22défe!utire 1790; c'était d'abord un corps â la lois civil et niilltiiire. Un corps de geudaraierie des ai'uiées fut formé un peu jdus Urd. Un autre corps lit partie de la garde des consuls, et la gendarmerie, i-ôorganisée au dOliut de l'Empire, eut pour premier iiupecteui- géniji-al, le mai-éehal Moncey. Les di-lachemenls de geu- I darœes ans armées, sous les ordres du yrand-pri!vôt , rendirent les plus j^nds services. Seize escadrons de gendarmerie furent l c^^ au mois de janvier IHIO, pour garder les commiuiications I ealre Bayoune et Madrid ; ils étaient forts de plus de li>Ochevau.t I eliaque. Les gendarmes de l'armée d'Espagne devinrent particulièrL>ment célèbres à la suite de plusieurs rencontres où ils luttèrent avec succès contre la cavalerie anglaise. Au combat de Villadiego, (in avant de Burgos, en 1312, où ils avaient été réunis on légion, île anéantirent complètement les dra;;ous rouges anglais qui, ue Gomtaissunl pas leur uniforme, les avaient chargés comme en se jouant. La réîèbre défense de Monzon, petite place de la Navarre, en 18-13 , est due à uu détachement de SO gendarmes qui.en formaient toute la garnison ; mais le plus beau fait â mettre à l'actif dc8 gendarmes d'Efpagne est sans contredit la résislance d'un poUe de 40 d'entre eux, attaqué entre Iruu et Ernani par la bande Mina, forte de 3,000 hommes, dans une simple grange crénelée ijne les Espagnols incendièrent. Cette résistance dura deux jours, au buul desquels les gendarmes, après avoir tué deux cents hommes â l'ennemi, furent entiu secourus et délivrés. Une lettre écrite par Napoléon au major général Berthior, au début de la campagne de ttjl-, uiualre bien riuiportauce que cet empereur attachait au

270 LES transfoumations de l'armée française.

service de la gendarmerie eu campagne. Après avoir fait observer que le nombre de 520 gendarmes est suffisant pour l'armée, et avoir prescrit de remplacer, dans certains emplois, tels que la garde des bagages, les gendarmes par des détachements de cavalerie, « un gendarme », dit-il, « n'est pas un homme à cheval: « c'est un agent qui doit i*tre placé dans chaque poste, qui doit « ctre chargé de la police sur les derrières de l'aimée et ne doit « rtre employé ni en sauvegarde, ni pour des escortes Prête nez de la cavalerie : deux ou trois cents hommes de cavalerie « de plus ou de moins no sont rien, 200 gendarmes de plus assu- « rent la tranquillité de l'armée et le bon ordre. »

En Algérie, le maréchal Bugeaud prenait souventcomme escorte et comme troupe de résci^ve un escadron de gendarmes, et plusieurs fois ils S'illustrèrent par de brillants faits de gueiTC. La gendarmerie peut être lière de compter dans ses fastes le combat du 5 mai 1841, sur le GholifT: 80 gendarmes, commandés par le capitaine Blocque ville, avec les gendarmes maures du capitaine, depuis général, d'Allonville, formaient ce jour-là l'avant-garde de la colonne; cette avant-garde se heurta subitement à un corps de 600 cavaliers ennemis, dont 200 cavaliers rouges d'Abd-el-Kader. Il y eut alors une lutte homérique dans laquelle le capitaine Blocqueville fut tué et les gendarmes combattirent corps à corps, un contre trois, comme des lions, jusqu'à ce qu'ils fussent dégagés par le l*^*" régiment de chasseurs d'Afrique.

Aujourd'hui, les difficultés du recrutement de la gendarmerie, causées par la réduction de la durée du service, vont sans cesse en croissant; à quelques exceptions près, les gendarmes ne sont plus ce qu'ils étaient il y a trente ans, c'est-à-dire d'anciens soldats ayant contracté pondant de longues années passées au régiment l'habitude invétérée de la dis(;ipline et de la fidélité à la consigne. Les exigences souvent contradictoires auxquelles ils sont soumis de la part des autorités civiles, ne trouvent jjas toujours un contre-poids suffisant dans l'esprit militaire. Il est difficile d'exiger d'hommes, si parfaits qu'ils soient, exposés à (Hre réprimandés ou même punis pour avoir fait leur devoir, de ne jamais subordonner leurs actes à des considérations étrangères à ce devoir. Aussi le service de la gendarmerie est-il devenu bien plus difficile qu'autrefois, et la société

I duit Mvoir lin gi'é infini îi cens tjui conliuueul ù ùtre ea t;uivu-

I ganle liane de- pareilles l'onditions.

On a parlé à plusieurs reprises de retirer la geiidurnierie au mi-

I iiistère de la guerre pour la placer dans U-b attributions du ministvn

( tie riulërieiir. On en parle moins à présent. Non soiilomeut une telle disposilion serjiît contraire au principe d'après leiiutil aucune IbrCB armée ne peut être soustraite à l'autoriti' du ministre de la guerre, rexponsable de la défense du paye, mais oUe serait la mopl il* la gt'Udm'inerie qui deviendrait un simple corps de police. Lee nwilleiirs ofltciers de l'arme le sentent si bien, qu'en toutes circonstanres ils insistent pour Taire appliquer aux gendarmes les me- Mires arn'tiîeâ pour les autres militaires. Ils ont tant d'occasions, I10U& disait un do ces otHciers, de se fausser le jugement dans dt^s pnaitinns ([ui ne sont pis tiien nettes, qu'on ne s;nirail tjop leur rappeler qu'avant tout ils sont soldats...

lEST DK SAPF.UflS-POMPlKnS

. VILLI^ DE l'IlllS

C'est en vertu du grand principe que uous invoquions tout à l'heure, que le régiment de sapeiu* pompiers fait partie de l'arniée active. Il est considéré au point de vue militaire comme nn régiment d'inrauterie, dont les officiers concourent pour l'avancement avec ceux de toute l'arme.

En cas de mobilisation, une partie des i-éservistes qui ou proviemient est versée dans les bataillons de chasseurs â pied.

Après les évtiuements de 1870, la question s'est agitée de savoir BÏ le régiment de sapeurs-pompiers, désarmé lors de la capitulation do Paris, recevrait de nouvelles armes. Ceux qui étaient d'un avis ninipaire invoquaient les dangers que court ou peut faire courir à l'ordre public une troupe disséminée par faibles portions dans ta capitale, ci vivant en permanence dans les quartiers les pluB dJ8{)0sé» à l'agitation. En fait, il ne parait pas nécessaire d'avoir

I foiil et de eavoir's'en servir pour faire preuve de courage et

kd'agilité dans un incendie, mais on a pensé que l'armement d'une

■ troupe est la condition première de sa discipline, et l'on a réarmé

I magnifique régiment de sapeurs-pompiers de la ville de Paris.

272 LES TRANSFORMATIONS DE l'aHMÉE FRANÇAISE.

Nous pouvons affirmer toutefois que le gouvernement de M. Thiurs ne s'était décidé à prendre cette mesure qu'après de longues hésitations ^

ARMÉE COLONIALE. ARMÉE d'aLGÉRIE.

Nous avons donné (chapitres II et III) la nomenclature des corps de troupe d'infanterie et de cavalerie affectés spécialement à l'Algérie et au service des colonies ". Des événements récents ont démontré la nécessité d'organiser et surtout de recruter dans des conditions partirulières ces forces qui sont, pour ainsi dire, en dehors de l'armée destinée à protéger les frontières de la France; c'est là une question (jui nous paraît mériter une étude particulière, se rattachant à l'examen général des catlres.

11 résulte, en effet, de l'expérience acquise dans les expéditions de Tunisie, du Sud oranais et du Tonkin : 1° que notre organisation ujilitaire, éUiblie dans hi prévision d'une gueiTe européenne, ne se prèle pas à la formation de corps exp«^ditionnaires destinés à opérer an loin : 2"* que les jeunes soldats fournis par le service de quatre^ ans n'ont i)as la force d'endurauce nécessaire pour résister victorieusement à Taction des climats chauds; 8" que non seulement les olîiciers des troupes attachées à la marine demandaient avec instance à rentrer dans le droit commun par l'assimilation complète avec ceux de l'armée de terre, mais encore que relTectif de ces olîiciers devenait insulhsant par suite du séjour prolongé dans les colonies, qui les rend, au bout de quelques années, jieu propres au service de guerre.

En ce qui couccrue la formation d'un corps (expéditionnaire, ou se trouvait eu face de dilhcultés presque insurmontables, par ce qu'elbîs se rattachaient aux bases mêmes de la nouvelle organisation militaire. Comiucnt, en effet, mobiliser séparément un corps d'armée ou une division, si la loi ne le permet pas, et la loi le permettant, comment opérer cette mobilisation dans la pratique?

l. Nous poinTi()n> lu^ine riicont'T (•Diuiui/nl le zèlo d'un subordonne, prônant pour un ortlro qu'il éUiit lenu (ruxéruior, l'invilûlion oirioieusr» ot irréfriilière «l'uu olîicier j^Om-ral, avain-a l'exôcuLion d'une mesura qui n'était pa^ enoorc iirrr'ttM». La défision du (iouverni'uienl oonsai'ra h\ l'ait acronipli.

2 ICn supposant adoptô par le Sénat 1»* projet ipii n'a incor- été voté qm- par la Chambre des députés.

Supposons que Ton veuille mobiliser un corps d'armée, on rappellera dans la région de ce corps d'armée, sous les drapi^aux, les hommes composant la disponi))ilité et la réserve, tandis que dans la région voisine on laissera les hommes des mêmes classes ou de clashes jdus jeunes parfaitement tranquilles. C'est ce qu'on ne fera jamais accepter au pays.

En face de cette difficulté, plusieurs systèmes furent proposés \ Tun consistait à prendre les bataillons nécessaires parmi les trente bataillons de chasseurs à pied, dont Tellectif de paix est plus considérable que celui des autres bataillons et qui n'entrent pas dans la composition des divisions d'infanterie, qui ne sont même pas tous rattachés aux corps d'armée. Celait supposer que les chasseurs à pied n'ont pas un rôle importaut à jouer au moment de la mobilisation. Un autre projet reposait sur le groupement des quatrièmes bataillons d'une même division en un régiment organisé dès le temps de paix, ce qui aurait donné 30 régiments nouveaux. La création de 36 états-majors de régiment était une opération trop coûteuse pour qu'on pût y songer*... Entin, tons les systèmes mis en avant pour utiliser, soit les quatrièmes bataillons, soit les compagnies de dépôt, aboutissent à cette double alternative : ou grouper ensemble îi titre de formations provisoires des éléments divers, c'est-à-dire former des régiments sans consistance, comme mille exemples l'ont prouvé, ou créer pour des formations permanentes des états-majors dispendieux. Ces systèmes furent donc tous repoussés et l'on sembla s'arrêter à une combinaison qui a été, à bien peu de chose près, partiellement mise en pratique tout récemment, lorsqu'il s'est agi de former ime division de réserve pour le corps expéditionnaire du Tonkin. Désigner dans chaque corps d'armée im régiment, ayant en permanence ses quatre bataillons réunis -, prendre en cas de l.»esoin deux bataillons de ce régiment, les compléter avec des hommes prélevés sur les sept autres régiments du corps d'armét^, les mobiliser en les faisant passer sous le commandement du colonel ou du liiMitenantcolonel (la moitié de ces régiments à deux bataillons étant com-

l. Ou viont cepcmlaiil d'y ^onge^ ut de pivâciitiT iiii proji'l do loi d;in< n^ s^ns, coiiiprcnalit même 40 rôgiincnls : (inznian ne fonnait pas i/'obstuv/es.

tRAXIFORU. DE L*ARM. FR.VXV. 1'^

mandés par des colonels, les autres par des lieutenants-colonels); puis fonner immédiatement dans le régiment ainsi privé de deux de SOS bataillons un cinquième bataillon avec les deux compagnies de dépôt, et préparer sur le papier la formation d'un sixième bataillon, ponr le cas d'une mobilisation. Ce système a l'avantage de ne faire partir que des unités constituées, ayant de la cohésion et animées de Tespiit de corps, sans afTaiblir sensiblemont les corps d'armée mobilisés. Mais le meilleur de tous les systèmes consiste évidemment à ne pas faire d'expéditions lointaines.

En ce qui concerne Tannée d'Algérie, les quatrièmes bataillons composés de jeunes soldats, n'ayant entre eux aucun lien, n'avaient pleinement réussi ni en Tunisie, ni dans le sud de la province d'Oran ; il avait fallu d'ailleurs, pour former le corps expéditionnaire de Timisie, emprunter à l'armée d'Algérie des bataillons de zouaves et de tirailleurs indigènes. Une fois l'expédition terminée, le protectorat qui en était la conséquence, imposait, au point de vue militaire, les mêmes nécessités que l'occupation d'une des trois provinces formant le gouvernement de l'Algérie. Pour y subvenir, on se décida à créer un quatrième régiment de tirailleurs, un quatrième régiment de spahis, un deuxième régiment de la légion étrangère , un quatrième bataillon d'infanterie légère d'Afrique, en même temps qu'à porter de 4 à 6 le nombre des bataillons de chaque régiment de zouaves et de 6 à 8 celui des escadrons de chaque régiment de chasseurs d'Afrique. On y joignit, eu projet, un régiment d'artillerie à 4 bataillons, comprenant chacun 1 batterie montée, 1 batterie à pied, 2 batteries de montagne, et pour le train des équipages 4 escadrons de 4 compagnies. Pour compléter l'armée, des compagnies du génie, des détachements d'ouvriers et de pontonniers devaient être empruntés à l'armée continentale. Les nécessités de la guerre du Tonkin ont fait extraire de ce projet d'organisation la création immédiate du quatrième régiment de tirailleurs algériens et du deuxième régiment étranger; le reste du projet a été volé par la Chambre des députés, mais ne Test pas encore par le Sénat*. Nous raisonnerons ce-

l. Il a môme étô rotiré. L'histoiro dr l'armée française, avec ses changemonts incessants do ministres et d'idées niinistériellos, est réellement bien diflicile à écrire (mai 1886). •

pendant comme si le projet était définitivement passé à Tétat de loi. L'armée d'Algérie doit comprendre, dans cette supposition et en ne comptant pas les compagnies de discipline : 24 bataillons de zouaves, 16 bataillons de tirailleurs indigènes, 8 bataillons de la légion étrangère, 4 bataillons d'infanterie légère d'Afrique, 32 escadrons de chasseurs d'Afrique et 24 escadrons de spahis ; 4 batteries montées, 4 à pied, 8 de montagne et 16 compagnies du train des équipages, soit en tout 52 bataillons, 56 escadrons, 16 batteries et 16 compagnies du train. Comme le 19^ corps d'armée possède, pour le cas de mobilisation, une brigade d'artillerie stationnée en France et qu'une brigade de cavalerie française paraît devoir rester en permanence en Algérie pour faire partie, au besoin, du 19® corps ; il est à penser qu'on pourrait, sans inconvénient, former le 19* corps d'armée sur le même pied que les 18 autres, tout en laissant en Algérie une force suffisante pour contenir le pays. Les régiments étrangers et indigènes, ainsi que les bataillons d'infanterie légère, ont d'ailleurs une composition élastique, c'est dire que le nombre des bataillons et des compagnies y est indéterminé.

La composition de l'armée d'Afrique étant réglée, il fallait en assurer le recrutement de manière à pouvoir attirer, ou du moins conserver dans ses rangs des soldats moins jeunes et plus vigoureux que ceux qui sont fournis par le service de quatre ans. On a pensé y parvenir par des rengagements avec primes et hantes payes, ouverts non seulement aux militaires de l'armée d'Afrique, mais à tous les militaires ou même aux anciens militaires ayant quitté le service depuis un certain temps. Les sous-ofiQciers et soldats de l'armée d'Afrique seraient, en outre, admis à jouir d'une pension de retraite à partir de quinze ans de service.

L'armée coloniale existe déjà en fait, formée par les troupes de la marine et par les régiments, bataillons, compagnies ou escadrons indigènes organisés au Sénégal, au Tonkin, dans l'Annam et dans l'Inde ; mais la partie française de cette armée pèche par la composition des hommes qui sont trop jeunes, par celle des officiers, fatigués à la suite de longs séjours aux colonies, par l'exagération de l'efTectif qui est la conséquence du roulement entre l'intérieur et les colonies et qui entraîne une dépense trop forte. On

a cru pouvoir remédier à tous ces inconvénients en incorporant l'infanterie et Tartillerie de marine dans l'armée de terre. C'esl une question qui ne date pas d'aujourd'hui et qui a déjà donné lieu à bien des discussions. Il serait difficile d'imaginer plus de péripéties et de cliangenients que n'en ont subi depuis le xvii* siècle les troupes chargées de la garde des colonies, et de démêler au milieu de tous ces changements le moment précis où furent créés, à cet (^ffet, (les régiments spéciaux. Nous croyons cependant pouvoir affirmer que l'existence de troupes relevant du ministre de la marine et atfectées aux colonies, ainsi qu'à la garde des ports militaires, date seulement de 1831. Dans le principe, ces troupes se bornaient à 2 régiments d'infanterie de marine, dont le nombre été porté successivement à 3, puis à 4 et qui ont été eux-même fortement augmentés par Taccroissement du nombre de compa— gnies. Jusqu'en 1854, ces régiments furent soumis, sans restric — tion, aux lois, ordonnances et instructions relatives aux troupes d^ ligne de l'armée de terre. Le décret du 31 août 1854, aux terme duquel était créé le quatrième régiment d'infanterie, porta uu< première atteinte à ce principe en admettant que le mode d'applica tion aux troupes de la marine des lois, décrets et instructions co cernant l'armée de terre, demeurait subordonné aux instructio spéciales du ministre de la mavine. Le décret du 26 novembr 18G9, par lequel le nombre des compagnies fut élevé à 140, alL

plus loin encore. Il y était dit expressément que les dispositioi relatives aux troupes de terro seraient applicables aux troupes la marine, seulement aju-ès décision du ministre de la marine.

Il y eut donc, à dater de là, dans l'armée française, deuxarméi de teiTC, susceptildes d'être régies par des instructions différentes savoir : l'armée du ministre de la guerre et l'armée de terre ministre de la marine. Celle-ci comprend encore aujourd'hui comprendra jusqu'au vote définitif du projet de loi adopté par Chambre des députés :

V 4 régiments d^ infanterie de marine, à 45 compagnies, soit tout 180 compagnies, ainsi que les troupes indigènes du Sénégsr^ul^ du Tonkin et de l'Annam, dont nous avons donné l'état au çh» ^^ pitre II;

2^ Un régiment d'artillerie de marine qui, en 1882, complaît ^'

ÈTATS-MAJOBS, SERVICES PARTir.ULIEIlS, ARMÉS COLONIALE. 277

Uerîn, plus 5 comjiagTties d'ourriers d'artillerie et 1 tompagnie

ICarti Qciers ;

3* Un état-major g^-ndral et des états-majors particuliers.

L'effectif de l'infanlerie de marine s'élevait, en 1882, â environ

ï,OO0 hommes et pouvait ôtre porté à plus de 50,000 par l'ad-

bncLioD de réeervieles d'une qualité exceptionnelle, aguerrie par

I nombreuses exp<>>IitiouB. Celui de l'artillerie de marine montait

a de 0,000 hommes.

f Z^es ofBciers de ces corps de troupe se plaignaient depuis long-

3ps dV'tre, vis-à-vis de la marine, dans une sorte de vasselago;

se considéraient comme victimes d'ime injustice permanente,

les généraux eux-mêmes se regardaient comme occupant une

frsiUon secondaire, privés d'initiative et d'autorité réelle. Tous

iiaiuLiient awec instance la cessation d'un ^tat de choses préju-

= ial)le à leurs intért^ts et à lem- considération.

I -15 "antre part, rexpérience avait démontré qu'après un séjour de

Ȕs ou quatre ans dans les colonies, nKJrnedans celles qui passent

les moine malsaines, le rapatriemeat d'un £uropé£>n est in-

pï^'p^Dsahle et qu'entre deux séjotirs aux colonies, un repos d'au

*>ri8 deux années en France est absolument nécessaire. Sans

•^ï^ï des hommes de troupe qui, avec la durée actuelle du ser-

s , ne font qu'un séjour au-t colonies et sont presque toujours

i'jés en congé à leur retour en Ff;mce , les officiers répartis en

^**Hïre â peu près égal entre les colonies et la métropole, par

^^■^ des exigences du service, ne pouvaient ni restreindre la

'**'^e du leurs séjours â la limite voulue, ni espacer suiSsamment

*5*jour?. Pour satisfaire à ces conditions, il aui'ait fallu dou-

^ et m>^me presque tripler leur effectif, mesure impjssitile à

-**-<]re en raison de la dépense qu'elle aurait entraînée el des dif-

■■tés qu'elle aurait créées pour le recnitement des cadres. Le

^*l>re des olficiers restait donc insuffisant; de là, une mortalité

- "^ïs-itierable [larmi eux, et pour la plupart de ceux qui réfcisiaieol

^lat de Biinté les rendant impropres à faire la gueiTe.

*-•« passage des troupes do la marine au ministère de la guerre

*^t être le seul remûde it cette situation en permettant de faire

^l*rleservice dos colonies sur un aomlire considérable d'othciers.

On s'eei alors demandé comment poiii-rail être effectué ce ralta-

chenient. Les uns ont proposé de supprimer purement et simplement les régiments d'infanterie et d'artillerie de marine, pour affecter à tour de rôle chacun des 144 régiments d'infanterie de ligne et chacune des batteries des 38 régiments d'artillerie, au service des colonies. Co système a été écarté comme créant, pour la mobilisation, des diflicultés insurmontables. D'autres ont émis l'idée de conserver les corps spéciaux, mais sans particulariser le service des officiers qui rouleraient tous ensemble poiu* n'aller faire aux colonies que de courts séjours et ne les renouveler que sur leur demande. A cela on a objecté qu'un tel système aurait pour effet l'envoi dans les colonies d'officiers mal disposés à s'expatrier et l'énerveinent des cadres de l'infanterie, forcés de recevoir continuellement des officiers fatigués en môme temps qu'habitués à l'oisiveté des pays chauds. Dans un ordre d'idées plus général, on a prétendu, et Ton aurait pu s'appuyer à cet égard sur plus d'un exemple, que l'administration des troupes détachées dans des pays lointains et appartenant au ministère de la guerre, tandis qu'elles se trouveraient, par l'intermédiaire des gouverneurs de colonies, dépendre du ministre de la marine, serait une source continuelle de conflits entre les deux dr» parlements. Quatre années do lutte entre l'illustre Montcalm et l'administration coloniale du Canada, dirigée par un gouverneur jaloux à l'excès de ses prérogatives n'avaientelles pas abouti en 1709 à la pcrlf? de cette riche contrée encore aujourd'liui si fran(;«iise de mœurs et de langage. Malgré ces objections, ridée du passage des troupes de la marine dans les attributions de la guerre a prévalu dans les conseils du Gouvernement et à la Chambre des dépnt('s.

On a écarté l'idée de la possibilité d'un conflit entre deux ministères ou nii'me entre un gouverneur de colonie et un commandant de troupes à mille lieues de la métropole. Théoriquement, en effet, ces conflits ne devraient pas exister, et dans cette France si oublieuse de ses véritables gloires, on ne se souvient guère aujourd'hui du héros de O^ïébec, ojjprimé par un intendant cupide et par un gouverniîur incapable. On a pensé d'ailleurs que le désir de se soustraire à la vie monotone de certaines garnisons pour aller visiter des pays curieux, l'appât d'une solde plus forte, l'espoir d'un avancement plus rapide attireraient vers le service

ÉTATj^V.WOR». SEIlVIrES PAUrECIlI.Ilîns, MIMÉE i;OLON[AI,E. 27!*

[ colouioE aeseï d'officiers Ju boauo volouW iitrnr ou gaiiiiilir

C4UX qwi, pour des motU's de santé ou de famille, pourraient le

I redoutur. On a jngé (pie le séjour des colonies, loin d'hahituer

11» oQici8i% à l'oi&iveté, élèverait leurs idées et les préparerait au

oammaiiduiaent en les plaçant dans des positions supérieures à

I leur grade et en les exerçant à l'initiative.

Nous venons de parler pour l'infanterie de marine; la question I esl un peu diffi^rento pour l'artillerie qui, en outre du service des boucbes à feu aux colonies et ilans les batteries de côte des ports militaires et de l'entretien de sou propre matiSriel, a de nombreuses tft iinportnnleii attributions dont une surtout semble la l'attactier à Ia marine par des liens indissolubles, savoir: la fabrication du mahJriel Je l'artillerie pour la flotte et pour les batteries de côte des ports et rades militaires. Mais l'artillerie de marine doit suivre de toute ni'cGSsité le sort de l'infanterie et ee fondre dans l'artillerie de terre avec son état-major particulier. D'autre part, la fabrication tl« l'artillorie navale ne saurait, pour bien des motifs, être conQée à l'artillerie de terre, de là une difficulté qui serait facilement levée par lacréation d'un corps d'ingénieurs d'artillerie de marine, cliargé do celte fabrication, La constitution première do ce corps devant exiger un certain temps, le rattachement au ministre de la guerre sera forcément ajourné pour l'aptillerie jusqu'à ce que cette opt'mtlon «oit terminée.

Une fois admis, le passage des troupes de la marine dans l'armée de terre oecasioimerail une économie notable, tout en diniiinisrit, au point de vue du recrulement, une charge qui paratt lourde aux populations.

Avant l'expéditiou du Tonkin, les 180 compagnies d'infanterie éliùent ainsi réparties :

107 en France, avec un effectif d'environ 12,000 hommes; 73 aux colonies — 8,000 —

L'artillerie, sur 27 batteries, n'en comptait que 5 aux colonies. Le nombre des compagnies stationnéL's en France n'était aussi élevé que pour faciliter le roulement. Le passage au département t'dd 1« guen* supprime les diflicullés de ce roulement; on pourrait Kâlinc no conserver en France que des dépôts el laisser en perma- * iienca aux colonies les mi^mos compagnies, renouvelées, pour les

hommes de troupe par le jeu régulier de la loi du recrutement, pour les officiers par les échanges avec les régiments de ligne. La nécessité de la garde des ports militaires, l'obligation d'avoir une réserve pour parer dans les colonies à des événements imprévus et de fournir en cas de mobilisation un appoint respectable aux divisions de Tarmée de terre, ont décidé le maintien en France d'un certain nombre de compagnies. D'après des calculs qu'il serait trop long de reproduire ici, on a fixé le nombre des compagnies à 144 au lieu de 180, en les répartissant entre 4 régiments, ayant chacun 9 bataillons de 4 compagnies.

Le nombre des batteries a été lixé à 28, dont 6 montées ; on ne peut s'expliquer ce nombre de batteries montées que par des motifs indépendants du service des colonies.

Quant au mode de recrutement de l'armée coloniale, il serait, d'après le projet en discussion, le môme que celui do l'armée d'Afrique avec des avantages de primes et de hautes payes plus considérables, avec la faculté accordée aux militaires de l'armée coloniale de passer, après sept ans de service, dans l'armée d'Afrique pour y attendre leur retraite. On espère par ces moyens atteindre un double but: composer l'armée coloniale d'hommes vigoureux, rompus aux fatigues et au métier de soldat, et se dispenser d'avoir recours aux contingents annuels.

Pour notre part, quand Toccasion s'en est présentée, nous avons soutenu avec une-profonde conviction ces dispositions ou du moins le principe sur lequel elles. reposent. Nous estimons que le service obligatoire a pour objet principal et pour ainsi dire vmique, la défense du pays, et s'il convient à la majorité de la nation de rechercher par des moyens violents, Tagrandissement de son empire colonial, si même il est nécessaire et légitime qu'elle veuille défendre celles de ses colonies qui sont rattachées depuis de longues années à la métropole par des liens impérissables, ce double but doit être poursuivi à l'aide de forces spéciales recrutées dans d'autres conditions que l'armée continentale. Autrement, qu'on y fasse attention, il ne faudrait pas beaucoup d'expéditions comme celle du Tonkin pour dégoûter du service militaire des populations qui ne s'y résignent déjà que sous le coup de nécessités patriotiques. Un jeune homme qui, appelé par son âge à faire

ÉTATS-RfAJORS, SERVICES PARTICULIERS, ARMÉE COLONIALE. 281

partie du contingent annuel, est envoyé dans un régiment pour y apprendre le métier des armes et revient ensuite dans son village, préparé à défendre au jour du danger la frontière menacée, accomplit ainsi comme tous les citoyens le plus élémentaire des devoirs et paie à sa patrie la dette la plus sacrée. Lorsqu'un autre jeune homme, faisant partie du même contingent, est désigné par le sort pour aller prendre part à quelque expédition lointaine et périlleuse, lorsque, sachant à peine tenir un fusil, à peine habitué à la vie militaire, il est envoyé par delà les mers sulnr les atteintes d'un climat meurtrier, il remplit encore un devoir puisqu'il obéit à la loi, mais il se demande et sa famille se demande avec lui pourquoi c'est à lui et non pas à un autre que ce devoir a été imposé. Et s'il meurt là-bas, les siens maudissent la politique dont le hasard l'a fait victime.

Nous ne croyons donc pas faillir à cet esprit militaire qui est pour nous un héritage de famille et qui nous a inspiré toute notre vie, en disant hautement qu'une armée coloniale doit être composée d'hommes vigoureux et capables de supporter des fatigues exceptionnelles, ayant en outre contracté librement l'engagement de servir dans cette armée.

Le Gouvernement et la Chambre des députés semblent avoir partagé cet avis si l'on s'en rapporte au projet de loi voté parla Chambre, projet fondé sur le passage des troupes de la marine dans les attributions du ministre de la guerre et sur le mode de recrutement que nous venons d'exposer. Toutefois, en cas d'insuffisance des engagements et des rengagements, les effectifs seraient complétés par des prélèvements sur le contingent annuel en nombre correspondant aux besoins et d'après le tirage au sort, comme cela se pratique aujourd'hui. Suivant le projet de loi, l'état-major général et los états-majors particuliers des troupes de la marine seraient versés dans l'armée de terre comme ces troupes elles-mêmes. En plus des corps que nous avons déjà désignés, l'armée d'Afrique comprendrait 4 compagnies de fusiliers de discipline, et l'armée coloniale, 3 compagnies de discipline aux colonies, avec un état-major et un dépôt en France. Enfin, le choix des officiers à faire rentrer en France et la désignation de ceux à envoyer aux colonies feraient chaque année partie du travail d'inspection générale.

Le projet de loi présenté par le Gouvernement donnait aux régiments d'infanterie de marine, après leur passage à la guerre, le nom de régiments Hinfanlerie coloniale. Après une vive discussion, la Chambre des députés a préféré leur ancienne dénomination qui, déjà illogique sous le régime actuel, devient un non-sens absolu dans les conditions qui doivent résulter de la nouvelle loi. Une infanterie de marine est une troupe destinée à combattre à bord des navires de guerre, comme les mannes anglais, comme nos marins fusiliers... Mais les motifs invoqués pour ne pas changer le nom de Tinfanterie de marine, sont des motifs de sentiment qu'il est bien dif&cile de réfuter, parce que, nous l'avons dit nousmême plus d'une fois dans le cours de cette étude, le côté moral est toujours le point de vue dominant dans les questions militaires.

L'infanterie de marine a sa légende, fondée moins encore sur la constance avec laquelle on l'a vue lutter dans les colonies a la fois contre le climat et contre des peuplades barbai'es que sur les événements de 1870 et les souvenirs de Bazeilles. Pour ne citer qu'un exemple, la défense et la délivrance de Médine au Sénégal, en 1861, suffiraient pour illustrer une troupe. Mais le Sénégal est bien loin; les luttes de Sedan et de Bazeilles datent d'hier et ont eu lieu devant nous.

Avant le jour de la bataille de Sedan, la division de Yassoigne n'avait pas été, comme le reste do l'armée, atteinte dans son moral par la défaite de Frœschwiller. Combattant, ce joiu*-là, sous les yeux de l'armée de terre, elle était animée de ce feu sacré que donne l'esprit de corps et voulait montrer à ses rivaux de quoi étaient capables les régiments de la marine ; elle fut admirable et siurlout admirée. On n'a pas voulu laisser tomber le nom qu'elle avait ainsi glorifié. Elle qui demandait, dit-on, à grands cris, d'être séparée de la marine ; elle tient à gai^dcr ce nom qui la rattachera à la marine au moins par des souvenirs communs, et les marins, qui ne demandaient, disait-on encore, qu'à être débarrassés d'elle, s'agitent à l'idée de lui voir prendre un autre nom que le leur... Tout cela prouve qu'il faut laisser à la marine les troupes de marine ; aussi bien nous ne comprenons pas trop les troupes des colonies aux ordres du ministre de la guerre, quand c'est le

ministre de la marine qui commande dans les colonies. Nous ne comprenons pas davantage les troupes chargées de la défense des ports militaires aux ordres du ministre de la guerre, quand cette défense est dirigée par le ministre de la marine. Nous voulons avant tout Tunité du commandement..

Si Montcalm a succombé et si le Canada a été perdu pour la France en 1759, c'est que Montcalm commandait aux troupes, tandis que le mnrquis de Vaudreuil tenait dans ses mains tous les moyens de faire Vivre ces troupes. Si le siège de Sébastopoladuré aussi longtemps, c'est que pour la moindre opération il fallait une entente préalable entre les généraux Raglan et Ganrobert, les amiraux Hamelin et Dundas. Et si rexpédition de Chine a complètement et promptement réussi en 1861, c'est que le général Montauban étendait son autorité sur toutes les forces de terre et de mer. Nous ne voyons donc pas de milieu entre ces deux solutions : ou enlever à la marine les colonies et la défense terrestre des ports et rades militaires en lui retirant du môme coup ses troupes de terre, ou lui laisser ses troupes en lui maintenant les colonies et la défense des côtes.

Ajoutons cependant que, suivant nous, faire concourir le ministre de la marine à la défense du territoire est absolument contraire au principe de l'unité et de la responsabilité, et qu'il ne doit y avoir qu'un seul ministre chargé de cette défense, le ministre de la guerre. Le commandement en chef exercé à terre et en territoire français par des amiraux, nous a toujours semblé une anomalie; bien plus une source de conflits et de complications, peut-être même une cause de désastres, malgré le bon vouloir et le dévouement des uns et des autres.

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