‹ Les transformations de la langue française pendant la deuxieme moitié du 18e siecle, 1740-1789Chapitre 43 sur 75 · I. — RESTRICTION- OU AFJFAIBLISSEJMEISI^T · texte numérisé non relu

I. — RESTRICTION- OU AFJFAIBLISSEJMEISI^T

Affecter, émouvoir péniblement (sens moral). Genlis, Th., IV, 264 : vous savez avec quelle facilité je m'affecte. — J.-J. R., Coiif., III (L.). — Id., Em. et Sophie, 1. I : âme sensible et facile à s'affecter. J

Affectation, avait pris également le sens de chagrin (F.). '

Age. Ne signifie plus comme au xvn° siècle la vie, mais seulement une époque de la vie. La Harpe [Lycée, IX, 347) condamne l'expression « consumer son âge » : âge doit être déterminé par un adjectif : le jeune âge; employé absolument, il désigne la vieillesse.

Airs, manières prétentieuses. J.-J. R., Em., IV : il n'aura jamais d'airs ni de fastes.

Allégresse, qui au xvii® siècle signifiait entrain, vigueur, même décision prompte et hardie (cf. Horace, v. 499), ne garde plus au xviii° siècle que le sens de joie vive, qui précédemment faisait concurrence à l'autre.

Amitié, s'employait bien pour amour au xvii° siècle, et désignait toute espèce d'affection. Mais dans les vers de l'Adélaïde de Voltaire :

Puisse ce fils éprouver pour son père I/amitié qu'eu mourant te conservait sa mère,

La Harpe (IX, 308) condamne comme impropre le mot amitié; « c'était amour ou tendresse » qu'il fallait.

Assommant, ennuyeux, 1786. Faublas, I, 239 : monotonie assommante.

Attention, soin de galanterie. iV"^ HéL, VI, o : un joli monsieur m'honore de ses attentions.

Aventure. Accompagné ou non d'un adjectif, ce mot signifiait au xyji*' siècle toute espèce d'événement heureux ou malheureux. Au siècle suivant, il se restreint au sens d'entreprise hasardeuse ou d'événement plaisant; La Harpe,: citant un vers de VCEdipede Voltaire, estime que a aventure » est bien faible dans la bouche d'Artémise (IX, 49).

Caprice. Corneille l'avait employé [Horace, v. 909) pour désigner l'ardeur de la passion, et Boileau [Ep., V, 6), les saillies de l'imagination. Au siècle suivant, il ne s'applique plus qu'à la volonté, et désigne un mouvement d'humeur sans conséquence. ^

Charmant, qui se trouve dans Corneille et Racine, avec sa force étymologique {( qui agit par séduction », ne signifie plus au xviii® siècle que « agréable ».;

Circonstances, circonstances actuelles. Diderot (L. 4°).

Conclure, au sens de exécuter, amener à son achèvement, n'est plus compris par Voltaire, et dans Cinna, 175 :

Le jour heureux Qui doit conclure enfin nos desseins généreux

il propose de remplacer conclure par remplir.

Congé, avait au xvii° siècle le sens général de permission ; il se restreint au sens de permission de partir. — Ce mot, dit Voltaire, vient de congédier, qui ne signifie pas permettre.

Constitué, avec un sens physique. J.-J. R., Conf., IX : il croira qu'autrement constitué qu'un autre homme, je fus incapable de sentir l'amour.

Constitution : 1** disposition physique de l'organisme. J.-J. R., £m., IV : quand on a gâté sa constitution par une vie déréglée; 2" Ce mot perd son sens général d'état, et désigne soit l'état physique, soit même l'état moral. J.-J. R., Dial., 2 : il n'y a point de constitution plus éloignée de la méchanceté.

Contrarier, causer du déplaisir. Barb, de Sév., II, 14 : Ah! ah! notre ami, cela vous contrarie et vous dégrise un peu. — Dorât, V, 135 : vos lettres me contrariaient, votre silence m'afflige. — Dorât, V, 228 : éliez-vous assez contrariant?

Costume. Selon Ac. 1762, ce mot désigne les usages des différentes époques et des différents lieux auxquels un peintre doit se soumettre; cet emploi s'étendait même aux choses littéraires. C'était l'équivalent de ce que nous appelons la couleur locale. — Mais dès la fin du xviu° siècle la signification du mot se restreignait; Ac. 1798 constate qu' « il se dit surtout des habillements ».

Couchée. Avait signifié l'action de coucher quelque part en voyage, puis le lieu oii l'on couche; J.-J. R., Conf., IV (L.), l'emploie au sens de frais de souper et de coucher.

Désolant, ennuyeux. J.-J. R., Conf., II : son maudit commis fut plus désolant que jamais. — Liai., 2 : vous êtes désolant avec vos éternelles énigmes.

*Entour (sing. ou plur.), entourage, liaisons. Beaum., III, 426 : les sacrifices que cet entour (sa famille) exigeait. — Dorât, V, 63 : brillante de tout l'éclat de la jeunesse, de la réputation, des entours, — Ihid.^ IV, 35 : elle a un rang à la cour, des entours brillants.

Evénements, événements propres à satisfaire la curiosité publique. Linguet, XIV, 3 : la stérilité de ce qu'on appelle des événements.

Excessif, non pas trop grand, mais très grand. Caroline, II, 219 : je la lus avec

une émotion excessive.

Fabricateur, qui invente d'une façon mensongère. D'Holbach, Syst., II, 198 :

les théologiens ou les fabricateurs de la divinité. — Mercier {Néol.) relève ce

sens péjoratif.

Imbécile, faible d'esprit. Ce mot avait un emploi très noble au xvn® siècle, qu'il

a perdu au siècle suivant.

Insensibilité, indifférence. Raynal, I, 450 : les défendre sous le reproche de

négligence et d'insensibilité; — itid., III, 161 : ils ont la même insensibilité

pour les honneurs. — Restif, Le Poni., 110 : sur ton trône on voit la froide

insensibilité.

Légalité. Signifiait au xvii" siècle loyauté, droiture. Mais le mot est retranché

du Dictionnaire de l'Académie en 1762, et Voltaire ne le comprend plus dans Corneille, Nicom., I, v :

et sa légalité N'eût point forcé les lois de l'Iiospitalité.

« Léôra/zYé n'a jamais signifié justice, équité, magnanimité; il signifie authenticité d'une loi revêtue d'une forme ordinaire. » Encore le mot ne rep irait-il avec ce sens que dans Mercier, Néologie, et Ac. 1835.

Libelle, pamphlet. J,-J. R., Conf., X : indignement noirci et calomnié dans ce libelle. — Mercier, TabL, IV, 182 (note) : cet ouvrage peut-il réveiller le moins du monde Tidée de ce mot odieux de libelle.

Objet, personne aimée. iV"^ Hél., IV, 1. 17 : la présence même de cet objet chéri, rien ne put détourner de notre cœur mille réllexions douloureuses. — Cf. Wey, Rem., I, p. 72.

Opinion, manière de penser sur les affaires de l'Etat. — Cf. L., 6°. — Mirabeau, PrisoiiSf 95 : l'opinion publique a tôt ou tard une grande influence. — Linguet, I, 180 : quel cas faut-il faire de ce qu'on appelle Vopinion publique?

— Rivarol, 94 : quand on règne par l'opinion, a-t-on besoin d'un autre empire?

Opposition, en parlant des affaires politiques. — Linguet, II, 459 : soit dans le parti du gouvernement, soit dans celui de Voppositioïi. — Id., II, 4G2. — C'est un mot d'importation anglaise.

Oppresser. S'employait au xvii® siècle pour désigner toute contrainte pénible, et au sens moderne d'opprimer, dont il était à peu près le synonyme. Au xvjii® siècle, opprimer se restreint au sens de « contraindre par une autorité tyrannique », et oppresser prend au propre et au fig. le sens spécial de « gêner la poitrine comme par une pression ». La Harpe, à propos d'un vers de Voltaire (X, 100), enregistre la distinction qui s'est faite entre les deux mots, et leur signification restreinte.

Passionner, intéresser fortement. Signification nouvelle que F. approuve. Sabatier (F.) : cette vérité qui le passionne. — Neuville (F.) : qui remue, qui attendrit, qui passionne.

Pénurie, manque d'argent. Tout en constatant que ce mot n'est ni aussi français ni aussi usité que disette et pauvreté. Selon F., il peut avoir de l'énergie.

— Linguet et Necker (F.).

Révolution, bouleversement politique. Voltaire, Siècle de Louis XIV, cf. Wey,

Rem., 1, 322.

Spéculation, calculs, entreprises commerciales ou financières. Merc, Tubl., I,

101 : on honorera du nom de spéculation ce qui n'est que l'ouvrage de

l'avarice.

Succès désignait au xvii^ siècle toute espèce de résultat; au siècle suivant il ne

désigne qu'un résultat heureux.

Travail perd au xviii'' siècle son sens général et abstrait de peines, tourments;

il se spécialise et s'affaiblit pour désigner la peine qu'on se donne pour faire

quelque chose. La même transformation s'est opérée pour soin. Traverse. Voltaire ne comprend plus le sens de chagrin, obstacle, que le mot a

dans Corneille, Ho7'ace, 95. Le mot a perdu son sens figuré et sa signification

est devenue simplement matérielle. '

If. — EXTEN-SION OU GÉISTÉHALISATIO^T A. — Extension de sens.

Accéder, adhérer à. Cf. D. G. — Ac. 1835.

Administration, personnes chargées d'administrer. Paul et Virg., 191 : ce que l'administration avait ordonné. — Ac. 1835.

Admiratif (sens passif). Diderot, V, 435 : l'attitude admirative. — Ac. 1835.

Affecter (sens matériel), prendre une forme. B. de St-P., Et., I, 83 : des arbres dans le climat de l'Inde affectent le port des herbes; et des herbes, dans nos jardins, celui des arbres. — Ac. 1762.

AffirmatioxX, ton affirmatif. J.-J. R., Prom., 4 : il les débite [les fixions] avec affirmation comme des vérités réelles.

Ambition, recherche, affectation. Journal de Paris (P.) : le discours n'avait aucune ambition d'éloquence.

Applicable, qui peut être attribué, en parlant d'une somme d'argent. Beau m., VI, 110: somme applicable au payement du reliquat de ses dettes. — Admis

*Apprécier, faire apprécier (avec un nom de choses comme sujet). J.-J. R., Prom., 4 : c'est uniquement l'intention de celui qui les tient [les discours], qui les apprécie, et détermine leur degré de malice ou de bonté.

Approprier, adapter. J.-J. R., Disc, sur V utilité des sciences ; approprier ce que j'ai à dire au tribunal où je comparais. Dans le Journal de Domergue, VII, 165, on corrige ce passage de Rousseau, en alléguant que appropner jusqu'ici n'a été employé dans notre langue que dans le sens de propreté et d'usurpation de propriété.,. « Le sens que lui donne ici Rousseau est nouveau et ne vaut pas le mot reçu accommoder. » — Ac. 1798 et 1835.

Arbitrer, estimer en gros. Sens nouveau relevé dans Trévoux et Necker par F., qui l'approuve, bien qu'il ne soit pas enregistré dans le Dictionnaire de l'Académie.

Arc-bouter, s'appuyer fortement sur. 1783. Merc.^ Tabl., VI, 78 : s'arc-boutant sur leurs larges souliers ferrés.

Artiste, n'a pris le sens général qu'il a aujourd'hui que dans Ac. 1762. Mercier, NéoL, constate aussi cet emploi.

Autorité, agents et actes de l'administration civile. Linguet (F.) : quelques déclamateurs qui ont alarmé l'autorité. — Barb. de Sév., l, 3 : les journaux et l'autorité nous en feront justice. — Ac. 1835.

Bénéfice, représentation à bénéfice. Linguet, I, 206 : une représentation à son profit, qui est ce qu'on appelle un bénéfice.

Brutal, rigoureux. Beaum., II, 91 : qu'il ne s'y joue pas; Monseigneur est brutal sur l'article.

Cadeau. F. : « Plusieurs étendent l'emploi de cadeau, et le font synonyme de présent, don, etc. : il m'a fait un joli cadeau; il m'a fait cadeau ou le cadeau d'une tabatière, d'une montre. — Cet emploi de cadeau n'est pas d'un bel usage. » Le mot est employé aujourd'hui exclusivement dans ce sens. — Admis Ac. 1798.

Capacité, en parlant des personnes, habileté, aptitude. Raynal, III, 197 : suivant leur capacité, ils replongent de nouveau. — Ac. 1835.

Chatouilleux, qui chatouille (sens actif). De Langle, Voy., I, i64 : a main souple, chatouilleuse d'une femme.

Choix, ce qu'il y a de meilleur. Rivarol, 94 : [la France] n'a pas eu le n élange, mais le choix des nations. — Ac. 1835.

*CiviLEMENT, dans la société civile. J.-J. R., Lett. à d'Alembert : nul homme ne pouvant vivre civilement sans honneur. Cf. Ritter, R. critique 1898, p. 288.

Comité, réunion intime. Dorât, V, 367 : ces petits comités, oii le poigna d de la satire est l'arme de tous les adeptes. — Ac. 1798.

Commission, réunion de personnes chargées temporairement d'étudier on d'exécuter un projet. Necker, 1781, Compte rendu, 48 : Votre Majesté a nommé une commission de son conseil pour en décider. — Admis Ac. 1835.

""Composé, compliqué. J.-J. R., £m., III : l'impression composée qui résulte à la fois de toutes ces sensations: — Coiif., III : un plan de loterie très composée. — Ce sens est perdu aujourd'hui.

Concevoir quelqu'un, comprendre les raisons d'agir de quelqu'un. Dorut, Coup d'œil, II, 169 : vous me boudez! Je ne vous conçois pas.

Conciliation, moyen de concilier. Linguet, Ilist. des Jés., II, 49 : le- légats cherchaient des conciliations.

"Conséquent, considérable. Beaum., IV, 537 (en citation) : des remboursements de capitaux conséquents; — id., IV, 429 (dans une lettre citée) : cet objet pourrait devenir conséquent pour le prince. — Piis l'avait employé dans la préface de VHarmonie imitât.; il en fut vivement repris et essaya de !-e justifier (cf. (Eufs de Pâques, p. 21).

Cette signification nouvelle rencontra de vifs adversaires. La Harpt s'élève (XI, 445) contre cet « usage des coulisses et des journaux ». Domergue {Journal, IX, 83) reconnaît que le mot est à la mode en ce sens ( t qu'on • l'emploie « dans les meilleures sociétés » ; mais il le rejette comme barbarisme. Au contraire. Mercier {Tabl., X, 192) se montre favorable à ce néologisme : « le peuple dit une affaire conséquente, un tableau conséquent, pour dire une affaire importante, un tableau de prix... Les grammairiens et les journalistes proscriront le terme conséquent. Presque tout le monde s'en servira, et il faudra bien qu'il soit accepté, du moins dans la conversation. » En réalité, cette signification est courante parmi le peuple, mais elle est toujours suspecte et barbare.

Consommateur, au sens des économistes. Hennebert, Dm plaisir, I, 105 : nous ne sommes pas des consommateurs inutiles. — Ac. 1835.

Coup d'œil. Ce mot aujourd'hui d'un emploi restreint était très usité au XVIII® siècle, au sens : 1° d'intelligence, compréhension. Necker, Lé'jisL, II, 32 : la défense... tient à un coup d'œil plus intelligent. — Linguet, IH, 473 : le coup d'œil politique de ces siècles déplorables. — Admis Ac. 1835. 2° Apparence. Mirab., Essai, 76 : cette maxime a le coup d'œil du charlatanisme. — Emploi barbare.

Débiter, déclamer. Sens signalé par F. : débiter un sermon. — Ac. 1762 ne donne ce sens que pour débit. — Admis Ac. 1798.

*Déboucher (se), trouver un débouché. Turgot, î, 374 : si les marchanlises se débouchent mieux par La Rochelle.

Déficit, un manque en parlant de choses autres que les finances. J.-J. R., Conf., XII : ce déficit bien avéré.

"Dégradations, transformations ou différences progressives. Diderot, Knct/cL,

art. Cabinet d'hist. mit. : la nature dans toutes ses dégradations. — B. de St- Pierre, Et., III, 34 : les dégradations de ses divers étages de rameaux et des teintes de verdure.

D'ordinaire le mot ne s'emploie que pour la couleur et la lumière. Déplacement, action d'ôter un emploi. J.-J. R., Bial., 2 : le déplacement de personne n'est nécessaire à son bonheur.

Diction, déclamation. Mercure (F.). — Ac. 1835.

*DiFFÉRENCE, manière d'être distinctive. J.-J. R., Conf., I, 1 : c'est encore ici une de mes différences caractéristiques.

"Disposé (en parlant d'une disposition morale), enclin. Boufflers, Ahl si... : disposé à un peu de jalousie.

Embarcation. F. : un auteur anonyme lui donne le sens de cargaison, et l'auteur du Journ. de Genève, celui de navire. Il n'est usité ni dans l'un ni dans l'autre sens; mais le premier est du moins plus raisonnable. — C'est pourtant le second sens que l'usage a adopté. — Admis Ac. 1835.

*Eminent, imminent. Raynal, I, 71 : danger le plus éminent en apparence. — Necker, LégisL, II, 154 : tout danger éminent. — Sens inusité aujourd'hui.

Escarpement, versant d'une montagne. B. de St-P. (cf. D. G.).

"Espèce. DucIos, Consid. : l'espèce, terme nouveau mais qui a un sens juste, est l'opposé de l'homme de considération; Vespéce est celui qui n'ayant plus le mérite de son état, se prête encore de lui-même à son avilissement. — Marivaux, Préjugé vaincu, se. iv : la plupart de ces gens-là sont des espèces. — Diderot, V, 469 [Neveu de R...) : c'est ce que nous appelons des espèces, de toutes les épithètes la plus redoutable parce qu'elle marque la médiocrité et le dernier degré du mépris.

Emploi inusité aujourd'hui.

Exclusif. 1° "qui agit, qui se fait en vertu d'un contrat spécial. Raynal, II, 290 : dans les mains des compagnies exclusives. — I, 207 : la pêche en est libre, mais le commerce en est exclusif.

2° Absolu, sans réserves. Genlis, VeilL, I, 135 : qu'appelez-vous préférer à tout?... Préférence exclusive, comme je disais tout à l'heure. — Ac. 1798.

"Exclusion, qualité d'une chose qui n'appartient qu'à un seul homme, à l'exclusion des autres. J.-J. R., Dial., 2 : qui, cherchant moins les charmes de la jouissance que ceux de l'exclusion, dédaignent les plaisirs dont tout homme a le choix. — Em., IV : Voulez- vous dégager les plaisirs de leurs peines, ôtez-en l'exclusion : plus vous les laisserez communs aux hommes, plus vous les goûterez toujours purs.

"Familier, de famille. Restif, Paysan, II, 297 : en me conseillant de quitter mes préjugés familiers, vous me permettez de conserver celui qui subordonne l'intérêt des sœurs à celui de leurs frères.

"Fortuné, qui a de la fortune. Bérault de Bercastel (F.). C'est un « barbarisme », ajoute F.

Geste, apparence extérieure d'un sentiment faux ou affecté. Mirabeau (1775-, Essai, 138 : la vertu qui n'est pas fondée en principes n'est qu'un mot va.^^ue, et ses gestes, si j'ose m'exprimer ainsi, ne sont qu'une attitude d'imitation.

"GouT. Dorât, V, 135 : si mon amour n'est qu'un goût, une fantaisie.

"Habitation : 1° commerce charnel. J.-J. R., Conf., XII : l'habitation des femmes empirait sensiblement mon état.

2° Ensemble des habitants. Raynal, V, 213 : toute l'habitation était

attendrie par le spectacle de ces combats. Ces deux emplois semblent isolés.

'Humaniser, représenter sous une forme humaine. D'Holbach, Syst., II, 220 :

ceux-ci humanisent leur Divinité en la faisant semblable à un souverain. —

Pluche, Hist. du ciel (F.).

*Imaginative, idée. Mirab., Ami^ HI, 239 : l'Imaginative de charger di droits

une marchandise.

*Importunité, état d'un homme importuné. J.-J. R., Conf., VIH : cette impor-

tunité me rendait Paris plus insupportable. 'Impossible (absolument), qui ne peut être admis. Mercier, Tabl., I, 1 )8 : ils

partent d'un principe impossible et déraisonnent. *Impromptu, talent d'improvisation. J.-J. R., Conf., X : dénué de tout impromptu

dans l'esprit.

Incroyable (sens péjoratif). Dorât, Coup d'œil, I, Hi : nos incroyables petits

ridicules; — ibid.^ H, 302 : les caprices de son incroyable maîtresse. Indépendant (en parlant des choses), qui ne se rattache pas à un autre cbjet de

même nature. Saussure (1786), II, 9 : les montagnes indépendantes, s'il est

permis de se servir de cette expression, celles qui ne font pas partie de

montagnes plus considérables.

Indispensable, inévitable, nécessaire. D'Holb., Vol. nat.. Il, ch. xxviii : des

maux toujours indispensables. — F. constate que des auteurs m idernes

ont donné à ce mot la signification et la construction de nécessaire. Saba-

tier (F.) : les principes les plus indispensables ; — qualités indispensables à un

bon ouvrage. — Ann. litt . (F.) : conseils indispensables. — Admis Ac. 1835. Influence (sens politique qui vient de l'Angleterre). Linguet (1780), IX, 38 :

une majorité invincible et la triomphante influence qui sera toujours le vrai

ressort de ce qui s'appelle république. — Ac. 1833 admet un emploi de ce

mot beaucoup plus étendu que les précédentes éditions. Inquisitorial. Ling., I, 273 : loi inquisitoriale. — Ac. 1835. Insociable : 1° "impropre, funeste à la vie sociale. D'Holb., Vol, nat., D. VII,

ch. XIII : des superstitions fanatiques, insociables. J.-J. R., C. soc, IV, 8 :

droit mixte et insociable qui n'a point de nom.

2'' "contradictoire. Mably, Phocion, 4^ Entr. : associer dans la théorie des

choses insociables dans la pratique.

"Instituer, pourvoir d'institutions politiques. J.-J. R., C. soc, II, 7 : entreprendre

d'instituer un peuple. — Sens fréquent chez Rousseau. Instituteur: "1° celui qui donne des institutions à un peuple. (Cf. L.) — 2° celui

qui instruit. J.-J. R., Bial., 3 : maîtres instruits par leurs instituteurs

mêmes à n'avoir d'autre guide... — Genlis (L.). Liaisons, personnes que l'on fréquente. Sens relevé par F. dans Genlis,

Th, d'éduc. : je n'ai d'intime que la vicomtesse; les autres ne sont que des

liaisons. — Ac. 1798.

Libération. Moreau (F.) : libération des personnes; — les corporations commencèrent la libération des peuples. — Dans ce sens général de délivrance

appliqué aux personnes, aux nations, c'est un néologisme, selon Férand. *LocAL, emplacement. J.-J. R., Prom., 7 : les impressions du local des objets

qui m'ont frappé (Voir L. et D. G.).

*Lointain, qui vient de loin. £m., IV : ma table couverte de magnifiques crdures

et de charognes lointaines.

Lumières, au sens absolu de connaissances auxquelles la science et la philosophie sont parvenues. Linguet, II, 379 : ce qu'on appelle les lumières se multiplie...; Id., X, 87. — Dllolb., PoL nat., D. IX, ch. m : attendons un sort plus doux du progrès des lumières. La Harpe, VIII, 284 : l'ouvrage de la philosophie et des lumières, comme on le dit encore dans la langue qu'elle a introduite et qui subsiste au moment où j'écris.

Majorité, pluralité des voix (sens qui vient de l'anglais). Linguet (1778), IV, 90 : cette majorité spontanée. — Ac. 1833.

'Manifester, rendre manifeste une chose extérieure à soi. Ordinairement le mot signifie découvrir ses sentiments, ses idées. J.-J. R., DiaL, 3 : quelque réponse imprévue qui eût manifesté le complot. — Ibid. : moyen de les reconnaître [les vérités] et de les manifester.

*Maxufacture, produit manufacturé. Bict. dv cit. (1761), Préf., V : nous achetons les manufactures des Indes.

*Mécanicien, au sens actuel d'industriel. Mei-cier, An 2440, III, 259 : il faut donc encourager les méchaniciens qui rendent à la culture des terres cette foule de bras employés aux arts de luxe.

Mécanique, en parlant d'un sentiment irréfléchi. Helv., 116 : respect mécanique pour la naissance.

Au xviii^ siècle mécanique et machinal sont en concurrence.

*Mémoire, renseignement. J.-J. R., Em., I : j'en tire souvent de bons mémoires pour cet écrit.

Méritoire. Mot du langage religieux dont l'usage s'est étendu. On disait : cela n'est pas fort méritoire, est très méritoire, au lieu de : il y a du mérite à avoir fait cela. « Cela sent le jargon de société et le néologisme. » (F.) — Ac. 1835.

^Merveilleux (sb.), petit-maître. Helv., I, 130, cf. F.

*Méthodioue, ordonné avec calcul, non varié. Beaum., Aux abonnés de l'Opéra : les mœurs trop méthodiques pour y paraître théâtrales.

Modiste, qui suit la mode avec affectation. V. N. mss. (D. G.). Le sens de marchand de modes est venu plus tard (L.) et n'est admis que dans Ac. 1835.

Monstruosité, acte, écrit monstrueux. Mercier, TabL, III, 102 : M. de La Harpe vous dira que Milton, etc., sont des écrivains monstrueux. Il est vrai que M. l'Académicien est éloigné de cette monstruosité.

Moral (sb.) : 1° (appliqué aux personnes), ensemble des facultés morales. D'Holb., Syst., I, 146 : le physique et le moral des nations. — (L.) —

2° *(Appliqué aux choses morales), sentiment profond et essentiel. Buffon (L.). — Mercier, TabL, II, 68 : voués au journalisme, ils perdront le moral des idées saines.

Mortalité, quantité des personnes qui meurent en un temps donné. Ling., VI, 239 : mortalité considérable dans les quatre [années] suivantes. — Ac. 1835.

*Natal, inné. Dorât, Coup d'œil, I, 183 : cet ennui natal qui le poursuit.

Inné était alors un terme philosophique; ïia^?/ venait d'être créé far J.-J. R.

Nature, conditions physiques et morales de la vie humaine : au XYin** siècle on a fait de ce mot l'emploi le plus vague. J.-J. R., Dial, 3 (note) : nos philosophes ne manquent pas d'étaler pompeusement ce mot de nature à la tête de tous leurs écrits. Mais ouvrez le livre et vous verrez quel jargon métaphysique ils ont décoré de ce beau nom. — D'Holb., Sf/st., I, 10 : la nature, dans sa signification la plus étendue, est le grand tout qui résulte de l'as-

semblage des différentes matières... La nature, dans un sens moins étendu ou considérée dans chaque être, est le tout qui résulte de l'essence, c'està-dire des propriétés, des combinaisons, des mouvements ou façons d'agir qui le distinguent des autres...

Nécessiter, rendre nécessaire. Linguet, IV, 246 : raisons capables de ïk 'essiter une guerre. — Beaum., VI, 391 : le déplacement d'un nourrisson nécessite l'abandon d'un autre. — Mirab., Prisons, 130 : le partage des terres nécessita la multiplicité des lois. — Ac. 1835.

*Négatif (en parlant des choses), qui résulte d'une abstention. J.-J. R., hm., II : la félicité de Thomme ici-bas n'est qu'un état négatif; — ibid., la première éducation doit être purement négative.

Nouveauté, œuvre littéraire nouvelle. J.-J. R. (D. G.). — Beaum., VI, loô : ces nouveautés (=::pièces nouvelles) attirent du monde. — La Harpe, ayant trouvé ce mot dans Trublet, le relève et le souligne. — Le Mercure (1^"^ vendém., an X) s'élève contre l'emploi de ce mot. — Le mot est pourtant dans Ac. 1740.

*Obseiivkh, faire observer que. Beaum., III, 212 : comme j'avais l'honneur de vous l'observer. — Faublas, III, 160 : je vous observe que, si... Voir L. I

*OcuLÉ, pourvu de bons yeux (par ironie). J.-J. R., Lett. 5 sur la musique : de " grands botanistes bien oculés. — Ce mot n'est usité qu'en botanique.

*OmbRx\.ger, porter ombrage à quelqu'un. D'Argenson, Consid., 25 : oii elles ne puissent ombrager l'autorité générale. — Hennebert, Du plaisir, I, p. 6 : les autres que la considération de son mérite ombrageait.

^Ordonner is'), être subordonné dans sa constitution physique ou dans ses sentiments. — B. de St-P., Et., I, 101 : d'autres plantes sont ordonnées aux vents, aux saisons et aux heures du jour; — ibid., I, 108 : qui ne s'ordonne pas à sa patrie, sa patrie au genre humain et le genre humain à Dieu.

^Organisation, constitution physique. J.-J. R., N. Hél. (L.) et Conf., P. 1, 1. 3 : cette sensibilité de cœur... un produit de l'organisation. — Diderot, N. de Rameau : doué d'une organisation forte. Dorât, V, 25 : une organisation forte, des sens actifs.

Cet emploi déplaisait à La Harpe, XVII, 237 : « ... au tempérament, comme disaient les uns, à Vorganisation comme disaient les autres, selon qu'ils mettaient dans leur langage plus ou moins de prétention à la science. »

Organisé, parlant de la constitution physique. Helvétius, II, 206 : les hommes bien organisés. — Ac. 1835.

Pamphlet, brochure satirique ou polémique. Féraud : c'est un mot à la mode, on le dit souvent par mépris et dans le style critique. — Ac. 1762 et 1798 ; donnent seulement le sens général de brochure. — Ac. 1835 : il so prend souvent en mauvaise part.

Patriote, signifiait autrefois citoyen; il prend au xviii° siècle la signification de{ bon citoyen dévoué à la patrie. Mirabeau (1775), Essai, l^t : il n'y a plus de^ patriote parce qu'il n'y a plus d'homme éclairé. — Ac. 1762. '^

En 1771 ce mot désigna les adversaires du chancelier Maupeou. Journ.' hist. (1775), III, 53 : de la part des patriotes, c'est-à-dire des adversaires du chancelier Maupeou. — Le mot devait prendre un sens et un emploi analogues sous la Révolution. ^

Personnalité. 1*^ Paroles blessant personnellement quelqu'un (L. 4°). J.-J. R.,| Bial., 1 : sans un mot d'aigreur ni de personnalité. — Genlis, Th. d'éduc. :| Le libraire, se. i : que de personnalités! que de méchancetés! — Ac. 1762.; 2® Egoïsme. Le Mierre, Peint., 96 : la dureté et la personnalité d un ôtre^

qui s'isole. Besenval, 88 : la personnalité reprend ses droits. Neoker, Mor. nnt., 91 : Ton pouvait avec raison la soupçonner souvent d'une grande personnalité. Ne rapportait-elle pas tout à elle? N'exigeait-elle pas tout pour elle? — Admis Ac. 1798.

3" Personnage d'une haute condition. Linguet, la France..., 87 : cet officier est censé n'agir, ne parler que pour le Roi, c'est une personnalité qu'il reproduit. — Personnalité n'a pas simplement ici le sens de personnage, mais il s'en rapproche beaucoup.

"Personnel : i° Ensemble des idées et des sentiments d'une personne. Sens relevé par Desfontaines, Bict. néoL, dans Mercure, mai 171 o : un personnel insolent. — Dorât, Coup d'œil, I, 139 : vous connaissez le personnel de M. Desmahis; reste à vous le faire connaître comme écrivain. — La Harpe, Cours, IX, 351 : la situation et le personnel d'Alzire. — Admis Ac. 1798. 2° Egoïste. Genlis, Veill.^ I, 123 : l'homme constamment personnel. En note ; c'est-à-dire qui rapporte tout à lui, qui n'est touché que de ce qui lui est propre. — Féraud relève « ce mot nouveau et assez à la mode </ dans Sauvigny, le Persifleur : On se dit philosophe, on n'est que personnel ; et dans Genlis, Th. d'éduc. — Admis Ac. 1798.

Ce sens s'est dégagé d'emplois tels que celui-ci : Faublas, I, 71 : Ah ! si je ne considère que mon intérêt personnel.

"Peuplade, multitude d'hommes ou d'animaux qui peuplent. D'Argenson, Consid., 18 : les habitations et la peuplade. — Ling., V, 442 : une peuplade heureuse. — Cf. F. — Mais les économistes ont fait définitivement entrer dans l'usage le moi population.

Philosophe, adversaire des anciennes doctrines politiques et religieuses. — Merc, Tabl., X, 23, dans un chapitre consacré à «ce qu'on appelle Philosophe », relève les interprétations que la méchanceté et la mode donnent à ce nom. — D'Alembert, Tableau de V esprit humain : « Tout siècle qui pense bien ou mal, pourvu qu'il croie penser ou qu'il pense autrement que le siècle qui l'a précédé, se pare du titre de philosophie. »

Philosophie. Mirab., Ami, II, 171 : la philosophie moderne ou l'art déraisonner l'irréligion. — Ces deux mots philosophe, philosophie tirent ce sens du caractère même de la philosophie contemporaine.

Planteur, propriétaire d'une plantation en Amérique. Linguet (F.) : vos planteurs réunis. — Admis Ac. 1798.

Popularité, faveur donnée par le peuple. Targe (F.) : la popularité est peu solide, quand elle est exposée aux mouvements de deux factions contraires. — Ac. 1798.

Position, état, condition. J.-J. R., Prom., 1 : depuis quinze ans et plus que je suis dans cette position. — Merc, Tabl., I, 42 : Paris a toujours été de la plus grande indifférence sur sa position politique. — Riccoboni, V, 88 : un secours que ma position me rendait nécessaire. — Ac. 1798.

"Possibilité, ce qu'il est possible d'imaginer J.-J. R., Prom., 1 : hors delà vraisemblance, hors de la possibilité. — On disait oluss'i perdre la possibilité , perdre au jeu autant qu'il est possible de perdre. Diderot (L.).

"Pressant, séduisant. Paulian (F.) : il serait difficile de présenter les choses d'une manière plus agréable et plus pressante ; raisonnement pressant.

Prétention. F. : employé absolument est d'assez fraîche date, et il est fort à la mode : c'est un homme sans prétention, une femme à prétentions, il y a de la prétention dans son style. — V. Coyer, Marmontel, Sabatier (F.). — Ac. 1798.

Profiler (se), faire apparaître des contours. B. de St.-P., Et., I, 229 : -ollines dont les contours se profilent sur la voûte des cieux.

Prorogation, terme officiel pour signifier la suspension des séances d'une assemblée. Ling., VI, 177 : jour de la prorogation de cette com tagnie. En note : proroger en ce sens est un mot anglais que nous avons ; dopté; parmi nous, la prorogation d'un commandement, d'une assemblée en indique la continuation; et, chez nos voisins, elle en est la fin, la clôtire. — Ac. 1835.

Public, qui vise à l'intérêt général des citoyens. Mercier, An 2240, II. 37 6 : Uespnt public était une expression naturalisée chez ce peuple...; tan lis que de mon temps cette expression dormait dans notre langue et presque dans nos cœurs, elle était vivante dans toutes les bouches. — La chose publique, « c'est un mot à la mode. » (F.)

^Rapidité, condition d'une chose éphémère. B. de St.-P., Et., I, 43 : lieu:, symbole du plaisir par ses charmes et par sa rapidité...

^Rectitude, direction. J.-J. R., C. soc, III, ch. ii : je ne parle ici que de la force relative du gouvernement et non de sa rectitude.

*Reçu, admis par les usages. Ghamfort, I, 52 : en fait de mariage, il ny a de reçu que ce qui est sensé. — Ac. 1835.

^Relatif (s'oppose à individuel), ce qui rattache à d'autres êtres. J.-J. R., Dial., II : notre plus douce existence est relative et collective. — Mirab., Essai, 178 : les souverains n'ont d'existence relative que celle qu'ils reçoivent de leurs semblables.

Resserrement, fait de devenir rare. Targot, I, 223 : le resserrement est le prix excessif de la denrée. — Ac. i 798.

*Respectif, imaginaire. Helv., II, 116 : les défauts réels ou respectifs de nos amis.

Sensation, impression morale avec l'idée accessoire de plaisir ou de peine. Dorât, III, 119 : j'ai rendu compte de ma sensation; elle n'est pi dut un jugement. — Montbron, Caroline, II, 37 : le comte était destiné dans cette cruelle journée aux sensations les plus cruelles. — Ghamfort (I, 19Î') raille l'abus de ce terme philosophique.

Sensibilité (employé absolument), affectation de bienveillance banale et générale. De Langle. Cf. p. 118. — Linguet, XII, 152 : on repose sa vue avec une douce sensibilité sur les victoires de la raison et de la justice. — Admis Ac. 1835.

Sensible (emploi absolu), humanitaire, parfois sentimental et même sensuel. D'Holbach, Syst., II, 404 : sois homme; sois un être sensible et raisonnable. — Merc, Tabl., I, 105 : le plaisir d'alimenter son prochain, d'entretenir sa santé invitent l'homme sensible à partager ses mets. — Laclos, II, 115 : ces femmes actives dans l'oisiveté que vous nommez sensibles et dont l'amour s'empare si facilement et avec tant de puissance. — Ac. 1835.

*Sensitjf, qui se rattache à la faculté de sentir ; « morale sensitive », titre d'un ouvrage que J.-J. Rousseau projetait de composer, Conf., Part. II. 1. IX. '

*Sensuel, qui dans sa vie consulte les plaisirs des sens et non la raison. — J.-J. R., Dial., II : l'homme sensuel est l'homme de la nature... Il 'st vrai qu'il faut borner ce mot de sensualité à l'exception que je lui donne et ne pas l'étendre à ces voluptueux de parade...

'Sentiment, expression d'un sentiment. Poinsinet, le Cercle, II : ce qui ne serait

qu'un trait ingénieux de la part d'une coquette devient un sentiment dans votre bouche.

*SociAL, qui accepte ou respecte les conditions de l'association politique. Pauw, Rech. sur les Grecs^ II, 15 : ... accorda aux passions de l'homme social tout ce qu'on peut leur accorder, sans nuire au bien de la société.

Ce mot entre dans un certain nombre d'expressions nouvelles : contrat social, pacte social, dette sociale.

Soupçox, commencement, apparence. Faublas, II, 146 : un soupçon d'embonpoint. — Ac. 1798.

Suspension, interdiction temporaire d'un fonctionnaire. Féraud : d'Avrigné emploie suspension dans un endroit où suspense était le terme propre : « Elle défendait, sous peine de suspension, de signer. » — Sens indiqué par le Richelet portatif . — Admis Ac. 1798.

Systèmk, loi de conduite. Dorât, V, 232 : le barbare système de ces hommes qui ne sont pas faits pour s'approcher. — Ac. 1798.

Tempérament, ardeur sensuelle. J.-J. R., £m., IV : au moment même oii les fureurs du tempérament l'entraînent. — Dorât, V, 122 : le tempérament est rare et la coquetterie universelle. — Faublas, I, 193 : cette fille a du tempérament. — Ac. 1762 admet avoir du tempérament.

"Titulaire, indiqué dans le titre d'un ouvrage. J.-J. R., Conf., XII : honorer l'auteur titulaire et foudroyer l'ouvrage.

Tournure. 1° Expédient pour se tirer d'affaire. Necker, Compte rendu, 29 : comme la voie des pensions ne pouvait..., l'on avait imaginé d'autres tournures. — Ac. 1835.

2° Manière dont les choses se présentent. Marmontel (L.).

"Tragédien, auteur de tragédies. Louis Racine (F.), Sabatier (F.\ Voltaire (L.). Sens inconnu à Ac. 1835.

"VÉGÉTATIF, végétal. Diderot (1745), I, 66 : corps organisé, animal ou végétatif.

"Verser, habituer. J.-J. R. (F.) : ceux qu'une longue expérience a versés dans les affaires. — Cet emploi, qui semble emprunté au latin, est condamné par Féraud.

*Vis-A-vis, envers. Angola, 221 : est-il rien de plus cruel que ce qui m'arrive vis-à-vis d'une femme que j'adore? — J.-J. R., N. HéL, II, 1. 21 : cet art n'est pas difficile vis-à-vis des femmes de ce pays. — Laclos, II, 21 : quand il les aurait eus [des torts] vis-à-vis de vous; — Ibid., Il, 35 : me compromettre vis-à-vis de sa fille.

Cette expression est condamnée par Voltaire dans une lettre à d'Olivet, 5 janvier 1767, comme barbare.

Visite, personne en visite. Duclos (F.) : à peine cette visite fut-elle sortie. — Ac. 1798.

B. — Extension d'emploi*

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