‹ Les transformations de la langue française pendant la deuxieme moitié du 18e siecle, 1740-1789Chapitre 44 sur 75 · APPLICATION \OU\^LLE DES MOTS · texte numérisé non relu

APPLICATION \OU\^LLE DES MOTS

a) On applique aux personnes ce qui ne se disait que des choses, *

Absukde. Voltaire etMilord Chesterfield (F.). — Ac. 1798.

Accoutumé. Linguet (F.) : les orateurs accoutumés.

'Arbitraire. Mirab., Essai, 106 : les princes arbitraires (= qui jouissent d'un pouvoir arbitraire) veulent être respectés.

Energique. Féraud condamne cet emploi : que signifie un espnt énergique, une âme énergique? Dirait-on un homme énergique? un auteur énergi[ue?Je ne le crois pas. M. Mallet du Pan et M. Linguet l'ont dit : « Nation énergique... Ils étoient énergiques dans le Parlement. » — Ac. i83.i : itme énergique.

Exagéré. Mercure (F.) : admirateurs exagérés. — Genlis (L.). — Admis Ac. 1798, suppr. en 183o.

^Momentané. D'Argens. Consid., 162 : des inspecteurs momentanés.

Nul, compté pour rien. Ling., XIII, 425 : l'indigent est plus nul qu'un chien vagabond. — Ac. 1798 admet : c'est un homme nul.

Nullité. 1® Néant, absence. Ling., II, 349 : une nullité absolue de nouvelles.

2° Impuissance. Féraud indique que ce mot est à la mode : je suis dans une grande nullité, dans un grand anéantissement, je ne suis bon à rien. Il relève dans un auteur : pourquoi ne pas attribuer à la modestie la nullité de leurs prétentions ; — dans Chamfort : la nullité des poètes ; — dans Linguet: l'indécision de l'Espagne, la nullité (= inaction, impuissance) delà Hollande. — Ac. 1798 admet : cet homme est d'une parfaite nullité.

RÉFLÉCHI, qui a l'habitude de réfléchir. Aiin. litt. (F.) : cet auteur estimable et réfléchi: — Linguet (F.): homme aussi réfléchi qu'ambitieux. — Admis Ac. 1798 ; suppr. en 1835.

"Sordide. Gresset : adulateur sordide (L.). — L'Académie ne l'adm.t qu'en parlant d'un avare.

'Symétrique. Sabatier de Castres (F.) : écrivains froids et symétriques, une âme symétrique (= froide). Féraud n'ose ni approuver ni condamner cet emploi. :.

b) On applique aux choses ce qui ne se disait que des personnes.

"Capable. Louvet, II, 93 : d'un ton capable.

Cosmopolite. B. de St-P., Ef., II, 383 : dans cette famille, si j'ose dir.; cosmopolite. — Ibid., I, 71 : les plantes domestiques sont les seules qui. comme l'homme, soient cosmopolites.

Décidé. Faublas, V, 124 : il y avait dans son attitude quelque chose de ^i décidé, — Dorât, V, 60 : sans préférence décidée. — Ac. 1835. ;■

*Désintéressement. J.-J. R., Dial. , 2 : les productions de mon âme ne sont point à vendre ; c'est leur seul désintéressement qui peut seul leur donner de la force.

*DiFFicuLTUEux, Mercicr, TabL, V, 287 : les questions les plus difficultueuses.

*EspiÈGLERiE. Mar, de Fig., V, 7 : ces jolis doigts pleins de grâce et d'espièglerie ?

*IgxNare. Merc, Tabl., VI, 17 : pinceaux ignares.

'Perplexe. Barb. de Séu., II, 13 : le ton bourru, la voix perplexe. — Ac. 1798 l'admet en parlant des choses, mais au sens de ce qui cause de la perplexité, de l'irrésolution : situation perplexe, cas perplexe.

"Pointilleux. Beaum., IV, 224 : les pointilleuses preuves exigées par vous. — Delille (L.).

RéflEcui. Beaum. (Wey, I, 423) : un ouvrage réfléchi. — Riccoboni,V, Ho : un air sérieux et réfléchi. — Ac. 1835.

"Tumultueux. Beaum., IV, 308 : composé trop rapidement si ce m.émoire est tumultueux.

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