L*APPABITION DB LÀ VIE SUR LE GLOBE
nous indiquer la prise de possession des continents siluriens par des animaux terrestres à respiration trachéenne, issus vraisemblablement d'ancêtres marins.
Ainsi le monde silurien se présente à nous comme un monde très complexe, très riche et en même temps très évolué, puisque nous y trouvons des êtres aussi compliqués et aussi parfaits que le sont des Céphalopodes, des Crustacés et des Poissons. Ces animaux avaient de toute évidence des ancêtres; il fallut aller en Bohème pour les découvrir.
Prague est une grande et belle cité, gracieusement assise sur les deux rives de la Moldau, dans une région schisteuse au sol un peu ingrat et stérile, qui ne manque pas d'analogie avec quelques parties du Plateau Central français, le Limousin par exemple. Les sciences naturelles sont en honneur dans cette ville et ce n'est pas sans un sentiment d'admiration un peu jalouse que l'on voit ce magnifique monu-^ ment, le Musée National, élevé parla nation tchèque à la gloire do la Bohême. Ce superbe palais contient toutes les collections nationales d'archéologie, de préhistoire, d'histoire naturelle vivante et aussi les collections géologiques et paléontologiques.
La visite du Musée de Prague est pour le naturaliste, et en particulier pour le géologue français, un véritable pèlerinage. Ce musée est en effet tout vibrant du souvenir de l'un de nos plus savants compatriotes, Joachim Barrande.
Barrande a demeuré de longues années en Bohême, et il a profité de ce séjour et des libéralités d'un royal protecteur pour se livrer à une étude approfondie du bassin silurien de la Bohême.
La ville de Prague est en effet assise au centr d'une cuvette ou large bassin formé en majeur, partie de couches siluriennes. Barrande a étudii patiemment, assise par assise, les couches de ce bassin, et il a recueilli les innomfbrables foesilef contenus dans chacune de ces couches. Les résitl" tats de ses admirables découvertes sont consigné dans une magnifique série de volumes intitulés . Système silurien du centre de la Bohême^ qui coiistituent une véritable bibliothèque, un monumen^l qui sert encore de base à toutes Les recherches sur les animaux des temps Primaires.
Le souvenir de Barrande est resté tout à fait vivaal en Bohême, et c'est avec une légitime satisfactior que le géologue français qui parcourt les environs de Prague voit apparaître sur la rive de la Moldau, gravé sur le roc, le nom de Barrande, au-dessus des carrières de Konieprus,^ qui Lui ont livré une importante partie de ses richesses.
Les collections die Barrande sont restées au Musée de Prague, où elles occupent au dieuxième étage du Musée National une immense salle désignée sous Le nom de Barandeum, Dans un angle de la salLey ai pied d'un monument, sorte de petit autel où se dresse le buste de Barrande, sont disposés les marteaux qui lui ont servi dans ses recherches et La collection des ouvrages qu'il a écrits : c'est ta, comme nous le disions plus haut, un véritable pèle* rinage.
Barrande mérite à tous égards cet honneur et ce culte. Non seulement il a décrit et fait connaître la faune silurienne de la Bohême, qui est sans dotitc la plus riche faune connue de cette époque; mais i^
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a eu le mérite et la gloire de nous montrer que cette faune silurienne avait été précédée par un monde plus ancien auquel il a appliqi*é dans Tenthousiasme de la découverte, le nom de faune primordiale.
Les co«ches contemporaines de la faune primordiale existent bien en Angleterre, où Sedgwick les arait désignées dès 1835 sous le nom de terrain Cambrien, tiré de Tancienne dénomination romaine de Pays de Galles. Mais ces assises de grès et de schistes, inférieures au Silurien, n'avaient point encore livré de débris organiques et étaient désignées par les géologues anglais comme une graûivacke stérile. Au contraire Barrande a découvert dans les couches cambriennes de Bohême un monde d'animaux marins tout différent du monde silurien.
Si nous jetons un coup d'œil sur la structure géologique du bassin de Prague, nous constaterons que les couches primaires y sont disposées en cuvettes concentriques à partir des schistes cristallins qui en forment la bordure et que Barrande désigne sous la lettre A. Les autres assises plus récentes sont modestement notées par des lettres allant de B à U. L'assist^ C est le gite de la faune primordiale contenue dans ('es schistes brun verdâtre qui affleurent des deux côtés de la cuvette, aux deux villages célèbres de Skrej et de Ginetz.
La faune primordiale de Bohème est surtout riche en Trilobites répartis en sept genres différents, dont les plus caractéristiques ^oniXe Paradoxides^ YAgnostus : le premier a une grosse tête parabolique prolongée en arrière et sur les côtés par deux longues pointes, un thorax aux segments multiples, et un très petit pygidium ; le second possède une tête et un
pygidium cylindrique, réunis par un tout pet. thorax à deux segments. VAgnostus et quelque! autres espèces de la faune primordiales sont aveugles ce qui autorise à penser que ces Trilobites ont véci dans une mer relativement assez profonde. Auss n'y a-t-il pas lieu de s'étonner de la pauvreté relative de cette faune en organismes autres que les Trilobites; ils se réduisent en effet à quelques Brachiopodes, à un Mollusque Ptéropode à vie pélagique et à des débris d'Échinodermes du groupe des Gystidés.
Après la découverte sensationnelle de Barrande la faune primordiale a été retrouvée un peu partout en Suède, en Angleterre, en Espagne, en Amérique en France elle a échappé longtemps aux recherchés des géologues, jusqu'à ce que Bergeron eût la bonne fortune de la découvrir en 1888 sur les pentes méridionales de la Montagne Noire.
Mais déjà à ce moment, la faune à Paradoxidei avait été dépouillée de son auréole de faune la plus primitive. Le D' Hicks avait en effet recueilli danr les couches cambriennes les plus inférieure^ 'lu pay de Galles, près de la petite ville de Saint- David' s les rudiments d'une nouvelle faune ayant sans dont de grandes affinités avec la faune de Bohême, mai distincte par ses espèces de Brachiopodes et situé* sans aucun doute possible au-dessous des <50uche; caractérisées par le genre Paradoxides, La faune de Gambrien inférieur ne tarda pas à être bientC reconnue dans des régions diverses et caractérisé par un genre spécial de Trilobites, VOlenellus^ dis tinct du Paradoxides par ses pointes céphalique
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plus courtes et le nombre moins élevé des segments du thorax. A la suite de ces découvertes la faune de Bohême cessait d'être la faune primordiale pour devenir seuleqient la faune caractéristique du Gambrien moyen.
Dans l'état actuel de nos connaissances, le total des animaux fossiles recueillis dans l'épaisseur entière du terrain Cambrien sur toute la surface du globe constitue un ensemble très remarquable dont nous devons analyser les caractères les plus essentiel^.
Ce sont d'abord de simples traces, des pistes d'animaux sur le sable ou la vase marine ; les paléontologistes sont embarrassés en présence de ces empreintes et ne savent à quel groupe zoologique il faut les attribuer. Ils se contentent le plus souvent de leur donner des noms provisoires en attendant que. quelque hasard heureux permette un jour une détermination plus précise. Quelques-unes de ces pistes rayonnent autour d'un point central, ce sont les Olldhamia; d'autres, les Arenicolites sont de petites stries alignées sur deux files et attribuées à la marche de Vers marins ou Aniîélides; d'autres enfin, formées par deux sillons parallèles sont sans doute des pistes de Crustacés.
A côté de ces organismes problématiques^ nous trouvons des formes zoologiques bien définies : des spicules à' Eponges siliceuses, des Polypiers très primitifs, des Alcyonnaires chitineux du groupe éteint des Grapiolites ; des Echinodermes appartenant aux trois types des Crinoides^ des Cystidés et des Astéries; de nombreux lirachiopodes dont une famille, celle des LinyuleSj à coquille cornée, a traversé depuis le Cambrien inférieur la série entière des formations
géologiques jusqu'à nos mers actuelles, à peu pn sans avoir subi la moindre modification naorpholo gique. Les Mollusques, quoique relativement pei nombreux, sont cependant représentés par quelques espèces de Lamellibranches de la famille des Arches et surtout par plusieurs genres a habitat pélagiqu du groupe des Ptéropodes. Lès Céphalopodes eux mêmes, le type le plus élevé de la classe det Mollusques ont été récemment découverts dans h Cambrien d'Esthonie et du Canada sous la forme dt Nautilidés à coquille droite, voisins des Orthocèref (genre Volborthelln),
Enfin la classe des Arthropodes marins est riche ment représentée soit par quelques Osfracodes enfer mes entre leurs deux valves calcaires, soit pa quelques J/a/aco^/race^ inférieurs voisins des A^6a/t actuels, soit surtout par le groupe alors florissac des Trilobiles : sur environ 150 genres connus de c< groupe, le tiers, ou 50 genres avec 250 espèces, ont été trouvés dans le système cambrien. La faune d< Trilobites du Cambrien est entièrement distincte d< celle du Silurien : un très petit nombre de genres, tels que Agnostus et Conocoryphe^ passent dans la faune Silurienne.
Contrairement à ce que nous avons vu pour l'époque Silurienne, aucune trace de Vertébré n'a encore été signalée dans les couches cambriennes : il semble logique de considérer l'absence des Poissons dans les mers de cette époque comme une simple lacune provisoire de nos connaissances.
Ainsi le monde Cambrien se montre, si Ton fait abstraction des Vertébrés, comme constitué sensiblement par les mêmes éléments généraux que l
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monde Silurien. Tous les grands groupes d'Invertébrés y sont représentés, et par leurs types les plus élevés en organisation, tels que ies Céphalopodes dans le rameau des Mollusques, les Crustacés dans le rameau des Articulés. Peut-on supposer sans une grande invraisemblance, que ces animaux si complexes, si évolués pour parler le langage transformiste, n'auraient pa& été précédés par des ancêtres plus simples, appartenant à des groupes plus inférieurs du même rameau? La réponse matérielle à cette question nous a été fournie seulement depuis un très petit nombre d'années.
Nous n'avons pas encore en effet terminé notre voyage en profondeur, à la recherche des premières traces de la vie, dans l'épaisseur de l'écorce sédintentaire du globe. Au-dessous du terrain cambrien, il existe dans des contrées {diverses, en France, en Aûgleterre,^ en Finlande, dans le nord de l'Amérique, d'énormes épaisseurs de couches sédimentaires : schistes y grès conglomérats ou calcaires, longtemps considérées comme azoïques. On les désigne sous le nom général de terrain précambrien ou encore de Huronien^ à cause de leur grand développement sur les bords du grand lac canadien. En France, les couches schisteuses connues sous les noms de schiste» de Rennes^ dephi/Uades de Saint-Lô ou de Douarnenez sont des représentants très nets de ces couches précambriennes dans le vieux massif armoricain.
L'absence ou l'extrême rareté des débris organiques dans ce terrain s'expliquent aisément parce que ces sédiments très anciens ont fréquemment éprouvé, dans la suite des temps géologiques, sous
Tinfluence de causes d'origine interne que nous aurons à analyser plus loin, des modifications de structure que Ton désigne sous le nom général de métamorphisme. Les schistes au lieu d'être terreux et amorphes sont satinés ou luisants par suite du développement de membranes de mica ou de séricite ; les calcaires sont devenus marmoréens ou saccharoïdes ; parfois même la cristallinité de ces sédiments a atteint des degrés plus accentués, comparables à ceux que Ton observe ordinairement dans le terrain dit primitif ou cristallophyllien. Ce métamorphisme partiel ou total a eu pour premier effet de détruire les fragiles traces des êtres aux formes variées qui ont peuplé sans aucun doute les eaux des mers précambriennes : c'est là, on peut le dire, le cas le plus général.
Pourtant, en quelques points privilégiés et par suite de circonstances locales difficiles à préciser, le métamorphisme a respecté fort heureusement une partie des sédiments de cette époque, dont la texture demeure alors tout à fait semblable à celle des sédiments primaires les plus normaux. Aussi n'a-t-on pas tardé à y observer de divers côtés des traces plus ou moins nettes de la vie : ce furent d'abord des pistes ou des perforations d'animaux problématiques, signalés dans les grès des Highlands d'Ecosse et retrouvées par Lebesconte dans les schistes des environs de Rennes. Dans le même massif breton, un autre savant français, Gayeux, étudiant des coupes minces pratiquées dans certains schistes charbonneux précambriens, pense pouvoir reconnaître dans ces préparations d'élégantes sphérules treillissées, identiques aux coquilles siliceuses
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de certains Radiolaires actuels. Il y décrit en outre des traces, un peu moins nettes il est vrai, de coquilles de Foraminifères et de spicules d'Épongés siliceuses : bien que Tauthenticité de ces organismes ait donnèlieu à quelques contestations, on ne pouvait s'empêcher d'être frappé au moins du fait que la simplicité d'organisation de ces animaux précambriens, qui appartiennent aux groupes les plus inférieurs des Invertébrés, correspondait assez bien avec ridée a priori que Ton devait se faire d'une faune réellement primitive ; la faune précambrienne de Bretagne possédait bien les caractères les plus vraisemblables d'un monde animal encore bien près de ses origines. Il a fallu bientôt renoncer une fois de plus à cette manière de voir simpliste.
L'exploration méthodique par les géologues américains des terrains anciens du Canada et des Montagnes Rocheuses nous réservait en effet des découvertes tout à fait inattendues. Au Canada et à Terre- Neuve, on retrouve d'abord, grâce aux recherches de Mathew, les mêmes pistes de Vers arénicoles ou d'autres animaux problématique que nous connaissions en Ecosse et en Armorique ; il fallait y joindre, il est vrai, les traces un peu confuses d'une coquille de Mollusque. Mais l'intérêt de toutes ces conlatations disparaît presque devant les étonnantes révélations que devait nous fournir la célèbre contrée des canyons de l'Ouest américain.
Peu de contrées du globe sont d'un intérêt plus saisissant pour le naturaliste que les grands plateaux dénudés et stériles, qui dans les États du Montana, de l'LHah, de Wyoming et du Colorado, constituent
les gradins tabulaires des Montagnes Koetieuses, ;. Tauest des vastes prairies fertiles du Missaurt et du Mississipi. Dans ces plateaux, aux couches demeurées presque horizontales depuis les temps les plus reculés de la vie du globe, les rivières se sont taillé de gigantesques cluses d'érosion ou canyons, profondes parfois de plus d'un kilomètre, et dont les parois abruptes, étagées en gradins aux teintes multicolores, livrent aux yeux du géologue la série presque entière des formations sédimentaires, depuis le socle primitif jusqu'à la fin des temps secondaires.
Les sédiments précambriens formés par une accumulation puissante de 3.500 mètres de grès, de schistes et de calcaires jouent un rôle important dans la structure du socle ancien des plateaux des Montagnes Rocheuses.
Ces couches, reposant sur des gneiss anciens, paraissent avoir échappé à peu près complètement aux actions métamorphiques : aussi n'est-il pas étonnant qu'elles aient fini par livrer quelques débris d'organismes aux investigations des géologues du Geological Survey des États-Unis. Dans le grand Canyon du Rio Colorado, la plus belle et la plus grandiose de ces grandes entailles de l'écorce de la Terre, Charles Walcolt nous a fait connaître il y a cinq ans la présence de colonies d'Hydroïdes voisines des Stromatopores, des Mollusques à coquille conique (genre Chuaria) rappelant les Patelles qui se fixent sur les rochers de nos rivages, peut-être de Ptéropodes pélagiques, et enfin, d'un fragment bien caractérisé d'un anneau de Trilobite paraissant se rapprocher des formes du Cambrien.
l'4.^arition db la vib bur lb globb 343
Plus au nord, dans le Montana, la série précambrienne est désignée localement sous le nom de sme de Belt^ et comprend 3.600 mètres de schistes, de quartzites et de calcaires. En deux points différents, à l'entrée du canyon de Deep-Creeek et dans le canyon de Sawsmill, on a également découvert des traces d'organismes : des pi§tes d'Annélides se rapportant à quatre espèces différentes, et nombre d'autres pistes dues à des Mollusques ou à des Crustacés* Mais ces couches contiennent en outre, en immen&e quantité^ des débris d'un ou plusieurs genres de Crustacés de grande taille, déformés, aplatis et généralement tronçonnés, dont la forme la mieux caractérisée a reçu le nom de Beliina Danaij pour rappeler la mémoire de l'illustre géologue Dana. On ne peut plus mettre en doute Texistence dans les mers précambriennes de Mollusques, de Trilobites et de Gigantostracés, analogues à ceux qui pullulent dans les couches cambriennes et siluriennes.
Quelles conclusions devons-nous tirer de ces découvertes véritablement stupéfiantes? Une seule s'impose avec une conviction irrésistible : le monde précambrien est déjà un monde très vieux et sa découverte ne nous rapproche pas beaucoup plus du début de la vie sur la Terre que ne l'avaient fait les mémorables découvertes de Murchison, de Barrande et du D*" Hicks dans les zones de plus en plus reculées des terrains siluriens et cambriens de l'Ancien Monde. Nous sommes condamnés à descendre beaucoup plus bas encore à travers les épaisseurs énormes des plus vieux sédiments.
Mais ici nous nous trouvons arrêtés par une diffi-
culte à peu près insurmontable. Partout où Ton p observer la base des couches précambriennes, les voit reposer sur un terrain dont le mode de f< mation est demeuré longtemps énigmatique et q Ton avait qualifié prématurément du nom de lerra primitifs dans l'hypothèse que ce terrain résultait la première consolidation d'une mince croûte soli à la surface du ^lobe terrestre à Tétat de fusii ignée. Ce terrain se compose essentiellement micaschistes et de gneiss^ au sein desquels se trouve parfois intercalées des bandes de calcaire cristall ou d*amphiboliteSy riches en chaux et en magnési Toutes ces roches affectent un double caractère d'une part, elles sont composées de minéraux si] catés parfaitement cristallins, ce qui les rapproc? au point de vue chimique et minéralogique des roch éruptives de la famille des granités ; mais, d'aut] part, les éléments de ces roches ont une structui nettement feuilleté, tout à fait semblable à celle d( roches sédimentaires les plus normales. En raisc de cette double modalité, un géologue belge, d'H malins d'Halloy, avait proposé, il y a près d'un si de, la désignation de terrain cristallophyllien qui € très expressive et a été accueillie avec faveur par monde savant. On emploie aussi très fréquemme le nom de terrain Archéen,
Bien peu de géologues se refusent aujourd'hui admettre que ces couches schisteuses et cristalline aux surfaces miroitantes de paillettes de mica et ( séricite, ont été à l'origine de véritables sédimer amorphes déposés à l'état de vases, de sables et calcaires au fond des océans primitifs. La présen de bandes calcaires parfaitement conservées, de l
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de grès et de conglorémats représentant d'anciens sables et galets de rivage, le parallélisme fréquent de ces strates avec celle du terrain précambrien et cambrien qui les recouvre, sont des arguments d'une grande force en faveur de cette manière de voir qui a été défendue en France par Michel Lévy. Par quel mécanisme s'est effectué cette profonde modification métarmophique des sédiments anciens passés ainsi à l'état de roches cristallines presque semblables à des roches éruptives? Il est nécessaire, pour en avoir une idée un peu nette, de jeter un coup d'œil sur la série de phénomènes qui ont accompagné le dépôt des sédiments marins durant la longue série des temps géologiques. Ces sédiments, d'origine presque entièrement continentale, s'accumulent en épaisseurs énormes dans certaines parties profondes des océans, sortes de cuvettes à très large rayon, auxquelles Dana a appliqué le nom de géosynclinaux. Le fond de ces vastes dépressions doit présenter deux conditions nécessaires : 1<* ne pas être trop éloigné des rivages d'un continent, source et point de départ des matériaux charriés par les fleuves ; 2° posséder un fond assez peu rigide pour permettre l'affaissement graduel de la croûte terrestre en ce point, probablement en partie sous le poids même des sédiments accumulés dans le fond du géosynclinal.
Les conséquences de cet affaissement qui a souvent continué sans interruption pendant plusieurs périodes géologiques successives, ne sont pas difficiles à prévoir. En s'affaissant, la partie inférieure de cette série de couches, empilées parfois sur une épaisseur de plusieurs kilomètres, se rapproche de
régions de la croûte terrestre soumrses à des tem ratures de plus en plus élevées ; on doit mêirie mettre, si le mouvement d'affaissement est as: prolongé, que ces couches sédimentaires arriveni se mettre en contact plus ou moins direct avec u partie du magna interne emprisonné à Tétat de sion, aux températures de 1.500** à 2.000**, au-dessc de Ja croûte solide qui constitue, sur une épaisse de quelques kilomètres seulement, une mince pel cule à la surface du globe terrestre.
Entraînés dans un semblable milieu, les sé< ments se trouvent soumis à Faction de vapeurs haute température , alcalines . fluoriques, bo ques, etc., toutes douées d'une activité chimique a plus intenses : ces vapeurs imprègnent les sé( ments, grâce aux mille fissures qui les pénètrent se combinent avec la matière siliceuse^ argileuse calcaire qui les constitue pour la transformer < silicates divers : feldspaths, micas, amphiboles, p roxènes, qui sont précisément les minéraux cristj lises constitutifs des roches granitoïdes. Même ui partie des sédiments a dû être entièrement digér et incorporée dans le magma interne, perdant ain toute trace de la structure feuilletée originelle, i ùase tout entière de la série des couches sédimetitair déposées dans les premières mers^ se trouve prob blement détruite par ce procédé et définitivement sou traite à nos observations.
Quoi d'étonnant alors, si cette théorie Auinétamo: phisme général est exacte, que les traces organique aient entièrement disparu des couches archéenm où des êtres vivants avaient dû les abandonner i moment du dépôt dé ces strates dans les ancie'
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océans? De fait, la série cristallophyllienne, qui dans quelques points du globe atteint plus de 20 kilomètres d'épaisseur de couches superposées, paraît entièrement dépourvue de fossiles et il semble peu vraisemblable que l'on puisse jamais y en découvrir.
Pourtant il y a bientôt un demi-siècle, une lueur d'espoir sembla luire dans cette voie. Les géologues canadiens, étudiant les couches archéennes sur les bords du Saint-Laurent, reconnurent à la surface des. bancs d'un calcaire serpentineux intercalé dans les gneiss anciens, des nodosités faisant saillie en demirelief et de dimensions variables allant jusqu'à la grosseur d'une tête d'enfant. Examinées en coupe microscopique, ces nodosités se montrèrent formées de minces bandes concentriques et alternantes de calcite et de serpentine, les premières traversées en outre par un système de canalicules perpendiculaires ramifiés. D'éminents paléontologistes, tels que Dawson et Garpenter, crurent pouvoir reconnaître dans ces rognons la structure caractéristique de certains Foraminifères, tels que les Nummulites, et pensèrent se trouver en présence du plus ancien débris organique dont la Terre nous ait laissé la trace, d'où le nom d'Eozoon ou aurore du monde animal. Bientôt signalé en dehors du Canada, dans les gneiss archéens d'Irlande, de Bohême, de Bavière et des Pyrénées, VEozoon devint l'objet de discussions passionnées, les uns tenant pour la nature organique de ce géant étrange des Foraminifères, d'autres ne voulant y voir qu'une simple concrétion minérale. Cette dernière interprétation dut être universellement adoptée à la suite de la découverte
faite par Johnston-Lavis, dans les laves du Vési sur les flancs de la Somma, de concrétions vo' niques à structure entièrement semblable à YEozi et résultant, comme au Canada, d'un mélange mi ralogique intime d'éléments calcaires et serpe neux. L'aurore de la vie échappait ainsi une fois plus aux décevantes investigations des géologues
Faut-il conclure de ces faits que nous dev renoncer à jamais à résoudre ou au moins à po suivre plus loin le passionnant problème des déb de la vie sur le globe? C'est là, malheureusement faut bien l'avouer, la perspective la plus vraisf blable. Le seul espoir qui nous reste est de trou^ en quelque région encore inexplorée où affleure terrain archéen, quelques parties de ces couc ayant échappé, par des circonstances locales, à V tion destructive des agents métamorphiques. C n'est pas absolument impossible puisque le terr précambrien est presque partout métamorphisé n'a livré de couches fossilifères qu'en des points t limités de ses affleurements.
Les chances de succès les moins mauvaises par sent devoir se rencontrer de préférence dans 1' ploration des contrées polaires. Ce que nous sav» «à l'heure actuelle de l'histoire de la forniation ( continents et des chaînes de montagnes nous auto: à penser que c'est dans les régions arctique et antî lique que la croûte terrestre s'est tout d'abord Iroidie, contractée et plissée ; c'est là que les p inières rides continentales ont dû émerger de boi heure au-dessus des premières mers. Ces ter désolées présentent depuis les temps les plus reci
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de la vie du globe un caractère de stabilité et de rigidité des plus remarquables, faisant contraste avec la mobilité et la moindre résistance de la croûte terrestre dans les régions tempérées et équatoriales. C'est donc dans le voisinage des pôles que les plus anciens sédiments ont pu échapper peut-être en partie au métamorphisme, grâce à leur incorporation rapide aux continents et à Tabsence d'une lourde couverture de dépôts plus modernes.
Il y a lieu sans doute d'espérer de ce côté des révélations importantes sur les ancêtres des animaux cambriens et précambriens, surtout si quelque réchauffement passager de l'atmosphère terrestre, quelque phase interglaciaire comme celles qui se sont produites à plusieurs reprises au cours des temps quaternaires, venait déblayer momentanément les continents polaires de leur manteau de glace* et soulever pour nous un coin du voile qui nous dérobe encore le problème passionnant de l'apparition de la vie sur le globe.
- Tableau dei àgei de la Terre.
' supérieur .
intérieur. .
supérii
moyen. .
Ponti Sarmaticn, Tononien.
Helvcuen.
-^quitanicr).
Stajnpiciii,
/ Danien.
l Sénonion. .
inrérieur.
supiirieur.
Gauli.