CHAPITRE XXVIII
L'apparition de la vie sur le globe.
Le problème géologique des débuts de la vie. — Le monde Silurien. — La faune primordiale de Barraude. — Le monde Cambrien. — Les fossiles précambriens de Bretagne et des Montagnes Rocheuses. — Le terrain cristallopliyllien et le métamorphisme des vieux sédiments.
Un dernier problème se présente à nous, et des plus passionnants, à la fin de cet exposé des transformations du monde animal à la surface du globe terrestre : c'est celui des origines même ou plus exactement des premiers débuts de la vie sur la Terre.
Il ne saurait être ici question d'aborder le problème par son côté biologique. Comment cette flamme mystérieuse qu'on appelle la vie est-elle venue, à un moment donné de l'évolution géologique de notre planète, animer la matière organique inerte et transformer ces composés d'un peu de carbone,
d'eau et d'un peu d'azote, en une cellule vivante o. même en un premier granule de protoplasma irri table et mobile? C'est là une question fondamentale sans doute, mais qui échappe entièrement à la compétence d'un géologue et d'un paléontologiste. On peut même ajouter sans crainte que ce redoutable problème a défié jusqu'ici les efforts de tous les biologistes, malgré quelques audacieuses tentatives de production artificielle de cellules, analogues, morphologiquement du moins, à celles qui constitueni les êtres vivants.
Le problème géologique des débuts de la vie est i la fois plus modeste et plus positif. Pour Fabordei avec fruit, il sera nécessaire de dresser, en historier scrupuleux et précis, l'inventaire des documents que nous possédons à l'heure actuelle sur les plus an ciennes traces des êtres vivants, patiemment exhumées une à une des strates les plus inférieures- de l'écorce sédimentaire du globe.
Si nous portons nos regards en arrière jusque ver le milieu du siècle passé, nous constaterons qu'f cette époque les couches contenant les débris der plus anciens êtres fossiles connus correspondaient j cette partie de Vf-rè Primaire que les géologues dé signent depuis Murchison sous le nom de période Silurienne^ du nom d'une peuplade, les Silures^ qu habitaient à l'époque anglo-romaine le comté actue du Shropshire. Ces couches siluriennes du nord ouest de l'Angleterre sont très riches en débris d'or ganismes marins, et, dès 1840, l'illustre géologue Murchison publiait sous le nom de Siluria ua livri resté classique dans lequel étaient cataloguées e
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décrites environ 950 espèces d'animaux fossiles ♦appartenant à presque toutes lies divisions fowidamentales du règne animal.
La faune silurienne C0)Eaprend en effet, dans te mode des InvertébréSyJdes Éponges siliceuses ; de nombreux i^o/y/îiers déjà associés en véritables récifs coralliens; des Hijdroïde^ spéciaux : Strom:ato^ pores, Graptolites; des Échino dermes ^ représentés déjà par cinq types de ce grand grompe : Grinoïdes, Gystidés, Blastoïdes, Astéroïdes, Échinides -, des* Bryozoaires et d'innombrables Braehiopodes : ensuite des Mollusques, de tous l-es groupes: Lamellibranches , Gastropodes y Céphalopodes tétrabtranchiaux ou Nautilidés; ces derniers atteignent à cette époque leur maximum d'épanouissement. Mèmje certains types d'animaux entièrement mous, tels que les Méduses et les Vers marins ont laissé (juelques traces de leur présence, les. premières sous la forme de moulages naturels de leur caviibé générale, les seconds par leurs perforatiions dans le sable, leurs tUibes calcaires ou des articles cbitineux de fenrs mâchoires.
L'embranchement des Animaux articulés ou Arthropodes est brillamment représenté soit par des types inférieurs : Cirrkipèdesy Ostracodes, soit surtout par les deux groupes plus élevés des Trilobites et des Gigani os tracés. Les Trilobites, sur lesquels nous aurons plusieurs fois à revenir, sont de curieux Crustacés marins nageurs, dont la carapace, formée d'une têtCy d'un thorax à segments mobiles et d'aune quicue ou pggidkim à segments immobiles, est par^ tagée en trois lobes par deux sillons longitudinaux; leurs membres, rarement conservés, sont minces.
formés de deux branches articulées et assez uniformes dans les différentes régions du corps. Us sont absolument spéciaux à Tère Primaire et leur apogée coïncide précisément avec la période Silurienne, où ils comptent environ 75 genres et plus de 900 espèces. Les Trilobites représentent un groupe à part, très distinct de tous les autres ordres de Crustacés actuels, à Texception de Tordre des Mérostomes, dont un seul genre, la Limule^ existe encore dans nos mers actuelles. Le groupe des Mérostomes est aussi de date très ancienne : des formes de grande taille, réunies sous le nom de Gigantoslracés vivaient à côté des Trilobites, dans les mers siluriennes; nous aurons également à revenir sur ce groupe à propos des premiers débuts de la vie.
Mais la faune silurienne marine n'est pas réduite aux seuls Invertébrés; déjà les Vertébrés inférieurs au moins, les Poisson s y étaient apparus et se montrent simultanément sous trois types distincts et nettement différenciés : les Sélaciens ou Poissons cartilagineux, carnassiers analogues à nos Requins, les Ganoides à écailles émaillées rappelant le Polyptère actuel du Nil et enfin les Placodermes ou Poissons cuirassés^ si remarquables par leur élégante carapace de grandes plaques osseuses qui protégeaient la tête et la partie antérieure du tronc. Les Vertébrés supérieurs, Amphibiens, Reptiles, Oiseaux et Mammifères sont encore inconnus à cette époque.
Mais ce tableau de la vie silurienne serait incomplet si nous ne faisions mention du fait si important de l'apparition première des êtres à respiration aérienne; dans Fétat actuel de nos connaissances, les Arachnides du groupe des Scorpions sont seuls à