BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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AVAIST-PROPOS
Ce livre n'e8t en grande partie que la substance de deux séries de conférences qui ont été faites en 1896, à TEcole libre des Sciences Politiques, et, en 1898, au Collège libre des Sciences sociales. J'ai essayé d'y appliquer au côté politique de la vie sociale les idées qui m'ont servi de guide jusqu'ici dans mes autres ouvrages. Le lecteur dira si cette application est propre à confirmer ou à infirmer ces principes.
Est-il utile d'ajouter que je n'ai pu avoir la prétention, en ce volume de médiocre étendue, d'épuiser mon sujet? Il m'aura suffi de donner une idée de ce que peut être la science politique après son baptême sociologique. Car, s'il n'est pas vrai que les diverses sciences sociales doivent se confondre désormais en une seule, qui serait la sociologie, il est certain qu'elles doivent toutes s'y plonger l'une après l'autre pour en sortir soit retrempées et rajeunies, soit glaciales et inanimées. Cela dépend de la qualité du bain. <^
Je ferai remarquer que j'ai cru devoir m'interdire, de parti pris, tout le côté physique et physiologique de mon sujet. Le sol, le climat, la race, ne sont pas, je le sais, sans présenter certains rapports, que d'autres ont cherchés, avec la nature du Pouvoir. Il y a, je le sais J aussi, des individus et même des peuples de tempérament autoritaire, nés tout pourvus d'un certain don de suggestion qui les prédestine au commandement. Ces prédispositions vitales au pouvoir social méritent d'être étudiées à part, et l'ont été. Conservées et renforcées
parThérédité, ou plutôt par une combinaison d'hérédité et de tradition qui joue dans la vie nationale un rôle capital, elles sont les sources les plus visibles et les plus ] ^ brillantes du pouvoir. Mais il m'a paru d'une bonne mé- \ thode de m'attacher d'abord, à peu près exclusivement, à ) rechercher des sources de nature toute psychologique et I sociale, au risque d'imprimer à ce premier essai un caractère quelque peu abstrait et artificiel. Le lecteur voudra bien avoir égard à la lacune volontaire que je signale. Il est un mérite qu'on ne saurait refuser en ce moment à une étude sur les sources et les variations de l'Autorité publique, c'est celui de V actualité. A moins qu'un pessimiste ne prétende qu'il serait plus à propos de faire un livre sur les transformations de la servitude ou de l'impuissance politiques que sur celles du Pouvoir politique, comme on est plus enclin de nos jours à étudier les transformations du Crime que celles de la Vertu... Mais, précisément, une des illusions que nous nous efforçons de combattre est celle de croire à une 4.^ disparition future ou prochaine du principe d'autorité. " Même dans les pays les plus démocratiques, les avilissements du pouvoir ne sont pas sans compensation. Il en est du pouvoir, à cet égard, comme du savoir ou de la richesse. Une vérité, a mesure qu'elle devient plus aisée à démontrer et se répand davantage, perd de son prix; mais, en même temps, et à mesure qu'elle s'incorpore à un faisceau plus volumineux de vérités solidaires, elle acquiert plus d'importance, plus de force et de valeur. Un article industriel aussi, en se vulgarisant, a un prix moindre; mais sa valeur, dans le sens de fécondité d'emplois, augmente quand les buts qu'elle sert à atteindre deviennent plus nombreux. N'en est-il pas de même du pouvoir gouvernemental, qui, par la facilité croissante d'y monter offerte aux hommes politiques et à tous les citoyens, a perdu beaucoup de son prix ancien, mais, qui, en revanche, par l'étendue croissante des moyens