Voir Propriété foncière en Grèce, par Guiraiid
LA RÉPÉTITION AMPLIFIATSTE 135
cadets crancicn régime, et former de nouveaux clans. — Plus tard, ce sont des cités qui ont projeté des colons au loin, maritimes ou continentaux, fondateurs de cités nouvelles. Et les colonisations modernes diffèrent de ces colonisations antiques en ce que, dans l'antiquité . ( 'était d'une ville c|ue partait l'essaim colonial, tandis que, à présent, c'est d'ime nation ou même d'un groupe de nations. On disait autrefois d'une ville nouvellement fondée : c'est la nouvelle Athènes, la nouvelle Corindie, la nouvelle Cartilage. Maintenant, on dit: la >iouvelle-Angletei re, la rSouvelle-Galle, la Nouvelle- Calédonie. Si l'on a donne à certaines villes nouvelles le nom de villes européennes (Nouvelle-Orléans, New- \()rk), c'est par fantaisie et sans qu'il y ait le moindie li( Il de métropole ii colonie, au sens antique, entre Orléans et la Nouvelle-Orléans, entre York et New-York.
Mai nom des Etats-Unis devrait être la Nouvelle lùirope, car presque toutes les nations de l'Europe ont conli ihué à former ce grand peuple.
Entre les colonisations les plus antiques et les colonisations les plus modernes, des phases de transition s'interposent, telles que la conquête d'Alexandre et la conquête romaine. Le vaste empire d'Alexandre a été pour la petite Grèce ce que l'Amérique, l lnde, le Cap, rVustralie ont été pour l'Angleterre: un champ immense à exploiter et à coloniser. Resserrés jusque-la dans des limites si étroites, les Grecs se dilatent en un monde relativementimmense, oii ils se dispersent pour l'helléniser. Ce fut là, pour la Grèce, une cause notable de dépopulation, mais de dépopulation féconde, compensée par le peuplement et l'assimilation de l'Asie, a Un puissant courant d'émigration, dit Guiraud, amena sans cesse en Egypte, en Asie, jusqu'aux bords du Tigre et de r Indus, des lîots de mercenaires grecs, de littérateurs et de savants grecs, qui rarement retournaient ensuite chez eux ». . ^
136 LKS TRAINSFORMATIOS DU POUVOIR
Les agrandissements de Rome sont de deux sortes. Aussi longtemps qu'elle s'est arrondie en Italie, s'an- | nexant les Samnites ou les Etrusques, ses conquêtes \ avaient précisément le même caractère que celles d'un ^ Etat européen c[ui s'agrandit en Europe même. Elles I ressemblaient, par exemple, aux conquêtes de la Cas- \ tille devenant l'empire de Cliarles-Quint ou aux con- ^ quêtes de la petite Prusse devenant rAUemagne actuelle^. ^' Mais, quand Jlome s'étend hors de Tltalie, c'est un^ ii' sorte de lièvre coloniale qui s'empare d'elle, et les nou| s! velles provinces qu'elle s'annexe ont le même rapport on avec elle que les colonies de l'Angleterre ou de la France n avec la métropole. L'Empire romain, du moins a ses débuts, au premier siècle de notre ère, peut être consi- il déré comme une sorte d'empire colonial. — La ditré^- vt rence entre les deux espèces de conquêtes que je viens m. de distinguer, c'est que la première est toujours à la fois n plus difficile et plus durable que la seconde. Quand l\o- e> me s'attaquait à ses voisins du Latium, quand Frédéric le Grand bataillait en Saxe ou en Silésie, la parenté , ethnique des combattants, la parité de leurs armements ^ et de leur stratégie rendaient la lutte plus acharnée etla victoire plus sanglante : mais aussi, après le triomphe, la fusion des vaincus et des vainqueurs était plus facile et plus complète. Toutes les possessions romaines en Asie ont coûté à Rome moins de légions que le Samnium ou la Gaule cisalpine, de même que l'Inde entière à conquérir a bu inoins de sang anglais que la petite Ecosse. Mais ni l'Asie Mineure ne s'est romanisée aussi complètement que TEtrurie ou le pays des Samnites, ni l'Hindou ne s'anglicanisera jamais aussi pleinement que l'Ecossais.
Seulement, la dissemblance entre les annexions italiennes de Rome et ses extensions hors de l'Italie, entre le sol italique cl le sol provincial, n'a jamais été aussi profonde, il s'en faut, que l'est, parmi nos nations modernes,
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la (Usseml)laiicc entre leurs annexions continentales et leiH S extensions coloniales. Une distance Ijien supérieure sépare celles-ci de celles-là, une dislance d'espace et surtout de race, de mœurs, d'idées, de cix ilisalion. Impossible, semble-l-il, dejamais songer à faire de l'Australie, de l'Inde, du Cap, de l'Egypte, du Canada, un seul Etat anglais centralisé et unifié, comme a fini par l'être l'Empir. romain. Impossible? Est-ce bien vrai? Si les dislances ont grandi, physiques et morales, les moyens do les combler ont gi andi aussi, les moyens de locomotion et les moyens àcdénationalisaiion' . Rien ne prouve qu'un jour ne viendra pas où un immense Empire — russe ou anglais — s'établira, qui, malgré des Océans interposés entre ses provinces, les régira d'une loi égale, as ce la majesté et l'unité bienfliisantes, en somme, dont Home a la première donné l'idée, et avec une intensité, une variété de vie locale (pri lui a fait défaut. Le module (les choses politiques et sociales s'est agrandi, vodà tout.
1. J emprunte ce mol à M- Novicow qui s cn est heureusement servi dans sa Lutte entre les sociétés (Félix Alcan éd.)- — ^