‹ Les transformations du pouvoirChapitre 28 sur 91 · L\ LOI DES THANSIOUMATIOXS POLITIQUES · texte numérisé non relu

L\ LOI DES THANSIOUMATIOXS POLITIQUES

oscillé. A travers ces oscillations, discerne-t-on une tendance générale? Ne serait-ce pas la tendance à être de inoins en moins logiciens, déplus en plus utilitaires? Et n'est-ce pas ainsi qu'il conviendrait d'entendre et d'admettre le passage du régime ihéocralique aux régimes positivistes ? Je ne le crois pas : nos actes, à mesure que nous nous civilisons, semblent devenir plus conscients. Or, plus on a conscience des conséquences de ses déterminations, plus on s'efforce de ne pas les mettre en contradiction avec les principes qu'on professe et qu'on ne peut pas s'empêcher de croire vrais, même en désirant c[u'ils ne le soient pas. On est donc de plus en plus mené par ses idées, a l'encontre même de ses intérêts, (comme le prouve, par exemple, l'établissement du suffrage universel par une Chambre de censitaires). Les pouvoirs fondés sur la souveraineté de Tidée, des croyan- ( es, ont le grand avantage sur les pouvoirs nés de la sou- Ncraineté du but, des désirs, qu'ils sont susceptibles d'une domination plus étendue et plus pacifiante. Car les croyances, surtout religieuses, mais philosophiques môme, se propagent bien plus a ite que les désirs, et les liommes se heurtent souvent par leurs désirs, même semblables, surtout semblables, tandis qu'ils ne peuvent que s'associer par la similitude de leurs pensées. De nos jours, certaines conceptions philosophiques des deux derniers siècles sur les droits innés des hommes ou des peuples, se sont répandues dans toute l'étendue de la civilisation européenne, et c'est sur elles que l'on doit s'appuyer, que l'on s'appuie toujours, quand on essaie de résister, avec plus ou moins de succès, a la poussée belliqueuse des intérêts ou des passions hostiles. Si, malgré celles-ci, les maximes du Droit international ne sont pas plus violées qu'elles ne le sont, c'est à cause de leur propagation et de l'assentiment unanime qui leur est donné par la raison de ceuxlà mêmes dont la volonté leur est contraire.

i.t:s transformations ou pouvoir

Une remarque a été faite depuis longtemps, qui s'explique à merveille par nos princijies, en ce qu'elle a crincontestable, mais qui demande à être en partie rectifiée par eux : c'est la tendance des gouvernements aristocratiques à se transformer en démocraties. Cette tendance est générale dans les cités grecques qui, toutes, finissent par un tyran populaire, même Sparte, la cité aristocratique par excellence, avec son tyran Nabis. La cité romaine n'a été que la reproduction sur une échelle grandiose de cette transformation qui aboutit à son César, tyran sublime et divinisé. — Voilà, certes, une pente de Tliistoire bien accusée. Mais il y a des exceptions. Est-ce que, dans l'Egypte des Pharaons, au Mexique des Aztèques, au Pérou des Incas, ce mouvement démocratique s'est produit? Rien de pareil. Donc, ce ne serait pas là une tendance générale? Si fait, mais elle consiste essentiellement en un penchant des classes inférieures à vouloir imiter leurs supérieurs et, par là, participer à leur pouvoir ; et ce penchant ne se satisfait que là où la distance entre les deux classes n'est pas trop grande et trop profonde pour décourager l'imitation. Elle est découragée, par exemple, quand le monarque et les siens sont réputés d'une essence divine, parents de la lune et du soleil.

Il y a aussi, parfois, des mouvements en sens inverse et qui doivent poser des problèmes insolubles aux sociologues partisans de l'évolutionnisme unilinéaire. En Angleterre, au siècle dernier, d'après M. Boutmy, à partir de 17G0, le courant de démocratisation graduelle qui avait coulé jusque là, rendant la pairie de plus en ouverte et accessible aux classes inférieures, s'est arrêté et a rétrogradé. Et, depuis cette date jiiisqu'au milieu de ce siècle-ci, T Angleterre n'a cessé de s'arisfocraiiser de

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])lus en plus\ Pourquoi? Parce qu'il est apparu dès la seconde moitié du siècle dernier des inventions indus- Irielles capitales dont les grands seigneurs anglais ont ( Il les premiers l' exploitation et le monopole de fait, ce I qui les a élevés à un degré de richesse et de puissance I inouï oii leur prestige s'est retrempé. Aux Etats-Unis, «lyflft c'est aussi des géniales inventions du XIX^ siècle, mo- >1r nopolisées en fait par de grands industriels, qu'est née f raristocratie financière des milliardaires, contre-poids ploutocra tique de la démocratie américaine. — C'est liB ainsi qu'il faut toujours compter avec l'accident du géèB Jiie, du génie industriel ou bien, même, du génie ^«B militaire et politique. A chaque poussée de génie milimm taire et de gloire, un haut faîte du pouvoir surgit, « w même dans les temps les plus démocratiques, ou plutôt f surtout alors: et, si un grand despote génial, comme j Napoléon, parvient à fonder un trône, il se hâte de le J fortifier d'une aristocratie nouvelle qui, pour un temps, j refoule la démocratie universelle. — Mais ce n'est là,

I 1 . Jusqu'au xvtii^ siècle, on voit le travail intérieur de la société an-

I glaise tendre à la démocratiser graduellement : l'ancienne pairie a été

I depuis longtemps remplacée put une pairie recrutée dans les éléments

I supérieurs de la gentj y, laquelle, dans ses couches inférieures (admettant,

I d ailleurs, à tous les degrés l'accessibilité égale aux emplois), confine à la

I yeomancy , classe moyenne agricole, composée de fermiers et voisine elle-

I même des cultivateurs. — Mais voici que, à partir de 1760 surtout, se des-

I sine un contre-courant aristocratique. La haute gentry se resserre, se

I contracte, écarte d elle même la gentry inférieure, et, par la disparition

I simultanée de la classe des yeonren, en quelque sorte expropriée, ex-

I puisée vers les colonies ou vers les usines, accentue l'intervalle entre le

I gentlemen et la |)opuIatiou rurale, Or. à quoi tient cette expropriation

I des yeonien et la formation des latifundia ? M. Boutmy nous le dit

I lui-même : « Aux grandes inventions mécaniques de la fin du xviii^

I siècle. » Il ajoute, il est vrai, <c et à la prépondérance de la Chambre des

I communes. » Mais, est-ce que cette seconde cause ne résulte pas aussi

I de ce grandes inventions » seulement un peu plus anciennes ? N'est-ce pas,

I en effet, par suite des progrès de l'industrie, antérieurs aux grandes in-

I ventions de la fin du xviiie siècle, mais eux-mêmes suscités par des mani-

I festations du génie inventif, que le Parlement s'est rempli de grands

I parvenus de 1 industrie, de « nababs coloniaux », d ambitieux désireux

I d'asseoir leur pouvoir sur un terrain électoral bien à eux et d'exclure de

I leurs bourgs pourris les électeurs indépendants en les expropriant de

I toutes manières ?

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nous le voyons, qu'un cas de réversibilité momentanée, et nous savons que toute invention, après avoir creusé une inégalité, tend à la combler par l'imitation qu'elle suscite . Cela se voit maintenant chez nos voisins d'Outre- Manclic. Telle est la raison pour laquelle la tendance à la démocratie, signalée avec tant de force par Tocqucville, n'est pas un vain mot, quoiqu'elle avorte quelquefois ou se heurte à une tendance contraire.

Les gouvernements populaires, comme le remarque Sumner-Maine, ^ont violemme?it intéressants. Les démocraties ont tous les défauts du monde, sauf celui d'être ennuyeuses. On peut remarquer que, plus un gouvernement se démocratise, plus devient général et passionné rintéret qui s'attache à son cours. Mais ce qui est surtout A rai, c'est la réciproque, c'est-à-dire que plus un gouvernement, même monarchique et démocratique, inspire d'intérêt au peuple, à des couches de plus en ])lus profondes de la nation, et plus il tend à se démocratiser. L'intérêt général pour cette activité politique, dont les acteurs sont encore une élite, a précédé l'extension numérique de ceux-ci, et l'a préparée. Mais cet intérêt croissant est un phénomène normal de contagion imitative, et, comme tel, nécessaire. La politique, comme les courses de chevaux, après avoir commencé par être le sport exclusif d'une caste fermée, seule à y prendre goût, est devenue, et pour les mêmes raisons, le plus populaire des divertissements, aussi bien que le j)lus j)érilleux. On peut donc voir, dans la remarque de Sumner-Maine citée phis haut, une raison de plus, ou plutôt la raison majeure peut-être, d'admettre l'opinion qu'il combat, l'opinion courante — et fondée quoique courante — sur la pente irrésistible des sociétés vers un gouvernement popidaire.

J'ai montré ailleurs^ comme une conséquence logi-

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