‹ Les transformations du pouvoirChapitre 27 sur 91 · I.A LOI 1>ES TRANSFORMATIONS POLITIQUES · texte numérisé non relu

I.A LOI 1>ES TRANSFORMATIONS POLITIQUES

exemple, dans revolalion économique, la cenlralisalion (les (ravaux n'esl nullement la condition indispensable de la transformation d'une division chaotique en une division harmonieuse des travaux.

Pourquoi cela? Parce ([ue, entre les divers genres de travaux, il peut y avoir trois sortes de rapports : 1" un rapport de concurrence et de mutuelle limitation, cehii des ateliers similaires se dispulan( une même clientèle ;

un rapport de malaellc assistance, c'est le cas des indnstries hetéiogenes qui satisfont chacim un besoin dilVérent, le boulanger fournissant du pain au boucher (pii lui fournit sa viande, et les deuv alimentant le cordonnier qui les chausse : 3" un rapport de coojyéraiion à nn même but : c'est le cas des tâches (hllérentes accornj)lies par divers ouvriers dans un même atelier, ou môme dans différents ateliers entre lesquels se répartit une grande prodnction comme celle de la fabrication des locomotives, a Uicpiclle collal)orent plusieurs usines. C'est aussi, dans un sens supérieur, le cas de toutes les industries d'un Etat, similaires ou dissemlilables, en tn/it qu'elles concourent à une même lin patriotique. Or, est-ce que, entre les divers genres de pouvoirs, il existe aussi trois sortes de rapports semblables? Non, le rapport intermédiaire, celui d'assistance mutuelle, fait défaut ici, car il n'y a rien ici cjni corresponde a l'échange des produits. L'échange est un phénome/)(^ essentiellement économicpie. Aussi les pouvoirs dilférents ne peuven t-ils pi ésenter que deux rapports : P un nq^port de rivalité et de mutuel équilibre : c'est celui des pouvoirs extérieurs, étrangers les uns aux autres, celui des puissances de l'Europe par exemple, et aussi bien des divers privilèges dans une ville du moyen âge, ou des divers partis dans un Etat moderne^ : 9/' un rap~

1. En tant f[uo travaillrusrs , les corporations coexistantes dans une ville cln moven âge peuvent être unies par un lien de mutuelle assistance ; niais, en tant que lir 'iK'ilé ^icrs , en tant c[ue /} uissa fi les , elles ne pcu\ ent

port de collaboration intime. Les pouvoirs dillerents, dans le sein d'un Etat organisé sur un même plan, d'une ville régulièrement administrée, sont les j^ièces d'une même machine savante comme les divers corps d'une même armée, et, comme ceux-ci, concourent à l'exécution d'un même programme politique.

Eh bien, substituer de plus en plus à la rivalité, à la mutuelle limitation, a l'équilibre instable des pouAoirs, soit au dedans de TEtat, soit même au dehors, leur harmonisation croissante, n'est-ce pas là que tend Télaboralion politique en tout pays moyennant des luttes et des guerres, des alliances et des traités sans nombre? Oui, mais, pour atteindre ce but, il n'est pas possible ici de laisser les choses suivre leur cours et d'attendre du fonctionnement même de la concurrence une certaine harmonie, ce qui a lieu souvent dans la sphère économique. A force de rivaliser et de se heurter, les travaux parviennent un jour ou l'autre à s'accorder en ce bas degré d'harmonie que réalise la réciprocité de leur emploi, l'aide mutuelle qu'ils se prêtent pour leurs buts mulliples. Les pouvoirs ne sauraient s harmoniser de la sorte, car ce rapport n'existe pas pour eux. De là deux conséquences importantes : la nécessité de la cenlraUsation pour mettre fin aux difficultés de la politique intérieure, et, en vertu des mêmes raisons, la nécessité des grandes ar/glomérations d Etats pour résoudre les problèmes anxieux de la politique extérieure. En elTet, on comprend fort bien que la paix et l'accord puissent régner entre les travaux, bien qu'il n'y ait pas encore d'organisation du travail : et même il est assez probable que l'organisation du travail impérieusement imj)osée produirait, à cet égard, un résultat moins pacifiant que la libre croissance des divei'ses in-

que se heurter et s enlre-limiler — à moins de collaborer. Et'Sl en sera de mémo de lios sviidicats ouvriers.

l. V LOI ni:s I U VNSFORMATIONS POLITIQUES 205

(lustries. Mais les pouvoirs ne peuvent que se lieurter, à moins de converger vers un même but: il ïaut donc, si l'on veut la paix, la paix au dedans et la paix au dehors, commencer par centraliser tous les pouvoirs de l'Etat et par unifier tous les Etals en un seul grand Etat ou une seule grande Union internationale. Il n'y a, il n'y a jamais eu. et il n'y aura jamais d'autres moyens

11 est remanjuable que ce ([ui se présente ainsi comme une nécessite logK|ue devient une nécessité de fait en vertu des lois de rimitation. Elles concourent toutes, nous l'avons dit, a l'élargissement, a l'approfondissement du champ social, et, par suite, du champ politique. Et il le faut l)ien, puisque chaque invention, et aussi bien chaque groupe local ou national d'inventions, tend a un rayonnement indéfini. Toutes ces petites ambitions multiples et partielles tendant a la suprématie, il ne se peut qu'à la lin l'une ne s'impose. Plus nous remontons haut dans le passé, plus les types de civilisation sont nombreux et localisés : chacun d'cuv, représenté par une cité ou une tribu, est comme un îlot de sécurité relative et d'harmonie logique qui tend à s'étendre dans un Océan d'insécurité et d'anar-

1. A propos de la guerre des paysans en Souabe (1525), M. Denis écrit dans V Histoire f^éncrale : « En sonnne, ces révoltés étaient des réactionnaires et ils poursuivaient la restauration d un système vieilli ; ce f[ui représcnlait le progrès et l avenir a cette époque, c étaient les princes, qui travaillaient à dégager du moyen âge \ Ktat moderne , » Or, qu estce qui le caractérise cet Etat moderne ? Le même auteur nous le dit quelques pages plus loin, (c Les princes, enrichis des dépouilles du clergé» et maîtres de la conscience comme des jjiens de leurs sujets, n'avaient en ([uelque sorte plus d'adversaires. Le champ s'ouvrait librement devant eux, et ils pouvaient réaliser enfin leur idéal de gouvernement et créer de véritables Etats modernes où nulle \olonté ne gênerait La leur et dont toutes les ressources seraient concentrées entre leurs mains. »

Le caractère de 1 Etat moderne, donc, c'est sa toute-puissance, c'est la suppression de ces entraves multiples et multiformes que l'Etat Icodal avait du subir. C'est la condition préalable et nécessaire de son organisation administrative.

cliie. Peu à peu ces îlots se rejoignent, et, grâce a Tex- tension plus rapide de Fun d'eux, forment un conti- nent. Et, a la lin, que voit-on? Un grand Empire f jmeificateur ou une grande fédération comme celle des ? Etats-Unis. De même que toute concurrence tend a j un monopole, la division des partis tend au triomphe d'un parti qui, après beaucoup de luttes, concentre tous les pouvoirs; et la division des Etals, tous séparément avides de domination, court au triomphe ou a la ]>répondérance acceptée d'un Etat.

M. de Greef remarque avec raison que le vaste empire du Pérou, qui fut devenu beaucoup plus vaste encore sans le débar({uemenl des Espagnols, était en voie d'accomplir dans l'Amérique du Sud une mission civilisatrice analogue à celle de T Empire romain: ajoutons a celle de l'Empire arabe, ou de TEmpire chinois, ou de l'antique Egypte. La conquête romaine n'esl pas un accident ; elle aurait été faite par d'autres si Rome ne l'avait pas opérée, a Rome surprend les (Carthaginois, dit Ferrari, au moment même oiiils voudraient envahir l'univers à leur tour; elle attaque Antiochus, Mithridate et une foule de rois au moment de leur plus haute I expansion : tous auraient voulu la devancer, V imiter, la Hurpasser (( et, de fail, en Asie, elle est imitée par la dynastie des Arsacides. a Cette dynastie ne s'étend-elle pas avec la rapidité de la foudre:^ » — La mêlée des peuples, en n'importe quel contiuent, dans le Nouveau- Monde comme en Asie, comme en Afrique, comme en Europe, aboutit, inévitablement, ce semble, à la croissance de l'un de ces gigantesques baobabs sociaux, de l'une de ces giandes agglomérations de tribus, de cités, de royaumes, qui, chacune dans sa sphère, — et aussi longtemps qu'elles ne se rencontrent pas, qu'elles restent comme étrangères les unes aux autres, — se jugent destinées à l'universelle pacification par la conquête universelle. On a eu ainsi la paix égyptienne, la

J. V ].(JI l)i:s I U \\SI ( )K\Î \ I IONS POLITIQUES ^20/

paix péruvienne, la paix chinoise, la paix roinaijie... La question semble être maintenant de savoir si, dans l'avenir, il y aura une paix russe ou une paix anglaise, a moins que la Fi ance redressée et j etrenqiee ne ressaisisse roccasion de Taire la paix française !

Est-ce a dire qu'on puisse trouver en cet aboutissement pareil dévolutions politiques indépendantes Vapplication d'une loi d'évolution? Om', mais non pas dans le sens ou la plupart des évolutionnistes l'enlendent. Après avoir constaté cette tendance de l'histoire humaine, où qu'on la considère, à faire surgir un grand Empire conquérant et plus ou moins civilisateur ( I pacificateur, comparons ces colosses inégaux et demandons-nous ce qu'ils ont, à cela près, de commun . Bien peu de chose. Par tous les côtés, et non pas seulement par leur extrême inégalité de grandeur, ils dillèrent, et affectent, chacun a pari, une originalité des plus mar- (juées, mise en relief môme par la nature composite de leur agrégation. Par leur langue, ici monosyllabi([ue, là à ilexion, ailleurs agglutinante, ailleurs analyti(£ue, partout de vocabulaire spécial, — par leur religion, polythéiste, monothéiste, demi-fétichiste, — par Jeur gouvernement, d'un despotisme théocratique ou humanitaire, patriarcal ou militaire, héréditaire ou électif, mêlé d'aristocratie ou de démocratie à divers degrés, — par leur science très inégale et très multicolore, — parleur industrie libre ou réglementée, individualiste ou communiste, partout riche d'un trésor de secrets propres cpii lui donnent sa couleur, — par leur Art oi^i s'exprime merveilleusement leur dissemblance essentielle, en obélisques, en pylônes, en pagodes, en temples grecs, en mosquées, en églises, en écoles de sculpture,

208 LES TRANSFORMATIOINS nU POUVOIR

de peinture, de musique incomparables entre elles, — j^ar leur morale même, enfin, quoique ici apparaisse une sorte de convergence vers un même idéal commun, — par leur Droit aussi, souverainement original, — ces sortes de grandes nations internationales différent beaucoup plus les unes des autres que ne dilTeraient les uns des autres les peuples donl elles ont opéré la fusion . A vrai dire, elles n'ont présenté rien de commun, si ce n'est, avec leur ambition insatiable dont j'ai parlé plus liant, l'objet même et le procédé de cette ambition qui, chez toutes, a consisté dans l'assimilation imita tive — contrainte ou spontanée, ou plutôt les deux a la fois — de tous les peuples ou fragments de peuples entrés dans ces vastes fournaises et fondus en un même airain de Corinthe. — Et il n'est pas nécessaire de faire ressortir à quel point ce résultat s'accorde avec les principes d'où nous sommes partis.

L'agrandissement territorial et centralisateur du domaine de l'Autorité s'accompagne nécessairement de changements dans sa nature, et de changements conformes aussi à nos principes. D'abord, a mesure qu'un Etat se centralise ou s'agrandit, le Pouvoir doit s'y diviser et s'y svibdiviser davantage. Nous reviendrons sur ce point, en finissant ce chapitre. Puis, de même que, a mesure que le marché s'étend, le travail du fabricant devient plus impersonnel, c'est-à-dire qu'on travaille de moins en moins pour un client déterminé et de plus en plus pour le public, — de même, à mesure que s'étend le champ politique, le commandement devient plus impersonneL et, en même temps, l'obéissance, plus impersonnelle aussi, devient plus evacte, plus précise, d'un conformisme plus rigoureux. Un grand Etal, c[iii suppose une vaste assimilation, rend seul possible la a grande politique », de même qu'un grand marché, qui suppose une vaste assimilation aussi, rend seul possible la grande industrie.

ï \ LOI ni S \ »\ \NSF01\M \ ru >NS POT.ITTQUES 509

l 11 est heureux, eu somme, que, eu grandissaut, c'est-àp (lire en devenaut plus iuleuse et plus irrésistible aussi p bien que plus étendu, le pouvoir devienne plus imper- ? sonnel par la distance accrue entre le gouvernant et les l gouvernés. Il est vrai que Faccroissement de cette dis- $ tance a quelques elTets fâcheux : elle empêche le gour vernement de voir de ses propres yeux les soulTrances I causées par ses ordres injustes et cruels, souffrances I dont la vue directe relient souvent sur le penchant de l la cruauté le monarque d'un tout petit Etat ou le chef ) d'un clan primitif. Louis XIV, s'il n'eût été maître que > de l'Ile-de-France comme ses ancêtres, n'aurait pas eu ( lo courage de signer un acte pareil à la révocation de l 1 Edit de Nantes, car il n'aurait j^u ne pas avoir présent l le spectacle des maux intolérables causés par cet acte i odieux. Que de guerres déclarées d'un trait de plume dans les temps modernes auraient été évitées si les conséquences n'en avaient pas dû être si désastreuses a raison de l'étendue des Etats, et, précisément par la même raison, si peu propres à frapper les hommes au pouvoir, en général dépourvus d'imagination ! Cela est vrai, mais n'est vrai qu'un temps : le progrès des informations prises sur le vif, qui développent sans cesse chez les gouvernants eux-mêmes le sens de la réalité vivante, tend à remédier à ce grave inconvénient, et il vient un moment où le pouvoir, à force de s'impersonnaliser, s'humanise. D'autre part, le seul frein possible, dans une certaine mesure au moins, à cet instinct lamentable de favoritisme et d'arbitraire qui est presqvic incoercible chez les dépositaires du pouvoir, c'est la généralité même et l'impersonnalité des décisions qu'ils prennent.

Notons, incidemment, que le progrès du pouvoir en étendue est beaucoup plus régulier et continu qu'il ne le semble à première vue. Car il ne faut pas entendre par là le progrès en étendue territoriale avant tout.

Takdk. — 7^t'ans('. du [iouKOir, 14

Certes, dans la haute antiquité asiatique ou même européenne, de très grands Empires ont existé, égaux aux nôtres ; mais les rois de Perse ou les Empereurs mon- i gols n'avaient que des moyens d'action très limités et \i on ne peut plus imparfaits, incomparablement infé- ||^^^ rieurs aux nôtres. Ils étaient obéis ici, point du tout là, ailleurs plus ou moins : cela dépendait des satrapes, des vice-rois, des gouverneurs. — Notons aussi qu'il y a, . de loin en loin, des eirondrements d'Empires, après a lesquels l'évolution normale du Pouvoir, son progrès régulier en extension par le nombre des sujets ou l'étendue des frontières, en célérité, en sûreté, en irrésistibilité de ses ordres, recommence à nouveau, ab ovo, dans une nouvelle région du globe. Dans la région européenne, un recommencement de ce genre a eu lieu depuis la chute de l'Empire romain, et Ton peut dire que, depuis lors, il y a eu progression ininterrompue, aux divers points de vue indiqués.

Le matriarcat, la gynécocratie, serait la première forme du Pouvoir politique, si l'on en croit ceux qui ont pris la famille maternelle pour la subordination de l'homme à la femme. Il faudrait, à ce point de vue erroné ou exagéré tout au moins, regarder la dévolution du pouvoir du sexe féminin au sexe masculin comme un ordre de succession nécessaire et, je pense, irréversible. Au point de vue des âges, on pourrait dire, beaucou|> plus sérieusement, que le pouvoir, dans son évolution historique, suit un ordre précisément opposé a celui de la vie humaine, 23uisqu'il semble passer des plus vieux aux moins vieux, puis aux hommes mûrs, puis aux jeunes. Dans les cités antiques dominait une gérontocratie ; chez nous, une éphébocratie électorale est en train de naître. Le pouvoir remonterait donc le cours des âges au lieu de le descendre. Mais dans quelle mesure est-ce vrai .^^ Avant l'invention de Técriture, l'autorité de la vieillesse, seule dépositaire de rexpérience, s'im230se.

L\ Î.OI DKS ru VNSFORM VTIONS POLITIQUES 211

Après récriture, après rimprimerie surtout, elle ne s'impose plus : place aux jeunes, alors : mais aux très jeunes? Non pas. Au point de vue psychologique, il est il noter que le bénéfice d'une excellente mémoire, aj^rès une longue vie, bénéfice énorme avant l'écriture, n'a cessé de diminuer depuis que Técriture et l'imprimerie se répandent, mais que le bénéfice d'un excellent jugement et d'un caractère énergique servis par les forces de la jeunesse a augmenté d'autant. Cela me parait beaucoup plus important que le passage du pouvoir des dolichocéphales aux brachycépliales, érigé en une sorte de loi de riiistoire par plusieurs anthropologistes de notre temps.

— On parle souvent de la théocratie comme d'un mode de gouvernement qu'on oppose à la monarchie, à l'aristocratie ou à la démocratie, et qui leur serait antérieur. Il faut s'entendre là-dessus. La théocratie, au sens du pouvoir civil remis aux mains d'un clergé, est quelque chose d'assez rare et de nullement primordial ; en ce sens étroit, elle s'oppose au pouvoir de la caste militaire, ou des classes commerçantes (arts majeurs ou mineurs de Florence^ ou de toute autre fraction de la nation. Mais, en un sens plus large et plus profond, il y a théocratie toutes les fois que le pouvoir civil, quels que soient ses détenteurs, a pour principe de se conformer aux règles de la religion nationale, seule vraie souveraine des âmes à toute époque d'unanimité religieuse. A cet égard, on peut dire que, sauf de rares exceiotions dans le passé, tous les gouvernements, jusqu'aux temps modernes, ont été théocratiques. Nous avons eu des théocraties monarchiques (dynasties non seulement divines mais pharaoniques de l'Egypte, royaumes juifs, empire byzantin, royauté française, empires asiatiques, américains, klialifats, etc.) — des théocraties aristocratiques (républiques grecques, surtout doriennes, république romaine, république de Venise, etc.) — des théocraties

212 T.FS TRANSI (JUM\TJ(J\S l)( l>()l\OïK

démocratiques (démocratie athéiiiemie, démocratie de Florence, démocratie de Genève, Etats de Massacliussetts et autres Etats primitifs de TUnion américaine, etc.) La difficulté est de trouver dans le passé des gouvernements tant soit peu durables qui n'aient été, a aucun degré, théocratiques, c'est-à-dire qui aient été impies et athées, en opposition directe avec les préceptes de la religion. Mais, si Ton dislingue deux sortes de soumission à ces préceptes, Tune positive, l'autre simplement négative, celle-ci consistant à ne pas heurter de front les lois religieuses sans se faire d'ailleurs scrupule de les éluder, et si Ton n'entend par théocratiques que les gouvernements directement et positivement inspirés par les règles divines, le nombre des théocraties se resserre fort. A ce compte, il y a eu de tout temps beaucoup de gouvernements non théocratiques, bien avant les Etats libres penseurs de nos jours, partisans du Kultiirkamp ft .

Seulement il reste à faire observer que, lorsque le pouvoir s'affranchit ainsi, subrepticement ou franchement, du joug religieux, c'est parce qu'il Ta remplacé — ou a cru le remplacer — en puisant sa force à d'autres croyances, à un nouvel Ev angile social qu'une philosophie accréditée lui fournit. La théocratie, en elïet, n'est qu'une espèce, singulièrement importante, d un genre plus vaste : Y idéocratie, dont les autres espèces sont représentées parles gouvernements doctrinaires, et les diverses variétés de logocraties rêvées par les encyclopédistes, puis par Auguste Comte, et d'abord par Platon. L'idéocratie pourrait s'opposer à la téléocratie, aux gouvernements de fait et militaires, tyrannies antiques, dictatures anciennes ou modernes, principautés italiennes du moyen âge et de la Renaissance. — Entre la souveraineté de Vidée et la souveraineté du but, enti e l'empire dominant de la logique et celui de la finalité, les peuples comme les individus ont cte tout temps

Page 1