‹ Les transformations sociales des sentimentsChapitre 21 sur 38 · LA TEN'DANCE SKXUKLLK · texte numérisé non relu

LA TEN'DANCE SKXUKLLK

Il ne faut pas trop se récrier. L'hypocrisie et le mensonge sont absolument nécessaires à toute société humaine (et, en un sens plus large et plus abstrait, à toute association.) Regrettons au moins Hu'on n'ait fias su en rendre les manifestations moins nombreuses, moins touffues, moins énormes, moins grossières, moins laides et moins dangereuses. Elles s'épanouissent partout dans notre société et en particulier elles encombront tout ce qui dans la vie sociale se rapporte aux relations des sexes. La franchise ici serait considérée comme du cynisme et l'hypocrisie n'est que décence, manières de bonne compagnie. Alors la société, dans son ensemble (car il y a des révoltes individuelles et de grandes différences selon les classes et les milieux) professe ouvertement une morale qu'elle affirme d'institution divine, qu'elle présente au moins comme vraie, ou comme utile et « convenable » et elle en pratique, de façon plus ou moins sournoise, une autre de nature opposée. Elle n'a pas pu, elle n'a pas su ou se déprendre de sa morale officielle, ou renoncer à ses pratiques. L'une lui était imposée par la tradition, par la crainte, par des préjugés, par un certain sens des conditions de la vie sociale telles qu'elles s'offrent, par une aspiration vers l'ordre, la beauté régulière, compliquée et subtile de la vie, par la méfiance des plaisirs sensuels en général et l'expérience de ce qu'ils peuvent entraîner, chez des êtres bien imparfaits, de troubles et de maux, mais les autres étaient imposées parla puissance d'un instinct insoumis et irréductible, l'eut-étre était-il difficile de faire mieux qu'on n'a fait. Notre pauvre humanité semble vouée à la fois à la platitude et à l'extravagance, au cynisme et au mensonge, à la brutalité comme aux vaines prétentions.

Ainsi donc un instinct existe, nécessaire, insoumis, violent, impérieux, à la fois continuellement exaspéré et continuellement comprimé parles forces sociales. On ne peut renoncer à lui, et on ne peut le laisser libre, on le flatte et on l'enchaîne, on l'excite et on le retient, on ne peut le discipliner. Qu'est-ce à dire sinon que cet instinct va se manifester par une succession de caprices, par des alternances de soumissions et de révoltes, qu'il va grandir, selon les occasions, sous des formes infiniment variées, qu'il s'échappera en rameaux touffus et puissants, eu floraisons suaves ou vénéneuses, qu'il s'associera le plus qu'il pourra à toutes les forces de l'être, aux désirs et aux idées les plus divers selon le moment, les plus opposés même, que, contrarié souvent par ces mêmes forces et par lensemble social, il aboutira tantôt à une exaltation splendide et périlleuse, tantôt à des formes rabougries; vagues et incertaines, et parfois aussi à des perversions, à des déviations singulières et infiniment variées? Il provoquera fatalement des joies délicieuses et de lamentables catastrophes, des plaisirs constamment troublés et des malheurs plus doux que bien des joies, des explosions et des folies, des dévouements et des crimes, des œuvres géniales et des suicides. Çà et là peut-être, grâce à un milieu complice et à une certaine simplicité de vie, il arrivera à se satisfaire à peu près d'une façon animale et presque régulière, mieux encore il pourra aboutir, il aboutira à une joie douce et qui ira s'apaisant encore, et qui pourra être coupée de caprices inquiétants à un « bonheur taciturne et toujours menacé » comme l'est le bonheur humain, à un état d'habitude paisible, sorte d'écorce solide figée à la surface d'une matière incandescente, où les fis-

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