Les transmutations rythmiques
Nous n'avons pas la prétention de donner ici un traité même rudimentaire du Rythme. C'est là une œuvre ardue et délicate, ,que nous entreprendrons peut-être un jour.
Il ne s'agit, pour l'instant, que de publier quelques notes sur le principe des Superpositions de valeurs simples, que les musiciens appellent « le 2 contre 3, le 3 contre 2, le 3 contre 4, le 4 contre 3, etc. » et sur le principe de F Accélération des rythmes élémentaires (1) (doublements, triplements, quadruplements, quintuplements de vitesse ou de lenteur).
Nous nous sommes, il est vrai, trouvé dans la nécessité, pour exposer clairement les effets admirables de ces superpositions et de ces accélérations, de définir d'abord, avec une précision un peu sèche et presque enfantine, les Éléments du Rythme et les Rythmes élémentaires. On aurait tort (môme les musiciens les plus avertis, les auteurs les plus habiles) de croire que cet exposé du langage rythmique musical est, en la circonstance, superflu et d'une précision par trop méticuleuse; car, en pareille matière, la moindre négligence de détail, une simple approximation douteuse peuvent entraîner à des erreurs considérables dans la conception et l'utilisation des phénomènes rythmiques, et peut-être certains moyens d'expression, certains effets d'une puissance dynamique incomparable, dérivant uniquement de la
(1) « Accéli''i'aUon » n'est pas pris, an cours de ce travail, dans son sens mécanique de variation de vitesse par unité de temps, mais simplement dans son acception courante d'accroissement et particulièrement de multiplication du mouvement mnsical : deux fois plus vite, trois fois, quatre fois plus vite, etc.
division de la durée, ne sont-ils négligés sinon même inconnus des compositeurs modernes que par défaut de méthode dans l'étude des rythmes élémentaires et de leurs combinaisons aritlimétiqnes simples.
Les quelques principes fixes, que nous essayons de dégager dans ces notes, ne constituent évidemment pas des découvertes rythmiques sensationnelles, mais elles sont le résultat de longues années de recherches constantes et exclusives et le fruit d'un esprit passionnément épris d'ordre, de logique et de clarté.
Si quelques jeunes musiciens — quelques physiciens aussi — voulaient bien s'intéresser à ce genre de recherches, s'y attacher et les perfectionner, l'auteur de ce petit travail estimerait n'avoir perdu ni son temps, ni ses efforts.
A rrai dire, pourquoi le dissimuler, il attache aux deux problèmes de la Superposition des Rythmes et de l'Accélération des Rythmes
une valeur qui va infiniment au delà de leur portée musicale.
Jean d'UniNE.
Paris, le 1" juillet 1921,