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CHAPITRE PREMIER

Des Éléments du Rythme

Une définition complète et générale du Rythme est difficilement intelligible de piano; elle est cependant indispensable au seuil d'une étude méthodique des rythmes. Les explications qui suivent l'éclairciront d'ailleurs progressivement.

Le Rythme est la résultante de rapports entre des phénomènes de vitesse, des phénomènes de durée, des phénomènes d'intensité et des phénomènes de cohésion.

I Viff»<i«;p Supposons une série de phénomènes très simples, tous identiques entre eux : des coups de marteau frappés régulièrement, par exemple, ou des pieux fichés en terre en ligne di-oite et à intervalles égaux. Nous pouvons représenter chacun de ces coups de marteau ou chacun de ces pieux par un symbole très simple, le signe musical de la nowe, si vous voulez :

La série des coups de marteau ou la série des pieux sera donc représentée par une suite de noires :

qui exprimera l'identité des phénomènes composant l'une ou l'autre de ces séries.

Mais les coups de marteau peuvent se succéder rapidement, modérément ou lentement. L'une des mentions conventionnelles, que le langage musical consacre au « mouvement » des morceaux nous permettra d'exprimer ce phénomène de vitesse absolue. Si les coups de marteau sont très espacés, par exemple, on écrira :

IVIolto adagio

s'ils se succèdent avec une grande vivacité

r*ro-stissiino

A. J J J J J J J J J etc..

On conçoit que, pour des phénomènes non sonores, on pourrait adopter les mêmes signes et noter de même l'écartement plus ou moins grand des pieux d'une palissade ou dos colonnes d'un péristyle :

Adag-io (supports très espacés) A3 J J J J J J J J J ce...

Allegro (supports rapprorliés) A-. J J J J J J J J J etc..

Il ne semble pas opportun de développer ici cette théorie que les lignes des corps sont, par rapp)ort à l'œil du spectateur qui les regarde, fonction de la durée. Nous l'avons fait ailleurs, il y a fort longtemps déjà, plusieurs années même avant qu'Einstein imaginât la féconde hypothèse que le temps et l'espace, n'ayant de valeur propre ni l'un ni l'autre, n'existent que l'un par rapport à l'autre (1). Le fait que les psychophysiciens acceptent ou non cette corrélation esthétique de la ligne et du rythme, du mouvement des phénomènes sonores et des contours des phénomènes plastiques importe peu à la valeur rigoureusement objective des principes rythmiques exposés dans cette étude. Nous ne prenons donc ici l'exemple plastique des pieux ou des

(1) Voir Jean d'Udine : De la Corrélation des Sons et des Couleurs en art; Fischbacher, éditeur, 1897.

colonnes que pour faire toucher du doigt la valeur absolument générale de notre définition du Rythme.

Cette grandeur absolue de la durée ou de respacement des phénomènes constitue leur vitesse (vitesse d'un trait de violons, « vitesse » d'une colonnade). La vitesse de chaque série de phénomènes (qu'ils soient égaux ou inégaux entre eux, nous le verrons tout à l'heure), se meut sur la Dyade indéfinie du lent et du rapide. Elle va de l'infiniment lent, qui est l'arrêt, la cessation de tout mouvement, à l'infiniment rapide, que nous ne pouvons concevoir, en passant par le très lent, le lent, le modéré, le rapide et le très rapide.

l a durée relative Supposons maintenant que, sur quatre coups de JJ-.T . „ marteau, il en manque un, dont la durée soit exac-

tement remplacée par un silence, ou que, tous les quatre pieux on en ôte un, en laissant sa place vide, sans changer celle des autres, nous représenterons cette particularité par la substitution d'un silence de noire (ou « soupir » ^) à toutes les quatrièmes noires de notre suite A, qui deviendra, par exemple, pour une série de coups de marteau modérément rapide (ou de pieux moyennement espacés) :

Moderato

Si, au lieu de coups de marteau, c'étaient des sons prolongés qui se faisaient entendre (les sons d'un sifflet ou d'un violon, par exemple), chaque troisième son de la série, au lieu d'être suivi d'un silence, pourrait se prolonger pendant une tlurée égale à la durée collective des deux sons précédents. On aui'ait ainsi deux sons brefs et un son long — deux fois plus long que chacun des sons brefs, — son que l'on représenterait par le signe

musical appelé « blanche », qui vaut deux noires : a; et la suite B deviendrait :

Moderato

cJJJ JJJ é J à etc..

La grandeur relative de la durée des phénomènes se nomme, en musique, leur valeur.

Par rapport à l'unité originaire, la « valeur » d'un son ou d'un phénomène quelconque peut en être :

le double :

le triple :

le quadrixple : o

le quintuple : o

le sextuple : o

etc.

ou encore :

la moitié :

le tiers :

le quart :

le cinquième

le sixième :

le septième :

le huitième :

le seizième :

etc.

J blanche (ou deux noires liées J . blanche pointée (1).

ronde.

ronde à S temps (2) .

ronde à 6 temps.

Temps complet :

croche de duolet croche de triolet

double croche «1 5" 5"

double croche de «T W J J J quintolet . ■

double croche de J J J « J J sextolet

triple croche de ' septolet

triple croche J W J J J ' J J J

quadruple croche

^^^^^TTJJTTi

Le silence équivalant à une noire, avons-nous dit, se nomme soupir et s'écrit ^

celui équivalant à une blanche se nomme demi- pause et s'écrit .«.

(1) Le point placé à la droite d'une note de musique l'augmente de la moitié de sa valeur.

(2) Nous adoptons le signe : placé à la droite d'une note, pour l'augmenter du quart de sa valeur.

celui équivalant à une blanche pointée, demi-pause pointée .»• celui équivalant à une ronde, pause •»- etc.

Le silence équivalant à une croche s'appelle demi-soupir et s'écrit 1 celui équivalant à une double croche, quart de soupir h

celui équivalant à une triple croche, huitième de soupir ^ etc.

Les valeurs se meuvent sur la Dijade iiidé finie du long et du court; elles vont de l'infiniment long, l'éternel que nous ne pouvons concevoir, à l'infiniment court que nous ne concevons pas davantage, en passant par les durées très longues, les longues, les moyennes, les brèves et les très brèves.

l 'Infermîfé Reprenons l'hypothèse des coups de marteau (ou

i j. i* des iiieux) régulièrement espacés par groupes de

OU Accentuation. , \ . . , ^ v .

trois et sépares par la valeur d un coup manquant ou par l'espace d'un pieu arraché (Ex : B).

Nous pouvons imaginer que, dans chaque groupe, le premier des trois coups de marteau est plus fort que les deux autres (ou que le premier des trois pieux est plus gros, plus important que ceux qui le suivent). Nous exprimerons cette particularité, qui n'intéresse proprement ni la vitesse, ni la durée des phénomènes, en traçant le signe a au-dessus de la note qui représente le coup le plus tort (ou le pieu le plus gros).

IVIodçrato

On pourrait écrire de même G sous la forme : IVIoderato

C i J ^ i J eJ i J J e,c..:

si c'est le premier des sons brefs qui est plus marqué que les deux autres sons.

Au lieu de mettre le signe a au-dessus de la note représentant le phénomène le plus marqué, on peut aussi convenir qu'on fora simplement

précéder cette note d'un petit trait vertical, appelé barre de mesure | et l'on écrira, par exemple :

IVIoderato

ou :

Moderato

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