‹ Les transmutations rythmiquesChapitre 13 sur 16 · T3 SU I · texte numérisé non relu

T3 SU I

rythmiques.

Trfltminilfflfiofm Dans le premier cas nous provoquons le phénomène que nous appelons la Transmutation rythmique, et qui est la substitution d'un rythme (ou de plusieurs rythmes) à un rythme donné, ■par simple accélération de celui-ci, opérée dans un cadre qui convient aux valeurs accélérées, mais ne convient pas à leur accentuation. Dans ce cas, par exemple :

Le tribraque se transmue en / trois pyrrhiques

L'ïambe lent . * ^ . f un pyrf hiqué lié à un anapeste

t J J i 1 1 (•nj-n j )i

Le trochée lent . ; . ( un dactyle lié à un pyrrhique

- , ^ /un anapeste vif lié à un dactyle vif

L anapeste l : . ,, ,

^^ ) et suivi d une brève

l ^ ^ ' |3(JT]ji/T^)(J )1

/ une brève suivie d'un anapeste vif ^^*°*y^® • • l lié à un dactyle vif

/ un iambe lié à un pyrrhique vif et

L'amphibraque ,. ,, * u

^ ^ l un pyrrhique vif lie a un trochée

du j ^ ^ '~'

etc.

N. B. — Nous allons rencontrer des transmutations analogues dans toutes les multiplications de vitesse où le nombre des temps dii rythme accéléré n'est pas exactement divisible par le coefficient d'accélération : doublements de vitesse des rythmes de cinq temps, triplements des rythmes de quatre et de cinq temps, quadruplement des rythmes de trois et de cinq temps, etc.

Dans les rythmes de trois temps, ces transmutations ne sont intéressantes musicalement que pour les pieds très simples, comme le tribraque, l'iambe

et le trochée, où l'altération du rythme primitif par l'accélération est très sensible. Dès que le rythme proposé se complique, la transmutation perd de sa valeur, toujours à cause de cette question d'échelle que nous venons de signaler à propos des quadruplements de vitesse.

Par exemple, dans un mouvement modéré ou même lent, il serait à

peine sensible que l'anapeste ^ J J J j triplé de vitesse 3 JJ J^J Jj J | ne conserve pas, sur sa quatrième note, l'accent léger qu'il y recevrait à

Accélérations ^'^"^ ^® second cas, c'est-à-dire si l'on conserve

. i. le cadre de la mesure primitive, mais que l'on y

" " " ■ place des accents de manière à y retrouver les

pieds primitifs à une échelle plus petite (par exemple, si l'on y coupe les

six croches de la mesure à 7 en deux groupes égaux de tribraques, repré-

sentant chacun le tribraque de noires originaires deux fois plus rapide) , on exécute par là même une véritable superposition rythmique.

I J J J I devenu 3 Jj JJ Jj | sous entend la mesure à ^ JJJJJJ I

et par conséquent le 2 contre 3, — le « cocorico » de notre mnémotechnie — car l'accent de la quatrième croche donne la sensation d'une division de

la mesure à 7- en deux parties égales.

On aurait la même superposition (2 contre 3) en accentuant le doublement de vitesse de l'iambe | • » I

en diiambe 3 éé Jj J \ (sous-entendu | é'J «n J | ou le doublement de vitesse du trochée §0 J |

DES ACCELERATIONS RYTHMIQUES

en ditrochée | J S2I2 \ Vsous-entendu | J i^ J J'Ij

etc.

Cette restitution des accents à leurs véritables places dans des rythmes transformés par accélération constitue un exercice de haute valeur rjihmique mais appartient nettement à la catégorie des superpositions étudiées dans le chapitre précédent (1).

Doublements de vitesse ^"^^ doublements s'opèrent suivant le j j. j • j. même principe que les doublements de

des rythmes de cmq temps. , ^ ■ , ■ ,

'' n r vitesse des mesures a trois temps et

donnent des résultats du même genre.

Doubler de vitesse le rythme :

c'est substituer, dans ce ry-thme, des croches aux noires et faire, par conséquent :

La vraie image rythmique deux fois plus rapide des cinq noires initiales

(1) Temps forts et accents pathétiques. — Nous avions dit, dans le premier chapitre, que nous verrions plus tard s'il y a lieu réellement d'établir une distinction entre l'accent du premier temps de la mesure ou « temps fort » et les accents dits palltétiques répartis exceptionnellement sur d'autres notes ou affectant des temps irrégulièrement espacés. On comprend, d'après les considérations qui précèdent que toute distinction de cette sorte est arbitraire. Toute note accentuée constitue un temps fort (on dirait plus justement un temps lourd), et pourrait se représenter en la faisant précéder d'une barre de mesure. Dans un cas comme dans l'autre, l'accentuation e.vige un certain retard dans l'attaque, une certaine élongation des valeurs qui précèdent immédiatement la valeur accentuée. Mais il est inutile de marquer ces barres de mesure adventives et de compliquer ainsi l'écriture musicale, puisqu'un signe quelconque, chapeau /\, soufllet >, ou simple tiret — suCBt à signaler l'accent exceptionnel. Et il n'est pas moins vain de répartir dans des catégories diverses des phénomènes dont l'essence est exactement la même. Les distinctions de cette sorte ne servent à rien, embrouillent les problèmes et chargent inutilement le langage technique.

serait donc fournie par une mesure à „ dont la croche serait égale à la

croche du mouvement primitif, c'est-à-dire par ce rythme :

(/•= i^ précédente)

Ifrfff I

Mais, en conservant, comme toujours, le cadre primitif de cinq temps au rythme accéléré, on aura soit des transmutations rythmiques de ce genre : pour :

I j j j j j I. I n r^ Il n i^ \

pour :

I j. J J I I J. ^flLJ Jl 1

pour :

5 ^J J. ! I J • j j^ ryj I

pour : ,

l SI SI H J. ^\ I J5SJÎ3 J353J351JT1|

etc.

soit, en replaçant, dans chacune de ces nouvelles mesures, l'accent initial sur la première note du deuxième groupe rythmique (ce qui équivaut à la superposition 2 contre S) :

innnnji\ |^j, ,, - ,

« r/f f f irf.r rf i > I J J J il J I

r • w If t/

DES ACCELERATIONS RYTHMIQUES

I J 4^/l^J I Iv^J: cJ.:

JTTSJfJ J?73J333n

i r r- ir r- i

Ces doublements de vitesse des rythmes de cinq temps nous paraissent médiocrement intéressants, la disproportion entre le coefficient de l'accélération et la longueur des rythmes accélérés est trop grande pour donner naissance à des rythmes clairs et caractéristiques.

En revanche, nous arrivons maintenant aux accélérations qui, avec les superpositions simples exposées dans le chapitre précédent, constituent, selon nous, le fond même des phénomènes et de la science rythmiques : les triplements de vitesse des rythmes de quatre temps et les quadruplements de vitesse des rythmes de trois temps.

Triplements de vitesse ^^ principe de ces accélérations est

J ,, J , , touiours le même : diviser mentale-

des rythmes de quatre temps. \ , ■ ^ . ^

•' ^ *^ ment en trois chaque temps du

rythme à accélérer et reproduire le rythme initial en réduisant chaque temps de ce rythme à une croche de triolet.

C J J J J 1 sera mentalement imaginé sous la forme

^0^ = ^i précédente) 1| J. J. J. J-

et le l'ythme triplé de vitesse deviendra :

( Jt^ J- précédente)

trrrr \r rr r \r r rr l

On voit que les trois mesures nouvelles à h dureront rigoureusement le

même temps que la mesure à quatre temps initiale.

Transmutations, par triplement de vitesse, des rythmes de quatre temps. — C'est ici que les transmutations prennent une valeur de premier ordre. Avec les explications suffisamment claires — nous l'espérons du moins — que nous avons données jusqu'à présent, nous pensons qu'il suffit maintenant d'établir un tableau des triplements de vitesse des pieds de quatre temps pour que le lecteur comprenne toute la valeur des rythmes naturels, merveilleusement logiques, expressifs et puissants, qui naissent de ces accélérations.

Le dispondée. . . devient. ..... / quatre tribraques

(ou procéleusmatique) \ ^^ j-j-^ nn rTl rTl t

/ un double trimacre (équivalant à Le spondée \ deux fois 3 contre 2) ,(. jjjjjj)

/ un iambe lié à un tribraque lié à un L'iambe lent (binaire) ^^^^j^^^ ^^ ^^^ ^^^^^^

^ ^ , ^ , ^ ,, . . , / une longue, un iambe lié à un

Le trochée lent (binaire) [ , ., ,.^ i. ^ u^

\ tribraque lié à un trochée

DES ACCELERATIONS RYTHMIQUES

L'anapeste /un tribraque lié à un tribraque et

Ji \ un choriambe

Le dactyle / uft choriambe et un tribraque lié à

J, \ un tribraque

L'amphibraque /un iambe, un tribraque lié à un

\ tribraque et un trochée

Le tribraque syncopé / la fin d'un tribraque, un choriambe

(ou trimacre syncopé) i et un tribraque qui sera lié au

) tribraque suivant

N. li. — On voit que de l'iambe au trochée (et il en serait de même

pour les triplements de IjJ J o J et de 'j? J •L-l)» de l'anapeste au dactyle, à l'amphibraque et au tribraque (ou trimacre) syncopé, les triplements de vitesse ne diffèrent que par le temps sur lequel commence le rythme nouveau, autrement dit par la place de l'accent principal. Dans le rythme accéléré un simple déplacement de cet accent principal suffit à déterminer un ordre différent des pieds, comme dans le rythme originaire il suffit à créer chaque fois un pied différent.

On pourrait sur les mêmes modèles obtenir le triplement de rythmes plus compliqués.

Trois fois plus vite, par exemple, C à Jj Jj | (par analogie avec le dactyle) deviendrait :

f •• - J précédente)

C •• a 0 I (par analogie avec l'amphibraque) deviendrait

i| ^j nn^^rr^j -^ i

etc.

Et l'on peut également tripler de vitesse deux ou plusieurs rythmes élémentaires enchaînés l'un à l'autre.

Trois fois plus vite, par exemple,

donnerait :

(*•=• précédente)

Triplements de vitesse, par superpositions, des Rythmes de quatre temps. — Si l'on replace, dans chacun des rythmes accélérés ci-dessus, les accents, de manière à obtenir l'image raccourcie mais fidèle du rythme primitif, tont en conservant la mesure à quatre temps, on opère chaque fois un 3 contre 4 (« Viens, Charles, je t'attends! »).

Le trochée triplé :

accentué ainsi équivaut à L'anapeste triplé :

accentué ainsi équivaut à

8 c/r I irr ic/r i

et ainsi de suite.

Cette opération est difficile et demande pour être réussie musicalement une réelle expérience du rythme.

Quadruplements de vitesse ^""^'it les mêmes principes, éta-

des rythmes de trois temps, "f «"^/^"fi" J^^ quadruplements de

vitesse des rythmes de trois temps.

Letribraqùe. . . . devient. ..... / trois procéleusmatiques

/ j w w J fT7^ ^ w j J I

L'iambe /un amphibraque et un dactyle lié à

, I I j un anapeste

Le trochée / un d'actyle lié à un anapeste et un

\ amphibraque

Le pyrrhique syncopé /la fin d'un anapeste, un amphi-

(ou spondée syncopé) \ braque et un dactyle qui sera lié

< à l'anapeste suivant.

N. B. — Toutes les observations sur les déplacements de pieds relatives aux triplements de vitesse des rythmes de quatre temps s'appliquent à ces quadruplements des rythmes de trois temps.

Trioletncnts de vitesse ^" trouve très facilement et on exécute

des rythmes de cinq temps, -s" accélérations suivant les mêmes •' -i r principes que les triplements de vitesse

des rythmes de quatre temps et les résultats obtenus présentent des. caractères fort peu différents dans les deux cas.

On voit, par exemple, que le triplement de vitesse de ; J J J J J I donne. ... ^f iT3 JT^ JT3 ST2 /73 I

J J J J 1 ^1 J ;)JT3^/73i)J JTj I

J J J J ■. 1 ■ 'i ^^ ^ J)rr2jT2 ;)j i

etc.

Conclusion

Les quintuplements et sextuplements s'obtiennent par des opérations analogues à celles des doublements, triplements et quadruplements de vitesse. Seulement, au fur et à mesure que le coefficient d'accélération s'accroît, les rythmes dérivés s'écartent de l'échelle normale de nos sensations rythmiques. ,

Il nous semble cependant probable que les rythmes de tous les phénomènes de la nature sont basés sur les rythmes élémentaires, que nous avons tenté de classer, et que leurs variations doivent obéir aux lois d'accélération exposées dans notre dernier, chapitre. Si donc les principes que nous venons d'établir perdent de leur valeur pratique au point de vue chorégraphique et musical, quand le coefficient d'accélération des rythmes devient trop élevé, il n'est pas dit que là où ces principes cessent de toucher l'artiste, ils ne puissent commencer à intéresser le physicien.

En tout cas, notre tâche à nous s'arrête ici.

Si nous voulions étudier la valeur expressive des diverses catégories rythmiques, — et pour ainsi dire la psychologie du rythme, — nous devrions, nous plaçant à ce nouveau point de vue, opérer une seconde classification des rythmes élémentaires; examiner le régime des genres (masculin et féminin) du binaire et du ternaire; montrer comment l'expression des pieds qui se composent de valeurs égales (spondée, pyrrhique, tribraque, dispondée, procéleusmatique) diffère totalement de l'expression des pieds composés de valeurs inégales; comment, parmi ces derniers, tous ceux où la longue ou les longues précèdent la brève ou les brèves (trochée, dactyle, ionique majeur, épitrite 4% péan 1", etc.) offrent un caractère contraire de celui que présentent les pieds ou la brève ou les brèves précèdent la longue ou les longues (iambes, anapeste, etc.), et quels sont ces caractères opposés; examiner comment, au point de vue émotif, les rythmes de chacune de ces catégories réagissent sur ceux des autres (le trochée sur l'iambe, par

exemple, ou réciproquement, dans le choriambe et l'antispaste) selon des lois de priorité et de hiérarchie parfaitement vérifiables et fixes, analyser le dynamisme subtil de l'amphibraque, des amphibraques liés et des syncopes qui en dérivent, dynamisme gouverné lui aussi par des- principes rigoureux d'équilibre et de mécanique (1), et enfin appliquer aux rj'thmes coupés de silences toutes les particularités des rythmes à pieds pleins, avec les modalités nouvelles dérivant de ces arrêts, du mouvement.

Ceci constituerait un travail complet, très différent de la présente étude, travail que nous tenterons sans doute quelque jour, mais qui ne cadre aucunement avec notre entreprise actuelle.

Nous l'avons déjà dit, dans l'Avertissement, il ne s'agissait pas ici de publier un traité général du rythme, mais simplement de noter nos premières recherches sur le principe des Superpositions et des Accélérations rythmiques, et sur les Transmutations qui en sont la conséquence et comme le fruit nourricier.

A notre École française de Rythme, nous attachons d'ailleurs une telle importance à la connaissance de ces manipulations que nous considérons comme ignorant encore le rythme les élèves incapables de réaliser de suite le triplement de vitesse d'un rythme à quatre temps ou le quadruplement de vitesse d'un rythme à trois temps : 1" par changement de mesure; 2° par transmutation; 3° par superposition rythmique.

Étant donné, par exemple, le rythme :

(1) On peut s'étomier que, dans cette étude, nous n'ayons pas consacré un paragraphe spécial auï syncopes. Leur caractère musical est, il est vrai, particulier, puissant et très variable suivant les cas, mais elles ne présentent au point de vue rythmique proprement dit aucun intérêt exceptionnel. Les

liaisons successives d'une série de noires syncopées J^ J~2 J^ J^\J^ /^ | ^tc, n'intéressent pas plus le théoricien du rythme que la liaison unique produite par une accélération quelconque, par le doublement de vitesse du trochée J J , par exemple, sur le troisième temps du rythme accéléré •. J JTjH

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