‹ Les transmutations rythmiquesChapitre 5 sur 16 · PIEDS ANTIQUES ET ANACROUSES · texte numérisé non relu

PIEDS ANTIQUES ET ANACROUSES

Les éléments du rythme une fois précisés, comme nous avons tenté de le faire, il devient aisé de comprendre Texplication (explication plutôt cjue définition) que Mathis Lussy a donnée du Rythme. dans son traité, aussi confus que copieusement documenté, sur le Rythme musical (1).

« Selon nous, écrit-il, le rythme consiste à disposer les sons alternativement forts et faibles, de façon que, de distances en distances régulières ou irrégulières, une note apporte à l'oreille la sensation d'un repos, d'un arrêt, d'une fin plus ou moins complète. -Les notes entre deux arrêts, entre deux repos, constituent un rythme, appelé par les Grecs Kolon ou membre d'une construction rythmique... On obtient la sensation de ccL arrêt eu brisant la continuité des sons, soit par des silences, des notes de plus grande valeur ou de plus grande force se présentant de distance en dislance. »

Et, en note, l'auteur ajoute : « Le mot ?-j///ime,' comme le mot mesure, a deux significations : une générale et une spéciale. On parle de rythme en général, et d'un et de deux rythmes, comme on [)arle de la mesure en général et d'une ou de plusieurs mesures spéciales. »

Or, tout de suite, à quiconque entreprend l'étude méthodique du rythme, un problème se pose : est-il possible, dans l'infinité de rythmes (au sens spécial du mot) que peuvent donner les combinaisons innombrables de vitesses, de valeurs et d'accents, d'opérer une classification logique? Est-il possible de ramener tous ces rythn^es à quelques types simples, très facilement reconnaissables, de caractère et de propriétés nettement définis?

Pour nous, que l'enseignement de la Gymnastique Rythmique dalcro-

(1) Libraifie KiscUbaclicr, Paris, 1807.

zienne obligeait à vivre constamment en face de ce problème, il nous a préoccupé dès la première heure de notre carrière pédagogique. Il nous a fallu plus de dix ans d'hypothèses, de tâtonnements et de recherches pour arriver à la solution, en somme extrêmement simple, qui nous paraît aujourd'hui répondre à toutes les préoccupations, à tous les besoins rythmiques de tous ordres, plastiques et scientifiques aussi bien que musicaux.

Les Pieds antiaues ^^ n'existe, croyons-nous, qu'un très petit i , r» i.1. • « nombre de rythmes élémentaires, dont

et les Rythmes simples. , , ,jt a ♦

•' *^ tous les autres dérivent par deux ou trois

modes de transformations très simples elles-mêmes et rigoureusement soumises à des ijrincipes d'une fécondité remarquable.

Ces rythmes sont représentés par les pieds de la prosodie grecque et latine, qui emploient et épuisent toutes les combinaisons possibles de longues et de brèves, et ils peuvent être désignés par les noms de ces pieds.

Il y a quatre rythmes de deux phénomènes (en musique de deux sons) et six ou sept rythmes de trois phénomènes (en musique de trois sons), au total onze rythmes élémentaires seulement, dont tous les autres rythmes imaginables dérivent par accouplement ou par dédoublement, par superposition ou par accélération; onze rythmes simples en tout, pas un de plusl

On sait que la prosodie grecque reposait sur l'emploi de groupes syllabiques appelés pieds et composés chacun d'un certain nombre de syllabes longues ou brèves, deux au moins, trois au plus. Les pieds de quatre ou de cinq syllabes portaient, il est vrai, des noms spéciaux; ils ne sont cependant que le l'ésultat de l'accouplement de pieds de deux ou de trois syllabes.

Négligeons, pour l'instant, les accents dont telle ou telle syllabe de chaque pied devait être affectée, et considérons qu'un rythme musical particulier peut être calqué sur chacun de ces pieds, en substituant des valeurs longues aux syllabes longues et des valeurs brèves aux syllabes brèves. Mais observons tout de suite qu'à chaque pied grec correspondent pour nous beaucoup de rythmes élémentaires simples, le phénomène long pouvant être deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, etc. ou une fois et demie, deux

fois et demie, trois fois et demie, etc., plus long que chaque phénomène bref du même groupe.

Ainsi, au trochée grec, composé d'une longue et d'une brève ( — w ) correspondront tous les trochées musicaux suivants :

iJ

# (la Carrée CD vaut deux rondes

liées o o)

etc.

ou :

doublement de vitesse de

etc.

ou même :

ij"

doublement de vitesse de

etc.

Cette multiplicité de types musicaux, pour un même rythme élémentaire ne compromet en rien l'économie de notre classification. Les principes qui s'appliquent aux formes les plus simples des rythmes élémentaires s'appliquent également à leurs formes les plus compliquées. Mais, pour la facilité de notre exposition, nous envisagerons uniquement, dans notre exposé, les cas où chaque longue est égale à deux ou trois fois chaque brève, et nous nous en tiendrons même, pour l'instant, à l'énumération des quelques rythmes élémentaires dans lesquels chaque longue vaut deux brèves.

Rythmes de 2 notes :

1° Deux longues - - spondée

C J J I 2° Deux brèves ^ ^ pyrrhique

N. B. — Il va sans dire que la qualité de longue ou de brève d'une valeur musicale est toute relative; dans un mouvement très lent, des noires, ou même des croches, peuvent être longues, et ce seront alors les croches ou les doubles croches qui joueront le rôle de brèves; dans un mouvement très rapide les blanches, ou même les rondes, peuvent être brèves, et ce seront alors les rondes ou les carrées (valeurs de huit noires) qui deviendront les longues.

3° Une longue et une brève - w trochée (ou chorée) 4° Une brève et une longue ^ - iambe

Page 1