CHAPITRE X LE BIVOUAC
Pendant l’escarmouche, Le Loupavait conservé sa position près de Sylveen, qué lé guide avait judicieusement Jais- ‘86e à l’arrière, en partie protégée par une ligne de mules qui portaient patiemment leur fardeau. Le Loup n’était pas disposé à causer. Ses regards vo-
LA BAIE D'HUDSON laient incessamment. du,bois.à sa.mai-
tresse. Des émotions d’une nature peu
ordinaire gonflaient son cœur. Sylveen, toujours encline à l’appréhension,..@bservait son maintien, dont-les rapides changements ne luiéchappaient pas. :
—Le Loup, dit-elle, le sang,te bout dans les veines, aujourd’hui. Le eri de guerre des Pieds-noirs te fait-ilregretter les bois ?
—Le daim et le bufle sent, réponditil, faits pour habiter. Les forêts et, les prairies ; pouvéz-vous leur enseignex à aimer les villages des blancs, où à reyenir le soir au bercail, comme.le cheval ou la vache domestique ! Le loeup.aime à rôder au dehors, à déchirer sa proie
avec ses dents et ses. grifles ; pouvezvous lui enseigner à se mettre à table
et à prendre sa nourriture avec un: ce'tteau et une fourchette, comme les visages pâles ? Quand il est petit, ajouta-t-il avec des regards flamboyants, il pent lécher votre main ; maisquaud il à grandi et quand il sent se réveiller sa nature et sa force, il mord les doigts qui jouent encore avec luf, en oubliant qu'ils dui ont donné la nourriture, “LA
—Jeune sauvage, reprit Sylveenavyec .
quelque sévérité, je te savais: emporté et malveillant, mais j’ignorais que des instincts si dangereux fussent en toi, Tu m'as fait un tableau qui m'engage à véiller de près le petit du loup. + Celui-ci fit un geste de mépris et continua de fixer ses ÿeux sur le bois.
—Je n’imaginais, poursuivitelle, que tu ne songeais plus à 'tes:pareilsi; -Mais j'étais dans l'erreur. Le: sauvage parle encore en toi. Tu: mas, il: ostirvrai ;
servie avec fidélité ; maïs je-me. éoncie :
peu de voir mordre les mains qui t’ont nourri. : Là bas, sont les créatures:inisérables, demi-nues que tu uppellesiles tiens. KRetourne à eux, Va-t-en, ienfant ingrat. La civilisation . n’est pas faite pour toi. Rentre dans tes forûts dans l'ignorance et oublie ce que:jet’ai appris. AU Le Loup rassembla les:rônes$ de: son cheval, puis les lâcha! soudain, ::Hthaletuit d’exeitation. Ses. yeux :étincelants semblaient fouille: : l’ombre.des grands bois. Mais, maîtrisant: son émotion, domptant Le. désir qu'ilavait de partir, il se tourna vers lu fille du
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guide et lenvelo op dans un long re- | piqua vivement son cheval et se dirigea
nai- gard, tout chargé de passion. : de ce côté. En un prantatte futau sn —Pourquoi tardes-tu ? lui dit froide- | milieu des combattants et les ballés'sifen; ment Sylveen. Le loup veut-il essayer flèrent à ses oreilles. Telle était, enob- ses dents sur moi avant d'uller s’enfon- | dant, son émotion, qu’elle n'avait es des cer dans sa tannière ? conscience du danger. : —Lever-du-soleil, répondit-il d’uno| —Au bois, chien! au bois! 6 criastout voit lente, si lé petit des Pieds-noirs elle à l'animal. Allons, vite! 4 É de cut voulu, m’aurait-il pas eu l’occasion | Calamité fit entendre un gro erhent, il de vous mettre en pièces ? renifia brnyamment l'ait et partit Ron + —Quoi! tu es entore près de moi ? | me-.une flèche. . Sylveen aussitôt êje qt- s'écria dédaigneusement Sylveen. Va-lronna de nouveau, sa pe à ét 4 Jes t-en! J’ai peur de toi. La trahison |vers Whiffles, qui Ve flegmati- L à est si fort dans ton sang qué je ne puis|quement sa carabine en avant de Ja den us me fier à toi. Dans un de tes ac- | colonne. val cès d’humeur, tu m’égorgerais et empor-| . —Nick, lui dit-elle d’unton aigu gr me terais ma chevelure avec toi aux hüttes | n’êtes pas un fidèle compag non, CH Vo- Ko1e des Pieds-noirs. tre ami Kernéth est en da. Fr ez-
Le Loup fronça les sourcils, tourna le dos à Sylveen, croisa les bras sur sa poitrine et demeura muet comme une statue. |
Connaissant son caractère, la jeune fille se garda bien d’insister sur ce sujet.
Elle avait été témoin de l’énlèvément ‘du malheureux quaker et de la tentative de Kennèth pour le sauver. En voyant ce dernier $’élancer dans le ‘fourré où la fumée de quelques feux ré- Vélait la présence de l’ennemi, elle fut prise d’une violente et indieible anxiété.
Cette anxiété augmenta à mesure que les minutés s’écoulèrent. Enfin, Kenneth ne reparaissant pas, elle murmiura :
‘“ Personne ne l’a vu entrer dans le bois.
Mon Dieu ! s’ilallait y périr. Mais où est mün père?" Ah! je l’aperçois là “bas, Ilcommande la manœuvre. Comme il est brave! Il marche au milieu de ses hommes, avec autant de tranquillité que s’il était chez nous à Selkirk. * Si je le prévenais que. . ..
Sans achever sa pensée, elle ramena les yeux vers Le Loup; et, remarquant la singularité de ses gestes, elle lui adressa les paroles que nous avons rapportées. Elle avait Pintention de l’envoyer à Saül Vander pour Pavertir du danger que courait Kenneth. Mais sa conversation avec le petit Indien ayant pris une autre tournure, elle évita de lui donner cet ordre et poursuivit son examen minutieux de toutes les parties de la forêt qui étaient en vue. S’apercevant que le raien de Nick Whiflles flairait quelque chose sur à lisière du bois, elle
‘suivit du regard. Mais à
—Où ça, ma fille ? où ça !
—Là-bas !
Et, du bout de sa cvs e élle Jui montrait le bois.
—Ce jeure homme .est toujours : ‘en difficulté, mais je l’en tirerai, oni pr jele)j jure, votré serviteur ! ”
Cela dit, il monta Fireburg stlé vers la forêt. Un not à