LES TRAPPEURS (DA LA! RAY 'D'FUPSON
étendre d'en qui lui parnt être tnlac. A:
ce moment, Cutrier s’arrêta, délin son prisônnier et, d’une voix brutule, lui commanda de mettre pied à terro.
Kenneth obéit machinalément. Chris lui fit dcscendre nn sentier étroit, abrupté, qui tournait autour d’un amas de roches et menait au bord de l’ean. De l’autro côté de ces roches se trouvait une grasse prairie où Jean lâcha le cheval, après lui avoir enlevé ses harnais.
D'un épais buisson, Carrier tira un canot d’écorce, le mit à flot, puis enjoignituu jettne homme de s’asscoir au milieu. Les deux ravisseurs se placèrent aux extrémités, et, avec leurs pa-
‘gaies, dirigèrent l’embarcation diagona-
lement à travers le lac. En avant se dressait une sorte de barrière colossale, formée de masses granitiques, ayant plus de cent pieds d’élévation.
L’esquif fat poussé dans me petite anse, blattie sons les rochers comme un nid d’hirondelle. Kenneth admirait, avec un étonnement mêlé d’effroi, le sombre tableau qui se dessinait à travers ln pénombre. Sur sa tête la pierro noire, angulonse ; à ses pieds, un lac inconnu, muet comme ln tombe et qui semblait creusé au-sein même des montagnes, Comme pour recevoir et engloutir à jamais les plus terribles secrets du crime, Qui eut pu, dans de telles circonstances, retenir un mouvement de terreur ? Iverson était brave assurément. Il l'avait prouvé en maintes ocensions. Pourtant, il sentit une sueur froide baigner ses membres.
—Baissez-vous un peu et snivez-moi, Jui dit Carrier. Jean, ajouta-t-il, en s’adressant à son compagnon, veille au grain, mon vieux. ‘
Le voyageur se pencha ct parnt s’enfoncer dans les entrailles du rocher.
Kenneth jeta encore un regard sur la surface unie du lac, poussa un soupir, et imita son guide. Le boyau, dans lequel is cheminaient, était si étroit, qu’il fallait presque se courber en deux pour pouvoir avancer. Au bont de quelques minutes de cette marche difficile, Carricr lui &t:
Vous ponvez vous tenir debout.
Kenneth l’entendit fureter dans l’ombre. Deux coups secs,accompagnés d’une pluie d’ctincelles, lui apprirent que Car-
rior battait du briquets Biontôt, à la tueur d’une grotso mmpe que venait d'allumer son’ guide, il remarqua qu'ilt: étaiént dans une caverne à ]n voûte de laquétie peñdaient de nombronses sthla aux formes bizarrement découpées. ";
—Votre voyage n’est pus encore torminé, ajouta Carrier. Prenez patience, mon beau monsieur, nous allons vous montrer co que peu de gens ont vu ; aussi, quand vous retonrnerez chez vos amis, gardez-vous bien de leur révéler le mystère ! continua-t-il «veé un ricanement sinistre,
Jean approuva son compagnon, par un signe de tête qui n’était gaère plus ras-
C’est vraiment une place déhicieusé, pour ceux qui aiment à révasur, dit-il ; aussi, j'espère que vous resterez longtemps parmi nous.
Carrier'intima encore à Kenneth l’ordre de le suivre, et, après quelquestours, à droite et à gauche, ils pénétrèrent dans un compartiment plus vaste, plus élevé et plus sec que le précédent.
Des lampes, suspendues à la voûte, en éclarai-nt Pintérieur. 1 tt
Seule une négresse, qui semblait avoir traversé l’âge des orages, ocoupait cette salle souterraine. En l’apercevant, Kenneth se souvint immédiatement de Gil Blas de Sautillane et de ses merveilleuses aventures sur et sous terre. Cette créature avait, évidemment, travaillé sur elle-même à la floraison d’un wdipocère, car elle offrait eme
reuve frappante de ce que Pindustrie
umaine peut accomplir on cette ligne particulière. Elle avait les lèvres éloquemment africaines, le nez religieusement écrasé, les cheveux crêpus et lainoux à souhait, le front bas en toute conscience, les joues bouffies et pendantes autant que possible, la peau d’un noir luisant, émaillé comme une empeigne de cuir vernis, Dès qu’il aperçut Kenneth, ce gentil spécimen de notre espèce, fit claquer ses doigts sur ses vastes flancs, tomba dans un paroxysme lhilarité longue et franche, en ‘impnimant à ses membres un tel mouvement qu'on eut dit qu’ils étaient faits de gélutine,
Kennoth, qui ne voyait rien de (risible dans tout cela, ne prit aucuné part
2 ST RAPP EURE. IDE GLATBAHS DIHUDEON
PT Amina an: œilieur
différentn'axtioheg; qua -sontendifile qryp-: te. ,Hubasoin,t'étaituu:tas de peaux.
-de buffle ;dans n-atitre, -an,.am8s. de.'faire
pelleteries; içi, un quaxtiar de venaison ; -4à, washapplet dé poissons fumés.; ail- .Jewb:les aornes d'un: enignal, :avee.-la vrpaite:- die penthère; étuient fixées.à la . murailles. Ailleurs encore e’étaient des “fusilsiet sarahbines aveg leur attxail.. Sur, :Mhpaikis debla:rodhe, en formede: apn- -#ilesse érauvhientdes:pistolats hiverse-.
ment montés et provenant de fabrigues.
sdifférentes.-Une:table grossière dressée.
anrant trékeau;pcvnpait le epatre dela
salle. SLT
oran Hagen; dit Carrier,'trèxe à
tteerieangmantsiet donne-nons:quelque.
véhose à-manger,: -Nous'ayons un: faim de loup, ce soir. rit qntatnnol C1 Lémégroise. sortit lourdement et re- Mat;an bent: de ones avec rderlarvinudefroide etune :boutcille de mwhiskeys Qudélia:les mains de -Kennetlj enkbti disant. qu’il. pouvait, souper, Silrksmpulaits; Mais, n’étant:pas disposé à satisfaire son. appétit; i} refusassous rétante quil était fatigué. Puisilssijeta seules neaux-de buffle. et feignit de dormire; entoisos vflse 95199 CAP | ba: ati Chris attaquèrent.. vigoureu- #ement;letirirepas 3; et accordèrent, une “&ttentien:sonteuue :à la bouteille,; tout entjetant, de temps à autre, leurs yeux sûrile jeune-homme-et en se livrant à desireffarques:suz: sou, compté. : Ken- “hethistndait lessotmeil d’un homme nhatésshs-mais:ävait gand;sain:deitenir P@ibæt l'ordile-an, Sérvice dés voyagenninilor oi! ein tonton 1408: gaillard-lè ah prend.tout àr:son aire, dit Jeah.: Du di4ble,-si je pourrais ronflem dans: sa position. : :n'##Noteifie pas tyop aux apparences, répondit: Cagrier, engloutissant.un énor-
ju . ;
suamotan de fviande,quiaurait étouf- |
‘(som ae QU : Gerenaril-là peut chienroutrioi rôle. 15Gpr:in’est passa C dr qnen ap ce) svemu: à: pred: du Mentis-quob::ttompe aisément. : On toonvaît/assez son: monde,:pour. être générelément sonpçounetx. Notre hômme a bien l’air de dormir, mais qui ne voit Jones ne voit, pas le fond, “hum !:
et intéressé, les,
Jenn se: peneha: vers: son compagnon et lui a ane rqueique parfaitement: distinet pour Kenneth; n1#Qu'éstige que. le etpitinerancva meintemmatlosc 30 dons :1r+rBien.de bon, je fassare..: Nant: le garderons en.sûreté jusqu'à nouvekprdre; Quoiques-si j'avais le:champ kibre; 36 ‘Carrier guigna furtivement Kenneth'et .pessa! son doigt aug 38: gorge: serait bien, Mieux, pour nous dé nous en dé barrasser, à cause de ce qui s’est passé, qui nous avons entrénris-de,'le comduire dela factorerie d’York:è Norwey- House, njoutast-ik Il serait pluseoniyemablemient ailleurs-qu'iei, htm ! 1101
lourd d'est nn dit :à-auire; réplique
Jean:-nSat cel:il ne-se-sarait:pas-tité fleflaire à la’ rivière Severna: :Au:-srmlus je m'en moque -H:appartiont au capitaines qui-enféraioé.qu'ivowdrsk
11:48 sontinuèrent à eauserisur.eé ton ; puis leurs contversation-s’embrotilla:net dpém'en raison dés cateises:idiiiléine cessaient de -prodiguer: à ln ‘bouteile.
‘Le tengrie de Jean s'épaissit et ilrfmit
Jparrinisser tomber sa tête. sutrla: tuhib.
Ghris-éissyait de faire les youx:douxrà
da-négressequi!squriait dansun coïm;en faisant :ttembioter :: ses; :voluminénsés massesode ghair.: Mais l'alecol ‘avait @lourdi ses membres:et.il resta oloné sur son siége jusqu'au ,"oment; Où Je:sormmeik sem aussi: de: InisreAvant qu'ils ne sendormissent, Hagar;rayant disposé des couvertes et des! peanx:; de buflle: rà; l'entrée: di: soutertainidèsreonduisit et les:cohcha sur ce lit improvisé.
Jear était presque ivre-mort, rai Carrier,, malgré rsonséhriété, :rePoraiandn plusieurs fois, et: d'un -ton; menaçant, à la négresse de veiller:sür leur prisanniér. ZA ADS CHAPITRE VR UN TERRIBLE DIHEMNE.. : ., L'ésprit horgoin ne rèdé:jemais, sans lnttB;:à tipression de cirepnetances fàiehauses: 11 résiste natureHement-à l’oppreskion, sous qhelque forme qu’elle se prékente, at:quandil. est privé dejee qui lui appartient de droit, il fait tnappel à ses forces pour regagner ses; pniyilèges.
Un jeune homme d’un: esprit aussi ferme que Kenneth Ive sn; ne pouvait se soumettre passivement à l’injnsti-
ce qu’on lui avait faite. Aussi, se sentit-il disposé à tirer parti de l’orgie des voyageurs. Il avait vu,, avec plaisir, leurs fréquentes caresses à la bouteille, craignant seulement qu’ils ne fussent de taille à résister aux libérales rasades qu'ils absorbaient. Par bonheur, ses mains étaient libres. Une vieille claymore écossaise, tout rouillée,
ndait à la muraille, non loin de lui.
Êve Kenneth put s’en emparer et il en ferait bon usage ! L’idée de la négresse de placer les deux ivrognes, en travers de la seule issue qu’eût la grotte, lui sourit médiocrement; mais il savait faire contre fortune bon cœur. Il attendit donc en silence.
Après avoir couché ses hommes, Ha-
gar poussa un billot de bois près d’Iver-|
son et s’assit, les coudes sur les genoux et le menton dans la paume des mains.
Elle ressemblait ainsi à un énorme crapeau perché sur un caillou.
enneth, qui la considérait attentivement, se rappela qu’il avait une bouteille d’eau-de-vie dans son capot de chasse. En changeant de position, avec la négligence apparente d’un dormeur, il tira adroitement la bouteille de la poche et la fit rouler jusqu'aux pieds de la négresse. Celle-ci y jeta un coup d'œil avide, étendit une de ses mains tues, ramassa l’objet, approcha de la Jumière, et, l’ayant débouché, le flaira avec ure sorte de crainte voluptueuse.
Ses narines se gonflèrent, frémirent, tandis qu’une expression de ravissentent allumait son visage d’ébène. Voir, palper, goûter, telle est la nature de Thomme—et de la femme aussi. Tagar suivit la voie commune. Elle baisa le noir goulot de la boutcille, le pressa sur ses lèvres avec tous les transports d’une amante, et avala, à longs traits, la liqueur bénite.
Je vous laisse à penser si Kenneth se félicitait, du succès de sa manœuvre.
Hagar, ayant une fois commencé ce doux badinage, le trouva trop agréable pour, le quitter sans l’achever. Aussi ne cessa-t-elle de boire que quand elle eut épuisé le liquide jusqu’à la dernière goutte. Elle paraissait inondée de félicité, souriait, éclatuit, s’adressait de gentils propos et faisait cent gestes plus drôlatiques les uns que les autres,
LA BAIE D'EUDSON
Mais, à la fin, sa grosse tête laineuse vacilla mollement sur Ses colossales omoplates, son corps s’abandonna à nn invincible mcuvement de va et. vint, et elle tomb lourdement de Ji Liege, Hagar étrit ivre. Re ct Se plaçant alors sur le côté, Kenneth exa:nina ses gardiens. Îls ronfinient brayamment. Une des lampes s'était éteinte, l’autre brûlait sur la table. Notre héros se leva doucement, chercha sa carabine et s’en saisit, ainsi que de ses pistolets qui étaient restés sur la table, Muni de ces armes, il s’approcha, aussi prudemment que possible,des voyager r avec l’idée de les tuer. Mais Kennett était trop généreux pour se défaire d’uu ennemi sans défense. ARS OR j —Ce serait un crime! murmura-tAl, ‘Après cela, il empoigna le flambea d’une main, enjamba les deux corps, sortit inaperçu de la caverne. Bientôt, il fut sux le bord de l’eau. Le canot était toujours amarré à une roche. Keÿneth sauta dedans, pour gagner le large au plus vite. Mais il remarqua que,les pagaies avaient été enlevées. Jeu les avait sans doute cachées
| quelque part. Notre aventurier chercha un
morceau de bois capable de les remplacer. Cette recherche fut complètemen inutile. Il ne lui restait qu’à escalader les rochers. C’était une entreprise dé cile. Néanmoins, ii se résolut à la ten-
petite saillie au milieu de la falaise, Déjà, il se réjouissait de la réussite, lorsque, subitement, un énorme fragment de roche se détacha de la masse et tomba dans le lac, avec un vacarme épouvantable.
Kenneth comprit que c’en était fait de lui, s’il demeurait dans cette position, Il se reprit à grimper aussi lestement que possible et, tout à coup, vit Jean et Chris qui, sortis précipitamment de la caverne et entrés dans l’eau jusqu’aux genoux, examinaient attentivement la sombre montagne. Le jeune homme s’arrêta et se blottit derrière un angle en retour, II était à soixante pieds au plug
LES MRAPPEURS DE de ses adversaires, Catrièr fut le premier à aires. ; prem
j a ou 41 1 )
RENE quoique sa vue fût encore hée par les précédentes libations,
.=r Tiens, le vois-tu? dit-il, à Jean. I] est attachè là comme une cheville à l'écorce d’un arbre. Ah! je m’en vais lli apprendre de quelle manière on descend Rs écureuils au Texas.
: Ces paroles arrivérent distinetement aux oreilles de. Kenneth ; mais Jean, qui n’était pas encore dégrisé, exprima un doute qui le rassura, jusqu’à un certain point.
: TE répondit le Canadien, c’est tout bonnement un morceau de bois mort. Tu vois double,
* —C’est ce dont je vais me convaincre, riposte CEE. Allons, descendez, jeune homme, où je vous envoié une dragée de ma façon. pe . Kénneth ne bougea point, Il ressemblait assez à un tronc d’arbre ou à une fissure de la roche; maisles yeux de Carrier étaient difficiles à tromper. Il coucha Iverson en joue. Par bonheur, le Ciél était obscur et les nerfs de Carrier tremblaient. Quoiques les objets füssent enveloppés d’ombres, Kenneth distingua ce mouvement hostile. On péut s’imaginer quelles émotions l’agitèrent. Le coup partit ; une balle frappa la roche et fit voler des éclats autour dIverson, mais sans le toucher. Carrier, qui s’attendait à le voir tomber, se tourha vers son compagnon, en mâchonnant un blasphème de désappointement.
— Mille tonnerre! je l’ai manqué.
Donne-moi ta carabine, Jean.
— Non, ma foi, répondit celui-ci. Tu és trop saoul pour tirer. S’il y a quelque chose, je saurai bien m’en assurer.
—Toi! tu ne vois pas même le rocher, dit Carrier avec dédain et en se rétirant à l’orifice de la caverne, où il commença à recharger son arme.
-—Ce serait une sottise de rester ici pour se faire tuer, comme un ours sur un arbre, pensa Kenneh, se mettant en devoir de continuer son ascension. Mais, en ce moment, une balle, partie de la carabine de Jean, lui effleura la joue.
Cet avertissement du péril n’était pas à négliger. Il redoubla d'énergie, pour arriver au fuîte de la faluise. :
—1Ïl'’grouilie ! il grouille! cria Jean; vite, vite, Carrier !
NW 2 77 US EE k
Ce déïnier avait fini de recharger sa carabine. Il accourut en disant:
—Est-ce un morceau dé bois, stupide mule ? Bo
Puis s’adressant à Kenneth :
— Éntendez raison et descendez, monsieur. Une chute, de l’endroit où vous êtes, vous rendrait méconnaissablé à vos amis. Après une pareille dégringolade, pas un coronaire ne serait capab ble d'établir votre identité. à
En manière de réponse, Kenneth fit rouler un fragment de roche, et les voyageurs, craignant d’en être atteints, rentrérent dans la caverne.
Mais à peine le projectile était-il aÿrivé au, terme de sa course que Carrièr reparut : ES
—Je vous avertis que je fais fèu, cria-t-il. He Sri
“Kenneth était, pendant ce temps, parvenu à une projection de la roche, ét avant. de laquelle se dressait un bloe dé pierre, tombé sans-doute d’une arêté supérieure. Il se réfugia derrière, én se ramassant, autant que possible, sur luimême. | Se
—Misérable, murmurait-il, si ton coup m'est fatal, au moins tn n’auras pas le plaisir de me voir moutir.
Carrier chercha une position d’où il put tirer. Puis, doutant de la fermeté de son bras, il appüya sa carabine Sur la roche et uttendit qu’une échappée de lumière lui montrât une partié du corps de Kenneth restée à découvert.
La profondeur des ténèbres arracha de:
fréquents jurons au bandit.
Le cœur d’Iverson battait fort. Aussi, sa situation était-elle terrible. Il éssaya de se rappeler les nombreuses occasions où il avait bravé la mort et de se fortifier par le souvenir des dangérs passés. Mais rien, pas même son dernier duel, ne lui parut aussi affreux que Pincertitude qui le poignait.
Soudain, Carrier, dont les yeux petçaient l'obscurité, changea d’attitude.
Sa tête s’inclina vers le canon de sa carabine. Il y ent un instant de silence accablant pour Kenneth et une détonation retentit.
—Je lai, cette fois ! cria le voyageur.
—Non, pas encore, répliqua Kenneth se dressant à demi; tu m’as manqré, détestable assassin !
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‘Lejeune homme avait Ôté sa carabine de dessus son dos, mais il avait tant de peine à se maintenir en équilibre que cètte arme: ne pouvait lui servir, Ses yeux cherchaient anxieusement en hant et'en bas un lieu plus sûr. Mais, ô douleur! il lui était impossible de monter ou de;revenir sur ses pas. Il fut sur le point de s’abandonner au désespoir. La nécessité lui suggéra un expédient. ‘ Tàchons, se dit-il, de déplacer ce bloc de
ierre. Si j'y parviens, il tombera dans
e lac et me laissera une niche suffisante pour me cacher.”
De suite, il applique son épaule contre le bloc qui s’ébranle, chancelle, et roule avec un effroyable fracas au milieu des eaux. Enchanté de cet heureux résultat, et renaissant à l’espérance, Kenneth se jette dans l’alvéole, où était enchéssée depuis des siècles, cette molaire de granit. Là, blotti comme un renard dans son terrier, Kenneth peut se reposer un instant, certain de n’avoir rien à craindre des carabines de ses ennemis.
Songeant ensuite que toute tentative de descente lui sera interdite, tant que Carrier et Jean seront vivants, il se décide à faire usage de son arme. Il ajuste le premier; mais un scintillement du canon méêt Carrier sur ses gardes. Il se retire avec Jean dans la caverne.
Kenneih les guetta vainement jusqu’à l'aurore. Ils ne se montrèrent point.
Quand le soleil se leva, notre héros voulut reconnaître sa position. Elle était
aussi affreuse que possible. Nul moyen
de se sauver, soit par en haut, soit par en bas. Toute retraite était coupée. Il n’avait d’autre ressource que de mourir de faim ou de se précipiter dans le lac.
L'idée du suice flotta une seconde devant son esprit, mais il se hâta de la repousser de peur de succomber à ses tentations. Nouant son mouchoir au bout de la baguette de sa carabine, il la ficha dans une fente au-dessus de son sépulcre de roche, dans l’espérance d’attirer sur ce lieu les regards de quelque trappeur.
La journée s’écoula lentement. La soif et la faim commencèrent à torturer le malheureux jeune homme. Déterminé à faire tout ce qui dépendait de lui pour échapper à cet horrible dilemne, il chargea et déchargea plusieurs fois sn
carabine, à des ‘intervalles réguliers.
Vers cinq heures du soir, épuisé de fati-:
gue physique et morale, Kenneth snes croupit:sur la pierre, en sé demañdant encore s’il ne valait mieux ef finir d’un seul coup que de périr, après uñe atroce agonie. Il était enseveli dans.un abîme de réflexions lugubres, lorsque les aboiements d'un chien arrivèrent à.
lui. D'abord, Kenneth craïgnit d’être le jouet d’une hallueination. Il se mit sur son séant, écouta. Les aboiements continuaient. Haletant, tremblant d'émotion, le jeune homme déchargea vivement sa carabine et ses deux pisto-.
lets. Les cris du Chien partaient du sommet de la montagne et déscendaient jusqu’à lui. Une voix d'homme, appelant l’animal, succéda à ces aboiements.,
—AÀ moi! à moi! clama Kenneth,
Mais il ne reçut aucune réponse.
—A moi! à moi! répéta-t-il jusqu’à; s’égosiller. i
Le chien ne cessait ses aboiements.
Assis sur son train de derrière, à la pointe de la falaise, il semblait sourd aux sommations de son maître.
—O fidèle ami de l’homme, ne m’abandonne pas, lui cria Kenneth, en s’avançant sur le bord de la saillie pour tàcher de voir le quadrupède.
fnclinant savoie à gauche, il aperçut enfin un chien-loup, aux longs poils fauves, au corps décharné. Mais comprenez sa joie! Dans ce chien, il reconnut de suite le compagnon de Nick Wihiffles. Son cœur palpita si violemment, que, pour ne pas choir,'il fut obligé de se cramponner aux angles du roc.
La pensée que Nick Whiffles était si près et ignorait son affreuse situation l’accablait. Il n’osait ni s’en rapporter àses sens ni regarder davantage le chien. Au bout de quelques minutes, un peu remis de ses sensations, il revint à sa niche, et renouvela son feu avec une ardeur fébrile.
—Ici! que diable quêtes-tu là? fit une voix familière à Kenneth.
Le chien poussa un aboiement plaintif, comme pour dire à son maître que sa présence était nécessaire.
Kenneth avait épuisé toutes ces munitions.
—Quy at-il?
voyons ce que c’est,
Allons, Firebug ;
EEE,
ir TE ©
Se
L’espérance anima Kenheth. Ce: fut aveciune joie indicible:qu’il entendit: les pas:dn éheval de son ami.
J«# Mais: qu'y a-t-il? es-t envègé 1 disait Nick ri pren au chien.
oÂArces remarques, Calamité, répliqua en grattant avec ses pattes, jappant, et penchant son museau par-dessus la falaise.
— Calamité! Calamité! je t'avais toujours considéré comme un animal raisonnable et intelligent ; mais je veux être scalpé si tu n’as pas perdu le bon sens. : Pour l’amour du ciel, que regardes-tu ?
Kenneth, presque défaillant, appela faiblement Nick; et Calamité, agita sa queue, en sautant triomphalement devant son maître.
—Il me semble que j'ai entendu un son humain ! Qu'est-ce que ça veut dité ?
Hu ! il doit y avoir quelqu'un dans une maudite petite difficulté, ici.
Une voix, à peine perceptible, répohdit d’en bas.
—£Ce diable de Calamité, il en sait
plus que moi, fit Nick. ‘Tonnerre, ilse,
passe quelque chose d’étrange !
Ce disant, Whifiles, mit pied à terre, s’étendit sur la roche et dirigea ses regards le long de la pente.
—Qu'’est-ce ? Qu’'y a-t-il !
C’est moi, Kenneth Iverson, répondit le jeune homme, rassemblant toutes ses forces pour hausser la voix.
—Castors et loutres! exclama Nick ; comment vous êtes-vous logé dans une place aussi peu commode ?
—Je vous dirai tout, quand vous m’en aurez tiré, mon ami.
—Vous en tirer, vous en tirer ! c’est plus facile à dire qu’à faire, je le jure, oui bien, votre serviteur. Le diahle lui-même ne pourrait s’en tirer.
C’est là une polissonne de difiiculté, pas du tout facile à surmonter, répondit emphatiquement Nick.
—Votre habileté, commença Kenneth.
—Mon habileté! elle est jolie, oui bien. Tout ce que je puis faire, c’est de vous donner ma bénédiction et de m'en aller, Si vous avez quelque chose à mander à vos amis, je m’en chargerai. Cependant, je m’en vais descendre, pour voir quelle tournure a Puflüire,
LA BAIB'"D'HUDSON 29:
vue:d’en‘bas---pourvr qu'il y ait: en deis’y rendre, encore !
++Ah.! je: me'sens aussi bien que si
j'étais déjà dehors, repartit Joyenmement
Kenneth. À
—Alors, vous envisagez avec: plus:
d'assurance que moi un cas désespéré; car je veux être nendu si ce n’est pas la, plus vilaine posiüon où j'aie jamais vu créature humaine. Allons, Calamité, conduis-moi au lac, sans que je me torde le cou.
—Un moment, dit Kenneth. Faites, attention. Chris Carrier et Jean Brand sont peut-être:en bas.
—Oh! ÿs ont mis la main à la: pâte.
Bien, bien, mes gars; nous nous retroUs:
verons |
En marmottant ces mots, il Sélnitnss Le son de ses pas, distinct d’abord, finit par s’éteindre dans le, lointain. -De:
témps en temps, toutefois, Kénneth entendait sa voix, alors que ‘Whifiles adressait une parole amicale: à: son:
chien.