‹ Les trappeurs de la Baie d'Hudson [microforme]Chapitre 8 sur 57 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

ABRAM HAMMET, 1...

Au bout de trois quarts d’heure; qui:

parurent trois siècles à Kenneth, Nick; se montra au pied de la falaisé: :Ebétux:

dia les lieux et se mit activement:à) l’œuvre. L’escalade était hérissée d’obstacles et de dangers. Mais, tantôt fais sant poignée et marchepied des sailliès de la roche, tantôt se taillant des: de:: grés avec sa hachette, il travailla si bien qu'avant l’expiration de deux heu, res, il arrivait à Kenneth et l’aidait à:

descendre de son perchoir. Une fois:

en bas, le jeune homme ghercha: des!

yeux le canot. Il avait disparu. Jean!

et Chris l’avaient sans doute emmené’ avec eux, durant la nuit

Une légère discussion s’éleva entre les deux amis pour savoir s'ils entre raient dans la caverne. Cette: idée était:

impolitique, aussi l’abandonnèrent-ils..

—Suivez-moi, dit Nick, et je vais vous montrer un meilleur chemin pour:

monter là-haut. Calamité m'a guidé comme un tambour-major, par une dinblesse de route que je n’uurais pas tronvée tout seul. Ce n’est pas qu'elle fût des plus commodes, hum ! Mais pre nez un coup, jeune homme, car vous

re com ns rage 2 2 due a

do LES TRAPPEURS DE LA BAÏR D'HUDSON

dVéz Yair d'un fantôme. C'était tout de

méme un méchant site que vous avez

choisi là pour planter votre tente.

‘Kenneth mouilla ses lèvres au flacon ue Nick lui avait passé.

—Mais, du diable, continua celui-ci, si mon grand’père ne s'était pas mis dans'dé plus mauvais draps, un jour, Étant quil faisait le tour du monde.

1 Voyageait toujours dans une voiture à un cheval, virée devant-derrière, de façon à voir tout ce qu’on pouvait voir, eh! eh! Or donc, un jour, il lui prit fantaisie de grimper sur le mont Vésuve, histoire de se récréer l’imagination ét de donner un peu d’exercice à son cheval, qui fainéantait depuis un, bon bout de temps à l’écurie.

‘Voilà uné nouvelle manière de monter le Vésuve, dit Kenneth en souriant.

—Bénie soit votre simplicité! Cette manière était très commune, du temps de mon grand père. Je vous disais donc qu'il se promenait sur le Vésuve, Comme c'était un dimanche, l’institution était religieusement calme. Mais, comme mou oncle tournait autour du cratère . ... |

.—Grand père, suggéra Kenneth.

tEPai dit, grand père! Comme mon grand père tournait le cratère, une des roues dépassa le bord, et, paf! mon oncle fit la culbute dans le t'ou, quoique heureusement pour l’humanité, il eût laissé ses manuscrits, collections et rares specimens dans la voiture, qui réprit son équilibre dès que mon grand père eût été versé. Et voilà mon oncle dégringolé à plus de cent rnieds, si ses calculs sont itistes.

—Je suppose qu’il fut grièvement blessé ! fit Kenneth.

—Lui! je vous en souhaite! pas le moins du monde, répliqua Nick avec üne imperturbablé tranquillité. Il tomba sur un lit de cendres tièdes et m'a assuré n’avoir jamais éprouvé une sensation plus agréable, quoiqu'il s’élevât üné sorte de poudrerie qui empêcha mon grand père d’écrire une description détaillée de l’intérieur. Convenez que c’était bien ennuyant! Mon grand père éssaya de voir le fond. Mais je vous en fiche !‘ C'était si creux, si creux, qu’on aurait pu regarder pendant deux Jours

grand pére était d'opinion que ça avait

ds” apercévoir la fin 'fiale, ! Mon

lété habité par des pirates. Pourtant, il

ne püt jamais “1 iquer complétement à la satisfaction de ses amis, comment les pirates entraient et sortaient. |

—Et comment sortit-il lui-même? ‘|

—A l'éruption suivante, répondit Nick avee üne merveilleuse gravité.\ Elle vous le souleva du trou, èt, par ün vrai hasard, il tomba sur son siège dons sa voiture. : |

Durant cette mirobolinte narratioh, Nick s’éiait frayé un chemin sur là rive du lac,—souvent forcé de se mêttre à l’eau jusqu’à la ceinture, parfois se SUS= pendant à des pointes de rocher, les’ étreighant avec ses bras et ses jambes pour réussir à se placer dessus, ét aidant.

ensuite Kenneth à le rejoindre. Catamité remplissnit avec sagncité son rôle de guide. Grâce à lui, ils arrivérent!

sains ét saufs, maïs non sans peiné, Sur Pesplanade où Nick avait laissé son cheval. (

—Deux fois sauvé par vous! dit Kénneth en se jetant à terre, car il était harassé, Lee

—Ce n’est rien, rien du tont! Je ne fais pas la moindre attention à ces'petites difficultés. Oubliez-moi ça. On en a bien vu d’autres dans la famille des Nicks. Ma mère était toujours én difficultés. Castors et loutres! Ælle à eu vingt-et-un enfants qui, tous, ont eu la rougeole avant de pouvoir marcher seuls. Toutes mes tantes et sœurs ont eu aussi des difficultés d’une façon où d’une autre—surtout d’une autre.

Nick allongea un regard complaisant sur Firebug et Calamité. Evidemment, nulle “ difficulté” ne pouvait froisser sérieusement la bonne nature de ce pérsonnage on lui causer cinq minutes d’afliction réelle.

—Ce brave animal mériterait un meilleur nom que celui que vous lui avez donné, dit Kenneth, étendant la main sur la tête hérissée du chien, avec l'intention de le caresser.

Calamité grogna, et se retira comme offensé, dans sa dignité, d’une pareille familiarité. Se plaçant gravement derrière son maître, il regarda Kenneth’ avec une expression qui pouvait se traduire ainsi, sans faire la moindre vio-

tence à la langue canine : “ Je vous, tirérai de ‘( iHicuité % quand vous ne

pourrez le faire vous-même; mais ne

soyez pas assez présomptueux pour a8-

pirer à mon amitié.”

—Veuillez l’excuser, dit Nick, car il est d’un tempéramment misanthropique.

Dans son enfance, il a été un peu aigri par des chiens plus grands que lui qui avaient la détestable manie de lui faire la guerre.

—C’est une excellente bête, quoique un peu bizarre. Je voudrais bien la posséder, si c’était possible, dit Kenneth.

Calamité leva son museau vers Nick comme pour voir ce qu'il pensait de cette insinuation.

.—-Vous pourriez Ze posséder, répondit Whiffles, mais #7 ne vous posséderait jamais. Personne autre que moi ne lui convient. . Il aime mes façons, n’est-ce pas, Calamité ?

Calamité répliqua par un ‘“ ouaou!

ouaou !”?

C’était sa manière d’endosser les paroles de, Nick.

—[l connaît deux ou trois choses. Je vous montrerai quelques-uns de ses tours, quand nous aurons le temps, Il comprend tont ce qu’on dit, aussi bien

ye nous.. Dites-lui que vous êtes son dé, c’est tout ce qu’il exige pour ses services, excepté, de temps en temps, un bon morceau de viande.

A ce moment, Calamité ? ndit sur ses pattes et dressa les oreilles.

—[l flaire quelqu'un, c’est sûr, fit Nick. sn

‘La nuit était venue ; muis elle n’était pas sombre, et l’on pouvait distinguer les objets à une distance considérable, Kenneth suivit la direction des yeux du chien, et aperçut, environ à cinquante perches, un cavalier qui s’avançait au sommet de la montagne.

Ce n’est pas un Indien, dit Whiffles. Je le vois à sa mine et à sa monture, Qui çà peut-il être ?

Le. cavalier approcha à cent verges énviron de nos, gens, avant de remarquer leur présence. Puis il ralentit le pas de son cheval, examina soigneusement Nick et Kenneth, et marcha droit à eux.

—Comment ça va, étranger? lui demauda Whiflles.

même pour Vous, amis.

le cavalier. J’espéré qu

—Aussi bien que. je désire, réplique.

san are

C'est un quaker, je le jure, qui bien ! exclama Nick. das

—Ne jure pas! répondit froidement le nouveau venu.

—Le seigneur bénisse votre simplicité! Jene jure pas. (C’esteontre mes principes, oui bien, tonnerre! Mais j'avais un cousin qui jurait à s’époumonner, je le jure, oui bien. Cependant, ça ne fait rien de rien. , Mettez pied à terre et joignez-nous, si vols n’avez rien de mieux à faire. Nous allons manger une bouchée et camperici pour la nuit. pie nie

—C’est une offre amicale et j’accépte, ton hospitalité, dit le quaker, en descendant de son cheval. ar PRE

—Quant à l’hospitalité, c’est celle de, la belle étoile, dit Nick. La voûte du ciel nous servira de toit. Sd . —Élle est assez élevée et assez bonne, répartit, l'étranger. Mais y a-t-il, ici du fourrage pour mon cheval? ;

Voyez, là-bas, étranger ; fait un festin de roi.

Le quaker interrogea regard,

—Firebng est le nom répondit ce dernier. + be bésk

—Amni trappeur,si tu n’y as pas dep

la.

Füebus Kenneth, due

de som cheval,

jection, je lâcherai ma bête. vers, tienne. Häts —La contrée vous appartient, aussi, bien qu’à moi pour cela. Faites-y paitre votre animal, et laissez de côté ça, tu et loi ; Car, en vérité, je n’aime pag ta façon de parler, ANSE —Ni moi la tienne, répondit paisible ment l'étranger, Mt .

—-Alors, nous sommes quittes., Mais que vois-je attaché à votre croupière?

—C'est nn quartier de venaison, pour restaurer l’homme extérieur, x plie qua le quaker avec un accent ln prononcé. Sin —C'est heureux! je m’en vais faire du feu, et tnt avec nos propos, qu'aves, notre pémican, ta venaison, et notre, whiskey, nous ferons un bon souper...

L’étranger dessella son cheval et l’envoya paturer vers Firebug. S’asséyant ensuite près de Kenneth, il surveilla avec un intérêt évident les préparatifs

de Nick, tandis que Calamité le regardait d’un air soupçonneux. Nick re- ‘marqua les regards vindicatifs que le chien jetait sur le nouveau venu et voulut faire cesser ses craintes :

—-N’ayez pas peur de cet animal, ditil, il ne vous touchera pas tant que vous vous tiendrez tranquille; mais s’il arrive de vous remuer, il est bien possible qu’il vous donne un coup de dent ou deux.

C’est, d’ailleurs, le chien le plus innocent qui soit au monde.

—Comment t’appelles-tu, ami? demanda l'étranger.

—Nick Whiffles, pour vous servir, répliqua le trappeur.

Alors, ami Nick, je te conseillerai de mieux élever ton chien, répondit froiden:ent le quaker.

—La sauce qui est bonne pour l’oie est bonne aussi pour le jar, dit Nick.

Donc,ami quaker, comment t’appellestu?

—Mon nom, Nick, est un nom dont je n’ai pas honte. Il a été porté avec beaucoup d’honneur et de profit par plusieurs générations. Abram est une appellation dont on peut parler, avec faveur, partout où la secte des Amis est conuue, quoique j'espère, ajouta-t-il, avec unê accentuation un peu nasale, qu’elle ne sera point pour moi un motif d’inconvenante fierté.

—Je serais grandement scandalisé s’il en était ainsi, riposta Nick, rejannant assez fidèlement le quaker.

—Ne donne pas à ta voix l’accent de là raillerie, car les ristes de l’impie retombent sur sa tête, comme les vapeurs qui montent de la terre redescendent sur nous en pluie.

Abram Hammet posa ses mains sur son estomac, et, fermant à demi ses yeux, en déprimant les muscles de son visage, il s’écria d’un ton lent mais vibrant : o-h!a-h! \

Kenneth regarda le quaker en souriant, tandis que Nick le guignait avec une expression comique et en marmottant sur la même clé: “o-h! a-h 1!”

—Je crois, monsieur, que vous avez été pris d’une crampe subite à l’estomac. Peut-être qu’une petite goutte de réchauffe-poitrine vous soulagerait ? insinua le trappeur.

—Tu parles, Nick Whiffles, comme

ceux qui courent après les vanités de cette vie. Sache que le whiskey est une chose que mon palais et mes principes tiennent également en abomination !

répartit sévèrement Hammet.

—Mais quand une pauvre créature humaine est malade comme vous l’êtes, il n’y a rien de meilleur, insista Nick, plaçant la bouteille dans la main du quaker.

—Puisque tu persistes, je consentirai à souiller mes lèvres avec ce breuvage profane ; mais je te préviens que tu ne trouveras pas en moi un être adonné, comme les autres, à la gourmandise et aux appétits de la chair.

Abram Hammet rejeta gravement sa tête en arrière, de sorte que son nez pointait le zénith, et logeant le goulôt de la bouteille dans sa bouche, il l’y tint religieusement et solennellement, pendant un espace de temps assez long pour inspirer à Nick de sérieuses inquiétudes sur la fausse route que parcourait rapidement sa liqueur. Cessant de faire tourner sa brochette de bois, fichée dans le quartier de venaison qu’il faisait rôtir, notre trappeur s’était agenouillé, la bouche ouverte, les bras ballants, devant Pétranger qui, après avoir asséché le flacon jusqu’à la dernière goutte, le lui rendit en disant :

—C’est vraiment amer comme les eaux de Marah, et ça m'a, en descendant, corrodé comme le feu d’Hadès.

Une odeur de viande brûlée, avertit Nick que son rôti venait de tomber dans le brasier.

Plaçant les mains sur ses hanches et soupirant du fond de sa poitrine, il considéra un instant d’un air piteux la viande qui flambait, la bouteille vide, Kenneth, le chien Calamité, puis Abram Hammet. Après quoi, il se baissa, retira la venaison des cendres et dit d’une voix mélancolique :

—Vous jouissez d’une bonne santé, monsieur, est-ce pas, et vous n'êtes sujet à aucune petite difficulté ?

—Quant à la santé, j'ai traversé l’enfer et Satan m’a criblé comme du blé.

Il a plu à la Providence de briser ma constitution et de m’abreuver à la coupe de la faiblesse et aux ondes de l’affliction. Mes forces sont en partie perdues, et ce

‘n’est que pat une grande énergie-morale,'jointe à uwviolent travail de la chair ns je parviensà supporter les fatigues du'voyage :à travers ce pays de Bélinl.

—Oh !' vous ! êtes une, malheureuse créature épuisée, n’est-ce pas ?

Cest vrai; la fleur de mes forees a

disparu. : Oh; a-h !

Triste, triste ! et vous n’avez .pas d’appétit, je suppose, demanda Nick, lui passant une grosse tranche de viande sur un morceau d’écorce de bouleau.

—Tu as dit juste, ami Nick. Je suis, ‘pour ainsi dire, privé des plaisirs de l’appétit et des jouissances de la: table.

Mais il serait incivil de ‘ne ras -faire “honneur à ton hospitalitéi Îl:'est de

mon devoir de nourrir convenablement

l’homme extérieur, quoïqu’en mci lPes-

prit se révolte contre la grossièreté des.

mets et des boissons.

En disant ces mots, Hammet attaquait voracement la venaison fumante, qui eût bientôt disparu entre ses dents longues et pointues.

—Je crains qu’elle ne soit pas assai-

-sonnée à votre goût ? dit Nick d’un ton

narquois.

—Ta cuisine n’est ni trop ni pas assez

“bonne, mais tu peux, si tu veux; me

servir un autre morceau de rôti. Et coupe-le, ami, un soupçon plus gros que celui que je viens de manger.

Nick tailla une tranche pesant au moins deux livres, lui fit sentir un peu le feu et la passa à demi-crue à Abram, en füuisant un clin d’œil à Kenneth.

«Cette deuxième tranche suivit la précé-

dente avec une célérité inouie.

Etranger, s’écria Nick incapable de retenir plus longtemps son admiration, vous devriez prendre médecine , oui bien, je le jure; vous êtes atteint de quelqueconsomption ou de quelque autre diablesse de difficulté. N’auriez-vous point, par ‘hasard, une famille de vers solitaires dans l'estomac ?

—Vraiment je me le suis demandé

: maintes fois, en divers temps et circon-

stances, répondit Hammet avec un air d’innocence parfait.

—Je n’en ai jamais eu une famille

- moi-même; mais j'avais une tante qui en “était infestée, la pauvre femme !

Néanmoins, ils l’affectaient difléremmént de vous: Elle :avait un appétit E

[te corriger de ta légèreté et de 1

énorme, je vous le garantis! Duxrant'les

trois dernières années de sa vi6, elle ne

quitta jamais la table. Elle a ‘ruiné cette branche de la famille des Whifles, en dévorunt tout ce qu’ils possédaient.

On a calculé que ce qu'elle’ mangea, chaque année, eut suffi pour approvisionner une grande caravane à travers le désert de, Sarah ou un navire de guerre pour un voyage autour du globe.

Ami Nick,tu ajoutes l’exagération et rien n’est plus abominable.

—Le mensonge est une chose qui n’a jamais été engendrée ou nourrie par la génération des Whifiles, répondit Nick avec une profonde assurance. ‘Il n’est homme, femme ou enfant parmi eux qui voulât tromper, ‘même ‘pout'saüver sa vie. Mon grand père périt suile bûcher, parce qu’il réfusa de mentir pour le’pape de Rome. : C'était à l’époque où linquisition tuait les croyants, brisait les familles et faisait une masse de difficultés. JT

—Je m'aperçois que tu es tombé sous le joug de l’iniquité. Si je restais ldnigtemps dans ta compagnie, j'essaierais de

’aberration de tes sentiments. je:

Le digne Abram Harmimet, plaçant

ses mains sur son estomac, poussa son “o-h, a-h!°

Et Nick, laissant tomber son assiette

‘improvisée, répéta en écho “ a“h,a-h 1”.

d’une manière si plaisante que Kenneth éclata de rire.

—Ne tourne pas en ridicule un des

‘élus du Seigneur, mais songe plutôt. à

ta condition spirituelle, 6 païen. que tu es !

Nick alluma. sa pipe et fuma, tandis que Hammet entonnait du nez .ume mélodie quakeresse.

—Peut-être, lui dit Nick, quand ileut fini ses exercices, que vous aimeriez à dormir un brin, quoique lon ne soit pas fort à son aise ici.

—Je t'ai déjà dit que je me soucinis peu d’être à mon uise et des autrés vanités. Je puis très bien reposer-avec la terre pour matelas et le ‘ciel pour abri, répliqua humblement Abram::

—Pent-être n’aurez-votis pas d’objèction à accepter un coin dé ma couverte ?

continua Nick ironiquement, caf‘il se

souvenait encore de l’engloutissement de son whiskey.

— Vraiment, j'aime à encourager un pe chrétien et j’accepterai même ton offre ; bien que, je l’avoue franchement,

pour moi, tu sois un mécréant et un gen-|

til,

—Oh! qu’à cela ne tienne ! répliqua Nick, haussant les épaules. Arrangezvous aussi confortablement que vous pourrez. |

En vérité, ami Nick, je me laisserai gouverner par toi; et en retour de ta bonté, je prierai le Seigneur d’avoir pitié de tes péchés.

Cela dit, Abram Hammet s’énroula aussitôt dans la couverte du chasseur, sans lui laisser aûtre chose que la lisière, pour s’envelopper s’il en avait envie.

+Peut-être, lui demanda encore Nick, xès avoir contemplé un moment, en ilence.son nouvel ami, peut-être aimeries-veus à, avoir. ma selle sous, votre têtes Si vous vous endormez la,tête si basse, vous aurez le cauchemar, j’en ai peur, tonnerre! Mon frère cst mort d’un

Li s LH . à h cauchemar, juste parce qu'il.avait on qué lés miens.

blié de mettre sa selle sous sa têtes.

.=Fuiscomime il te plaira; ami Nick; mais jé n’emploie jamais la mienne’à cet usage ; car elle est neuve et belle et je” étains de salir le cuir par la transpiration des cheveux. Tu peux, si tu veux, là déposer ‘à côté de moi, afin que je sois sûr qu’elle ne se gâtera pas. OH, a-h!

fiis un bon feu, ami Nick, et aie l’œil sur mon cheval. C’est une bonne bête,

Nick Whiffles mit un faux empresseent à placer les selles comme le vouit le quaker; puis, d’un ton de gravité comique, lui demanda s’il désirait encore quelque chose et lui souhaita une bonne nuit.

Kenneth dormait d’un profond som-

Le trappeur, ayant jeté quelques morceaux de bois dans le feu, s’étendit près du foyer, fuma une pipe en marmottant mille absurdités dont Abram Hammet était le principal sujet, et finalement imita l’exemple de ses deux compagunons,

CHAPITRH Ville EN MAROHA.

La brigade de trappeurs, sous les ordres de Saëül Vander s’avançait, à travérs la contrée, vers le but de son expédition. Le troisième jour de mar- Che tirait à sa fin. Un éclaireur, dépêché en avant de la colonne, revint annoncer qu’une grosse troupe d’Indiens surveillait les monvements de la brigade, du haut d’une colline, à un demi-mille de distance. Les trappeurs se mirent à délibérer ; mais, tandis qu’ils discutaient, trois cavaliers, courant à grande vites- se, se montrèrent à l’horizon.

—Si Je né me trompe, dit Saül Vander, le premier de ces hommes est Nick Whifflés, monté sur son merveilleux petit cheval, Firebug. sb.

Ces paroles s’adressaient à une charmante À ee personne placée à côté de lui et dans laquélle le lecteur n’aurait pas eu de peine à reconnaître Sylveen Vander.

Qui done vient à côté de Nick?

demanda-t-elle, en rougissant légère-

ment.

—Petite, tes yeux sont plus perçants Tu as sans doute reconnu Kenneth Iverson, le jeune homme qui a fait plus d’une visite à notre tente.

—Un cœur de roc, diablement brave!

murmura Le Loup.

—Mais le troisième ? poursuivit vivement Sylveen: Mes, yeux fussent-ils aussi pénétrants que yYous le croyez, que je ne pourrais dire qui il est; Il est gros comme un buffle ét chevauche avec une majesté tout nouvelle.

—Continne ton service dé garde du corps Le Loup, dit Vander. Je vais aller à la rencontre de ces gens-là, pour savoir qui ils sont et ce qu’ils veulent.

Quelques minutes après, lé guide les abordait. |

—Je suis heureux ‘de la rencontre, leur cria-t-il, et quel qué soit lé motif qui vous amène, vous êtes les bienvenus.

—Merci, répliqua Kenneth, et permettez-moi de vous présenter une nonvelle connaissance, Abram Hammet, dont la société vous sera agréable, j'en suis sûr. Ami Abram, Paul Vander, le

does 3e , bourgeois ou capitaine de cette igade.

Er Saül, tu as uu saint nom, suivant les Ecritures, et j'espère que tu n’es pas de ceux qui se réjouissent dans Je abominations de cette terre de Beéln [1

—Je ne suis pas meilleur que je ne devrais être, vous comprenez ? répondit sèchement Saül.

—Quant à cela, je n’ai jamais connu un des membres de la race déchue d’Adam qui dépassât d’un iota son devoir.

Le plus parfait de nous commet ses écarts, ses fautes, et il nous faut lutter dur contre les tentations de la chair et les appétits de l’homme extérieur.

Le quaker, suivant sa coutume, quand il avait émis quelque pensée d’une im»

portance inaccoutumée, ceroisa Ses mains sur sa région gastrique et soupira :

—O-h,a-hf .

—0-h, a-h ! répéta Nick. nr

Le guide se mordit les lèvres pour réprimer un éclat de rire. Et,se tour vant aussi vite que possible vers Whiffles, il lui dit : SH RE

—Je ne vous attendais pas, vous comprenez ? F |

—Oui, je comprends cela, dit Nick.

—Nous avons eu une alarme des Indiens. |

—J’espère que nous ne tomberons pas entre les mains des Indiens, dit vivernent Abram.

-rBénie soit votre simplicité ! nous aurons chaque jour des prises de corps avec eux, s’écria Whifiles,

—Ceux qui ont le courage de se battre peuvent le faire, mais mon caractère et mon être spirituel se soulèvent contre leffusion du sang, répliqua Hammet avec onction.

—Dans ce cas; riposta Nick, il serait

mieux pour vous de tourner bride du

côté du temple quaker le plus proche, lequel doit être à une bonne distance, j'imagine.

Et s’adressant à Vander:

—Qu’y a-t-il, à propos des Peaux-rouges ?

—J’avais envoyé un éclaireur, vous comprenez ?

—Non, je ne comprends pas! interrompit Nick.

—J’avais envoyé un éclaireur pour

LA BAIE D'HUDSON at

voir si le pays était libre et il est revenu noüs apprendre qu’il y avait des Pieds:

noirs sur la colline, là-bas et dans le bois voisin, Il les a parfaitement .distingués et ne sait.au juste à quelle tribu ils appartiennent, vous comprenez 1

—Oui, je comprends.

—Vous voyez ce bouquet d’arbreg là-bas. Eh bien ! nous camperons là. Je désire camper dans un lieu abrité, vous comprenez ?

—Non, je ne comprends pas. Eh! ne me dites pas comprenez-vous quand je ne comprends pas! repartit Nick d’un ton impatient. La

—Avançons, M. Iverson; fit Vander) car j’aperçois un de mes'hommes qui se; dirige vers nous. Sans. doute, il apporte des nouvelles. nh tôtiseg

Kenneth le suivit, en espérant, qu’il, surviendrait quelque inçident pour dé.

tourner ses pensées de Sylveen—car ce sujet lui était devenu trop ‘pémible.

Bientôt, il aperçut Le Loup maréhañt à côté ‘d’une femme qu’il sapposa être üné squaw (1) faisant partie de Id trous Curieux de l’examiner de près, if hâta le pas de sa monture. ‘En turivänt’&ét hauteur, notre héros fut en proié d'un étonnement plus facile à’ imaginer 44 peindre. 1! resta muet; les yetix ment” rivés..sur. elle. Evidemment, Sylveen Vander était la dernière per sonne qu’il se fût atte :, à. rengontrer en, ces lieux. Elle l’accueillit.aves un visage moins dédaigneux. et.moin& hautain que la dernière fois qu’il avait, vue; mais son expression n’avait rien.

d’encourageant. Kenneth.se sentit rous gir et incapable d’articuler une parole...

Sylveen ne s’empressa point de le tirer de son embarras. Elle en jouit, pendant quelques instants, avec tonte Ja satisfaction d’une femme’ enchantée d’exercer son empire. Mais-comnie le silence, en se prolongeant, menaçait de la placer elle-même dans une fausse position, elle le rompit.

—Vous paraissez étonné de me voir, M. Iverson ? dit-elle en s’inclinant légèrement.

—En disant émerveillé, vous n’auriez pas employé un mot trop fort, made-

(1) Nomdonné,dans le Nord-puest, aux femmes indiennes.

mbiselté, tulbutin ‘Kerieth} enr je suis étonné at plas'hattt point,

Vous en avez le’ droit, repartit-elle en souriant}; et quand vous en aurez nsé à votre aise, je vous serai obligée d'appuyer un jeu. à gauche, car votre cheval se frotte contre mn robe d’une façon... ,

—Ah! "mille pardons, mademoiselle, je n'avais pas ::murqué ln gaucherie de mon cheval. Mon Dieu, je vous penstis encore à Selkirk, repartit le Jeune homimié.

—Je le crois, car vos manières attestent votre sincérité, dit froidement Sylvéen.

‘Ne sérait-il pas indiscret de vous demander jnsqià quel point vous vous proposez de suivre la brigade ? hasardn timidemerit Kérineth.

Je re puis vous répondre positivemént, M. Iverson.

Sans doute, vous avez l'intention dé retourner denûin à Selkirk. Se peutil que vous vous soyez aventurée ainsi?

Jé"suis surpris que votre père, ‘connaïssant comime 1l lés connaît, les périls que présente le pays, ait consenti à ce que vous l’accompagniez si loin.

A”tôut'inistant, le trappeur ést exposé à dés stirprises, embuscades, attaques et à deb'iuttés sanglantes avéc les sitivages.

Et ce ne sont pas les seuls ennemis

aient à# redouter les détachements

e la compagnie de la baie d'Hudson ; dés haines terribles existent entre eux et dés géns de la compagnie du Nord-ouest, En uné nuit, une bande des trappeurs ri- | vattX peut tailler en pièces et massacrer | uné troupé corme celle-ci. Croyez-moi, | mademoiselle Vander, ajouta-t-il avec chüleur, le'chagrin de vous voir entouréé de dañgers détruit presque pour moi 16 plaisir de eétte rencontre.

“—Ah! dit-elle, si vous vous imaginez qüe je abandonne aux terreurs dont vous parlez, vous vous méprenez grandement sur mon caractère. Dans mes veings coule le sang impétucux des voyRReurs du Nord. Dès ma plus tendre enfance, j'ai été familiarisée avec les récits d’aventures, de vicissitudes, dé stratégie et d'épisodes émouvants.

On s’habitue au danger en en attendant souvent parler.. Mon père n’est pas novice en cette matière et je me confie

avéuglément à lui. Tant qu'il sera bien, moi aussi je serni bien ; quand il ne le sera plus, je ne désirerai pas l’être et je veux partager ses dangers.

Sylveen s'arrêta ei Kenneth sentit croître son admiration pour elle, Il allait lui témoigner son regret d’avoir encouru son dépluisir, lorsqu'il remarqun un va et vient extraordinaire à la tête de la brigade.

—Voici, dit-il, que vont, j’en ai peur, commencer les difficultés dont je vous entretenais. Regardez là-bas ; ça a l'air d’une escarmouche.

—Environnée de tant de braves, je ne pourrais éprouver d'inquiétude, répondit-elle d’un ton un peu sarcastique.

A ce moment, un petit jet de fumée partit d’un fourré peu éloigné ; une détonation suivit presque aussitôt, et, un trappeur, lâchant les rênes, tomba la tête contre le sol. Son cheval éponvanté descendit du haut en bas de lg colline en traînant ce malheureux dont le pied était resté engagé dans Yétrier, Kenneth sauta à terre, arrêta le cheval emporté, et déposa le blessé sur un lambeau de gazon.

—C'est fini! murmura le trappeur, Je suis touché en pleine poitrine. Ce vilain coup m'envoie dresser des trappes et chasser duns l’autre monde. Je m'y attendais, du reste ; c’est ainsi que doit s’en aller un franc trappeur.

Kenneth déboutonna le capot du pauvre diable. Il disait vrai. Sa blessure était mortelle. La balle avait traversé les poumons, et ses vêtements étaient svuillés de sang congulé.

—Ne vous inquiétez pas tant de moi, mademoiselle, dit-il, en voyatit Sylveen qui se penchait avec sollicitude sur lui.

C’est ce qui doit nous arriver à tous quelque jour un peu plus tôt ou un peu plus tard. Béni soit votre cœur! mais c’est peu de chose, quand un oiseau de mon espèce descend la garde. Dites “Adieu ” pour moi à tous les camarades et enterrez-moi dans un endroit où il y aura un ruisseau d’eau courante, du gazon vert,—et—il prononça ces mots avec difficulté,—un peu de bois feuillu pour m'abriter.

Levant les yeux au ciel, le moribor.

sourit et ajouta :

— Nous autres trappeurs, noris aimons

le ruisseau, le: hofs, la prairie, vons le savez. ‘Au rovoir | nous nous reverruns, camarades .,, sur la grande prairie de Pautre vie,..le ... le grand Nordouest de l'éternité !

Ce furent les derniers sons échappés de su bouche. Avec eux il rendit l’âme.

‘La voix dé Saül Vander ss fit entendre :

—En avant, mes braves! Tom Flanders a pris une autre route, maintenant ; nous le retrouverons Lg de ces jours, bien campé sous une bonne tente, fumant la pipe du bonheur et ayant abondance de balles et de poudre sèche.

Le Loup, prend soin de mon agneau.

Puis il s’élança à la tête de la troupe où une vive fusillade était déjà engagée.

Quoiquavide de prendre part au combat, Kenneth demeurait près de Sylveen. Le bras grêle de Le Loup lui semblait insuffisant à lu protéger. En jetant les yeux sur ce garçon, il remarn., .a qui l’a contemplait avec une vivacité

e regards singulière. Kenneth ne lui avait jamais accordé une attention spéciale, mais à ce moment il fut frappé de la beauté sauvage qui rayonnait sur les traits du jeune Indien. Son visage enfantin avait quelque chose de fier et de méprisant. Le bruit du combat paraissait l’animer étrangement. Certaines cordes sensibles vibraient avec force dans sa poitrine, car ses lèvres frissonnaient, ses prunelles étincelaient et l’excitation soulevait son sein. Après lavoir étudié quelques secondes, Kenneth lui dit, en adoptant le langage figuré dont se servent ordinairement les Indiens:

+-Rejeton du loup, tiens-toi près de ta jeune maîtresse, et ne la conduis pas trop près du front de la colonne. Que tes yeux veillent hien et que nul ennemi n’approche de larrière-garde ?

Le Loup enleva le fusil qu’il portait en bandouillère, l’apprôta, mais sans mot dire.

—Il est fidèle comme un chien, dit Sylveen, à voix basse en se penchant vers Kenneth. Mais il est d’une humeur maussade, Voyez! il vous regarde déjà de travers; car il n'aime pas à être commandé.

Kenneth s’inclina, avec grâce, et, piquant des deux, vola au premier

rang de la, troupe. Des coups de feu, retentissaient ça et là, et les cris des trappeurs répondaient aux hurlements sauvages d’un ennemi invisible.

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