II. — Bibliographies périodiques nationales
Je répéterai en 1888 ce qui a été dit en 1878 : « Les moyens « d'information sur les productions contemporaines du monde « entier sont aujourd'hui très abondants , sans être satisfaisants « sous tous les rapports. » En effet, dans les pays les plus civilisés et où la production littéraire est considérable, il y aurait bien des réformes à opérer, au point de vue de la bibliographie des livres nouveaux; dans les autres pays, les périodiques chargés du soin
de nous renseigner sont ou absents ou singulièrement imparfaits. Il y a quelques exceptions, mais trop rares. Ces organes spéciaux de la librairie Tout , d'ailleurs, être passés successivemenl en revue, selon l'ordre alphabétique îles pays, et l'on n'a pas craint de signaler ici, avec une entière franchise, les défauts remarqués dans les uns el dans les autres^
1. — Allemagne. — L'Allemagne a un excellent bulletin bibliographique, VAUgemeine Bibliographie fur Deutschland Leipzig, Hinrichs, in-8), qui paraît depuis 1842, chaque semaine, avec une grande régularité, et donne d'une façon systématique tous les renseignements désirables sur les nouveautés do librairie de tout l'empire allemand. Il est classé avec soin; les livres sont décrits avec précision; mais, malgré l'excellence de ce journal, je ne puis m'empêcher de faire une restriction au sujet des livres de sténographie, de cartomancie, etc., que les Allemands rangenl sans vergogne sous la rubrique « BeauX-Àrts » à côté de la peinture et de la musique. Cela donne à réfléchir sur le goût esthétique de la nation germanique. C'est là, je le sais, un ancien système de classement, mais qui doit être à tout jamais abandonné. On trouve dans VAUgemeine Bibliographie fur Deutschland la mention de la plupart des ouvrages récemment édités dans l'Autriche allemande (Vienne, Innsbruck, etc...) et dans la Suisse allemande (Zurich, Bàlc, etc.), mais ses indications sont loin d'être complètes, et il est toujours préférable de se reporter aux journaux bibliographiques dechacun decespays. Les suppléments réguliers que l'on donne au grand ouvrage de Kayser, Vollstaendiges Bûcher-Lexipon, sont exclusivement rédigés avec le bulletin hebdomadaire d'IIinrichs, qu'il serait difficile de surpasser en clarté, en précision et en exactitude. On aurait tort de lui préférer le Boersenblatt fur den deutschen Buehhandel qui, malgré son apparence plus officielle (puisqïie c'est l'organe du cercle des libraires de Leipzig) et malgré son ancienneté f;J5° année = 1888) n'a point les mêmes droits que VAUgemeine Bibliographie fur Deutschland à notre admiration.
2. — Amérique. — Voyez États-Unis. — Je tiens cependant à signaler le Triibner's American and Oriental Literary Record (London, J. Triibner, in-8), qui paraît mensuellement depuis 1865 et enregistre de temps à autre et à intervalles irréguliers les livres les plus importants parus dans l'Amérique septentrionale, l'Amérique méridionale, les colonies anglaises, la Chine, le Japon et l'Extrême Orient; c'est, pour o as exotiques, le seul guide que l'on puisse consulter avec fruit. Les tables fonl défaut. Quant aux articles spéciaux de littérature et de bibliographie qui jadis
donnaient pins de prix à cette publication, ils sont devenus à peu près insignifiants.
3. — Angleterre. — La concurrence qui existe partout dans la Grande-Bretagne se fait sentir également sur le terrain bibliographique , mais là du moins elle n'a point servi à améliorer, et nos voisins d'outre-Manche persistent dans une demi-perfection qui n'est point à leur honneur. Au reste, j'aurai plus loin l'occasion de le dire, les Anglais sont tort distancés dans le domaine bibliographique , et leurs travaux se ressentent ou de la négligence avec laquelle ils les préparent, ou de la précipitation avec laquelle ils les livrent à la publicité. Leurs deux journaux de bibliographie contemporaine, les moins parfaits assurément de tous ceux qui paraissent en Europe, sont le Piiblislier's Circular (London, Sampson Low, in-8), qui a déjà cinquante années d'existence, et le Boohseller (London, J. Whitaker, in-8), âgé de trente ans. Le premier est distribué tous les quinze jours ; il est rangé par ordre alphabétique; le second, mensuel, est classé suivant l'ordre systématique avec une table alphabétique à la fin de chaque numéro. Tous deux fournissent une chronique abondante, mais tous deux présentent de graves défauts : absence très fréquente, dans les titres des nouveaux ouvrages, du nombre de pages, du format, ou du nom de l'éditeur; absence fréquente aussi du prix des volumes en librairie. Ce seraient là des lacunes faciles à combler, mais il ne semble pas que les Anglais veuillent s'astreindre à une grande précision bibliographique, puisque pendant un demi-siècle ils ont suivi les mêmes errements. Entre deux maux il faut choisir le moindre : entre les deux concurrents, c'est encore le Publisher's Circular de la librairie Low qui me semble le plus propre à satisfaire la curiosité des lecteurs.
4. — Autriche-Hongrie. — Ce pays a son Œsterreichische Bicch- Uaendler-Correspondenz (Wien, Buchhaendler-Verein, in-4), bulletin officiel paraissant hebdomadairement depuis 1860. Ce recueil, pris en soi, n'est point mauvais, mais il a un grave défaut : les publications nouvelles y sont enregistrées non dans l'ordre alphabétique, non dans l'ordre systématique, mais bien d'après le nom des libraires qui en sont les éditeurs ou les dépositaires. On voit donc la difficulté de s'y orienter. Évidemment les rédacteurs de ce bulletin ne sont pas encore à la hauteur de ce bibliographe portugais (J. F. da Silva) qui rangeait les livres alphabétiquement d'après \e prénom (Jean, Louis, Manuel, Sébastien, etc )
de leurs auteurs ; mais ils auraient tort de ne pas prendre modèle sur la bibliographie allemande de Hinrichs, dont le classement est beaucoup plus rationnel. Il est vrai de dire que VŒster-
rcichische Buehhacndlcr-Corrcspondenz étant l'organe de la corporation des libraires viennois, ils trouvent peut-être dans ce classement étrange quelque avantage particulier pour leurs propres vérifications.
Il importe d'ajouter que ce journal donne non seulement les publications récentes en langue allemande, mais encore (tous?) les livres sortis des presses de Prague, de Budapest, de Temesvar, de Craoovie, de Czernowitz, de Klausenbourg, d'Agram, de Trieste, etc.. et imprimés dans les différentes langues parlées dans l'empire austro-hongrois *. En serait-il d'ailleurs autrement que ce journal ne mériterait plus les mêmes «'loges. A la suite du titre soigneusement indiqué dans sa langue originale, la rédaction a soin de placer une traduction en allemand qui facilite beaucoup les recherches des lecteurs auxquels le tchèque, le hongrois et le croate restent étrangers. — Des diverses tentatives spéciales qui avaient été faites, il y a quelques années, à un point de vue décentralisateur, pour donner à chaque littérature sou organe bibliographique distinct, quelques-uns ont résisté. Nous citerons d'abord la bibliographie hongroise connue sous le nom de A magyar Konyvkereskedôk egijletének k'ùsl'ônye (Budapest), qui parait in-4°, les 10, 20 et 30 de chaque mois, par petites livraisons de 4 pages, et qui est consultable seulement pour les rares initiés à la langue magyare : sa fondation remonte à 1878. — La Bohème est représentée par le Vestnlk bibliograficky (Prag, Urbanek, in-8), bulletin mensuel très sérieusement rédigé et existant depuis 1869, avec chronique détaillée, — et par le Slovansky Katalog bibliograjichy , ou Catalogue slave bibliographique (Prag, in-8), fondé en 1877, dirigé actuellement par Jos. M. Hovorka, et qui a pour nous l'avantage d'être publié à la fois en tchèque et en français.
5. — Belgique. — Le Journal officiel de la librairie ou Bibliographie de Belgique (Bruxelles, A. Manceaux, in-8) parait depuis 1875 sous sa forme actuelle, d'ailleurs imparfaite, par fascicules bimensuels. Le lor du mois paraît la bibliographie des revues, souvent incomplète, et où se remarque une préférence marquée pour les recueils scientifiques; le 15 paraît la bibliographie des livres ; mais cette publication est loin de contenir toutes les publications qui s-j fout à Bruxelles, à Liège, à Gand, à Anvers et dans les autres villes du royaume. A côté de ces omissions, on
1. Depuis le 1er janvier 1889, le titre de ce périodique est modifié ainsi qu'il suit : Œsterreichichungarisùhe Buchhaendler-Correspondenz. Il semblerait dune que ses rédacteurs veuillent désormais donner plus d'importance à la partir hongroise, la plus négligée jusqu'ici.
regrette l'irrégularité avec laquelle se publie ce recueil. On se plaît, par contre, à reconnaître la peine que se donne l'éditeur de réunir des indications précises sur les livres parus à l'étranger qui peuvent intéresser la Belgique ou bien ont des Belges pour auteurs.
Chaque année, paraît aussi une bibliographie des nouveaux livres tlamands imprimés dans le cours de l'année précédente : Vlaamsclie Bibliographie ; lijst van Nederlandsche boeken, tijdsehriften en muziekwerken in België verschenen (G-ent, J. Vuylsteke, iu-8).
6. — Danemark. — Ce petit pays est l'un des mieux outillés au point de vue de la bibliographie courante. Il possède deux journaux qui se complètent et se font concurrence depuis trente-cinq ans. Le plus ancien, le Dansk Bogfortegnelse ^Kjôbenhavn, G.-E.- G. Gad) est dans sa trente-neuvième année, paraît tous les six / semaines environ, et suit l'ordre alphabétique des noms d'auteurs (avec table générale annuelle); — l'autre, le Dansk Boghandlertidende (Kjôbenhavn, Guldendal), est hebdomadaire et classé par ordre systématique. Ce dernier est à proprement parler l'organe officiel de la librairie danoise.
C'est aussi à Copenhague (impr. Thiele, in-4), que paraît le N07xlisk Boghandlertidende (23° année=1888), rédigé par 0. H. Delbanco : on y trouve indiquées avec concision non seulement les nouvelles publications danoises, mais encore les nouvelles publications de la Scandinavie tout entière. On y trouve aussi une chronique intéressante. Ce journal peut à la rigueur tenir lieu de tous les bulletins périodiques de bibliographie paraissant en Danemark, en Norvège et en Suède : s'il n'est pas complet, il donne au moins le nécessaire.
7. — Espagne. — Le Boletin de la Lïbreria continue à paraître à Madrid (Murillo, in-8) ; mensuel, il est entré dans sa seizième année. Le classement y est alphabétique. La première partie, assurément incomplète, donne les annonces de volumes nouveaux ; la seconde partie est un bulletin rétrospectif de livres anciens, rares ou non, mis en vente à la librairie Murillo. C'est donc, on le voit, bien plus un organe commercial qu'une publication scientifique et officielle.
8. — États-Unis. — Très bien partagé sous le rapport bibliographique, ce pays possède deux journaux également bien rédigés. L'un, The American Bookseller (New York, American News Company, in-4), est bimensuel, et donne, avec une chronique étendue et variée, l'annonce des dernières publications américaines par ordre alphabétique de noms d'auteurs ; il a été créé en
1876 ; les sommaires des principaux articles de revue qu'il mentionnait au début ont disparu. — L'autre, The Publishers' Weehly (in-8), organe hebdomadaire fondé par F. Leypoldt, doit avoir la préférence sur le précédent; la chronique ne laisse rien à désirer; les livres sont annoncés suivant les deux ordres systématique et alphabétique, et les rédacteurs prennent soin d'expliquer par un ample commentaire les titres des livres qui ne sont pas suffisamment clairs par eux-mêmes; enfin, addition appréciable pour les Américains, chaque numéro contient la liste sommaire des dernières publications de librairie anglaise. — Nous dirons ailleurs un mot du Harvcu-d University Bulletin, rédigé avec tant de compétence par l'un des plus savants bibliographes du temps présent, M. Justin Winsor, et qui malheureusement n'a point trouvé d'imitateurs ; mais je réserve mes meilleurs éloges pour le périodique mensuel intitulé The Library Journal (vol. XIII, 1888), complément très utile du « Publishers' Weekly » pour la bibliothéconomie et la bibliographie, avec une chronique littéraire particulièrement soignée, et une liste de tous les articles de revue et ouvrages nouveaux contenant, à quelque titre que ce soit, des renseignements bibliographiques. Les rédacteurs, MM. G. A. Cutter et R. R. Bowker ont bien mérité de la science à laquelle ils s'adonnent avec tant d'amour et de succès. Car, il faut bien l'avouer à la confusion de l'Ancien Monde, c'est dans le Nouveau que l'on trouvera les meilleurs modèles à suivre.
9. — France. — Après cela, il me sera bien difficile de présenter le Journal de la Librairie comme un chef-d'œuvre : loin de moi, d'ailleurs, cette pensée. Le Journal de la Librairie (Paris, Cercle de la Librairie, in-8) a beaucoup à se faire pardonner, et depuis le jour où M.Pawlowski lui a consacré, dans son rapport de 1878, deux pages peu flatteuses, il n'y a guère eu de remèdes apportés à cette publication, et les mêmes reproches sont encore à lui adresser aujourd'hui l. La direction depuis lors a changé, mais l'esprit est resté le même. Tout d'abord, le Journal de la Librairie est, comme beaucoup trop de choses en France, un monopole : d'où son état stationnaire et l'absence d'une concurrence devenue indispensable. Ensuite, il n'est que l'enregistrement pur et simple d'un dépôt légal qui se fait fort mal, au gré d'employés subalter-
\. Pour être juste, il faut reconnaître doux améliorations. M. Pawlowski se plaignait entre autres choses : 1° de l'omission de la date de publication que portent les volumes ; 2° de l'habitude prise d'indiquir en bloc le nombre de pages des ouvrages composés de plus d'un tome. L'un de ces défauts a disparu partiellement; l'autre complètement Pourquoi ne pas donner entii lion aux légitimes désirs des bibliographes en introduisant de nouvelles améliorations?
nés, sans aucun contrôle et très différemment suivant les départements, de telle sorte qu'un de nos plus sérieux et actifs érudits pouvait dire un jour, que dans le courant d'une année, sur douze livres, plaquettes ou tirés à part dont il était l'auteur, deux seulement avaient figuré au journal officiel de la librairie ! M.Georges Picot, membre de l'Institut, a eu beau rompre des lances savantes, il y a quelque temps, contre l'organisation si défectueuse du dépôt légal ' : peine inutile ; le Journal de la Librairie a conservé les mêmes errements. Si encore on le savait rédigé par un bibliographe critique et sérieux, on pourrait lui pardonner quelquesuns de ses méfaits, ses inexactitudes et ses retards ; mais, outre que l'administration de cette feuille se sert de l'ordre alphabétique si peu intelligent et si peu pratique, elle trouve encore le moyen de commettre de grossières erreurs, prenant le prénom, ou quelquefois même le titre de l'ouvrage pour le nom de l'auteur. Notez encore qu'un livre est parfois annoncé à deux reprises différentes, sans raisons et sans modifications ; que le tome II d'un ouvrage peut bien être indiqué sans que le premier ait jamais paru ; notez enfin que des livres très importants et de premier ordre, publiés tant à Paris qu'en province, y sont absolument inconnus.
La chronique du Journal de la Librairie n'est point très importante; par contre, les annonces tiennent une place considérable. Il n'est point question d'y introduire les sommaires des revues et des périodiques : ce qui serait d'ailleurs hors de toute proportion, et il n*est point nécessaire de signaler les nouvelles publications étrangères relatives à la France, qui sont mentionnées au hasard, suivant le caprice de l'un ou de l'autre, et tout à fait irrégulièrement.
Ce journal est hebdomadaire ; il forme un gros volume par an, auquel il faut joindre deux tables, l'une alphabétique, l'autre systématique, qui rendent quelques services et permettent aux chercheurs de se servir de la collection qui remonte à 1811 et s'est continuée sans interruption 2 depuis cette époque , à quelques changements près.
Le libraire 0. Lorenz, bibliographe consciencieux, et depuis deux ans le libraire K. Nillson après lui publie chaque mois un petit Catalogue mensuel de la librairie française, qui n'a point d'intérêt bibliographique, étant la reproduction très abrégée du Journal officiel de la librairie dont il a été question plus haut.
1. Le dépôt légal et nos collections nationales, dans les « Comptes Rendus de l'Académie des sciences morales et politiques » (Paris, 1883j, vol. CX1X, p. 632-650 (tir. à part, in-8, 26 p.).
2. Les années 1857 à 1864 manquent malheureusement de tables.
10. — Grèce. — L"Ecp7]|XEp\ç twv BcQtocptXwv (Athènes, N. B. Nakis, in-4) qui paraissait encore il y a quelques années, avec une périodicité régulière, et rédigé avec soin, n'a point continué à vivre, si nos informations sont exactes. Il n'a pas été remplacé.
On ne voit plus paraître davantage le Catalogue des livres publics en Grecs depuis 1815 jusqu'en 4S77 (en français), par D. A. Goromilas (Athènes, A. Coromilas, 1878, in-8), qui était fort utile1.
11. — Italie. — La Bïbliografia italiana, bi-mensuelle, qui porte comme sous-titre : Bollettino délie pubblicazioni italiane ricevute per diritto dl siampa dalla Biblioteca Nationale Centrale di Firenze (Firenze, tip. suce. Le Monnier, in-8), va entrer prochainement dans sa vingt-troisième année. Mais depuis deux ans ce journal a subi d'importantes transformations. C'était autrefois l'organe de l'Association des Libraires et Imprimeurs italiens, qui se publiait sur le modèle du journal français, suivant l'ordre alphabétique des noms d'auteurs : au lieu d'une entreprise privée, c'est aujourd'hui une entreprise officielle, le journal étant rédigé par les soins de la Bibliothèque nationale de Florence qui reçoit par le dépôt légal, comme la Bibliothèque nationale de Paris, tous ou à peu près tous les livres récemment imprimés dans le royaume. On a en même temps adopté l'ordre systématique, dont il est facile de dire les avantages; on a analysé les principaux périodiques de la péninsule, ce qui donne de la valeur au recueil; on a ajouté des notes explicatives, une chronique et un feuilleton intéressants. De telle sorte que la Bibliografla italiana, fondée sur le modèle du Journal de la Librairie français, l'a considérablement surpassé, et pourrait à son tour servir de modèle. Il y a une table annuelle détaillée.
L'Association des Libraires, depuis ces modifications, n'en a pas moins de son côté un Giomale délia Lïbreria hebdomadaire, disposé d'après le nom de chaque libraire, sans intérêt d'ailleurs, et sans valeur bibliographique. De plus, il existe un Catalogo Mensile délia Lïbreria Italiana, mensuel, rédigé par matières, et ne donnant que les nouveautés importantes ; il correspond assez bien au catalogue Lorenz-Nillson dont il a été question à l'article « France. » Je ne crois pas utile d'insister.
12. — Orient. — Sous cette vaste dénomination, on comprend ici les pays de l'Asie, de l'Océanie et une partie de l'Afrique. Il est bien entendu qu'il ne saurait y avoir dans aucune de ces contrées éloignées de journal bibliographique dans le sens où
1. Il y a également un volume de même origine pour les publications grecques de 18C8 • 1872. Dix années se trouvent ainsi représentées.
nous l'entendons, donnant l'état actuel et successif de la production littéraire.
Pour y remédier et mettre les lecteurs occidentaux au courant des nouvelles publications extra-européennes, plusieurs érudits1 ont pris l'initiative d'un recueil trimestriel intitulé : Orientalische Bibliographie (Berlin, H. Renther, in-8), et très méthodiquement divisé. A bien prendre, ce n'est point un journal de librairie, mais une bibliographie raisonnée de toutes les publications nouvelles sur toutes les branches de la science qui concernent l'Orient. Les livres et articles de revue de toute origine sur l'Orient sont méthodiquement indiqués. Néanmoins, il y avait intérêt à mentionner cette publication à cette place, tant pour la faire connaître que pour permettre aux contrées asiatiques2 et africaines, à l'Inde, aux îles de l'Océanie, etc., de figurer dans cette revue générale de la bibliographie contemporaine. Le premier fascicule, paru en juillet 1887, contient 69 pages; les suivants ont paru régulièrement et donnent au-delà même de leurs promesses.
De la Bibliotheca Orientalis, de Ch. Friederici (Leipzig, Schulze, in-8), qui est annuelle, il n'y a rien au-delà du tome VIII, paru en 1884, et se référant aux livres de l'année précédente. — A signaler aussi un supplément donné annuellement à la « Zeitschrift des deutschen Morgenlaendischen Gesellschaft » (Leipzig, Brockhaus, in-8), par E. Kûhn, sous le titre de Wissenschaftlichen JahresbericM ueber die morgenlaendischen Studien in Jahre..., où l'on trouve répertoriée la littérature orientale des années précédentes.
13. — Pays-Bas. — La Nederlandsche Bibliographie (La Haye, Nijhoff, in-8;, vieille de plus de trente ans, continue mensuellement sa publication rangée systématiquement, avec un index annuel , mais sans chronique ni feuilleton. A signaler seulement, à la fin de chaque volume, une liste des périodiques hollandais s'imprimant actuellement : bonne innovation qui pourrait avec avantage se répandre dans tous les pays. On a ainsi sous la main la mention du titre, la périodicité, le prix et le lieu d'impression de toutes les revues nationales3.
i. Directeur: le Dr A. Mùller (de Kœnigsberg); — collaborateurs : Dr A. Bezzenberger (de Kœnigsberg); D'H. L. Strack(de Berlin); Dr J. Mùller (de la Bibliothèque royale de Berlin), et Dr K. Vollers (de la Bibliothèque Khédiviale du Caire).
2. Il existe, à notre connaissance, un catalogue officiel et trimestriel des publications nouvellement imprimées dans la présidence de Bombay (Inde anglaise), sous le titre de : Catalogue of books printed in the Bombay presidency during the quarter ending 30"> june... (Bombay, Office to the registrar of native publications, in-fol.). Je ne serais pas étonné qu'il y eût une publication similaire dans les autres présidences, mais je n'ai pu m'en assurer.
3. C'est ce que fait le Polybiblion (numéro de janvier), mais seulement pour les revues de toutes langues qui parviennent à la direction.
14. — Pologne. — Cette contrée, si elle ne compte plus au point de vue politique, tient à affirmer bien haut au contraire son existence littéraire et son activité bibliographique, grâce à l'excellent recueil publié par le Dr Wisloçki (de l'Université de Gracovie), sous le titre de Przeiuodnik bibliograficzny , bi-mensuel, fondé en 1878. Ce bulletin donne l'indication très précise de toutes les nouveautés parues tant à Cracovie (Autriche-Hongrie) qu'à Varsovie et autres villes russes; il renferme en outre l'indication des livres étrangers relatifs à la Pologne , une ample chronique et des notices bibliographiques fort bien rédigées par le directeur, qui est l'élève et le collaborateur du grand bibliographe polonais, le Dr Estreicher.
15. — Portugal. — Plusieurs essais de bibliographie périodique moderne ont piteusement échoué en Portugal ; le Boleiin de bibliographies portugueza , fondé à Lisbonne il y a dix ans, n'a eu que peu de durée. L'administration de la Bibliothèque nationale de Lisbonne avait promis, il y a dix-huit mois environ, de créer un bulletin des livres nouveaux, mais ce projet intelligent n'a pas abouti. — Aujourd'hui, on est obligé d'avoir recours, si l'on veut essayer de se tenir au courant de la littérature portugaise, au Boletim da Livraria Bertrand (Lisboa, Bertrand, in-8), recueil mensuel créé en janvier 1887, et qui n'est autre chose que l'annonce des livres nouveaux publiés par la maison Bertrand, avec quelques additions évidemment incomplètes fournies par les autres librairies du royaume ; mais ce petit journal paraît avec des retards et des irrégularités qui compromettent son existence. — Pour être complet, nous mentionnerons une autre publication récemment fondée : 0 Mensageiro litterario, revista mensal (Porto, Mesquina Pimentel, in-8), qui donne à la fin de chaque numéro (lr0 année = 1888) la bibliographie des nouveautés portugaises et brésiliennes , mais cette bibliographie, déplorablement insuffisante, ne doit être consultée qu'à défaut de mieux.
16. — République Argentine. — A défaut de revue périodique de bibliographie, on a pour ce pays un excellent recueil annuel, fondé en 1879 par Alb. Navarro Viola et continué depuis sa mort par son fils Enr. Navarro Viola, sous le titre de Annario Bibliogrâfico de la Republica Arjentina (Buenos Aires, M. Biedma, in- 18). Chaque tome (9e année — 1887) comprend deux parties, l'une consacrée aux livres parus dans le courant de l'année précédente, l'autre aux journaux de tout genre imprimés dans l'étendue du territoire argentin. Pour juger de l'utilité de cette publication, dont l'éloge n'est plus à faire, qu'il nous suffise de dire qu'elle enregistre chaque année environ 900 ouvrages nouveaux.
17. — Roumanie. — Depuis 1879, paraît irrégulièrement la Bibliografîa romana, buletin [mensual] al librariei générale din Romania si al librariei romane din streinatate (Bucuresci, Aless. Degenmann, iu-8); ce fut à l'origine un simple bulletin de librairie particulière, qui s'est transformé et est devenu avec le temps l'indicateur quasi-officiel des nouvelles publications de la Roumanie: l'éditeur a même le soin extrême, après chaque article , de mentionner entre parenthèses le poids exact et la dimension de chaque volume; indications qui pourraient paraître superflues, mais qui ont leur utilité pour les envois postaux. Malheureusement, nulle indication sur les revues et périodiques du royaume.
18. — Russie. — Indépendamment de YOiikazatiel pa diélam pietchdti (Indicateur de la Presse), qui paraît bimensuellement à Pétersbourg depuis 1872 (in-4) par les soins du ministère de l'intérieur, et qui contient, outre la bibliographie méthodique des publications de l'empire enregistrées avec la plus grande négligence, l'indication détaillée des livres de l'étranger interdits, censurés ou autorisés , — ce qui semble être la véritable raison d'être et le but principal du recueil, — les Russes possèdent depuis quelque temps (4e année = 1888) un excellent journal mensuel dirigé par N. M. Lissovski, et intitulé : Bibliograf, Viéstnik litêratouri , naoïiki i ishousstva (Le Bibliographe , messager de la littérature, des sciences et des arts); il est publié par V. N. Erlikh, libraire à Pétersbourg (in-8). Chaque livraison se compose de deux parties: l'une contient des nouvelles bibliographiques et des articles sur des ouvrages russes anciens; l'autre renferme l'indication précise des ouvrages nouveaux.
L'association des Libraires et Éditeurs de Saint-Pétersbourg ont également, depuis janvier 1884, un organe de bibliographie bimensuel, le Knischnija-Vietsnik (Pétersbourg, in-8), qui donne la liste des ouvrages nouveaux, accompagnée d'une chronique.
19. — Suède et Norvège. — La Suède possède son bulletin spécial de librairie, le Svensh Bokhandels- Tidni?ig (Stockholm, imp. L. A. Normans, in-4), hebdomadaire (26e année = 1888), avec chronique et annonces, rédigé par J. B. Tegner; — la Norvège avait aussi le sien , mais qui semble avoir disparu. Elle n'a plus que le répertoire publié annuellement sous le titre de Norsh Bogfortegnelse , augmenté d'une table systématique (Ghristiana, Alb. Cammermeyer, in-8). D'ailleurs il suffit, pour se tenir au courant de toute la littérature Scandinave, de se reporter au Nordisk Boghandlertidende dont nous avons parlé à l'article « Danemark».
20. — Suisse. — La seule bibliographie périodique qu'ait jamais eue la Suisse continue toujours à paraître, sous le titre de : Bibliographie und titerarische Chrordh der Schwett (Genève et Baie, H. Georg, in-8). Ce journal mensuel, qui va entrer dans sa dix-neuvième année d'existence, esl rédigé eu français et en allemand, embrasse toutes les publications nouvelles de la Confédération, sans distinction de langue, mentionne tous les périodiques dont elle insère le sommaire, signale les ouvrages ou articles de l'étranger, relatifs à la Suisse, contient enfin une chronique et des comptes rendus de livres récents. Avec un index à la fin de chaque année, la Bibliographie suisse remplit excellemment les conditions d'un répertoire de ce genre.
21. — Turquie. — Il a été fondé à Constantinople, en 1884, un journal périodique de bibliographie contemporaine, qui aurait comblé une véritable lacune, le Katalog-Arahel ou Bibliographie turque : il était rédigé et publié par deux libraires allemands (Constantinopel, Lorentz et Kiel, in-8). Le tome I a paru, et forme un volume de 270 panes, mais nous ignorons s'il en a été imprimé davantage. Il nous a été impossible de nous en procurer un seul exemplaire. On sait, du reste, que les conditions particulièrement difficiles faites par le gouvernement turc à la presse — même non politique — semblent défier toute entreprise destinée à faciliter le développement des connaissances bibliographiques dans cette région1.
22. — Nous avons réservé pour la fin quelques essais récents de bibliographie périodique, tentés dans I'Amérique méridionale. — On vient de fonder à Rio de Janeiro (Brésil) un journal intitulé IJihliografia brazileira, dont le numéro 1 porte la date de janvier 1**7, qui doit être mensuel et devenir l'organe de la bibliographie courante de l'empire. Nous lui souhaitons bonne et longue vie. — Il semble qu'il y ait à Bogota (Colombie) un essai du même genre, tenté par un libraire de la localité, Torres Caicedo : sa Revista bibliogrdfica , organo de libreria, a au moins un numéro, qui donne ou est censé donner la bibliographie de ce pays pour deux années (avril 1882 -mars 1884). — Enfin l'on trouvera quelques renseignements, malheureusement bien vagues et bien insnl'lisants, dans le Boletin bibliogràfico , organo de la imprenta y libreria <>e Carlos Prince, à Lima (Pérou, in-4) : cette publication, gratuite et mensuelle, a commencé de paraître le lor janvier 1888.
i. Signalons encore une heureuse innovation, celle du prof. J. H. Mordtmann, qui, dans le lorne I (fasc. 12, pp. ii'>-i7:: et suivants du « Literalurblalt fur Orientalische Philologie, fondé en 1883, rmus a donné un tri otfle Vebersicht uebar die tùrhUchen Vruckwerke von Constantinopel uùhrcnd des Jahres... (Berlin, in-8;.
— On a vu plus haut que seule la République Argentine était bien représentée dans notre revue générale.