I. — Bibliographies générales universelles
Je ne puis mieux commencer ce chapitre qu'en signalant, avec les réserves que j'ai déjà formulées à plusieurs reprises 2, la Bibliographie des Bibliographies de Léon Vallée. Son volume primitif, paru en 1883 (Paris, Terquem, in-8) était, dans la pensée de l'auteur, destiné à remplacer le travail à peu près identique dû à Julius Petzholdt (1866) et devenu insuffisant par suite du nombre toujours croissant des nouvelles bibliographies parues. Malheureusement, la publication mal préparée, mal comprise même, de M. Vallée, ne pouvait rendre les services que l'on était en droit d'attendre d'une semblable bibliographie ; l'auteur lui-même l'a bien compris, puisque quatre ans après il a dû faire paraître (Pa-
1. Dans les n°s 32, p. 193-200; 36, p. 380-386, et 39, p. 136-144, de ce remarquable recueil.
2. Cf. Bulletin critique, IV (1883), p. 265-269, et IX (1888). Cf. aussi le Polybiblion, XXXVIII, p. 468-469 (art. de M. Tamizey de Larroque).
ris, Terquem, 1887, in-8) un supplément de 354 pages. Et malgré cette double publication, il y a d'énormes lacunes et de fréquentes erreurs qui ne peuvent autoriser à considérer ce livre comme définitif : on ne devra le consulter qu'avec défiance, en ayant soin de toujours remarquer que M. Vallée est loin d'avoir mis en œuvre toutes les richesses accumulées dans le vaste dépôt de la Bibliothèque nationale de Paris, dont il est l'un des employés.
C'est, d'ailleurs, avec une extrême réserve qu'il faut tàter un aussi vaste terrain, et généralement tous les auteurs qui ont essayé de traiter une question de bibliographie générale universelle ont échoué dans leurs résultats par suite d'une trop grande précipitation et d'une imparfaite connaissance du sujet. Tel est, par exemple, le cas d'une autre publication, qui, pour nous être venue d'Allemagne, ne mérite pas plus d'éloges que la précédente. Je veux parler des deux volumes intitulés Wegweiser durcli die LUcraiur dcr Urkunden-Sammlungen , et publiés par le zélé bibliothécaire de Breslau, le Dr H. Œsterley (Berlin, Reimer, 1884- 1885, in-8). L'auteur a eu la pensée de réunir, en un catalogue pratique et facilement maniable, l'indication des recueils manuscrits ou imprimés de pièces d'archives relatives à toutes les contrées, villes, abbayes, institutions, etc., de l'Europe entière : la mention des cartulaires, obituaires, et autres collections de documents, était à enregistrer soigneusement. Le premier volume consacré aux pays allemands (parmi lesquels le Dr Œsterley range naturellement un bon tiers de la France, la Belgique et la Suisse) n'est ni complet ni exact ; combien plus incomplet et inexact doit être le tome II, comprenant les pays extra-allemands ! Et, en effet, pour la France notamment, il y a quantité d'absurdités qui dénotent une incompétence notoire au double point de vue géographique et bibliographique, et pour l'Italie et l'Espagne, l'auteur n'est guère plus heureux. S'il s'en fût tenu tout simplement aux Urkunden-Sammlungen de l'Allemagne proprement dite, il eût pu multiplier ses recherches et arriver à un très bon résultat, mais ayant trop présumé de ses forces, et ayant voulu agrandir outre mesure un cadre qui ne comportait point d'aussi vastes dimensions, il a composé un livre de peu de valeur, malgré son incontestable utilité.
Semblable reproche pourrait être facilement adressé à feu J. Ch. Brunet, pour avoir osé entreprendre, dans son célèbre Manuel du Libraire, la bibliographie de tous les ouvrages rares, intéressants et peu connus de l'ancienne littérature de tous les pays. Mais par l'essence même de son travail, qui n'admettait qu'un nombre d'ouvrages limité à son gré, il pouvait toujours ap-
porter cet argument sans réplique : le degré de rareté de tel volume ne mérite pas qu'une place lui soit réservée dans mon répertoire. Le choix résultait d'observations personnelles, et par là même l'auteur n'avait point à en fournir les raisons. Quoi qu'il en fût, on a pens<; que le Manuel du Libraire avait négligé nombre de livres anciens intéressants, et MM. Pierre Deschamps et Gustave Brunet ont essayé de combler la lacune sigûalée en publiant un Supplément au Manuel du Libraire en 2 volumes (Paris, Firmin-Didot, 1878-1880, in-8), dans le même format et avec les mêmes caractères que l'ouvrage principal. Ces deux volumes n'ont que le tort d'être un supplément, et par suite d'être peu remarqués et trop peu consultés : ils ont été préparés et publiés avec une très grande attention.