I: — L’aphasie amnésique
Le malade est intelligent, il parle sans trouble de l’articulation, il n’a ni cécité verbale, ni surdité verbale, il n’a pas de troubles graphiques moteurs. Son aphasie est une « dysmnésie d’évocation ». Le mot, conservé, présent mais invisible, se dérobe. S'il est offert par autrui, oralement ou graphiquemient, il est aussitôt saisi au vol, compris, répété, introduit dans la phrase. Dans les cas légers, divers procédés, divers détours permettent au maïade de retrouver le mot dissimulé. S'il n’y parvient pas, que ce soit dans son langage spontané, dans ses réponses, ses demandes, ses récits, ses constatations, ou dans la simple dénomination des objets présents, il recourt à une périphrase, il renonce, il émet des termes inadéquats qu'il rétracte, il émet paisiblement les groupes ‘de phonèmes les plus surprenants. Si on lui offre alors un mot inexact, il le repousse. Si on lui offre, ou s’il trouve le terme correct, il l’adopte, il le répète, il s’en sert. et il l’oublie. :
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Quels sont les mots les plus facilement oubliés? Deux formes, peut-être, d’aphasie amnésique
1° L’antonomasie (1) : Le malade a surtout perdu les substantifs, les noms propres, parfois son nom, les noms des objets, que les objets soient évoqués ou présents, vus, entendus, maniés. Le malade peu atteint recourt à la périphrase, au verbe, à une syntaxe correcte; « la phrase est bonne, mais des mots sont en blanc » (Bouillaud). Kussmaül notait la coexistence de cette perte de termes concrets avec la conservation du langage abstrait et de l’efficience inteliectuelle. Ribot, en 1841, avait fortement exagéré d'importance et la sénéralité de cette forme d’ammésie et fondé sur elle sa célèbre loi de la désintégration progressive du langage : « marche invariable de l’oubli : noms propres, noms communs, adjectifs, verbes, interjections, gestes ». Bien avant Ribot, dès Lordat, on avait noté l’existence d’autres formes d’amnésie verbale. Pitres aurait pu noter que le substantif manquant est souvent rempiacé par une série d'autres substantits souvent très hétéroclites. Il donne un exemple de substitution à un terme collectif de termes subordonnés : « terres, rivières, montagnes » pour « géographie ». Il cite le cas d’Heilbron-° uer, où le déficit portait surtout sur les verbes (Archives de neurologie, 1893,. p. 132). À ce cas, longtemps unique, Marinesco en à ajouté un dans son travail sur les aphasie croisées (Encéphale, 1938, I, 27). Bourdin, dans son Antonomasie, citait un cas anaïogue : malade n'ayant précisément conservé que les substantifs. On pourrait citer d’autres faits à l’encontre de da loi de Ribot : l'abondance des paraphasiques en substantifs..…., le fait que, dans la cécité verbale ou la surdité verbale, ce que le malade saisit et comprend dans les phrases, c’est avant tout le substantif.
2° L'agrammatisme. ou. acataplasie : Déjà décrite par
Deleuse en 1819, et bien étudiée par Steinthal dans divers tra-
(1) Terme de rhétorique proposé, dans la question qui nous occupe, par Bourn, et non, comme semble le croire Prrres, par Luys (4. M., 1882, p. 449).
vaux, dont son Grammatik, Logik und Psychologie, en 1881. C'est le langage « nègre » ou « télégraphique », le déficit portant avant tout sur les flexions, les conjugaisons, es termes de coordination, la syntaxe. Exemple de Pitres : « Hier. bureau... les livres... j’écrivais... permis... acquits.. grande expédition... lesoir, dîner, puis au café... manille aux enchè-
res, » Le même sujet, jouant Carmen sur un ocarina, raconte :
«Un jeune homme... soldat (geste de se promener)... et juste une jeune fille. alors le soldat (geste d’admiration)... après, nous désertons... la contrebande... le toréador... le toréador avec Carmen... et juste ie soldat... alors un coup de poignard. » | Dal
Pitres voit ainsi l'histoire de l’aphasie amnésique.
Les deux alalies de Lordat : l’aphasie amnésique, par perte du langage intérieur, par non-évocation mentale des mots, et l’aphasie asynergique.
Puis, l’aphémie, l’aphasie motrice et sa localisation s’imposent, tandis que les autres faits sont chaotiques et inintelligibles.
Enfin les efforts de Nude de Haut de Charcot, aboutissent aux quatre aphasies & aux quatre centres d'images.
À ce moment, plus de place pour une aphasie amnésique, trouble intellectuel, perte du mot considéré comme unité simple, idée. Ce qu’on veut, c’est un trouble « sensoriél », la perté de « l’image auditive » du mot, que cette image soit absolument inévocable, même en présence du mot prononcé par-autrui, qu elle soit inévocabie en présence du mot écrit, qu’elle le soit en présence de l’objet, qu’eïle le soit seulement «du dedans » par le jeu des associations. L'aphasie amnésique ainsi comprise n’est qu'une forme, un degré, un début où un reste de la surdité verbale; le symptôme d’une insuffisance du centre des images auditives. On à également compris J’aphasie amnésique comme forme ou degré de l’aphasie motrice, considérée elle aussi comme une perte d'images, c’est-à-dire, au fond, comme trouble sensoriel. Pitres objecte :
l’aphasique amnésique comprend, il n’a pas de surdité verbale; i! parle, il articule le mot oublié dès que celui-ci est retrouvé, il n’a pas d’aphasie motrice; l’aphasique moteur évoque vivement le mot qu’il me peut prononcer; le sourd verbal parle, il a conservé l’évocation spontanée du mot.., dernière affirmation bien risquée, car Pitres ne cite aucun cas de surdité verbale pure avec perte de la compréhension du langage d'autrui et avec conservation d’un langage spontané normal. |
L'aphasique ammnésique ou l’aphasique par dysmnésie d’évocation a donc toutes ses images verbales, et, quand il les retrouve, c’est avec toute leur vivacité, leurs richesses, leur efficacité. Ce qui lui manque, ce n’est que l'aptitude à les évoquer quand il le faut. Dès que l’aide.étrangère ou les procédés du malade permettent l'évocation, le mot surgit, parfait.
Dans l’acte de mémoire, Pitres distingue cinq phases 4° La pénétration de l’image dans la substance nerveuse.
2° La fixation, que Pitres étudiera dans son travail de 1913. La distinction un peu obscure entre la pénétration et la fixation (sujets qui apprennent vite et oublient vite?) correspond à quelque chose de réel : la mémoire immédiate, contemporaine de la pénétration, et la mémoire après intervalle.
3° La revivabilité ou reviviscence.
4° L'évocation : une image est susceptible de revivre quand elle ést enregistrée et conservée dans un centre. Ce centre diffère selon la nature, auditive, visuele, orale ou manuel!e de l’image verbale. Quand il est détruit ou inerte, tout se passe comme si l’image était détruite. Alors, non seulement le souvenir ne peut pas être évoqué spontanément paï le sujet, mais aucune excitation extérieure ne peut l’éveiller, pas même l'audition ou la vue du mot : la cécité verba!e ou la surdité verbale s’ensuivront. Le sujet a également perdu la