‹ Les Travaux de Pitres sur l'AphasieChapitre 19 sur 33 · NÉ · texte numérisé non relu

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reviviscence dans des amnésies toutes différentes, les amnésies rétrogrades, systématiques, lacunaires, des commotionnés, des émotionnés, des hypnotisés, des hystériques. Ici encore, inertie fonctionnelle cérébrale, réalisant une quasidestruction, temporaire ou définitive, d’une période ou d’un système.

L'évocation est autre chose que la reviviscence. C'est le travail par lequel l’écorce et la pensée mettent en action les cellules à images. L'image existe et elle sera susceptible de reviviscence tant que son centre ne sera pas inerte ou détruit. Son évocation est l’acte par lequel un autre centre, divers centres, diverses perceptions, diverses images, des pensées, des volitions, réveillent cette image. Les images auditives des mots sont locaïisées dans un centre distinct, déterminé, mal connu. On ne doit pas localiser ainsi l'évocation. Le plus probable à son sujet est que le centre auditif verbal ou le centre visuel verbal peut être actionné par des neurones épars dans de multiples parties de l’écorce et convergeant vers les centres d'images. Et Pitres s'exprime ainsi : « Chaque centre sensoriel est lié au reste de l’écorce de façon très comp'exe. Les cellules pyramidaies qui entrent dans leur composition enregistrent les impressions sensitives qui leur sont apportées de la périphérie par leur prolongement cylindraxile: elles les fixent, les conservent et peuvent les reproduire sous formes d'images mnésiques lorsqu'elles sont sollicitées par les excitations évocatives parties de neurones psychiques. Quand un de ces centres est détruit, le malade ne peut plus puiser d'images dans les cellules détruites... La destruction de chaque cellule entraîne fatalement la perte de la reviviscence des images qu’elle avait enregistrées, et qu’elle était seule capable de reproduire. » |

Singulier archaïsme d’une pensée très riche : les cellules à images de la calcarine et du pli courbe sont des cellules pyramidales. Les fibres qui apportent les images du pulvinar au cunéus ou du cunéus au P. C. sont des axones, et ces axones sont centripètes. Ce n’est pas tout; une fois l’influx

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et l’image parvenus dans la cellule par son axone, l'influx n'ira pas plus loin; la cellule n’a pas de prolongement et d'action cellulifuge, centrifuge; elle conserve et elle attend, en état de revivabilité, prête à la reviviscence ded’image qu’elle loge. L'objet, l'œil et les radiations optiques peuvent obtenir ce réveil par les axones qui ont déjà servi à la perception. Peuvent également obtenir ce réveil les neurones centraux épars un peu partout dans l’écorce, et dont les influx « psychiques » peuvent converger vers les centres et les cellules à images. Ce dernier travail est l'évocation.

5° Il y a enfin reconnaissance quand l’image, après reviviscence et évocation, est convenablement iJeinée, et dans son sens, et dans sa notion de souvenir.

Peut-on localiser l’aphasie amnésique ?

Certains sont allés très loin dans la voie de la localisation. Broadbent, distinguant entre l’antonomasie et l’acataphasie, distingue un centre des noms, entre T et O et un « ‘propositioning centre », aux confins du Broca; Jackson, étudiant l’aphasie amnésique des polyglottes, propose de réserver les deux tiers antérieurs de F3 à à l'acquisition et à l’emmagasinement des langues étrangères.

Pitres rejette ces hypothèses, non qu'il les trouve absurdes, mais parce qu’elles lui paraissent difficilement combinables avec la notion de la multiplicité des images (visuelle, auditive, orale, graphique) de chaque mot. N'ayant pas de cas personnel d'aphasie amnésique pure avec ‘autopsie, il emprunte à divers auteurs un certain nombre de cas, et trouve :

— aphasie amnésiqué sans S. V., par lésion du pli courbe surtout, ou de P2, du gyrus ie brins de T1, de T2, de T3;

— aphasie amnésique sans C. V., par lésion du lobe occipital externe, du pli courbe, du gyrus supra pus ou même de T1.

I croit à des lésions de localisations diverses, comme si

l'évocation était bien due à des excitations diverses partant de neurones disséminés dans une vaste région corticale et convergeant vers un centre mal déterminé, de préférence le ph courbe, comme si l’aphasie amnésique était due à la rupture de voies commissurales, joignant « les régions du psychisme supérieur » aux centres différenciés des images verbales, comme si elle était une aphasie transcorticale. Cette hypothèse formulée, une difficulté l’arrête. Dans l’aphasie amnésique il n’y a pas d’évocation : l’idée n’éveille plus le mot; plus d'action des zones psychiques sur le centre auditif. Mais le mot, prononcé par autrui, est compris, il éveille l’idée, il y a action du centre auditif sur les zones psychiques. Faut-il admettre, entre zone « psychique » et centre des mots, une double voie, ascendante et descendante, sus-. ceptible de lésions dissociées ? Cette hypothèse, qui « n’a rien d’absolument invraisemblable, ne me satisfait pas complètement ». |

Pitres s'efforce ‘enfin d'étendre le champ des aphasies amnésiques aux dépens des aphasies sensorielles, et surtout de la surdité verbale. Les amnésiques ont une grave insuffisance de la mémoire de fixation, et même de la mémoire immédiate; dès lors, quand on leur donnera un ordre oral ou écrit, ils en oublieront un à un les éléments et, n’ayant rien enregistré, tout se passera comme s'ils n’avaient rien compris. S'ils ne comprennent pas la phrase, ce n’est pas, dit Pitres, par surdité ou cécité verbale, par « apraxie sensorielle », c’est par « apexie », par défaut de fixation. Le sujet lit, il écoute, il suit : si on isole le mot, il le comprend; de la phrase entière il ne retient que le dernier mot, ou le premier, ou un mot isolé, qui lui permet parfois, «par chance, une réponse correcte.

Pitres conteste que la maladresse de l'écriture avec des cubes soit un symptôme de C. V., et il pourrait étendre cette négation aux symptômes de C. V. Jatente (mots’écrits verti-

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calement, en miroir, à l’envers), ces exercices et ces acro-

baties exigeant, à côté de la reconnaissance individuelle des

éléments, un effort d'attention et de mémoire.

Il note à son tour le contraste entre une très mauvaise évocation volontaire des mots et une remarquable intégrité de l’automatisme verbal. Le malade ne trouve ni « enfant », ni « patrie »; invité à chanter la Marseillaise, il ne trouve rien. On la commence, et il poursuit irréprochablement.

Pitres termine par la mention de faits singuliers devant lesquels il renonce à des hypothèses. Le sujet doit évoquer la date 28. Il semble y renoncer; mais évoque soudain le nombre 20; il continue et, arrivé à 28, s'arrête, justement satisfait @). Il doit évoquer 30 juillet 1859 : 30 est évoqué par énumération successive de 10, 20, 30; juillet à partir de janvier; 1800 est évoqué directement, 50 à partir de 10, et 9 à partir de 1. Pour Pitres, dès la question, le sujet possède la notion précise de la réponse à faire; il faut pour le moment renoncer à comprendre pourquoi F3 n’a été atteint que par associations = amuériques compliquées.

Pitres, dans les Leçons sur l’aphasie amnésique, a négligé

de grouper en un chapitre spécial les efforts et les succès de

rappel du mot récalcitrant. Dès 1887, il avait confié ce travail à son élève, Fischer (thèse sur le rappel de la parole chez les aphasiques). | Fischer a distingué les mécanismes de secours suivants Rappel émotionnel. Il cite à son sujet les cas de Brown. Séquard : retour de la parole normale dans le rêve, le délire, par inhalation de chloroforme.

Rappel par le sens musculaire : lecture en écrivant. Rappel par la vue : a) par la vue de l’objet; b) par la vue du mot. Un malade, réduit à « oui » et « non » et incapable

(2) Devant un fait identique (« Quel âge avez-vous ? … Attendez... 4, 2, 3 … 22, 23, 2%, 24 ans »), Déyere et Tinez (R. N., 1908, p. 691) disent : « Aphasie motrice de Broca ». DÉJERINE semble dire : « Le malade à évoqué 24, il ne

sait pas l’émettre, il l'émettra par entraînement MÉCONIQUE MM FD) Pirres dirait : « Le malade n'a pas évoqué 24, il l'évoquera et le reconnaîtra en le prononçant, en le rencontrant. »

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