‹ Les Travaux de Pitres sur l'AphasieChapitre 22 sur 33 · HO TE · texte numérisé non relu

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La doctrine clinique de Pitres est très « séparatiste ». La paraphasie est indépendante de l'aphasie motrice et de l’aphasie sensorielle. On peut être paraphasique sans être sourd verbal. Elle est, bien entendu, indépendante de la démence.

La paraphémie, la paralexie, la paragraphie, sont indépendantes entre elles. La malade d’Osborn, très paraphémique et très paralexique, pensait, étudiait, comprenait, traduisait et écrivait efficacement. Le malade de Bouiilaud, devant un tambour, disait « fromage », et écrivait « tambour ». Il y a des paragraphies sans paraphémie. Il y a des paraphémies sans paralexie, etc. Un malade de Pitres faisait fort bien des sous tractions compliquées tout en énonçant craiement des nombres fantaisistes.

Même. interindépendance enfin, entre la parole spontanée, la répétition, la récitation, la lecture à haute voix 6).

Le paraphémique pur, qui jsrgonne intarissablement et paisiblement, devient, pour pe qu’on l’aide, conscient de ses énormités; il les dépiore, mais ne peut les éviter ou les corriger. Heureux si le détour du geste, de la périphrase, de l'écriture, de la lecture, peut suppléer dans une certaine mesure sa parole. Il n’a pas de $S. V. et il ne paraît pas se comprendre; il n’a pas d'A. M. et il parle mal; pensant assez bien et parlant très mal, il souffre d’un désaccord entre ses représentations mentares et ses évocations verbales; attentif, refréné, il pourrait repérer lui-même ses mots corrects et ses écarts; et certains paralexiques, certains paragraphiques font ce repérage sans pouvoir pour cela éviter ou corriger leurs erreurs. Un paraphémique paragraphique veut dire « chambre », il dit « jardin »; on agit en conséquence, il s’irrite et répète « jar-din »; on l’interroge, « jardin? ». Il est furieux;

(8) Remarques analogues de HEILBRONNER, Sur les rapports entre la com. préhension, la répétition et l'évocation des mots (Arch. f. Psych., XLII, 130 p.; analyse in R. N., 1908, p. 951).

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on lui présente un crayon, et il écrit « jardin ». Il lit, découvre sa faute, se désole. Un paragraphique veut écrire « 50 dollars d'intérêt », il écrit, et, se relisant, dit avec stupéfaction : « sanctification de la Brie ».

Y aurait-il de l’hystérie dans le cas de ces surprenants malades? Nous n’avons pu, dit Pitres, rien déceler d’hystérique chez eux, nous n'avons pu, par les méthodes de traitement ou de provocation des phénomènes hystériques, obtenir aucune modification de leur état.

Qu'est-ce donc que la paraphasie?

1° Ce n’est pas une amnésie, comme le croyait Lordat : les dissociations entre une parole paraphasique et une expression graphique normale de la pensée suffisent à le prouver.

2° Ce n'est pas, comme le croit Küssmaul, un trouble de l'intelligence et de Fattention. Dès qu'ils s’écoutent parler, ils prennent conscience de leur mal, mais leur attention ne leur permet pas d'éviter le mot fautif et de trouver le mot juste : plus ils s’efforcent, plus ils parlent mal.

3° Est-ce (conception de Wernicke) de résultat d’une destruction partielle ou d’un isolement du centre des images auditives, de T1? Non, car il y a indépendance entre $. V. et paraphasie; non, car la conception d’un faisceau allant du centre des images auditives à un centre idéatoire (forme 5 de Lichtheim) est parfaitement arbitraire; non, car en admettant enfin (forme 3 de Lichtheim) une voie insulaire entre Ti et F3, on ne voit pas pourquoi la section partielle ou totale de cette voie aurait pour résultat la perturbation du travail idéomoteur volontaire (centre idéatoire - F3) par des incitations incohérentes.

4° Esquisse, par Pitres, d’une théorie personnelle. I n’y a pas de centre idéatoire distinct. Des centres sensoriels, des centres des images des mots et d’une infinité d'autres points de l’écorce, des incitations peuvent parvenir à F3. Sans que F3 soit lésé, sans qu'aucun des centres du langage et des images soit touché, de multiples lésions, dispersées, superfi-

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