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familière (pas toujours la plus ancienne, pas toujours la maternelle) est d’abord comprise, puis parlée. Les autres, dans leur ordre de familiarité, d’automatisme décroissant, seront, chacune à son tour, comprises, puis parlées. Il arrive que le sujet ne puisse dire un mot d’une langue dont il a fort bien retrouvé la compréhension. à
Exemples. Un sujet retrouve tout le français, se remet peu à peu à bien comprendre Je béarnais, mais il n’en peut dire spontanément aucun mot, il ne peut nommer en béarnais les objets qu’on lui présente; il oublie aussitôt les mots béarnais qu'on lui dit, qu’il comprend, et qu'il répète fort bien.
Au cours de la récupération d’une langue, tous les sujets ne sont pas arrêtés d’abord par les noms, les adjectifs, les mots invariables; certains le sont par les verbes. À une question telle que « souffrez-vous de la tête », ils répondent « maintenant, non... autrefois... trois ans... aquarelle, musique... mal de tête tout de suite ».
Le retour définitif ou à éclipse d’un mot peut s’opérer soudain, par surprise, comme à l'insu du sujet, qui l'avait vainement cherché, avait renoncé, et s’occupait d’autre chose. La récitation n’est pas d’un grand secours.
Quelques minutes après avoir retrouvé et répété plusieurs
‘fois de suite un nom, le malade oublie de nouveau.
Le malade qui a perdu l’anglais ou l’arabe <e rend compte qu'on lui parle une de ces langues, mais ne comprend rien.
: L’alexie au cours de la récupération chez un de ces sujets. Devant le mot qui l’arrête, il ne l’épelle pas, il le fixe un instant, puis regarde en l’air et procède à une évocation mentale, souvent réussie.
Quand le mot n’est pas familier, il'le lit tout de travers « Hémiopie », lu « miotais ». Erreurs devant le familier : « Le Chef de. service », du « le Chef de bureau », puis « Chef de service », l’article étant très difficilement obtenu.
On écrit devant lui Pary, Chamot, Dessaint; corrige spontanément: écrit correctement ces trois mots dictés; ne peut
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guère les épeler. Un mot trop déformé n’est pas lu (Thunyz, Ankrié) ().
Ne peut lire le mot ou la lettre qu'on lui fait tracer dans le vide. Ne peut lire, et affirme ne pas connaître les mots «Cuore, Corazon, Heart » et le même mot en arabe. On écrit au-dessous « cœur ». Reconnaît aussitôt les quatre autres termes. Devant « Aiger » en arabe, ne comprend pas. Reconnaît les mots arabes écrits lorsqu'on lui en dit le sens. Corrige alors lorsqu'on lit l’un pour l’autre.
On écrit : « Horse, Palazzo, Happiness, Palaccio, Cavallo, Felicita. » Ne peut rien lire. On lui demande : « N’y a-t-il pas cheval? », « Montre, rapidement, « Cavalo », puis, lentement, « Horse ». Mêmes résultats pour bonheur et palais.
Quand on croyait que l'unique organe du langage était le centre de Broca, on pouvait admettre avec Scoresby Jaëekson que les parties antérieures de F3 étaient disponibles pour l'acquisition de nouvelles-langues. Depuis qu'il y à quatre centres, ne pourrait-on admettre que chacun « collige » dans des parties distinctes les images visuelles des langues suc cessivement acquises? En fait, on ne peut concevoir un dispositif lésionnel adaptable aux faits cliniques.
Le plus probable est que la destruction totale du Broca interdira pour jamais au malade de parler une seule de ses langues, la destruction de T4 ou du P. C. lui interdisant désormais d’en comprendre une seule.
Les faits montrant que des langues acquises, et plus ou moins profondément oubliées après un ictus, peuvent être souvent remémorées prouvent que le centre n’était pas détruit, mais en état d'inertie. Il faut, en «effet, bien noter
(1) Sur une carte d'Afrique, cherche jusqu’au Cap l'Algérie, où il a vécu. Ne trouve pas Le Caire, qu’il se rappelle, bien qu’il ait trouvé le Nil. Ne trouve pas Siout, dont il dit avec précision la principale caractéristique topographique,
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que le sujet n'a pas à réapprendre de nouveau les langues
perdues, mais à retrouver leur souvenir. Un sujet a complè-
tement perdu un patois; il n’en comprend et n’en dit pas un mot. En trois jours, tout lui est redevenu parfaitement familier.
Et Pitres de conclure : l’inertie temporaire des centres classiques rend assez bien compte des faits; il n’est pas nécessaire d’invoquer des centres nouveaux.
On voit le flottement de la pensée de Pitres.
1° Il suit d’abord la direction suivante : l’aphasie des polyglottes est une aphasie amnésique, une dysmnésie d’évocation; et elle fournit un exemple de ila loi d'économie (®) : le sujet de Pitres réapprend une langue en trois jours. Il ne faut donc pas imaginer un centre dont la destruction entraînerait l'oubli définitif ou nécessiterait la reconstruction d’un centre neuf, c’est-à-dire les lenteurs et les difficuités de l'acte de réapprendre tout de nouveau.
2° Mais Pitres s'arrête très loin de la négation des centres d'images verbales. Ayant admis quatre centres du langage, il se contente de ne pas leur accorder autant de secteurs que le sujet connaît de langues. Il persiste à croire nécessaires des centres d'images verbales sans se demander comment s’y distingueront « horse » et « cheval ». Pour Pitres, quand le sujet pourra récupérer la ou les langues perdues, c’est que les centres étaient en état d'inertie partielle, assez inertes pour que la langue la moins familière ait disparu, assez actifs pour que la langue natale soit rapidement retrouvée, reconquise et reparlée. Mais que les centres soient vraiment détruits, et toutes les langues acquises seront anéanties irrémédiablement. Non seulement le sujet ne pourra pas se remémorer les langues oubliées, mais il sera désormais incapable de les apprendre.
(8) On a appris jadis un texte. Il à fallu pour cela dix lectures. On l'oublie totalement. On le réapprend. Deux- lectures suffisent.
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