‹ Les Travaux de Pitres sur l'AphasieChapitre 32 sur 33 · D ES EE · texte numérisé non relu

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au. centre ovale. » Pitres fait donc, dès 1877, l'objection que fera Déjerine en 1908 à la théorie lenticulaire de l’anarthrie. Ayant ainsi, dès sa jeunesse, combattu la future thèse de Marie, Pitres s’est-il souvenu de lui-même en 1906, quand Marie a attaqué le dogme ?

2° Une lésion sous-corticale du pied de F3, par fusée d’origine insulo-lenticulaire avec intégrité apparente de l'écorce et de l’axe blanc du pied de F3, ne cause pas une aphasie motrice pure avec conservation du langage intérieur, mais une aphasie motrice complète. Bien que sauves dans le pied de F3 isolé, les images motrices sont inactives: tout se passe comme si elles étaient détruites.

Pitres, ici, n’a pas tort; mais il aurait noté une vérité plus intéressante s’il avait vu que l’aphasie motrice pure, avec conservation du langage intérieur, peut s’observer non seule-

lement par lésion sous-corticale de F3, mais lors de destruc-

tion du pied de F3 comme si les images motrices survivaient à la destruction de leur prétendu centre. Nous avons vu (p. 22 et p. 23) que Bernheim était très près de cette idée et que les faits allaient parler pour elle.

3° Pour Pitres, enfin, et c’est ici qu'il préfigure un peu la thèse de Marie, ce qu'on appelle l’aphasie motrice pure est dû à des lésions basses de la substance blanche, à des lésions éloignées du pied de F3, à des lésions capsulaires; mais ce n'est pas une aphasie, ce n’est pas un syndrome d'origine cérébro-psychique, c’est: une anarthrie, un syndrome purement mécanique, apparenté aux paralysies.

On le voit, l’anarthrie de Pitres s’oppose bien, ou plutôt se substitue, de longues années avant les travaux de Marie, à l’aphasie motrice pure; et cependant elle respecte entiè-

rement l’aphasie motrice de Broca et sa localisation.

VII. — La thèse de Pascal, inspirée par Picot, nous a montré de quels soins on entourait l’œuvre de Broca, alors même qu’on. apportait les faits qui la contredisaient. Pascal et

Picot certifiant, en 1890, l'existence d’une aphasie motrice

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pure d'origine insulaire avec intégrité de F3, confirment toujours et quand même que F3 est bien le centre des images verbales et de la seule aphasie motrice vraie.

VIII. — Avec son agraphie motrice pure, limitée à l’écriture spontanée ou dictée, limitée à l'organe ordinaire de l'écriture, la main droite, et seul trouble moteur de cette main, Pitres ravive sa fidélité à la doctrine des aphasies multiples et distinctes, des centres distincts et des collections distinctes d'images. La notion d’apraxie lui échappe.

IX. — Pitres croit aux aphasies classiques, à leurs images, à leurs centres d'images, à leurs destructions d'images, puis il prétend dresser, à côté des quatre aphasies traditionnelles, deux aphasies de Pitres : l’aphasie amnésique et la paraphasie. |

La paraphasie: L’aphasique moteur et le sourd verbal parlent mal; ils ont de la paraphasie. Mais il existe une paraphasie pure, sans aphasie motrice et sans surdité verbale. Dans ce cas, les centres d’images sont intacts, le malade comprend, lit, pense, correctement; les liaisons internucléaires peuvent même être indemnes; le malade répète, lit à haute voix, machinalement; mais sa parole volontaire, réfléchie, est troublée parfois jusqu’à la jargonaphasie. Pourquoi ? Parce que, la volition pouvant être normale, les images kinesthésiques pouvant être normales, une lésion intermédiaire trouble l’action de la pensée sur les images. C’est l'aphasie inter-psycho-motrice, transcorticale.

L'aphasie amnésique: L’aphasique moteur et le sourd verbal évoquent difficilement les mots; ils ont de l’amnésie verbale. Mais il existe une aphasie amnésique pure sans aphasie motrice, sans surdité verbale. Les centres d'images sont intacts; le malade comprend, lit, articule, pense correctement; mais il ne peut nommer les objets, il ne peut spontanément et volontairement évoquer les mots, soit les noms, soit les autres parties du discours (antonomasie et acataphasie). Pourquoi ? Parce que, la pensée pouvant être normale et les

ne 9.

images auditives et visuelles pouvant être normales dans

ue: leurs centres intacts, une lésion intermédiaire. trouble ou empêche l'éveil des images auditives et visuelles par la pensée. C'est une aphasie inter-psycho-sensorielle.

I y a, selon Pitres, des conservations ou des perturbations isolées plus remarquables encore; la répétition peut être isolément conservée ou perdue (voie T1-F3), de même la. lecture à haute voix (faisceaux ou écorce d'association P. C.-F3),

"de même l'écriture dictée (voie T1-F2), l’écriture copiée (voie à P. C.-F2). I] n'est pas jusqu’à la récitation qui ne puisse être, seule, sauve ou lésée, avec ou sans perturbation de la-parole volontaire ou de la répétition. re Rappelons enfin, toujours à l’actif de Pitres, organiciste et Jocalisateur, les deux efforts suivants :

+ 4° Son essai d'explication de l’amnésie antérograde ou continue, de l’apexie : le souvenir, dans une première phase de son histoire, est élaboré dans le lobe préfrontal; plus tard il est enregistré dans les centres classiques. Le syndrome du lobe préfrontal doit comporter l’apexie (p: 72). 2° Sa tendance organiciste en matière d’hystérie. L'hystérie est fonctionnelle et mentale puisque l’hystérique analgésique garde sa dilatation pupillaire à la piqûre, puisque l'hystérie me saït pas imiter l’hémianopsie, l’aphasie. Mais l’hystérie est organique; c’est par inertie d’un centre que se produit l’amaurose hystérique, toute simulée qu'elle paraisse (p. 66); et c’est même dans des centres bulbo-ponto-pédonculaires (p. 67) qu'il faut chercher le secret de maint trouble

hystérique.

Pair ; X. — Voyons enfin, chez Pitres, la tendance contraire à celle dont nous avons-(en V, VI 1, VI 2, VIII et IX) constaté les efféts : aphasies multiples et localisation d'images. “4° Ses centres d'images restent volontairement quelque chose de très vague. Etudiant l’aphasie des polyglottes, il recule devant l’idée d’un centre par langue en F3, en Ti, en P.C., et il lui semble que la déchéance fonctionnelle pro:

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gressive d’un unique centre doit suffire à la perte des langues

apprises, en commençant par la moins familière, l'activité restante de la même cellule permettant le rappel de « cheval » et ne permettant plus celui de « horse ».

Cette tendance à ne plus localiser des images particulières, nous allons la retrouver en revenant à l’aphasie amnésique. |

2° Les aphasies classiques ne sont pas toujours une | perte,

‘une destruction d'images; elles consistent souvent en autre

chose qu’une destruction, en une difficulté ou un défaut de fixation ou d’évocation.

Dans le premier cas,’celui de la non-fixation, de L apexie, le sujet ne comprend pas et se comporte en sourd verbal,

-non parce queses.images auditives sont détruites, mais parce :

que, écoutant, t, la. parole d'autrui, il n’a plus conscience du premier mot lorsqu'arrive le dernier; le mot, un instant perçu et près d'être compris, s’évanouit trop tôt de sa conscience. Le malade n’est ni sourd verbal ni dément, il a une amnésie de fixation.

Dans le déuxième cas, celui de la « dysmnésie d’évocation », lé Sujet ne parle pas non parce qu’il a perdu les images kinesthésiques ou auditives, mais parce que, malgré la conservation des images, il ne peut plus les évoquer. Que le mot lui soit donné par autrui ou grâce au succès d’un procédé de rappel, et le mot sera Arerenen émis, compris, avec toutes ses richesses.

Dysmnésie d’évocation ou apexie, l’aphasie amnésique n'a pas de localisation précise; et nous devons concevoir, audessus des centres sensoriels et moteurs, un jeu global de l'écorce.

L’ aphasie ‘amnésique dans sa principale forme, dans la

difficulté d’ ‘évoquer le mot, pouvait être profondément différente des aphasies classiques. Avec elle pouvait apparaître une conception de l’aphasie toute nouvelle, où les lésions ne détruiraient plus des images et des centres d'i images; « ce qui est détruit où même homes affaibli par la destruc-

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tion corticale, allait-on pouvoir dire, cé'né sont plus les souvenirs (non localisés, non cérébraux), c'est la possibilité de les évoquer ». Nous avons vu avec quelle timidité, quels repentirs, Pitres, Bernheim, ont esquissé un pas dans cette voie. À peine l’a-t-il entrevue que Pitres s’en est détourné, pour dire : il n’y a qu'aphasie amnésique tant que les centres d'images subsistent, les images restant seulement inertes ou non réveillées du dedans; mais que les centres soient dé: truits, et il y aura bien destruction des HORgee et des souvenirs:

de

Nul chercheur s'intéressant à l’aphasié; 4 la mémoire, aux relations du cerveau et de la pensée ne peut négliger les faits et les notions dus à Pitres, qu’il ait erré ou réussi :

— Sa contribution à l’établissement AAA des localisations (ch. Il); ES

— Son orientation d'un instant vers. une doctrine dans laquelle l’écorce ne serait que motrice (Pp 26);

— Son commencement de substitution. de l'anarthrie à Fophène motrice, de longues années avant Marie (P. 34);

2— Son effort, trente ans avant la « révision de l’ aphasie ù

pour réduire les aphasies motrices lenticulaires ou insulaires à une lésion du Broca (p. 32); — Son agraphie pure (p. 38); =

— Sa paraphasie pure par lésion inter-psycho-motrice

”—.Son aphasie amnésique -pure, par lésion inter- -psychosensorielle (p. 62):

-— $es aphasies par perturbation des seuls automatismes verbaux (p. 62);

— Sa théorie préfrontale de son apexie. -ou de l’amnésie antérograde (p. 72);

—- Son attribution de l’aphasie pour ung langue apprise à

.. une défaillance fonctionnelle de l'écorce et non à une des-

truction d'images (p. 64);

—— Sa théorie de l’incompréhension du langage non plus par une surdité verbale, non par une démence, mais par une simple amnésie de fixation (p. 53); 4

— Ses-hésitations à localiser aphasie amnésique et: parapee (p. 52); et :

— Son aphasie amnésique encore, et enfin, lorsqu'il semble penser à propos d’elle à une conception de l’aphasie: où les centres ne seraient plus des centres d'images, où la notion d'image cérébrale disparaîtrait (ch. JV). :::

Tout au long de notre exposé des travaux et des résultats de Pitres, nous avons vu notre auteur manifester tour à tour diverses tendances : parfois il localise ét multiplie les aphasies par destruction ou isolement des centres d'images; il mécanise l’aphasie en anarthrie; parfois, dans son aphasie amnésique surtout, il tend à concevoir une aphasie spiritualisée, dégagée de la notion de centre d'images, dégagée de. la notion de « surdité » verbale, dégagée même de la notion de localisation.

Qu’elles soient contradictoires ou complémentaires, ces tendances sont toujours vivantes et actives; mais nous ne pouvons penser à étudier ici leur histoire après Pitres et le sort des idées de Pitres. Nous avons donné, chemin faisant, quelques indications indispensables sur cé nouveau sujet d'étude (p. 42-43-55-72). Bornons-nous, en terminant, à entrouvrir deux .ouvrages : ÿ

Dans Matière et Mémoire, paru en 4896 et resté parfaitement « actuel », Bergson se montre, lui aussi, tour à tour localisateur et antilocalisateur; et quand il fait survivre le souvenir à la destruction des prétendus centres d'images, c'est en s'appuyant obscurément sur une aphasie qui va être l’aphasie amnésique de Pitres (1).

si —

(1) Quercy, loc. cit.

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Dans les Dissolutions de la Mémoire de Delay (4942), nous verrions agir les tendances de Pitres, à propos même des faits de Pitres : son aphasie amnésique est employée à nier les images et leur localisation, son agraphie à exiger les localisations les plus déterminées et les plus étroites.

Les recherches lés plus actuelles incitent donc leurs auteurs à utiliser les travaux de Pitres. N'est-ce pas la meilleure justification de notre effort pour grouper, à propos de la seule

-aphasie, les faits et les idées du grand neurologiste bordelais ?

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