‹ Les Travaux de Pitres sur l'AphasieChapitre 31 sur 33 · RESUME ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

RESUME ET CONCLUSIONS

[. — Les travaux de Pitres sur l’aphasie et sur la mémoire s'égrènent de 1875 à 1913 si on leur adjoint, au début, sa thèse sur le centre ovale et des notes préliminaires (1875- 1873) et, à la fin, le travail de 1913 sur l’amnésique de Mabille. Ces travaux se resserrent de 1884 à 1895 si on se borne à ceux qui concernent expressément l’aphasie.

Il. — Il a donc commencé sous Charcot, et même sous Broca, et il a terminé sous la régence contestée de Babinski, de Marie, et aussi dé Janet, et, devons-nous ajouter, de Bergson.

En 1877 et en 1884, règne paisiblement la doctrine de la pensée par images, des quatre centres d'images et des aphasies par destruction ou par non-association cérébrale des images (aphasies nucléaires et internucléaires).

IT. — 1° Dès 1888 intervient Janet, non pas, certes, à propos de l’aphasie et de la 3° frontale, mais à propos de l’hystérie, donc sur un terrain de Pitres; et Janet conclut bientôt que ses malades, anesthésiques, ammésiques, aphasiques même, n’ont nullement perdu leurs sensations, leurs images, leurs souvenirs, leurs mots.

2° En 1894, Bernheim affirme que la destruction des centres du langage laisse aux aphasiques sensoriels ou moteurs leurs images verbales; et, avant de finir par localiser ces images cérébrales dans le lobe frontal, il réussit un instant l'effort de nier la localisation et l’existence d'images cérébrales des souvenirs (p. 21).

::3° En 1906, Marie soutient que l’aphasie et la 3% frontale n'ont rien à faire l’une avec l’autre, que l’aphasie motrice pure est une dysarthrie mécanique, que la seule aphasie est celle de Wernicke, une aphasie de compréhension, et qu’elle n'est pas une « surdité » verbale, non pas une amnésie d'images, mais un affaiblissement intellectuel spécial. Il rejette vivement — on l’appela l’iconoclaste — la notion des images tout court, sans même ajouter « cérébrales ».

«4° En 1908, à la suite des travaux de Babinski sur l’hystérie.et de la confusion survenue entre hystérie, pithiatisme, suggestion, pathominie, simulation..…., Pitres a pris part à la discussion-de 1908 à la Société de neurologie (p. 31).

Voyons maintenant la position et la part de Pitres.

- IV. — 1° Dans ses premiers travaux, avec Charcot et avec Franck, il travaille, dès 1875, à son tour et à son rang, des tout premiers en France, à fonder la doct,ine des localisations cérébrales. I] conclut à la nature purement motrice des circonvolutions rolandiques. Rencontrant une doctrine (le fondateur Hitzig, Munk, Bastian) qui fait des rolandiques un système de centres sensitifs, une doctrine pour qui l’excitation sensorielle, imaginative, volitionnelle ou électrique des centres rolandiques y éveille des images motrices, d’où, automatiquement et sauf inhibition, la matérialisation des images mentales en mouvements réels, il reste fermé à cette doctrine. Il conteste même qu’on puisse, avec Bechterew, mettre des centres moteurs en Fa et des centres sensitifs' en Pa. Pour lui, toute cette écorce n’est que motrice, les anesthésies des-hémiplégies par destruction rolandique sont capsulaires... ou hystériques. |

2° Motorisant ainsi l'écorce, Pitres n'a pas maintenu cette ligne de pensée, puisqu'il a pleinement admis la localisation occipitale de la vision et les quatre centres d'images verbales. Sa thèse de la pure motricité de la pariétale ascendante et de la non-corticalité des sensations. tactiles et kinesthésiques était-du reste erronée. Nous devons cependant retenir

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son idée, pour fausse et primitive qu’elle soit, comme une préfiguration de pensées spiritualistes qui, refusant de faire de l’écorce-le fabricant, le siège, la cause de sensations et d'images, réduiront le cerveau à son rôle moteur, le seul intelligible, et chercheront pourtant à comprendre comment des lésions corticales déterminées peuvent s'accompagner. d’anesthésies et peut-être d'amnésies déterminées.

V. — I] admet sans discussion l’aphasie motrice; pour lui, c’est bien une maladie spéciale; il y a bien des images motrices et elles sont bien localisées dans le pied de F3, généralement à gauche. Il sait, Broca ne le savait pas, que le pied de Fa contient des centres psycho-moteurs, peut-être kinesthésiques, pour l'appareil phonatoire. Il ne se pose pas de question sur la contiguité, la continuité — pied de F3 — pied de Fa, et-sur la valeur des distinctions physiologiques, psychologiques et nosologiques admises entre ces deux petites régions corticales. I] respecte scrupuleusement la doctrine issue de Broca : la destruction ou l'isolement du pied de F3, centre des images motrices verbales, provoque une maladie spéciale, d'ordre psychologique, distincte des paralysies, des ataxies, des dysarthries, une aphasie.

VI. — Cependant, dans son « aphasie motrice sous-corticale », travail sur l’aphasie motrice, et sur l’aphasie motrice pure, il se sent révolutionnaire, « hérétique ». Il y réduit en effet des aphasiques à n'être que des amarthriques. A:t-il donc, dès sa thèse de 1877 et en 1894, fait ce que fera Marie s au siècle suivant ? Il a fait une partie de cette œuvre future et il en a combattu d'avance l’autre.

Voici sa pensée :

1° « On se plaît à nier, dit-il, le rôle du pied de la 3 frontale, on rattache l’aphasie à des lésions de l’insula, de la capsule externe de la région lenticulaire. On oublie que ces lésions fusent vers le haut et coupent l’attache du pied de F3

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