INTRODUCTION
Lorsque j'entends les Parisiens se plaindre si vivement de l'élat actuel de la voirie et des boues du macadam, je ne puis m'empêcher de penser qu'ils ont la mémoire bien courte et qu'ils ont trop vite oublié les inconvénients d'un passé qui n'est guère éloigné cependant.
Mais, en y réfléchissant, on reconnaît qu'il doit en être ainsi; les maux présents, les seuls dont nous souffrons, nous paraissent, quelque légers qu'ils soient, plus intolérables que les maux passés, surtout quand nous sommes, pour toujours, débarrassés de ces derniers.
Dans les questions de l'ordre de celles dont je vais m'occuper principalement, rien n'est plus naturel que de ne tenir aucun
compte des améliorations réalisées et de ne voir que les inconvénients de ce qui existe.
Les enfants de Paris nés au commencement du siècle se souviennent que les chaussées des rues de la ville n'avaient pas, vers 1850, la forme bombée qu'on leur a donnée depuis.
A cette époque, un ruisseau occupait le milieu de toutes les voies publiques ; de petits ruisseaux secondaires partaient de chaque maison et déversaient dans le collecteur commun le flot impur des eaux ménagères qui, en temps de sécheresse, croupissaient longtemps en larges flaques dans les inégalités d'un pavé mal entretenu. Les voitures, entraînées par la pente, tenaient invariablement une de leurs roues dans cette fange liquide, et en faisaient jaillir d'épaisses nappes qui retombaient sur les passants. Il était impossible de se promener dans Paris par le plus beau temps sans être exposé à la crotte. J'emploie à dessein ce mot si connu de nos pères.
Lorsqu'il pleuvait, c'était naturellement pis encore ; le milieu de chaque rue était occupé par un large torrent d*eau boueuse qu'on franchissait sur des ponts volants, et qui allait s'engouffrer dans une des rares bouches d'égout disposées de loin en loin aux points bas de la ville.
Ces bouches ne ressemblaient guère à celles des égouts actuels, qui sont dissimulées sous les bordures des trottoirs. Elles se présentaient, énormes et béantes^ souvent au milieu même de la rue, et répandaient une insupportable odeur dans tout le voisinage.
Toutes ces misères, qui nous paraîtraient si intolérables aujourd'hui, n*étaient rien, néanmoins, si on les compare à