CHAPITRE m
Au point de vue de rexécution, le collecteur se divisait en deux parties placées dans des conditions complètement diffé* rentes.
L*une comprise entre la rue de la Pépinière et la route stratégique des fortifications, sur 2059 mètres de longueur, ne pouvait être construite qu'en tunnel , car elle passe sous le promontoire de Monceau, et la profondeur des puits atteint 20°*,30 audessous de la voûte ou 25"", 10 jusqu'au fond de la fouille. L'autre comprise entre les fortifications et la Seine, sur un développement de i 824 mètres, devait être construite à ciel ouvert, la profondeur des tranchées ne dépassant pas O^ïSO.
Je me borne à donner ci-contre la coupe géologique du terrain dans la partie du tracé correspondante au tunnel, l'autre partie n'offrant rien de particulier.
On voit que le percement devait s'effectuer dans un terrain de nature sablonneuse, presque entièrement immergé dans la nappe d'eau des puits, ce qui annonçait, a prioriy de très sérieuses difficultés d'exécution.
Dans toutes les localités oii l'on exécute de grands travaux, on trouve des difficultés spéciales. A Paris, la présence de la nappe d'eau des puits dans des sables fluents est certainement
le plus grand obstacle qu'on ait rencontré dans l'exécution des travaux souterrains.
La coupe rapportée ci-contre et qui a été relevée sur le trou de sonde foré entre les puits 8 et 9, donne une idée très nelle du terrain qu'on a rencontré dans le tunnel ; c'élait, en général, ce que les ouvriers appellent lerre à four, c'est-à-dire du sablon très fîn mélangé d'une très petite quantité d'ai^ile et quelquefois tout à fait pur. Simplement humide, ce terrain est assez ferme ; extrait dans une nappe d'eau il devient tluent, comme tous les sablons auxquels les ouvriers donnent le nom de sables boulants ou bouillants. L'exécution d'un souterrain, ou même simplement d'une tranchée ordinaire, dans ces sables, a toujours passé pour une opération extrêmement difficile.
Le sable s'écoulant avec l'eau qu'on épuise à mesure qu'on creuse Texcavalion, il se forme des affouillements considérables sur les parois de la tranchée; à Paris ces affouillements sont très dangereux à cause du voisinage des maisons.
Aussi nos prédécesseurs, qui n'avaient pas les moyens puissants d'épuisement dont on dispose aujourd'hui, s'effrayaientils beaucoup lorsqu'ils rencontraient la nappe d'eau des puits. Voici ce qu'on lit dans les notes de M. Emmery sur l'égout de la rue des Champs-Elysées, fondé beaucoup moins profondément dans la nappe d'eau que nos collecteurs : «Tranchées profondes (c (7™,50), difOcultés inouïes par suite des sables fluides ren- « contrés dans les couches inférieures entre la Seine et la rue (c du Faubourg-Sain t-Honoré. Profondeur maintenue avec opi- « niâlreté, comme condition première de l'assainissement des « quartiers nord-ouest.... Égoïsme curieux et plaintes qui res- « teront historiques des riverains à voitures de luxe. »
Un de nos plus anciens employés, qui a surveillé en 1854 les travaux de construction de l'égout sud de la rue du Faubourg-Saint-Denis placé à peu près dans les mêmes conditions, m'a donné les renseignements suivants :
CONSTKl'CTIOK DU COLLKOTEUR D'ASKIÈRRS
Jtirla.lpiitrt-aiUtJVjidubauiteant^iit»rùur-iUtiiiraUmr, priela biaTiindzJhateiuL,t»langdu,mui'^*tùvi.
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Jhéiegt Ai/vu tififwnutU nu JWflWHHlJrC^,
û niltm u E- dM'ffr^ t£ J^JBm^
Malgré la largeur de la rue du Faubourg-Saint-Dcnis, malgré le boisage jointif de la tranchée, tout le sol s'est mis en mouvement à tel point qu'il existait entre les trottoirs et le mur de face des maisons une fissure longitudinale continue dans laquelle on pouvait passer la jambe.
Les travaux s'exécutaient d'une manière lente et dispendieuse par petites parties de 2 à 3 mètres, ce qu'on pouvait faire dans une journée : « et encore », ajoutait-il, les ingénieurs « s'estimaient très heureux; ils disaient que dans des travaux aussi difficiles, on ne doit se préoccuper ni du temps, ni de la dépense, mais uniquement de la réussite. >
Les ingénieurs qui ont construit l'égout Rivoli exprimaient hautement des doutes sur le succès des travaux du collecteur général dans la rue Royale.
Nos collecteurs étant en général établis beaucoup plus bas que les égouts des rues des Champs-Elysées et du Faubourg-Saint- Denis, on se serait exposé à faire tomber les maisons mal fondées, en suivant les méthodes anciennes, et on verra plus loin que les fouilles des égouts Rivoli et de Sébastopol, quoique creusées à une petite profondeur dans la nappe, ont réellement mis les maisons latérales en péril.
La méthode ancienne qui se pratiquait encore partout en France à celte époque, consistait à circonscrire l'épuisement au point même où l'on travaillait et même à le suspendre la nuit, lorsqu'on pouvait mettre la fouille à sec en recommençant à épuiser quelques heures avant la reprise du travail. C'est ainsi que nos prédécesseurs opéraient dans les sables fluides de Paris.
La méthode que j'ai substituée à cet ancien système est basée sur ce fait, que les sablons cessent d'être fluides dès qu'on abaisse la nappe souterraine au-dessous du niveau des travaux. Ils conservent alors une certaine humidité qui les rend beaucoup plus fermes que lorsqu'ils sont complètement secs, parce que, dans ce dernier cas, ils peuvent couler, lorsqu'ils sont purs, comme le
sable d'un sablier. Mais il faut que rabaissement soit permanent et, par conséquent, que l'épuisement soit continu. Il faut aussi que, vers les pompes, le niveau de la nappe d'eau soit notablement abaissé au-dessous du plan horizontal où l'on travaille ; s'il n'en était pas ainsi, on retrouverait l'eau à une faible distance, car les nappes souterraines prennent une pente assez forte lorsqu'on les épuise. On va voir comment j'ai été conduit à la méthode que je viens de décrire et qui depuis, a été appliquée également aux grands égouts construits en tranchée.
Les projets avaient été dressés par M. l'ingénieur Delaperche, sans prévision spéciale pour ce qui concernait les sables fluides ; dans les cahiers des charges du service municipal ou n'introduisait d'habitude aucune stipulation relative à ces sables.
Ces projets, après avoir été soumis au Conseil général des ponts et chaussées et au Conseil municipal, furent approuvés par décision ministérielle du 30 avril 1857 et mis en adjudication.
Les travaux étaient divisés en deux lots.
Le premier lot, compris entre les fortifications et la Seine, montant à 1 million de francs, fut adjugé au sieur Roche, le il mai 1857, moyennant un rabais de 1 pour 100.
Le second lot, comprenant la partie en tunnel entre la rue de la Pépinière et les fortifications ne trouva pas d'adjudicataire.
Une seule soumission fut déposée; elle était de la maison Gariel et Garnuchot qui consentait à se charger de l'entreprise moyennant une augmentation de 20 pour 100.
Je fus autorisé par M. le Préfet de la Seine à me mettre en relation avec les principaux entrepreneurs de Paris, pour obtenir une soumission à des conditions meilleures, mais j'échouai complètement. MM. Gariel et Garnuchot maintenaient leur demande d'augmentation. Un autre entrepreneur, M. Garnier, demandait 25 pour 100 d'augmentation et toute la somme à valoir de 257 970 fr. 58 c. portée au détail estimatif.
Ces messieurs me déclarèrent que la présence de la nappe
d'eau et des sables fluides rendait l'entreprise très périlleuse, et qu'ils ne pouvaient en accepter la responsabilité si on ne leur accordait des prix très élevés; M. Roche et les autres entrepreneurs du service municipal ne firent aucune proposition.
M. l'ingénieur Delaperche, auteur du projet, pensait que, pour exécuter les travaux avec sécurité, il fallait faire usage d'Un cintre mobile ou bouclier analogue à celui employé au tunnel de la Tamise, mais ce moyen augmentait évidemment la dépense de plus de 20 pour 100.
C'est alors que j'eus l'idée d'abaisser le plan d'eau de la nappe souterraine au-dessous du radier par des épuisements énergiques et continus. La présence de cette nappe prouvait que les sables, quoique très impurs, étaient perméables; il était donc possible de les assécher par un épuisement continu fait avec des pompes convenablement espacées.
Je proposai à M. le Préfet de m'autoriser :
1"* à acheter dix locomobiles et dix pompes; 2^ à creuser les dix puits d'extraction prévus au projet; 3° à y installer les pompes au-dessous du radier; ht à attaquer en régie les galeries après avoir abaissé convenablement le plan d'eau de la nappe souterraine.
Cette proposition fut approuvée par arrêté du 7 mai 1857 et un crédit de 170000 francs fut ouvert à cet effet.
Un puisatier, iM. Herbeaud, se chargea au prix du devis du forage des puits ; MM. Gariel et Garnuchot consentirent à nous fournir en régie les ouvriers et les outils nécessaires pour attaquer les galeries à chaque point, et à diriger les travaux comme s'ils étaient exécutés à l'entreprise \
^ On sait que les ouvriers travaillent mal dès qu'ils savent qu'ils sont employés en régie, au compte de rAdministration.
Dix machines locomobiles de la force de quatre chevaux chacune furent fournies par la maison Galla, pour la somme totale de 5600(y,00
M. Letestu fournit les dix pompes aspirantes et foulantes, que ces locomobiles devaient actionner, pour la somme de 18 675',97
Prix total des appareils d'épuisement. . . . 74675^97
On mit la main à Tœuvre le 7 mai 1857 et ces travaux d'essai furent conduits avec une telle rapidité et un tel succès, la méthode inspira une telle confiance aux entrepreneurs que xMM. Gariel, Garnuchot el Herbcaud s'engagèrent, par soumission en date du 24 juillet 1857, à exécuter les travaux au prix de la série ; il acceptèrent pour le boisement le prix à forfait de 103 francs et pour les épuisements celui de 55 francs par mètre courant d'égout.
IjCS travaux furent commencés dans les premiers jours d'août, et la dépense fixée ainsi qu'il suit :
Montant du détail estimatif 1388147,94
Augmentation de 1 pour 100 en faveur des asiles impériaux 13881^48
Somme à valoir pour cas imprévus 257 970^58
Total 1660000^00