CHAPITRE VIII
On sait que la Bièvre n'a pas toujours débouché en Seine en amont du pont d'Austerlilz; le nom de la rue de Bièvre semble indiquer qu'au xviif siècle, époque où celte rue a été ouverle, le ruisseau tombait dans le fleu\e vis-à-vis de l'Archevêché. La forme même de la rue Saint-Yiclor, sa basse altitude, semblent indiquer que le lit suivait ce tracé, entre les rues des Fossés- Sainl-Bernard et des Grands-Degrés, Néanmoins il parait assez probable qu'on le détourna à l'époque oii s'acheva l'enceinte de Philippe Auguste et qu'on le jeta en Seine en amont de la porte Saint-Bernard* C'est du moins dans celte position que nous trouvons une de ses branches sur le plan de Gomboust, le plus ancien plan sérieux de Paris, qui remonte à l'année 1652; à celte date, la Bièvre se divisait en deux bras : celui d'amont suivait le tracé actuel, l'autre passait sous le Jardin des Planles\ longeait les bâtiments de l'abbaye Saint-Victor, se retournait parallèlement à la rue des Fossés-Saint-Bernard, et tombait en Seine un peu en amont de la porte de ce nom (fig. 25).
* Le Jardin des Plantes, commencé par Guy-Ijabrossc en 1627, et inaujsuré en 1640, portail alors le nom de Jardin des Plantes médicinales ; il n'occupait on longueur que la moitié h peine de son emplacement actuel; il était limité du côté du nord par le bras de la Bièvre, qui débouchait en Seine k la (lorle Saint-Bernard.
LE COLLECTEUR DE LA BIÈVRE ET LE SIPHON DE L'HUA. 9r>
A quelle époque ce bras a-l-îl été supprimé? C'esl ce qu'il est difficile de dire. Peut-être ce détournement doit-il être attribué à Buffon, à qui, on le sait, est dû ragrandissement du Jardin des Plantes.
Fig. 33. ~- DJbouEbé indell de U BUrro (extrait do plin d« Gombouïl, 1653).
La Bièvre n'était point alors ce cloaque fétide qui empoisonne l'air de la jolie vallée d'Arcueil. C'était une rivière dont l'eau était assez limpide et assez pure pour qu'on ait pensé à la fin du svm' siècle à la dériver vers Paris pour l'alimentaliou des habitants. Cette proposition fut faite en 1782 par M. de Fer de
9i LES TRAVAUX SOUTERRAINS DE PARIS.
La Nouerro, et un arrêt du conseil d'Élat du 3 novembre 1787 autorisa la dérivation.
Le projet reçut même un commencement d'exécution, mais les plaintes des usagers motivèrent un nouvel arrêt du conseil d*Étatdu 11 avril 1789, qui suspendit les travaux.
Depuis cette époque, les eaux de la Bièvre ont été corrompues, non seulement par les tanneries et les mégisseries qui existaient déjà en assez grand nombre à Paris, à la fin du XVIII* siècle, mais encore par des blanchisseries et d^autres établissements industriels, qui sont exploités aujourd'hui depuis l'origine de la vallée jusqu'aux fbrtifica tiens.
La rivière était devenue dans ces derniers temps si noire et si fétide qu'elle suffisait, malgré son faible débit, pour troubler et corrompre toute l'eau du fleuve. Aussi, depuis longtemps, les ingénieurs s'étaient-ils préoccupés dos moyens de détourner ce ruisseau pour le jeter en Seine à l'aval de Paris.
A l'époque où l'on construisit l'écluse de la Monnaie, vers 1852, on établit, sous les bas-ports de la Seine, un égout collecteur destiné à recevoir les eaux de la Bièvre et des égouts de la rive gauche ; les travaux furent exécutés depuis un point pris un peu en amont du pont de l'Archevêché jusqu'à l'aval du pont des Arts, oii cet égout débouche en Seine. Il recevait les eaux des égouts des quais Saint-Bernard, de la Tournelle et de Montebello. Mais, construit à une trop basse altitude sous un terrain submersible, à la moindre crue du fleuve, il est réellement impraticable. On ne pouvait en faire le collecteur des eaux de la Bièvre et des autres égouts de la rive gauche, car il était déjà engorgé par le pcUt nombre d'égouts qui y débouchaient. Cette entreprise fut donc abandonnée.
Projets. — Il avait été décidé, avant l'annexion du nouveau Paris, que les eaux de la Bièvre et des égouts de la rive gauche seraient jetées, à la place de la Concorde, dans le collecteur général d'Asnières en les faisant passer en siphon
SOUS la Seine, dans deux tubes en tôle d'un mètre de diamètre. Le projet de la partie comprise entre la Bièvre et le pont de l'Aima fut approuvé le 17 août 1859 par le ministre des travaux publics et le 26 août suivant par le Conseil municipal.