‹ Les travaux souterrains de ParisChapitre 39 sur 104 · EXÉCUTION DES TRAVAUX · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DES TRAVAUX

Première section^ entre la Bièvre et le pont de VAlma. — Je ne parlerai pas des deux petits tronçons du square de Gluny et de l'avenue de Latour-Maubourg, qui ont été exécutés isolément en même temps que les autres égouts du boulevard Saint- Germain et de l'avenue de Latour-Maubourg.

Les différentes parties de la première section du collecteur

de la Bièvre s'exécutèrent clans Tordre suivant : la première partie, entre le pont de l'Aima et la rue de Bourgogne, fui construite dans la campagne de 1860. En 1861, on exécuta les travaux jusqu'à la rue Saint-Jacques on utilisant la petite partie déjà faite le long du square de Cluny. On entreprit également à cette époque les travaux du souterrain à ouvrir sous la partie haute de la rue Saint-Victor, aujourd'hui rue Linné ; ce souterrain de 458™, 94 de longueur présentait, comme on va le voir, d'assez sérieuses difficultés. Commencé en octobre 1861, il était entièrement terminé le 4 avril 1862.

Les travaux de cette première section furent suspendus depuis le 4 avril 1862 jusqu'en juin 1866, parce que l'égout, entre la place Mauberl et la rue des Boulangers, empruntait le tracé des rues Monge et des Écoles qui n'étaient pas encore ouvertes ; on avait reconnu qu'il était difficile de construire une aussi grande galerie dans la partie correspondante trop basse et trop étroite de la rue Saint-Victor',

Les deux lacunes qui existaient, d^me part, entre la rue Saint- Jacques et la tête aval du souterrain Saint- Victor, et, d'autre part, entre la lêle amont de ce souterrain et la Bièvre, furent donc comblées lorsqu'on ouvrit les rues Monge et des Écoles. Entrepris vers la fin de mai 1866, les travaux furent complètement terminés le 28 mai 1867, et la Bièvre cessa, à partir de ce jour, de tomber en Seine en amont du pont d'Austerlitz; son débouché fut reporté sous le pont de l'Aima dans l'ancien chenal do i'égout de la Viei^e qui traverse la culée de ce pont. C'était déjà un grand résultat obtenu.

L'ouverture de la première section du collecteur de la Bièvre fil immédiatement disparaître toutes les impuretés qui souillaient l'eau du fleuve dans la traversée de l'ancien Paris, mais

* Cette rue était d'ailleurs pourvue d'un égout. L'obligation de mainteair cet égout en service au milieu des étais de la fouille de la grande galerie aurait augmenté considérablement les difGcultés de Tenlreprise ; je le savais par expérience, car j'avais construit dans ces conditions le collecteur de la rue Neuve-des-Petits-Cbamps et le collecteur des rues du Ghâtcau-d'Eau, des Petites-Écuries et Richer.

L£ COLLECTEUR DE LÀ 61ÈYRE ET LE SIPUON DE L'ALMÂ. 107

pour lès reporter à Taval du pont de TAlma sur la rive de Grenelle.

L'exécution de cette première section n'a présenté de circonstances absolument spéciales que sur un seul point, rue Linné, au souterrain Saint-Yiclor. Le reste a été construit dans les conditions ordinaires des travaux de ce genre, ce qui ne veut pas dire qu'on n'y eût pas rencontré de sérieuses difficultés. Tout le monde comprend en effet qu'il n'est ni simple, ni facile d'exécuter de grandes galeries dans les rues les plus peuplées d'une capitale comme Paris. Mais enfin nous avions déjà construit beaucoup d'autres ouvrages de ce genre, et l'exécution de celle partie du collecteur ne présentait pas plus de complications. Elle a donc marché régulièrement sans accident et sans imprévu \

Le souterrain Saint-Victor, qui, exécuté en pleine campagne, n'aurait nullement préoccupé les ingénieurs, était d'une exécution difficile et dangereuse dans Paris. Nous ne dirons rien de l'extraction d'un banc de roche très dure qui occupait l'emplacement de la cunette; c'était purement et simplement une question de dépense. Mais le ciel du souterrain était formé d'un sable fin et mouvant rendu très dangereux par la présence de deux conduites, Tune de 0™,30 d'eau d'Ourcq, l'autre de 0'",25 d'eau de Seine. C'était surtout dans la partie amont du souterrain que nous devions craindre les accidents ; la rue Geoffroy- Saint-Hilaire, très étroite derrière le Jardin des Plantes, est bordée par les constructions de l'Hospice de la Pitié. La rupture des conduites d'eau pouvait avoir les conséquences les plus funestes. Je puis dire hautement que sans le dévouement de

* 11 n'est pas sans intérêt de donner ici une idée de la rapidité avec laquelle les traxaux étaient exécutés.

Commencés dans les premiers jours d'avril 1860, en remontant à partir du pont de rÂlmn, cette grande galerie atteignait, le 6 juillet, le pont de Solférino. Le 5 octobre, l'égout était en service entre les ponts Royal et de l'Aima.

Les travaux étaient repris le 15 mars 1861. Le 14 juin, Tégout était voûté jusqu'au Pont- Neuf, malgré de très difficiles terrassements ouverts dans les anciennes fondations des quais, le long de Tlnstitut. Le 6 août, on achevait la grande chambre de la place Saint-Michel, el l'égout était entièrement terminé jusqu'à la rue Saint-Jacquos à la un de la campagne

mes collaboraleurs les travaux ne se seraient pas achevés sans quelques catastrophes.

Commencés dans les premiers jours d'octobre 186i« les travaux marchèrent d'abord avec une grande régularité, malgré la dureté de la roche qui remplissait l'emplacement de la cunette et la fluidité du sable qui occupait celui de la voûte. Le 6 décembre, c'est-à-dire deux mois après l'ouverture des travaux, Ja petite galerie d'avancement était ouverte d'un bout à l'autre, la voûte était construite sur 100 mètres de longueur. On avait évité tout accident en obligeant les mineurs à pousser, en avant du dernier cadre posé, les petites planches qui soutenaient le ciel, et à garnir les vides avec de la paille. Le 13 décembre, un fontis se forma dans la partie étroite de la rue Geoffroy- Saint-Hilaire sur 10 mètres de longueur et 6 mèlres de largeur. 11 est probable que cet accident fut déterminé par la rupture de la conduite de 0'",25 d'eau de Seine qui était en tôle bitumée, car le boisement était si solide que les cadres ne s'écrasèrent pas. La galerie fut remplie en un instant d'eau et de sable. La conduite de 0",30 d'eau d'Ourcq et celle de 0",25 de l'éclairage se rompirent également et augmentèrent le désordre. Un mineur engagé dans les décombres du fontis fut heureusement sauvé.

Malgré ce grave accident, la voûte était complètement terminée le l*"" février. On exploita en sous-œuvre le banc de roche qui remplissait la cunette, et le 4 avril le corps de l'égout était terminé ; il ne restait à faire que deux regards.

Deuxième section, entre le pont de VAlma et le coUecleur général, y compris le siphon. — Les travaux de la deuxième section ont été exécutés dans l'ordre suivant, sous la direction de mes trois collaborateurs : MM. les ingénieurs Buffet, Darcel et Bernard.

Le premier tronçon, de 306", 75 de longueur, a été ouvert sur

le tracé de Tavenue Joséphine (aujourd'hui avenue Marceau), entre le quai de la Conférence et la rue d'Angoulême prolongée, dans les preniicrs mois de la campagne de 1865, sous la direction de M. TingénieurDarcel. Le souterrain de la place de TÉtoile et le reste de l'égout ont été exécutés du 1^*^ septembre 1866 au 27 juin 1868. M. l'ingénieur Darcel a dirigé les travaux depuis la tête amont du souterrain jusqu'à l'avenue des Ternes. Cette partie de l'égout, qui passe sous l'avenue Joséphine, la place de l'Étoile et l'avenue de Wagram, a été construite entièrement en souterrain sur une longueur de 1389", 13. La section de M. l'ingénieur Bernard commençait à l'avenue des Ternes et se terminait au collecteur général : elle s'étendait sous l'avenue de Wagram, la rue de Courcelles (Paris), la rue de Courcelles (Levallois) et la rue Gide.

MÈTRES

L'égout a été ouvert en souterrain sur 4278,48

En tranchée suivant le type n? 3 sur 1173,61

En tranchée suivant le type n® 1 sur 568 »60

Longueur totale 3020,69

Le 27 juin 1868 nous avons pu parcourir le collecteur en bateau depuis le quai de la Conférence jusqu'à la Seine au pont d'Asnières.

La première partie, construite sous les remblais de l'avenue Joséphine, a donné lieu à des accidents fort rares heureusement. Les égouts ne chargent pas le sol dans lequel on les construit et n'en changent pas les conditions d'équilibre ; ils peuvent donc être établis dans les plus mauvais terrains, dans les argiles les plus compressibles et les plus fiuentes, sans subir d'avaries, à la seule condition que le sol ne soit pas chargé au-dessus. Pour la première partie du collecteur de la Bièvre, entre le quai de la Conférence et la rue d'Angoulême prolongée, cette condition n'a pas été remplie. Le sol, composé d'ai^ile plastique et par con-

séquent très compressible, a été chargé par les énormes remblais de l'avenue, qui y ont déterminé des mouvements considérables. Tous les égouts du quartier, et notamment le collecteur de la Bièvre, ont suivi ce mouvement. Le 15 juin 1865, il fut constaté que des lézardes de plusieurs centimètres de largeur s'étaient ouvertes à la clef et aux naissances de la voûte sur une longueur de 40 mètres à droite et à gauche du débouché de l'ancien égout de Ceinture. On remit l'égout sur cintres et on attendit que le sol revint à son état d'équilibre; on put alors fermer les lézardes en y enfonçant des coins en fer et en les remplissant avec du mortier de ciment.

Un tronçon du souterrain de l'Étoile a été ouvert, sous la direction de M. Darcei, dans les parties dures du calcaire grossier. Nous y avons rencontré des sources qui débitaient jusqu'à 50 litres d'eau par seconde. Nous étions presque au niveau de l'étiage de la Seine, et à chaque crue le débit des sources augmentait dans une forte proportion. Les puits avaient 50 mètres de profondeur, de sorte que l'épuisement a été dispendieux et difficile; la dureté de la roche qui, dans un sol sec, n'aurait été qu'un inconvénient de second ordre, est devenue un obstacle très sérieux au milieu de toutes ces sources jaillissantes.

Les 1389 mètres courants de ce souterrain ont été commencés le l""' septembre 1866 et ont été terminés le 27 juin 1868. La durée des travaux a donc été de 22 mois. Les 5020 mètres de la section de M. Bernard commencés à la même époque, étaient achevés le 18 février 1868, en 17 mois et 18 jours. Ils ont présenté aussi de grandes difficultés, mais d'un autre genre.

Le souterrain, dans cette partie, était ouvert dans un sol argilo- sableux (les sables moyens), un peu bouleversé par d'anciens phénomènes diluviens, mais heureusement renfermant peu d'eau. On sait que les souterrains ouverts dans de pareilles conditions donnent lieu ordinairement à de nombreux fontis et aux plus regrettables catastrophes. Les mineurs disent

que les terrains sablonneux sont traîtres, et c'est là en effet qu'ils trouvent souvent la mort, la plupart du temps par leur imprudence. Dans la rue de Courcelles, ces accidents étaient d'autant plus redoutables que cette rue est étroite et qu'un fontis pouvait déterminer la chute des maisons voisines. Grâce aux précautions prises, nous n'avons eu à regretter aucun accident de ce genre.

La partie exécutée en tranchée à Levallois-Perret était dans des conditions bien plus mauvaises encore : la rue est très étroite dans ce village ; sa largeur en certains points n'atteint pas 10 mètres. Il fallut y ouvrir une tranchée de 4", 80 de largeur, dont la profondeur atteignait jusqu'à 10 mètres et n'a jamais été moindre que 9 mètres, dans le gravier de l'ancien lit quaternaire de la Seine, c'est-à-dire dans un terrain souvent aussi mobile que le sable d'un sablier, à côté de maisons peu solides ; maintenir les communications nécessaires pour sortir les déblais et assurer le service des maisons riveraines. La difficulté du travail était encore augmentée par la présence de la nappe d'eau des puits, qui s'élevait jusqu'au niveau de la banquette. On a surmonté toutes ces difficultés : l"" au moyen d'un système d'étayement très solide, à peu près jointif, et en calfatant les interstices des plats-bords avec de la paille; 2*" en arrêtant le fond de la tranchée au niveau de l'eau, et en construisant d'abord la voûte et la partie des pieds-droits qui s'élevait au-dessus, ensuite en épuisant complètement la nappe et en reprenant en sous-œuvre les banquettes et la cunette.

Le raccord avec le collecteur général a donné lieu à un autre genre de difficultés. Le radier du collecteur de la Bièvre débouchait à l'altitude 24",28, le radier du collecteur général était à l'altitude 25 mètres ; il fallait donc abaisser ce dernier de 0°',72, depuis le point de jonction, sur 400 mètres de longueur, et préalablement détourner ce cours d'eau dont le débit ordinaire est de 5 mètres cubes par seconde. On dut pour cela ouvrir à travers champs une rigole provisoire dans laquelle

on fit passer les eaux. MM. Péreire se prêtèrent généreusement à Texéculion de cette tranchée, qui fut ouverte sans indemnité dans leurs propriétés.

Les travaux du siphon ont été dirigés par M. l'ingénieur Buffet. Commencés dans la première quinzaine de mars 1868, ils ont été terminés le 11 novembre suivant. L'eau de la Bièvre et des égouts de la rive gauche a été jetée le lendemain dans le tube amont du siphon.

Les travaux de terrassement et de maçonnerie du collecteur de la Bièvre ont été exécutés par M. Laroquc, entrepreneur associé à la maison Gariel et Garnuchot; les travaux de tôlerie du siphon par M. Ernest Gouin, qui a été chargé de l'immersion.

Ces travaux ont présenté les plus sérieuses difficultés, qui ont été surmontées heureusement, grâce à l'habileté, à l'éneipe et au dévouement de tous nos collaborateurs : ingénieurs, conducteurs et entrepreneurs.

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