CONSTRUCTION DU SIPHON
Le siphon se compose de deux tubes en tôle de 1 mètre de diamètre. La tôle a 20 millimètres d'épaisseur (Voir planche III de l'Atlas).
Avant d'entreprendre ce travail, on fit en juin 1866 un essai dans les anciens bassins de Chaillot ; on constata par ces expériences que l'intérieur de ces tubes devait êlre complètement lisse. Le siphon d'essai était fait avec des tuyaux de 0",50 assemblés à emboîtements; on y fit passer du sable, des pierres, du fumier, en un mot toutes les matières qui sont transportées habituellement par les eaux d'égout. J'eus l'idée de vérifier l'état du tube en y faisant passer une boule en bois d'un diamètre un peu moindre que le tube; cette boule traversait
tout le siphon comme les autres corps flottants en roulant sur la génératrice supérieure du cylindre et chassait devant elle les matières lourdes qui tendaient à rester dans la partie basse, car tout obstacle déterminait en dessous de la boule un courant d*eau très violent d*une puissance irrésistible. Mais lorsqu'une pierre ou un morceau de bois se coinçait dans le vide qui existe à chaque emboîtement, à l'extrémité du bout mâle, les corps flottants et la boule elle-même s'arrêtaient contre cet obstacle. Les feuilles de tôle du siphon de l'Âlma ne pouvaient donc être assemblées à joints recouverts comme dans les chaudières à vapeur ; elles ont été juxtaposées à joints serrés, et l'assemblage a été fait avec des couvre-joints extérieurs ; les trous des rivets sont fraisés en dedans^ de telle sorte que la surface intérieure est complètement lisse. La rivure est étanche. Les tubes ont été assemblés sur une des berges du fleuve et ont été amenés en place en flottant, reliés par des entretoises en tôle avec l'écartement indique au projet. Ils ont été échoués sur un lit de béton de 0™,40 d'épaisseur, coulé dans toute la largeur du fleuve entre deux rangs de pieux et palplanches espacés de 4"*, 74, puis recouverts d'une autre couche de béton de 0",70 d'épaisseur, dont la surface est arasée à 2 mètres en contre-bas de l'étiage et à 3™,45 au-dessous de la retenue du barrage de Suresnes. Celte surcharge de béton est nécessaire pour empêcher les tubes de se relever dans le cas oii Ton aurait besoin de les mettre à sec. En effet, la longueur de chaque tube est de 156 mètres et le poids de la tôle de 620 kilogrammes par mètre courant, soit en tout de 96 720 kilogrammes par tube; le vide intérieur correspond à un poids d'eau de 785 kilogrammes par mètre ou de 122460 kilogrammes pour chaque tube ; la force qui tend à relever un tube et à le faire flotter est donc de 122460 -— 96720 = 25740 kilogrammes. Il fallait aussi préserver la tôle des atteintes des ancres, des gafles des mariniers, du frottement des graviers que le fleuve charrie, etc. On a obtenu une réussite complète, car, après la pose
i\k LES TRAVAUX SOUTERRAINS DE PARIS.
des tuyaux et quelques jours après rimmersion du béton, on vida les deux tubes avec des pompes, ce qui prouva qu'ils étaient étanches, qu'ils étaient parfaitement stables et qu'en cas d'engorgement, il serait facile de les mettre à sec et de les nettoyer.
En cours d'exécution des travaux, on éprouva d'assez sérieuses difficultés, qui furent augmentées par l'obligation d'assembler les tubes sur le chemin de halage à 4 mètres au-dessus deTétiage. Cette dernière condition d'exécution relarda Timmersion de vingt-quatre jours environ et faillit tout compromettre.
En effet, les tubes étaient complètement assemblés le 30 juillet ; si le travail avait été fait sur le bas-port de la rive gauche, on aurait poussé les tubes à l'eau avec des crics, en les faisant glisser sur des chantiers ; l'opération aurait duré quelques heures à peine et, le 1" août, les travaux d'immersion auraient pu commencer. Dans la situation qui nous était faite, il fallait non seulement pousser les tubes, mais encore les retenir sur le talus à 45* d'un perré de 4 mètres de hauteur verticale. Celle retenue était opérée au moyen de câbles passés autour des tubes et dans les organeaux du quai. Les câbles étaient retenus en partie par des hommes, en partie par des moufles. Cette opération exigea d'assez longs préparatifs ; le premier tube ne fut lancé que le 10 août; les ouvriers inexpérimentés le laissèrent brusquement tomber de plus d'un mètre de hauteur, et sans la solidité de Tassemblage, le travail aurait certainement été compromis. Le deuxième tube fut lancé le 18 : c'était dans tous les cas un relard de dix-huit jours que nous avons dû subir. Par surcroît de malheur, le barrage de Suresnes se rompit le jour même de l'échouage du deuxième tube; l'eau du fleuve tomba à un niveau tellement bas que les deux tubes ne purent se mettre à flot ; ce fut le 26 seulement qu'on put les amener en place, tandis qu'en deux jours, en temps ordinaire, on aurait pu poser les entretoises et faire entrer les deux extrémités du siphon dans les échancrures des quais.
Une première tentative d'immersion failc le 26 août ne réussit pas. On l'opérait en chargeant les tubes avec des gueuses en fonte. Au moment où le siphon cessa de flotter, il éprouva une oscillation qui le débarrassa de son fardeau, et il remonta à la surface de Teau.
On réussit complètement le 1*' septembre en assujettissant les extrémités dans des colliers et en opérant lentement.