‹ Les travaux souterrains de ParisChapitre 41 sur 104 · IIISE EN SERVICE DU SIPHON · texte numérisé non relu

IIISE EN SERVICE DU SIPHON

On constata dès le 42 novembre qu'un seul tube du siphon suffisait habituellement pour débiter l'eau de la Bièvre et des autres égouts de la rive gauche. Le régime s'est réglé de luimême avec une différence de niveau variable qui, en temps ordinaire, est de G", 60 entre les plans d'eau à l'entrée et à la sortie du tube.

La différence du niveau des radiers étant de. 0'",50 La surcharge a été do 0™,10

Le même jour on a constaté qu'une botte de foin jetée en amont, dans le siphon, débouchait en aval quatre minutes après. Le frottement était si faible que cette botte n'était pas déliée à la sortie.

En résumé, les travaux du collecteur de la Bièvre ont été commencés le l*' avril 1860. L'eau de la rivière a passé pour la première fois dans le siphon de l'Aima le 12 novembre 1868, à neuf heures et demie du matin. L'exécution des travaux a donc duré huit ans sept mois et douze jours^ mais il y a eu interrup^ lion du 1*' avril 1862 au 1*" juin 1866, c'est-à-dire pendant quatre ans et deux mois, par suite du retard de l'ouverture de

i16 LES TRAVAUX SOUTERRAINS DE PARIS.

la rue Mongc et de la rue des Écoles. En réalité les travaux ont été exécutés en quatre ans et cinq mois.

TiETTOIEMENT DU SIPUON.

On avait reconnu qu'on donnait très facilement des chasses dans chaque tube en fermant et ouvrant brusquement les vannes disposées à cet effet à la tête d'amont. La banquette du collecteur étant horizontale sur une longueur de 1300 mètres entre les ponts de TÂIma et de la Concorde^ et la capacité de la cunette étant de S^'^SO en moyenne sur ce parcours, on peut accumuler en amont du siphon près de 3000 mètres cubes d'eau et produire ainsi des chasses très puissantes, puisque le niveau de la banquette est à 3'", 10 au-dessus de l'entrée des tubes.

On verra plus loin que les grands collecteurs, comme ceux de ]a Bièvre, sont nettoyés au moyen de bateaux-vannes qui font voyager les sables dans la cunette par l'effet de l'eau. Ces bancs de sables que les bateaux chassent devant eux, ont jusqu'à 200 mètres de longueur, et il n'aurait pas été prudent de jeter à la fois dans le siphon une pareille masse de matières lourdes. C'est pour cela qu'on a construit à l'amont la double galerie de 200 mètres de longueur, dont une des branches est destinée à emmagasiner ces bancs de sables, que Ton extrait au moyen d'une drague et que l'on charge en bateaux en tête du siphon au moyen d'un chemin de fer mettant la double galerie en communication avec un petit port de déchargement.

Nous avions la conviction que le siphon se nettoierait seul par le simple effet des chasses, mais, néanmoins, comme il pouvait rester des doutes sur leur efficacité, et qu'il était bon d'ailleurs de faire de fréquentes vérifications, nous avons pensé que le nettoiement pourrait être complété par un procédé qui, en réalité, est le même que celui dont on fait usage pour chasser les sables

dans les collecteurs. Une boule en bois est introduite de temps à autre dans les tubes; son poids étant moindre que celui de Teau, elle roule en s'appuyant sur Tarête supérieure du cylindre ; lorsqu'elle rencontre un obstacle, la vitesse de Teau s'accélère en dessous et produit une chasse puissante. On a vu ci-dessus que des essais faits en 1866, à Chaillot, avec cet engin bien simple, avaient complètement réussi.

Nous en avons fait une nouvelle épreuve dans le siphon, le l^décembre 1868. La boule, construite en bois de sapin, a 0",85 de diamètre et pèse 200 kilogrammes ; introduite en amont dans le tube, elle a traversé la Seine en deux minutes (rente secondes, sans le secours d'aucune chasse, par le simple effet de la pression des eaux de la Bièvre et des égouts de la rive gauche. On pouvait donc admettre que le problème du nettoiement du siphon était complètement résolu, car il était impossible qu'une sphère de 0",85 de diamètre fût chassée par l'eau d'une extrémité à l'autre d'un cylindre de 1 mètre de diamètre, sans pousser devant elle toutes les matières déposées dans ce tube.

Un nouvel essai a été fait en notre présence, le 10 du même mois, trois jours après une forte pluie qui avait fait passer dans les siphons une grande quantité de matières. Quoique dans l'intervalle on eût donné quelques chasses, le siphon n'était pas entièrement propre, car la boule effectua son trajet en onze minutes et parut sur la rive droite, poussant devant elle un énorme monceau de fumier, de boue et de gravier.

Depuis cette époque, la boule passe tous les trois jours dans les tubes et les maintient toujours dans un état parfait de propreté; trois fois elle a empêché le siphon de s'obstruer; une fois, entre autres, elle a poussé devant elle plusieurs peaux perdues par les tanneurs de la Bièvre et qui s'étaient arrêtées dans un des tubes.

RÉSULTATS OBTE.NUS.

Ësl-il nécessaire de dire que la Bièvre était un des fléaux de Paris? Il n'est pas un Parisien qui n*ait maudit ce cloaque infect et tous les égouts qui naguère encore souillaient Teau du fleuve. Les établissements de bains froids avaient perdu tout leur agrément et peut-élre une partie de leur utilité; car il est au moins douteux qu'un bain d'eau fétide et souillée par les déjections d'une grande ville soil encore salubre; les pompes à feu de Chaillot, d'Âuteuil et de Neuilly versaient dans les réservoirs un liquide noirâtre et dégoûtant.

Le petit bras de la Cité, en amont de l'écluse de la Monnaie, présentait l'aspect le plus affligeant; c'était à proprement pai^ 1er le dépotoir, le bassin de décantation de la Bièvre. Tous les habitants de Paris ont pu constater le fait en passant sur les ponts, et, si leur mémoire est bonne, ils doivent conserver le souvenir de cette mare noire et fétide qui, avant le 28 mai 1867, s'étendait entre le pont de l'Archevêché, l'écluse de la Monnaie, la Cité et les quais Monlebello et des Grands- Augustins, et qui contrastait avec l'autre bras du fleuve déjà épuré par les collecteurs de la rive droite.

Aujourd'hui, la Seine conserve sa pureté jusqu'au débouché de régout d'Asnières ; elle est préservée des eaux d'égoul non seulement dans Paris, mais encore sur une longueur de 16 kilomètres à l'aval des fortitications, dans la traversée des territoires de Sèvres, de Saint-Cloud, de Boulogne, de Suresnes, de Puteaux, de Courbevoie, de Neuilly et même d'Asnières.

Toutefois la solution n'est pas complète, la présence de la Bièvre afflige encore les quartiers Saint-Marcel et de la Glacière.

Je parlerai plus loin du prolongement de galerie qui doit la faire lolalemenl disparaître dès son entrée dans Paris ^.

Les deux collecteurs d'Asnières doivent préserver la ville des débordements séculaires. Depuis qu'on fait des observations précises sur les variations du niveau de la Seine, c'est-à-dire depuis 1649, le fleuve a éprouvé huit crues extraordinaires, qui ont submergé les quartiers bas de la ville d'une manière grave ; ces crues sont les suivantes :

i^ — Février 1649, hauteur au-dessus du zéro de l'échelle

du pont de la Toumelle 7">,66

2« — 25 janvier 1651 7»,85

30 27 février 1658 8'»,81

A^ — 27 février 1690 7"»,55

b^ — 27 mars 1711 7'»,62

6° — 26 décembre 1740 7'»,90

7« — 9 février 1764 7"»,35

80 3 janvier 1802 7'»,45

J'ai discuté trois de ces crues dans un mémoire publié en i864^. Si elles se reproduisaient encore aujourd'hui, elles submergeraient les surfaces suivantes dans les quartiers bas de Paris, malgré l'exhaussement du sol :

Crue montant au niveau de celle de 1658 1166 hectares.

Crue montant au niveau de celle de 1740 720 —

Crue montant au niveau de celle de 1 802 455 —

En rendant les quais insubmersibles et en fermant les anciens débouchés des égouts par des portes de flot, on sauverail la ville de ces désastreux débordements. En effet, l'eau des crues ne pouvant en pareil cas rentrer que par le débouché du collecteur général au pont d'Asnières, on diminuerait en réa-

* Aujourd'hui, )o collecteur prolongé existe à partir du point où la Bièvre entre dnns Paris, mais il continue à ne la recevoir qu'à la rue Geoffroy-Saint-Hilaire, parce qu'en amont de ce point il existe un certain nombre d'industries qui utilisent plus ou moins les eaux de la rivière, et qui ne pourront pas en être privées sans compensations, consistant soit en indemnit<^ pécuniaires, soit dans le remplacement de l'alimenbtion actuelle par 'une autre. En attendant, le collecteur fonctionne comme égout et, de plus, il est une garantie contre les crues possibles de la Bièvre, auxquelles il servirait de déversoir.

' Société météorologique de France, séance du 8 novembre 1 864.

lilé la submersion de 2",40. Or celle hauteur esl précisémenl celle des plus hauls débordements au-dessus du pavé des rues basses ; la ville sera donc prései^vée dès que les quais seront rendus insubmersibles.

Page 1