COLLECTEUR DES COTEAUX
Nous avons vu que le point de départ du collecteur des Coteaux avait été fixé à rinterscction du quai Jemmapcs el du boulevard alors projeté du Prince-Eugène (aujourd'hui boulevard Voltaire), el que son tracé était complètenient indépendant de celui du Grand Égoul de Ceinture qui, partant de la rue des Filles-du-Calvaire (fig. 28), suivait les rues des
Fig. 28. — Ccillecleur des Coteaux. Ineit piimilif el tli'riiiil
Fossés-du-Temple, du Chàleau-d'Eau, des Petites-Écuries, de Provence, Saint-Nicolas-d'Anlin, et rencontrait le collecteur
général au carrefour de la rue Lavoisier et du boulevard Malesherbes.
Les deux tracés étaient presque parallèles et peu éloignés l'un de l'autre .
Il était très regrettable de faire ainsi marcher de front deux des principales galeries de Paris, mais le débouché de Tégout de Ceinture était tout à fait insuflisant et son radier trop élevé pour qu'on pût le rattacher à la galerie du quai Jemmapes par un branchement passant sous le canal, et enfin, le projet d'abaissement de ce dernier ouvrage barrait complètement la rue de la Douane, seule voie par laquelle il fût possible de relier l'égout Jemmapes à l'égout de Ceinture.
Quand bien même cette voie aurait été libre, on n'aurait guère pu admettre a priori l'idée d'élargir et d'approfondir ce dernier égout. Sans parler des difficultés matérielles d'exécution, dont il sera question plus loin, comment songer à suspendre pendant plusieurs mois le service de l'unique exutoire de près de la moitié des quartiers de la rive droite?
Cependant un fait imprévu força l'Administration à entreprendre cette opération vraiment téméraire,
Le développement des chaussées empierrées avait introduit dans le réseau des égouts de Paris une énorme quantité de boues qui ne sont pas de la même nature que celles des chaussées pavées. Elles sont beaucoup plus lourdes, et il est souvent impossible de les faire descendre jusqu'à la Seine dans les galeries à faible pente, avec le seul secours de l'eau. II fallait pratiquer ce qu'on appelle l'extraction, c'est-à-dire tirer la boue sur les trottoirs ou les chaussées par les trappes de regard, pour les transporter de là aux décharges publiques.
Dans les galeries où il y a beaucoup d'eau, comme dans régout de Ceinture, cette opération déjà si fâcheuse se compliquait d'une autre difficulté. Dans les saisons pluvieuses, il se formait, à la jonction du corps de l'égout avec les branche-
menls de bouches des voies empierrées, un barrage de sable retenant les eaux d'amont.
Souvent alors les ouvriers du curage étaient obligés de quitter leur travail souterrain jusqu'à ce qu'on eût dégorgé l'égout en commençant par l'aval, opération des plus pénibles, véritable travail de Pénélope qui, à peine terminé, était complètement à recommencer.
Pendant tout le temps que durait ce travail, les égouts affluents ne fonctionnaient plus que très imparfaitement, se remplissaient plus ou moins d'eau et de vase.
Dès l'année 1858, il est vrai, j'avais introduit dans les collecteurs nouveaux un mode de nettoiement, dont il sera question plus loin, qui fait disparaître cet inconvénient, mais il ne pouvait être appliqué dans l'égout de Ceinture, dont le radier n'était pas disposé convenablement pour cela.
Cette grande galerie et ses nombreux affluents étaient donc presque constamment engorgés pendant l'hiver*.
C'est surtout entre les rues du Faubourg-du-Temple et du Faubourg-Montmartre que cet inconvénient existait.
Entre la rue de l'Arcade et la Seine, en effet, l'égout de Ceinture se curait de lui-même par le simple effet de l'accélération de la vitesse de Peau. Entre les rues de l'Arcade et du Faubourg-Montmartre» les sables, provenant surtout des chaussées empierrées des boulevards, restaient dans les affluents et ne causaient d'engorgement que dans les galeries secondaires. Mais les boulevards de Magenta, de Strasbourg, Saint-Denis, Saint-Martin, du Temple, etc., envoyaient directement dans l'égout de Ceinture une telle quantité de sables, que l'engorgement de cette galerie était presque incessant.
Cette situation désastreuse décida l'xVdministration à entre-
* Dans Thiver de 1859 à 1860, Tegoiit de Ceinture avait été engorgé presque jusqu* à la def, entre la rue du Fanbourg-Poi^sonnièrH et le boulevard, pendant plus ne trois mois. J'ai parcouru plusieurs de ses affluents, dans lesquels la trace de l'eau et des yases se remarquait à plus de 2 mètres au-dessus du radier.
prendre, sur ma proposition, la réfection complète de l'égoul entre les rues du Faubourg-du-Temple et du Faubourg-Montmartre. C'était a pHoiH un travail extrêmement difficile, mais il était la conséquence forcée des voies macadamisées.
Une circonstance très heureuse permettait d'ailleurs de faire cadrer cette opération avec une modification de tracé du collecteur des coteaux de la rive droite.
La Compagnie qui exploitait l'entrepôt du Marais venait de demander que les nouvelles écluses» qu'on devait construire pour abaisser le plan d'eau du canal Saint-Martin, fussent reportées vers l'aval, de telle sorte que leur tète amont fût placée dans l'axe de la rue de la Douane.
Il devenait possible alors de faire passer le collecteur du quai Jemmapes sous le canal, vis-à-vis cette dernière rue, et de le rattacher à l'égout de Ceinture à l'entrée de la rue du Château-d'Eau ; cette modification fut proposée et acceptée.
Le tracé du collecteur des coteaux de la rive droite se trouve donc définitivement fixé comme il suit :
Il longe le quai Jemmapes depuis le boulevard du Prince- Eugène jusqu'à la rue de la Douane, traverse le canal Saint- Martin sous la tête amont des nouvelles écluses, suit les rues de la Douane, du Château-d'Eau, des Petites-Écuries, Richer, du Faubourg-Montmartre, Saint-Lazare, et enfin la rue de la Pépinière jusqu'au boulevard Malesherbes^
Le collecteur est donc formé de galeries neuves et de galeries remaniées.
Les galeries neuves se composent des tronçons suivants :
Du boulevard du Prince-Eugène à la rue du Cliâteau-d*Eau. . . 1007 D*un point pris un peu en amont de la me du Faubourg-Saint- Denis à la rue d'Hautcville 401
Du carrefour de la rue des Marlyrs au boulevard Halesberbes. . 1496
Ensemble 2904
* Je ferai voir plus Ioîd quelle énorme économie est résultée de cette heureuse modification du tracé.
Les parlies remaniées sont :
i** Dans toute l'étendue de la rue du
. Château -d'Eau, sauf sur une pc-
? ] tite lon£[ueur en amont de la rue
de \
j du Faubourg-Saint-Denis. . . . 703">
Ceinture / g^ g^^^ j^^ ^^^^ d'HautevilIe et du
Faubourg-Montmartre bi^'^
La galerie ( Dans la rue du Faubourg-Montmartre, des ] entre les carrefours Richer et Mai-tyrs ( des Mîirtyrs 378"
Ensemble 1664™. . . 1664«
En ajoutant la longueur des galeries neuves Î2904'"
On trouve que la longueur totale 4568™
(Helte grande galerie a présenté sur tout son parcours des difficultés d'exécution considérables.
Elle emprunte des rues dont la largeur varie de 7 à i5 mètres. Dans ces voies étroites, il fallait ouvrir des tranchées de plus de 4 mètres de largeur et de profondeur souvent très grande, maintenir la circulation sur les trottoirs, transporter les terres extraites des tranchées, approcher les matériaux de construction, et, au milieu de tous ces embarras, assurer le service de l'eau et du gaz.
Mais ces difficultés déjà si graves n'étaient rien à comparer à celles qui résultaient de la nappe d'eau des puits, dans laquelle les fouilles pénétraient sur toute la longueur du tracé.
M. l'ingénieur des mines Delesse a dressé une carte très intéressante du niveau des puits de Paris.
Voici, d'après cette carte, un tableau qui fait connaître à quelles profondeurs Tégout des coteaux de la rive droite devait descendre dans la nappe souterraine. Cette nappe était à son niveau d'étiage.