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La hauteur d'eau devait donc varier, en nombre rond, de O'^.OO à 3 mètres, et les épuisements devaient se faire à plusieurs mètres en contre-bas des maisons, dans des sables extrêmement alTouillables, ou, pour mieux dire, presque aussi fluents que l'eau elle-même,
La méthode suivie pour faire ce travail sans accident a été celle dont j'ai indiqué le principe en rendant compte de la construction du collecteur d'Asnières. Mais comme dans les questions pratiques les détails d'exécution ont une grande importance et que le succès plus ou moins complet d'une méthode dépend souvent, dans une notable mesure, d'un ensemble de très petits moyens, il ne me parait pas inutile de décrire plus complètement ici l'opération qui, comme on le sait, comprenait trois phases, savoir :
l'' Construction à ciel ouvert de la partie de l'égout qui se trouve au-dessus de la nappe d'eau des puits;
2"" Assèchement de cette nappe d'eau par un épuisement énergique, jusqu'en contre-bas du radier ;
5** Exécution souterraine en sous-œuvre des terrassements et des maçonneries de la partie de l'égout pénétrant dans la nappe d'eau.
1° Constiiiction de la partie de Végout située au-dessus de la nappe d^eau. — Celle première opération se faisait sans difficulté par ta méthode ordinaire. On ouvrait la tranchée en l'élrélïiilonnant, et on construisait les piédroits et la voûte. Les travaux présentaient après l'exécution de cette première partie la disposition indiquée à la figure 29.
2° Assèchement de la nappe d'eau souterraine Jusqu'au niveau du dessous du radier. — Ce travail difficile et délicat a été exécuté ainsi qu'il suit : des
jmisards espacés de 100 mètres ^"'« ^^- - p'^rHeàua.wetiwe^àcuiiù environ ont été creusés jusqu'en
contre-bas du radier sur le tracé de l'cgout. On a installé dans chacun d'eux un nombre suffisant de pompes mises en mouvement par une locomobife. Ce puisage énergique n'aurait pas suffi néanmoins pour produire un assèchement convenable :
Fig. 30 — EtTel de l'épuisement sur la nappe d'eau souterraine.
supposons l'existence de deux puisards successifs comme l'indique la figure 30. L'épuisement effectué au moyen de deux ])ompes à vapeur aurait donné à la nappe d'eau la disposition en plans inclinés représentée au croquis ci-dessus ; on aurait donc fait dans l'eau une partie de la reprise en sous-œuvre.
no LBS TRAVAUX SOUTERRAINS DE PARIS.
Pour rendre l'assèchement complet, on a dû ouvrir au milieu de l'égout une pelile tranchée pénétrant jusqu'en contrebas du radier. Ce travail a été extrêmement long et dinicîle. Voici comment on opérait :
On enfonçait d'abord dans le sable deux plats-bords A {fig. 31), espacés de O^.SO et maintenus par un cadre en charpente. On enlevait le sable compris entre eux, et la nappe d'eau s'abaissait alors suivant la ligne brisée E F G.
On enfonçait à coups de masse deux autres plats-bords B au-dessus des premiers, qui descendaient dans le sable bouillant; on effectuait le déblai de la rigole jusqu'audessous du boisage et la nappe d'eau se trouvait abaissée suivant la ligne E'F'G'.
Une troisième opération ajoutait deux autres plats-bords G au boisage et faisait descendre le niveau de la nappe en E'F' G". On arrivait ainsi à faire baisser l'eau jusqu'andcssous du radier.
S" Reprise en som-œuvre. — Les sables, si fluides lorsqu'ils étaient mélangés, devenaient, après l'assèchement, assez fermes pour qu'on pîit faire le déblai en sous-œuvre par parties de 4 mètres de longueur, sans autre étalement que les deux cours de plaisbords A et B (dg. 52) et les èlrésillons G, espacés de 2 mètres en 2 mètres, servant à la fois à porter le chemin de service D et à empêcher le rapprochement des piédroits.
On faisait ensuite la reprise en sous-oeuvre des maçonneries
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et on conslruisail tes banquettes; on arrivait ainsi à donner à l'égout sa section complète comme l'indique la figure ci-dessous.
f'ig, 33. — Déblii souterrain el iiia;oiuieric fiile en aous-Œuvrc.
Dans les rues du Gliàtcau-d'Bau, des Petites-Écuries et Richer, les travaux du collecteur des Coteaux ont présenté de difficultés d'ordre différent.
Dans ces voies, le tracé rencontrait le Grand Égout de Ceinture, dont la section était trop petite et le radier trop élevé; il fallait donc reconstruire entièrement cette galerie, et cela en la maintenant en service. Or, l'égout de Ceinture était, après le collecteur général, celui de toute la ville qui recevait le plus d'eau. A la moindre averse, ïl se remplissait jusqu'à la clef et débordait sur la cbaussée par les cheminées de bouche et de regard. On comprend sans peine combien il était difficile de reconstruire un égout dans de telles conditions.
Dans la rue du Château-d'Eau, la difficulté a été tournée. L'égout ancien, qui renferme deux des principales conduites du service d'eau d'Ourcq, a été conservé, el on lui a simplement accolé une galerie nouvelle (fig. 53).
Néanmoins, en cours d'exécution, on a éprouvé de très
grandes difficultés par suite: 1" de la mauvaise nature du sol,
compose de vases sablonneuses du lit de l'ancien ruisseau de
Ménilmontant; 2° de la
présence de la nappe
- d'eau des puits; Ti" du
voisinage de l'égout de
Ceinture.
"■ Le 16 juillet 1860,
à la suite de la violente
averse qui submei^ea
Kig. 33. — Cullcclcur des Coleaui (iccolc i l'incicn ^ant . ,
de Ceinture). Rue du ChJite...-<IEiu. "«e partie OCS TUCS
basses de Paris, le piédroit et la voûte du vieil égout furent renversés, dans la fouille de la nouvelle galerie, sur une longueur de 10 mètres environ, et cette dernière fut submergée en un instant. Les maisons voisines étaient gravement menacées, et si elles n'ont pas été entraînées par le gouffre qui se creusa en face de In brèche, on le doit an dévouement de l'ingénieur ordinaire, des agents placés sous SCS ordres et de l'entrepreneur. Les mesures provisoires furent prises en quelques heures, et, quarante-huil heures après, l'avarie était réparée.
Dans les rues des Petites-Ecuries et Riclier, entre les rues d'ilauteville et du Faubourg-Montmartre, on ne pouvaitaccolerune nouvelle galerie à l'ancienne ; la voie publique était trop étroite. Il fallut donc se décider à reconstruire le vieil égont de Ceinture.
Voici les opérations successives qu'il fallut faire.
On relit complètement la voûte et nn des piédroits, ainsi que l'indique la figure 54. Cette opération se fit à ciel ouvert, el, comme le vieil égout était maintenu en service, elle était fort dangereuse. L'eau d'une pluie d'orage pouvait envahir la fouille et causer les plus graves désordres. Pour atténuer les risques et pour faciliter l'abaissement du radier, comme on va le voir ci-dossous, on conserva l'ancien piédroit.
LES COLLECTEURS DES COTEAUX, DU NOBD ET SECONDAIRES. t5ô
L'abaissement du radier était ëvidemnicnl la partie la plus difficile de l'enlreprise, elle ne pouvait être tentée qu'en hiver, saison oij les averses torrentielles sont moins fréquentes.
Le vieil égout fut barré en aval de la grande galerie de Sébaslopol, de manière à faire passer toutes les eaux d'amont pat- le déversoir. Mais il restait les égouts des rues du Faubourg- Saint-Denis, d'Hauleville cl du Faubourg-Poissonnière, qui déversaient Fig. 31. c„,|^,,^„ d^ coiMui encore leurs eaux dans l'égout de Ceinture. On construisit ime cunette provisoire entre le vieux et le nouveau piédroit, et on y lit passer les eaux des affluents dont il vient d'être question.
On effectua alors la démolition de l'ancien radier, composé de deux assises superposées de pierres de taille, et le nouveau radier fut exécuté dans la nappe d'eau des pulls par le procédé décrit plus baut. Le sol était si mauvais et si fluide que le dessèchement et le retrait qui résultèrent de l'épuisement produisirent des affaissements dans le sol des cours des maisons riveraines à plus de 10 mètres des travaux. Dans la rue des Petites-Écuries, cinq de ces maisons, les numéros 'iO, 42, 44, 46 et 48, qui étaient 1res mal fondées, puisqu'elles reposaient sur cette vase humide, durent être élayées, car elles éprouvèrent un mouvement de tassement sensible*.
Limité comme je viens d'indiquer, c'est-à-dire parlant seulement de l'angle du quai Jemmapes et du boulevard Voltaire, le collecteur des Coteaux ne recueillait pas les eaux des XII" et
■ Ces maisODS étaient du reste de peu de valeur et fort mal construites, sillonnées de tous côtés par d'aociciincs lÎMures. et la plupart des propriétaires se tout décidés à les reconstruire après avoir reçu de la Ville une indemnité dont le vbiRrc n'est pas tris élevé.
iU LES TRAVAUX SOITERRAINS DE PARIS.
XX*' arrondissements. Celles-ci, augmentées des eaux venant de Saint-Mandë, continuaient à tomber directement en Seine entre le pont d'Austerlilz et les fortifications .
J'ai dit plus haut qu'on avait d'abord l'intention d'en détourner une partie vers le collecteur d'Asnières par un égout qui aurait suivi le Cours de Vincennes, le boulevard Mazas^ et le quai, et passé en siphon sous l'écluse de l'Arsenal.
Mais l'égout ainsi tracé laissait «lu-dessous de lui la plus grande partie du XIP arrondissement, et notamment la dépression connue sous le nom de Vallée de Fécamp. Or, dans ce pli de terrain, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la rue de Wattignies, coulait alors un ruisseau infect, le Ru de Montreuil, qui, longeant à ciel ouvert l'ancienne rue de la Lancette, allait par les rues de Charenton et de la Nativité se jeter en Seine au quai de Bercy. Le collecteur perdait beaucoup de son utilité s'il ne recueillait pas ce ruisseau.
Il était d'ailleurs complètement inutile de partir d'un niveau aussi élevé que celui du Cours de Vincennes et de la place du Trône, pour aboutir, à moins de 2 kilomètres de distance, au niveau du quai. Il y avait tout avantage à suivre une ligne plus rapprochée de l'horizontale du terrain et à rendre tributaire du nouveau collecteur des Coteaux toute la partie haute du XII*" arrondissement, qui se trouvait ainsi affranchie de la sujétion, toujours un peu gênante, du siphon de l'Arsenal. Le futur égout des quais d'amont n'avait plus alors à drainer par l'intermédiaire de ce siphon que la zone basse, dont les eaux sont médiocrement abondantes, puisque cette zone est occupée en grande partie par la gare des marchandises du chemin de fer de Lyon.
Pour prolonger ainsi le collecteur des Coteaux vers l'amont, le tracé le moins indirect qu'il eût été possible d'adopter à cette époque aurait consisté à suivre les rues Saint-Sébastien
* Aujourd'hui boulevard Diderot.
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et Poptncourt, Basfroi, Saint-Bernard, de Giteaux et de Charenton (Hg. 55). Ce tracé n'était que modérément sinueux, et
le niveau du sol y était assez convenable presque partout; cependant on rencontrait, en divers points du parcours, certains inconvénients que des percements projetés à brève échéance devaient permettre d'éviter ou de réduire en attendant un peu. C'était d'abord, au départ, le crochet des rues Saint-Sébastien et Popincourt, destiné à devenir inutile par le percement du boulevard du Prince-Eugène; et c'était surtout le circuit qu'il aurait fallu faire aux abords du boulevard Mazas pour suivre la rue de Citeaux au delà de l'hôpital Saint-Antoine, et la rue de Charenton entre le boulevard Mazas et la rue de Rambouillet. Là, le mal était plus grand, car il ne s'agissait pas seulement de la dépense qu'entraîne toute sinuosité comme conséquence de l'allongement du parcours; on aurait traversé le boulevard Mazas trop au sud, c'est-à-dire trop bas, ce qui aurait obligé à briser le prolil de i'égout en réduisant sa pente dans la partie aval. Or. la rue Crozatier, alors projetée, véritable rectification des mes de Citeaux et de Charenton, allait
bientôt offrir un tracé plus court de 160 mèlres, établi à bonne altitude et sur lequel on aurait, pour la construction du collecteur, toutes les facilités que donne une voie large et non encore garnie de maisons ; il convenait donc d'attendre ce percement nouveau.
Ënfm, on se voyait amené un peu plus tard, en 1865, à ouvrir, dans la Vallée de Fécamp, la rue de Wattignies, dont le tracé, très voisin du thalweg, était déterminé précisément par la condition de permettre le remplacement, par un égout voûté, du ru à ciel ouvert qui infectait le voisinage. Cette voie aboutissait à sa partie supérieure à un autre percement nouveau, aujourd'hui rue Michel-Bizot, qui venait déboucher sur l'avenue Daumesnil, à peu près en face de la rue de la Voûte-du-Cours, par laquelle on atteignait le ru presque à son entrée dans les fortifications.
Ainsi s'expliquent, d'une part, le tracé définitif du collecteur par le boulevard du Prince-Eugène, les rues Basfroi, Saint- Bernard, de Cileaux, Crozatier, de Charenton, de Wattignies et Michel-Bizot (fig. 35 ci-dessus) et, d'autre part, son exécution par tronçons successifs, à des époques déterminées par celles oii s'cfiectuaient les percements de rues qu'on était obligé d'attendre.
Les travaux ont été faits :
En 1861 et 1862, dans le boulevard du Prince-Eugène, jusqu'à la rue Popincourt, et dans les rues Popincourt et Basfroi, jusqu'à la rue Saint-Bernard ;
En 1863 et 1864, dans les rues Saint- Bernard, de Giteaux, Crozatier et de Charenton ;
Enfin, en 1865 et 1866, dans les rues de Wattignies et Michel-Bizot.
Ainsi complété, le collecteur des Coteaux recueille etconduità l'égout d'Asnières toutes les eaux des quartiers moyens de l'Est.
Sur ce long parcours, on rencontra, dans la rue de Charenton notamment, les difficultés que présente toujours, à Paris, la construction de très larges galeries dans les rues étroites; mais, comme elles ne furent pas plus difficiles que sur une foule d*autres points, je ne m'y arrêterai pas.
En amont, Pégout de Wattignies, construit avant les travaux de viabilité de la rue qui est en remblai, pénétrait peu dans le sol naturel. Le radier s'y appuyait partout, mais les piédroits émergeaient presque tout entiers. Dans ces conditions, nos profils actuels d'égout qui ne sont rendus stables que par la résistance du terrain, exigent des contreforts extérieurs. L'égout de Wattignies en présente sur tout son développement. On eut soin en outre, lors de l'exécution du remblai, d'élever toujours également les terres à droite et à gauche de la galerie, qu'une trop grande inégalité dans les poussées latérales aurait pu rompre ou dévier. Malgré ces précautions, il s'est bien produit, par la suite, une fissure à la clef lors du tassement des terres, mais elle n'a pris nulle part des proportions inquiétantes, et, réparée au bout de quelques mois, elle ne s'est plus rouverte.