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PROCÉDÉS EMPLOYÉS POUR LE TRAITEMENT DES MATIÈRES SOLIDES ET LIQUIDES

Premier essai d' écoulement sur la voie publique (1850). — Le moyen le plus simple de remédier au mal consistait à écouler les liquides sur la voie publique, ainsi que le conseillait la Commission de 1835 ; mais pour cela il fallait une désinfection préalable suffisante pour rendre l'odeur des matières écoulées moins intolérable et aussi pour rendre le pompage possible, car dans une fosse non désinfectée, les matières sont mises en mouvement d'une manière continuelle. Les solides, sans cesse déplacés par l'action des gaz incessamment produits, sont tantôt à la surface, où ils forment le chapeau j tantôt à la partie inférieure. Les eaux-vannes occupent la région moyenne.

Dès que la désinfection est opérée, la fermentation cesse, les matières épaisses se précipitent au fond, les liquides surnagent et peuvent être extraits par la pompe.

Un entrepreneur de vidange, M. Quesney, prit en 1850 un brevet pour mettre en pratique ce procédé d'extraction *.

M. Carlier, Préfet de police, accueillit favorablement Pidée de faire écouler les eaux-vannes au ruisseau. Un premier essai eut lieu, le 7 avril 1850, dans une maison sise rue Montholon, n"* 7; 16 mètres cubes d'eaux-vannes furent versés dans le ruisseau en plein jour en présence de l'Inspecteur général et d'une Commission de salubrité. D'autres essais furent reproduits sous les yeux de M. Carlier lui-même.

On constata que le nouveau procédé n'augmentait en rien l'insalubrité des égouts.

Vécoulem^it des liquides à Végout après désinfection préa-

> Ce brevet avait été rédigé par M. Maxime Paulet, inventeur da procédé.

Idble est autorisé le 28 décembre 1850. — M. Carlier prit alors la grande mesure qui a transformé la vidange parisienne.

Déjà, par une ordonnance du 12 décembre 1849, M. le Préfet de police avait rendu la désinfection des fosses obligatoire, en augmentant de deux heures par nuit la durée du travail des vidangeurs. Cette ordonnance était une imitation de deux arrêtés pris en 1847 par les maires de Tours et de Lyon, et qui prescrivaient la même mesure.

L'ordonnance du 28 décembre .1850 autorisa Técoulement à l'égout. Ses principales dispositions furent confirmées et complétées par celle du 8 novembre 1851, dont voici le dispositif :

(( Article premier. — 11 est expressément défendu de procéder à Textraction et au transport des matières contenues dans les fosses d*aisances, fixes ou mobiles, avant d'en avoir opéré complètement la désinfection.

« Il devra être procédé à cette désinfection dans la nuit qui précédera lextraction des matières» et aux mêmes heures (fue celles qui sont fixées pour la vidange des fosses.

(( Art. 2. — Aussitôt après la promulgation de la présente ordonnance, tout entrepreneur de vidange devra nous faire connaître son procédé de désinfection, et ne l'employer qu'après que ce procédé aura été approuvé par nous, sur l'avis du Conseil de salubrité.

(( Art. 5. — Les matières liquides désinfectées pourront être, lors de la vidange, écoulées sur la voie publique.

« Art. 4. — Tout entrepreneur qui voudra user de celte faculté devra, préalablement, nous en faire la déclaration, en prenant l'engagement de. payer à la Ville, conformément à la délibération ci-dessus visée, 1 fr. 25 c. par mètre cube de matières solides ou liquides extraites des fosses ; il devra se soumettre en outre à toutes les conditions qui lui seront imposées pour l'opération dont il s'agit.

(( Art. 5. — Les entrepreneurs pourront transporter les matières solides dans des locaux autorisés, où elles seront de nouveau désinfectées, s'il -est nécessaire, de manière que la désinfection soit permanente, à défaut de quoi les matières seront enlevées et portées à Bondy, à la diligence de l'autorité et aux frais du contrevenant.

(( Art. 6. — Les liquides qui ne seront point écoulés sur la voie publique et les matières solides dont les entrepreneurs de vidange ne voudront pas disposer, ainsi qu'il est dit dans l'article précédent, continueront à être transportés au Dépotoir ou au port d'embarquement de la Yillette, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonne, et sauf d'ailleurs les exceptions que nous jugerions convenable d'auto« riser, dans l'intérot de l'agriculture ou de Tindustrie,

a Art. 7. — A l'avenir, les appareils de fosses mobiles devront être disposés

de telle sorte que la séparation des matières solides et liquides s'opère dans les fosses*.

a ART. 8. — Il est expressément interdit d'attendre que la fosse soit pleine pour en opérer la yidange ; on devra toujours laisser au moins le vide nécessaire pour l'introduction et le brassage des matières désinfectantes.

a A cet effet, dans le délai de trois mois à partir de la publication de la présente ordonnance, chaque fosse, fixe ou mobile, devra être munie d*une indication qui fasse connaître qu'elle est arrivée au degré de plénitude qui rend la vidange nécessaii'e ; dans ce cas, le propriétaire devra faire procéder immédiatement à la désinfection et au curage de la fosse.

(( Art. 9. — Les ordonnances et arrêté des 5 et 6 juin 1834, 23 septembre 1843, 26 janvier 1846, 24 mai et 12 décembre 1849, continueront de recevoir leur exécution en tout ce qui n'est pas contraire aux dispositions qui précèdent.

« Art. 10. — L'ordonnance de police du 28 décembre 1850 est rapportée.

(( Art. 11. — Les contraventions à la présente ordonnance seront constatées par des procès-verbaux ou rapports, conformément aux lois et règlements, sans préjudice des mesures administratives qui pourront être prises contre les contrevenants, notamment le retrait temporaire ou définitif de V autorisation des entrepreneurs.

(( Art. 12. — La présente ordonnance sera publiée et notifiée aux entrepreneurs de vidange.

(( Le Chef de la Police municipale, les Commissaires de police de Paris, Tlnspecteur général de la salubrité et les Officiers de paix en surveilleront et assureront l'exécution, chacun en ce qui les concenie. ' »

« De Haupas. »

Conformément à l'article 2 de Tordonnance, chaque entrepreneur de vidange doit au préalable faire connaître son procédé de désinfection.

En général, on opère avec des sels métalliques, principalement des sels de zinc, dans la proportion de 1 à 1,50 pour 100 de la capacité des fosses.

La quantité dépend d'ailleurs de la nature des matières con-

> Le Préfet de police engage instamment les propriétaires des maisons où lei^ fosses sont fixes à 7 faire établir la séparalion prescrite pour les fosses mobiles. Cette disposition, peu coàtease et tout entière dans l'intérêt des propriétaires, permet d'obtenir une désinfection plus prompte et plus complète.

' La Yidange parisienne était encore réglementée, à quelques détails près, en 1878, par cette ordonnance, sauf toutefois Finslallation des séparateurs dans les fosses fixes. Les séparateurs donnèrent lieu 5 des plaintes fondées; Textraction des matières était longue et difficile ; rAJministration cessa de les recommander et les propriétaires qui en avaient les firent démolir. Les séparateurs mobiles ou tinettes filtrantes furent seules conservés et subsistent encore aujourd'hui.

tenues dans la fosse, ces matières pouvant être plus ou moins mélangées d'eau. La quantité de sels métalliques à ajouter doit être suffisante pour faire passer à l'état de sulfure métallique tous les sulfhydrates : on reconnaît que cette transformation est complète en plongeant dans les matières de la fosse un papier à l'acétate de plomb qui reste blanc. Si le papier noircit, c'est qu'il reste des sulfhydrates non décomposés ; dans ce cas, on doit ajouter une nouvelle quantité de sels métalliques.

L'emploi des sels métalliques pour la désinfection des fo^e^ mobiles n'est pas très efficace ; s'ils agissent sur les sulfhydrates, ils ont peu d'effet sur Vodeur particulière, laquelle domine celle des sulfhydrates, contrairement à ce qui se passe dans les fosses fixes, oii la production de ces gaz est augmentée par la fermentation, qui atténue en même temps l'odeur particulière.

L'écoulement des liquides à l'égout, le transport des solides aux voiries particulières était toléré moyennant la rétribution de 1 fr. 25 c. par mètre cube, perçue sur la totalité de la capacité de la fosse.

L'extraction était faite au moyen de la pompe ; chaque équipe, composée d'un chef et de 4 compagnons, pouvait extraire dans une nuit 10 mètres cubes de matières (5 tonnes) si l'on portait aux voiries, 16 mètres cubes si l'on écoulait à l'égout. Le pompage des matières dans les ruisseaux se faisait plus rapidement et avec moins de fatigue que le pompage dans les tonnes sur roues employées pour le transport.

Une ordonnance du 29 novembre 1854 prescrivit la désinfection complète des matières contenues dans les fosses d'aisances, dans la nuit qui devait précéder l'extraction, et autorisa l'écoulement des liquides des fosses, au fur et à mesure de leur production, directement et d'une manière permanente dans les égouts, au moyen d'un tuyau aboutissant à la bouche de l'égout le plus voisin*.

*■ La vidange des liquides des fosses à Tégout a été inlerdile depuis et n*îi plus élé aulorisée que pour les liquides provenant des réservoirs^ c'est-à-dire des fosses dans lesquelles on

Le nombre des équipes des fosses fixes était de 35 en 1848, de 42 en 1852; en 1864 il s'élève à 50 dont 25 à la Compagnie Richer. Le nombre des chevaux est de 480; on emploie 250 tonnes sur roues, 4200 tonneaux de 100 litres dits c< anderlys », 4200 tinettes, 42 voitures à pompe, 8 voitures de coi'vées.

Produit des vidanges de la ville de Paris. — On sait que les matières extraites des fosses de la ville de Paris servent à la fabrication d'engrais et de produits chimiques.

L'invention de la poudrette remonte à 1 784 et est due à Bridel, qui proposa de convertir en poudre végétative une partie des dépôts de Montfaucon. Le procédé éminemment simple et primitif, employé pour fabriquer, cet engrais, consiste à étendre sur des séchoirs les matières fécales convenablement épaissies, et à les travailler jusqu'à ce qu'elles soient réduites en poussière par l'évaporation ou l'infiltration dans les terres de l'eau qu'elles renfermaient. La p.oudrette ainsi préparée est mise en tas et livrée au commerce à des prix variables, mais qui ne s'éloignent jamais beaucoup de 40 francs par mètre cube. Des produits chimiques, qui consistent principalement en sulfate d'ammoniaque, sont extraits des eaux demi-clarifiées.

La voirie de Montfaucon fut affermée de 1784 à 1797 à Bridel, moyennant une redevance de 3000 francs par an. L'entreprise réussit et Bridel, qui payait 3000 francs pour un apport journalier de 51 mètres cubes, pouvait fabriquer un engrais dont la valeur annuelle dépassait 300000 francs.

Des plaintes s'élevèrent contre ce privilège et la mise en adjudication des voiries fut décidée.

En 1797, le bail s'élevait brusquement à 64 100 francs; puis

recueillait les liquides qui avaient traversé les appareils séparateurs, quand ces liquides ne pouvaient être écoulés directement à Tégout au fur et à mesure de leur production.

L'écoulement à Tégout des liquides des réservoirs a lui-même été interdit par un arrêté du 5 mars 1881 : depuis cette époque, ces liquides doivent éti-e transportés aux voiries comme les matières des fosses ordinaires.

montait progressivement jusqu'en 1806^ où il atteignait la somme de 485000 francs. Il restait s ta tionnaire jusqu'en 1813, et sous les guerres d'invasion tombait à 75 000 francs pour se relever en 1826 à 255000 francs; en6n, de 1842 à 1850, il restait à la limite supérieure de 500000 francs*.

Après les ordonnances de 1850-1851, qui autorisaient le transport libre des matières aux voiries particulières, l'affermage à prix fixe de la voirie de Bondy n'était plus possible. Les matières furent livrées au fermier à raison de fr. 65 c. le mètre cube.

En 1853, le produit des voiries s'établissait ainsi :

Matières transportées à Bondy par la conduite S02 000 X 0,65 = 131 000 fr.

Liquides écoulés dans les égouts 152 000 I . ç^ oaaaaa

Solides portés au Dépotoir ou dans les voiries 56 000 1 ^ ' ~

Produit toUl 391 000 fr.

D'après un bail passé le 18 janvier 1858 avec la Compagnie Richer, le prix du mètre cube de matières rendu à Bondy fut fixé à 1 franc.

La première année a donné les résultats suivants :

Liqmdes reçus au Dépotoir. . . 2J9449 j Solides reçus au Dépotoir. . . 24532 1 '

Écoulés en Seine par les égouts. 174081 \

Matières transportées aux voiries > 219 605 X 1 ,25 = 274 503 fr. 75

particulières 45522 )

ToUux 463584 518484 fr. 75

Ces sommes sont loin de repf^ésenter la sonmie laissée à la charge du propriétaire.

Ainsi, en 1784, tandis que le volume des matières extraites des fosses était de 51 mètres cubes par jour ou de 18615 mètres

' Mille, Annalei de$ PonU et Cha*usées, 1854, l*' semestre, pages 132 et suiY.

FOSSES - EXTRACTION — VOIUIES. 271

par an, il alleint actuellement 550000 mètres cubes. Au prix courant de la vidange aujourd'hui (7 fr. 50 c. par mètre cube sur la rive droite, 8 fr. 50 c. sur la rive gauche, soit 8 francs en moyenne; mais, par l'effet de la concurrence, en réalité 7 francs), l'impôt payé par le propriétaire au vidangeur aurait donc monté de 130305 francs en 1784, à 3850000 francs en 1864*.

Ainsi se justifient les prévisions de Parent-Duchâtelet ; mais s'il avait prévu le mal, il avait indiqué le remède.

La solution si simple présentée par la Commission de 1835, récoulement direct des liquides aux égouls, qui pourrait être obtenu aujourd'hui dans la moitié des rues de Paris, n'est pas encore mise en pratique; on verra pourquoi dans la deuxième partie de ce mémoire.

De la valeur des matières transportées au Dépotoir. — Je ne puis mieux terminer ces considérations générales qu'en donnant les prix attribués par l'industrie des vidanges aux matières transportées au Dépotoir. Ces matières sont de trois sortes :

1* Les liquides, ou eaux-vannes, qui ne valent pas plus de

1 franc par mètre cube.

2"* Les matières demi-liquides (bottelage, petit bottelage, fort bottelage, barbeau, petit barbeau), dont le mètre cube vaut de

2 à 3 francs, suivant la plus ou moins grande quantité d'eau qu'elles contiennent.

3"* Les solides ou matières fortes, extraites des fosses mobiles à filtre, dont le mètre cube peut être évalué à 6 francs en moyenne.

Ainsi, la valeur commerciale des matières épaisses est 6 fois celle des liquides, et, comme les premières représen-

* Aujourd'hui y en 1885» les prix du mètre cube ont diminue : ils ne sont plus que de 4 fr. 50 c. à 5 francs; mais la quantité des vidanges a augmenté, en sorte que Timpôt payé reste le même.

tent en volume le cinquième des matières extraites, il en résulte que, si la séparation était faite entièrement par des procédés perfectionnés, le cube des vidanges de Paris se diviserait ainsi :

il0000"'desolidesà6fr = ôÔOOOOfr.

440 000"'' de liquides à 2 fr. en moyenne

(liquides et demi-liquides) == 880 000 fr.

Les solides représentent donc, sous un volume réduit au cinquième de la masse totale, à peu près les deux cinquièmes de la valeur commerciale des matières.

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