‹ Les travaux souterrains de ParisChapitre 73 sur 104 · ESSAIS DE SYSTÈMES SÉPARATEURS · texte numérisé non relu

ESSAIS DE SYSTÈMES SÉPARATEURS

Le régime des vidanges à Paris, au milieu des incertitudes de toute espèce qui s'opposent à l'application pure et simple du système de la Commission de 1835 dans les rues pourvues d'égout, constitue encore aujourd'hui, malgré tous les perfectionnements qu'il a subis, une grave incommodité pour les habitants de Paris. Les procédés de désinfection employés n'empêchent pas une odeur fétide de se répandre dans les rues. Les liquides plus ou moins saturés de substances neutralisantes, plus ou moins mélangés de matières solides qu'ils entraînent, infectent les ruisseaux et les égouts, tandis que les matières solides, extraites à la pompe, sont transportées au Dépotoir dans ces lourdes voitures qui emplissent Paris de bruit et d'odeurs nauséabondes.

Je considère donc que l'assainissement de la ville aura fait un grand pas lorsqu'on aura trouvé un bon séparateur des liquides et des solides, capable de retenir ces derniers avec toutes les

substances chargées de miasmes, avec tous les principes fertilisants des liquides, de manière à ne laisser écouler à Tégout qu'une eau inoffensive et inutile.

Je vais passer sommairement en revue quelques-uns des principaux appareils de ce genre qui ont été proposés jusqu'à ce jour.

Des séparateurs fioces. Système Giraud et Gourlier. — Je ne dirai qu'un mot des séparateurs fixes analogues à ceux inventés en 1786 et 1788 par Giraud et Gourlier, tous deux architectes.

J'ai visité, en 1857, les appareils de ce genre établis à l'hôtel du Louvre par M. Dugléré; ils s'appliquent à une fosse de forme quelconque et consistent en une cloison verticale de 8 à 10 centimètres d'épaisseur, construite en bélon de ciment romain en un ou plusieurs points de la fosse, suivant sa dimension, et criblée de trous d'un demi-centimètre de diamètre : les liquides qui s'écoulent à travers cette division se rendent dans une fosse particulière.

Le séparateur fonctionne assez bien, quoiqu'il laisse beaucoup de liquides dans la fosse aux solides; mais, comme l'avait très bien dit Parent-Duchâtelet en 1835, il ne détruit aucun des inconvénients du système actuel lorsqu'il faut procéder à la vidange. Il est même constaté que les solides dans cet état de demi-fluidité se désinfectent très mal, parce qu'il est difficile d'y faire pénétrer les réactifs.

Je ne considère donc pas le système Gourlier comme une solution satisfaisante.

Des séparateurs mobiles. — La Commission de 1835 prisait beaucoup le procédé des fosses mobiles proposé en 1818 par Cazeneuve.

Un tonneau, solidement construit, présentait à l'un de ses foaids et sur le côté une ouverture de 0'*,20 ; l'axe du tonneau

était occupé par un tuyau métallique percé de petits trous. En plaçant ce tonneau debout sur un châssis en bois, on mettait la grande ouverture en communication avec le tuyau de descente : les matières solides et liquides s'y précipitaient ; tandis que celles-là y restaient, celles-ci, passant par les trous du tuyau fixé dans Taxe du tonneau, tombaient dans un autre tonneau que Ton enlevait aussitôt qu'il était rempli. Le réservoir des liquides était donc vidé cinq ou six fois plus souvent que celui des solides.

Ce procédé diffère peu, au moins en ce qui concerne le mode de séparation, de ceux qui sont encore en usage aujourd'hui.

Appareil Richer, Paris et Chevron. — L'appareil séparateur employé par les Compagnies de vidange Richer, Paris et Chevron, consiste en un tonneau dans lequel les matières tombent par un trou excentrique. Un tube métallique ou filtre, percé de trous, conduit les liquides dans un double fond d'où ils s'échappent par un orifice qu'on ferme avec un bouchon au moment de la vidange.

Appareil Huguin. — La tinette métallique de la Compagnie Richer, dite appareil Huguin, est un cylindre d'un hectolitre de capacité, construit en tôle galvanisée ; le filtrage se fait par une cloison intérieure percée de trous.

Appareil Diigléré. — La tinette de M. Dugléré, exploitée par la Compagnie Paris, se compose d'un cylindre en tôle galvanisée, percé d'une multitude de trous par lesquels s'écoule le liquide. Pour faire la vidange, on enlève cet appareil, on le place dans une seconde boîte métallique, hermétiquement fermée, qu'on transporte aux voiries.

Tous les séparateurs établis sur le principe de la filtration des liquides à travers une tôle perforée, fonctionnent bien ; ils

sont trop simples pour qu'il soit nécessaire d'insister plus longuement sur leur description.

Je ne parlerai pas des nombreux appareils compliqués qu'une foule d'inventeurs se sont ingéniés à trouver, et dont aucun d'ailleurs n'a réussi, en raison de sa complication.

Dans quelques-uns, un jeu de soupape devait manœuvrer par le poids des solides. Certains inventeurs ont proposé de véritables roues à augets qui laissent écouler les liquides par des petits trous et retiennent les matières solides. Le poids de ces matières fait tourner la roue et l'auget se déverse dans le réservoir spécial.

D'autres ont ajouté à leurs appareils des désinfectants et des mélanges qui devaient instantanément transformer la matière en engrais.

Pour qu'un séparateur puisse fonctionner régulièrement, il faut qu'il soit simple ; c'est là une condition indispensable.

Page 1