‹ Les tremblements de terreChapitre 10 sur 112 · PC · texte numérisé non relu

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l'origine en pourra être localisée par ses coordonnées géographiques, sans qu'on ait besoin d'autres informations, dont précisément la connaissance ultérieure permettra de vérifier l'exactitude de l'emploi ainsi fait des séismogrammes.

Cette méthode est assurément fort ingénieuse^ mais de quel degré d'approximation est-elle susceptible ? C'est ce qu'il importe d'examiner. Pour nous en faire une idée, reprenons par exemple le tremblement de terre de TAssam du 12juin 1897. Il n'eut pas d'épicentre véritable, mais il présentait une énorme surface épicentrale en forme de triangle curviligne dont la base s'étendait, en direction E.S.E., de Rangpur au delà de Sylhet, sur plus de 340 kilomètres, et sa hauteur, de 160 kilomètres, franchissait la vallée de Brahmapoutre pour atteindre le pied de l'Himalaya oriental. Le mouvement géologique a vraisemblablement affecté d'un bloc toute cette aire immense. On doit donc admettre que, dans ce cas, les erreurs de la méthode auraient atteint au moins, sinon dépassé, les dimensions de ce vaste triangle. Autrement dit, la localisation de l'épicentre par la méthode indiquée aurait pu tomber hors du triangle.

Autre difficulté, peut-être encore plus grave. Beaucoup de téléséismes, observés par les séismogrammes seuls, ne trouvent pas de contre-partie en des tremblements de terre signalés plus tard, et cependant il est à penser qu'aucun séisme - important n'échappe maintenant à l'observation, tant sont développés les moyens d'informations, de sorte que toute vérification ultérieure manque. Il est d'ailleurs juste de reconnaître que cette objection pourrait, dans une certaine mesure, confirmer les résultats de la mappemonde de Milne, dont les zones séismiquessonten grande partie situées en plein océan, où les observations séismiques sont fort difficiles et assujetties aux hasards d'une navigation plus ou moins intensive.

Ce n'est pas tout : si la vitesse de propagation des vibrations de la première espèce paraît à peu près constante, parce qu'elles traversent un milieu sinon isotrope, du moins composé de couches concentriques vraisemblablement homogènes, et devant les dimensions radiales desquelles on peut négliger Técorce externe, il n'en va pas de même des vibrations des deuxième et troisième espèces qui, elles, se propagent le long et au travers de l'écorce hétérogène et irrégulière. Leurs vitesses de propagation sont très variables, dans des limites impossibles à prévoir, et de fait les meilleures évaluations diffèrent considérablement entre elles, les nombres mentionnés plus haut n'étant que des indications sur leur ordre moyen de grandeur, soumises à de nombreuses et importantes perturbations suivant les

lieux et le trajet parcouru. Il faut aussi, de toute nécessité, que les séismographes employés par les divers observatoires soient identiques, condition d'ailleurs réalisée dans le travail de Milne.

Il est donc prudent de considérer comme entachées d'erreurs notables les déterminations de distances faites jusqu'à présent par cette méthode, malgré les vérifications qu'elles a permises, et nous ne pensons pas que, dans Tétat actuel de la séismologie, on puisse aller plus loin que d'y voir une simple indication par estime de la région probable où s'est produit le séisme, tant que des informations régulières n'auront pu limiter son épicentre. C'est beaucoup et peu tout à la fois.

Ceci posé, et sans entrer comme nous l'avons fait ailleurs' dans la critique de détail des résultats obtenus par Milne dans le mémoire précité, et qu'il a complétés dans ses rapports annuels de 1903 et de 1904 à l'Association britannique pour l'Avancement des Sciences, voici comment le savant séismologue anglais a utilisé 265 téléséismes des années 1899 à 1903, qui ont été observés dans les 38 stations du réseau mondial anglais pourvues de son séismographe. Il a trouvé que leurs épicentres calculés se groupent sur 12 régions bien déterminées, et régulièrement ovalaires, forme assez étrange a priori. Cinq d'entre elles sont purement océaniques, six sont situées sur terre et sur mer, et une seule est exclusivement continentale. Ces ovales sont les régions d'où sont émanés pendant la période considérée les tremblements de terre que Milne regarde comme liés aux mouvements généraux de l'écorce terrestre, ainsi qu'à ses principales lignes de relief et de corrugation. A tenir les 12 ovales de Milne comme la représentation de la manière dont les tremblements de terre se répartissent sur la surface terrestre, et en comparant sa mappemonde séismique à la nôtre, dont l'exactitude repose sur plus de 170 000 observations utilisées, il n'y a pas lieu, pour donner l'avantage à cette dernière, de s'arrêter à l'objection que ces ovales ne recouvrent point certaines régions connues par leur instabilité bien avérée et très caractérisée, comme l'Andalousie, la Californie, et à un moindre degré la Baïkalie et la Nouvelle-Zélande, car on pourrait répondre que cela tient uniquement au petit nombre d'années, cinq seulement, dont Milne a pu disposer, ces lacunes pouvant se combler ultérieurement. Mais ce qu'on ne saurait admettre, c'est l'existence môme de deux ovales, celui de Terre-Neuve et surtout celui de FOcéan Indien, avec respectivement 5 et 21 ori-

* Sur les régions océaniques instables et les côtes à vagues sismiques (Arch. Se. ph. et nat, de Genève, Juin 1903, 640).

Db Moutxssos. — Tremblements de lerre. 2

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gines de téléséismcs sur 265, soit 10 p. iOO^ alors que ce sont des régions maritimes d'une parfaite stabilité, ainsi qu'on le verra. Comment admettre encore que ces zones d'instabilité, car il faut bien entendre de la sorte les ovales en question, mordent notablement sur le Nord de l'Australie, THindoustan et le Sénégal, où les tremblements de terre sont à peu près inconnus? La moitié tout entière de Tovale des Açores couvre une partie de l'Atlantique pour laquelle, en dépit d'une navigation fort intense, on ne connaît pour ainsi dire aucun séisme sous-marin, ce qui contraste avec ce que l'on sait de sa moitié méridionale. Que dire enfin de l'ovale des terres antarctiques, avec seulement deux épicentres, il est vrai ? Ces remarques suffisent à faire condamner l'application pratique d'une méthode théorique que son ingéniosité ne suffit pas à justifier, quoique, à dire vrai, elle ait donné d'une manière générale une distribution des centres d'instabilité, et qu'elle puisse probablement être grandement améliorée, quant à ses résultats, si l'on disposait d'un plus grand nombre d'années d'observations ; mais cela ne ferait peut-être qu'accentuer la séismicité apparente des régions océaniques mentionnées plus haut, malgré tout ce qu'on sait de leur immunité séismique.

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